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DE LA QUALITÉ DES POIRES

La connaissance de la qualité des poires est une des choses les plus indispensables à celui qui veut s’adonner à la culture de ce fruit. Chaque jour vous entendez dire : J'ai acheté tel poirier comme un fruit de première qualité, et je suis trompé. C'est que les indications données par les catalogues des pépiniéristes sont souvent d'une complaisance désolante. Ainsi, sur 803 variétés de poires indiquées dans le dernier catalogue de M. André Leroy, pépiniériste célèbre par son établissement et par son bel ouvrage, il s'en trouve 483 signalées comme de première qualité. C'est étendre singulièrement la signification des mots première qualité, qui ne devraient comprendre que les perfections. Or, si nous devions citer les poires réellement parfaites, nous aurions bien peine d'arriver à une vingtaine.

Pour établir la qualification des poires, la première chose à faire, c'est de fixer les types de perfection, afin de pouvoir ensuite opérer par voie de comparaison. Pour les jardiniers de Tournay, le type de perfection est le Délice d'Hardenpont, auquel nous adjoindrons le Beurré Dumont qui est au moins son égal. Ces deux variétés offrent les plus hautes qualités réunies, elles n'ont

aucun défaut et prospèrent sur le coignassier comme sur le franc. : |

sans que le sujet opère défavorablement sur les conditions de perfection du fruit. Toutes deux donnent des poires de très-belle dimension, entièrement fondantes et beurrées, à chair fine et nullement granuleuse ou cotonneuse, entièrement dépourvues de pierres, dégageant une eau abondante, sucrée et relevée. Voilà pour nous le type de perfection, devant servir de point de comparaison pour la qualification des poires.

Sans doute, il est des fruits qui sont très-méritants sans réunir toutes les qualités que nous venons de signaler, par exemple, des variétés contenant quelques graviers autour de la columelle ; d'autres moins absolument fondantes, mais pourtant non cassantes. Ces fruits, sans être des perfections, sont pourtant excellents. Mais la condition dominante de la perfection des poires est . la saveur. Le fruit le plus fondant, le plus beurré, sil na pas une eau abondante, sucrée et relevée, soit par le parfum, soit par la vinosité, ne sera Jamais qu'un fruit médiocre. La perfection de la poire est dans la saveur. C'est là ce qu'on a beaucoup trop négligé, et ce qui a fait mettre dans le commerce, comme de première qualité, tant de poires médiocres, sans sucre et sans saveur. |

Mais pour obtenir les conditions de perfection, il ne suffit pas de planter des poires parfaites. Le nombre des poires qui, comme le Passe-colmar, conservent leurs qualités dans tous les terrains et sur tous les sujets, est peu considérable. La plupart des variétés ont leur caprice, et c'est ce caprice qu'il faut connaître. Telle variété exige d'être greffée sur franc, telle autre sur coignassier, pour obtenir de bons fruits. Aussi le Peurré d'Hardenpont greffé sur franc est une perfectien hors ligne; greffé sur coignassier, ce n'est qu'un fruit secondaire, et si ce coignasier est planté dans un sol humide, ce n’est plus qu'un navet. Il en est de même du Colmar Du Mortier. |

Par contre, le Beurré de Naghin greffé sur franc reste dur etnest bon quà cuire, tandis que sur coignassier peu vigoureux, c'est une perfection. Le Pon-chrétien est dans le même cas; sur franc il n'est propre qu'à cuire, tandis que greffé sur coignassier

en espalier au midi, c'est un délicieux fruit de carême, bien

qu à chair cassante. IL faut donc avant tout connaître ces caprices

individuels, pour arriver à produire des fruits parfaits. C'est là l'objet d'une étude indispensable.

Le sol, le climat et l'exposition sont aussi des conditions essentielles à étudier. L'expérience a démontré que les poires méridionales ne sont, presque toujours, que d'une qualité secondaire en Belgique. Cela tient sans doute à ce que notre climat ne fournit pas une quantité suffisante de calorique pour ces variétés. Il en résulte que, chez nous, les poires belges d'élite sont d'une qualité bien supérieure à celles de France ; aussi, tous ceux qui se sont procuré ces dernières ont dù finir par s'en débarrasser. C'est au reste une règle qui s'applique à tous les fruits ; les pèches, les raisins du Midi sont loin de valoir, dans les climats tempérés, les variétés de pèches et de raisins produites dans ces climats; le Nord de l'Europe leur est défavorable, tandis que les variétés gagnées dans les pays moins chauds y conservent leurs qualités, et les voient s’accroitre encore si on les plante dans des contrées plus méridionales. C'est ce qui explique la supériorité de nos variétés sur celles du Midi.

Une autre considération très-importante pour apprécier la qualité des poires, c'est l'exposition à laquelle il faut planter les arbres. Les fruits d'hiver ont besoin de bien plus de calorique que les fruits d'automne, pour arriver à leur parfaite maturité, et pour cela ils doivent être plantés en espalier au Midi. Ce serait donc bien mal juger plusieurs d'entre eux, que de les apprécier sur des poires venues en plein vent. Ainsi l'Epriscopale, en espalier au Midi, est un des meilleurs fruits de mars, supérieure même à la Joséphine de Malines; en plein vent, elle reste dure et complétement insignifiante. Il en est de même du Pon-chrétien, poire cassante, mais qu'on ne saurait assez cultiver pour l'exquise qualité de sa saveur et l’époque de sa maturité.

Enfin, l'époque de la cueillette est aussi souvent une condition de qualité. Il est des fruits d'hiver qui ne se forment que tardivement et même après la mi-octobre. La Bergamote de

Pentecôte et la Joséphine de Malines sont dans ce cas. Pour qu'elles aient acquis leurs qualités si remarquables, il faut ne les cueillir que dans le commencement de novembre.

Nous venons d'indiquer le sol; c'est encore un point à bien étudier. Il est des fruits qui font merveille dans tel sol et qui sont d'une affigeante médiocrité dans tel autre. Il en est qui viennent bien dans les terres argileuses et qui se gercent et se tachent dans les terrains sablonneux. De ce qu'une variété ne réussit pas dans un sol sablonneux ou humide, il n'en faut pas conclure quelle ne vaut rien, mais qu'elle est dans un terrain qui ne lui convient pas. Le poirier aime le calcaire, et si le sol est privé de ce principe, il sera bien, avant de planter un arbre, de creuser une fosse très-profonde et d'y enterrer des débris de vieux murs, afin que la chaux que contiennent ces débris vienne rendre du calcaire au sol qui en est privé. Le calcaire est la condition première de la bonne qualité des poires, et c'est pour cela que les fruits de Tournay possèdent cette supériorité qu'on leur connaît. Nous recommandons beaucoup cette considération aux amateurs curieux.

Enfin, pour obtenir la meilleure qualité des poires, il faut éviter de pousser, par l’engrais, les fruits à de grosses dimensions. La poire la plus délicieuse est la moyenne; la grosseur démesurée est toujours aux dépens de la qualité du fruit. C'est là une vérité qu'on ne saurait assez proclamer.

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