FORMATION D'UN JARDIN
La formation d'un jardin ou d'un verger exige la connaissance : 1° Du choix des espèces ;
2° De l'appropriation de celles-ci au sol et au climat;
3° Du sujet sur lequel ces espèces doivent être entées ;
4° De la position solaire qu'elles doivent occuper;
5° De la forme qui leur convient. M. Simon Louis, de Metz,
recommande avec raison d'éviter de cultiver en pyramide les variétés à mauvais port.
Le point de départ est donc le choix des espèces. M. P. de Morthillet, dans son intéressant travail intitulé : 40 poires pour les dix mois de juillet à mai, a donné l'indication de 40 variétés qui, suivant lui, sont les plus recommandables pour la formation d'un jardin, en les divisant en quatre séries de dix variétés. Nous avons vu avec regret l'absence complète des gains couronnés par la Société Royale d'Horticulture de Tournay, dont plusieurs constituent, avec la Joséphine de Malines, les fruits les plus exquis gagnés dans ce siècle; en outre, nous avons remarqué avec surprise que la poire la plus parfaite, le Délice d'Hardenpont, n'y figure pas ; que la Joséphine de Malines n y figure que dans la troisième série; la Fondante des bois et le Beurré Napoléon dans la quatrième, avec le Wartinsec et le Catillac. De son côté, dans son magnifique Dictionnatre de pomologie, M. André Leroy décrit et figure 915 variétés de poires, parmi lesquelles 451 sont signalées comme de première qualité! Notre vieille expérience nous porte à envisager les choses autrement. Nous l'avons déjà dit, il serait difticile de faire une liste de 20 poires réellement parfaites. Suivant nous, ce que l'amateur qui forme un jardin doit avant tout rechercher, c'est la qualité supérieure des fruits et non la quantité. Mieux vaut un jardin avec dix variétés de premier choix répétées, qu'un jardin comprenant trente ou quarante variétés, dont la moitié serait médiocre. Exposons donc d’abord les types les plus parfaits pour la formation d'un jardin.
Parmi les anciens fruits, le Peurré gris, le Doyenné, le Colmar, le Bezy de Chaumontel et le Pon-chrétien, sont à conserver soigneusement et de toute première qualité. On objectera que le Bon-chrétien est une poire cassante ; cela est vrai, mais quelle eau abondante et quel suc exquis! En avril et mai, quand les chaleurs arrivent, on laisse tous les fruits pour le Sonchrétien. Cultivez-le donc, cultivez-le encore, mais faites bien attention qu'il soit greffé sur coignassier, car sur franc, il reste
vert et ne fournit qu'une poire à cuire; ensuite, plantez-le à la muraille en plein midi, et vous obtiendrez le Bon-chrétien doré, fruit exquis pour l'époque de pâques. Le Peurré gris est aussi beaucoup meilleur sur coignassier, et nous avons observé que lorsqu'il s’affranchit en poussant racines au-dessus de la greffe, il perd toutes ses qualités et devient une poire médiocre. Les racines adventives, qui poussent au-dessus du collet et affranchissent les arbres greffés sur coignassier, fournissent une sève mal élaborée, âcre, qui dénature le fruit et lui ôte ses qualités. Ces racines adventives du collet doivent être enlevées avec le plus grand soin, et nous sommes surpris que quelques auteurs aient recommandé de laisser affranchir les poiriers greffés sur coignassier, ce qui amène la détérioration des qualités du fruit. Si vous voulez un arbre vigoureux, prenez celui greffé sur france, et là encore supprimez les racines adventives au-dessus du collet. La bonne sève pour les fruits, est celle qui vient des racines pivotantes ou profondes.
Quant au Colmar, cest un fruit exquis, qui réunit toutes les qualités, mais singulièrement capricieux au point de vue de la production. Nous avons souvent vu des Colmars de trente et quarante ans de plantation qui ne s'étaient jamais mis à fruit. C'est ce qui l'a fait remplacer par les variétés nouvelles, et surtout par le Passe-colmar, qui est la poire par excellence pour ses qualités jointes à sa fertilité, et sa bonne volonté partout et sur toute espèce de sujet. Enfin, le Bezy de Chaumontel, bien que demi-cassant, est un fruit délicieux, mais à la condition d’être mangé avant la Noël, car après cette époque sa chair prend des points noirs amers et désagréables. Il faut donc avoir soin de le mettre, en novembre, dans un appartement bien chauffé, pour hâter sa maturité. Nous pouvons encore citer la Pergamote crassane, quil faut nécessairement planter, non au levant comme on le dit, mais au couchant, afin que la chaleur du jour ait essuyé avant la nuit l'humidité qui s'attache à sa peau rugueuse et la fait crevasser.
Nous venons d'indiquer les meilleurs fruits anciens; parlons
maintenant des poires modernes, à partir d'Hardenpont, dont le nom fait époque dans la pomologie. Ici, nous allons rencontrer des variétés qui surpassent les anciennes par leur fertilité et leur saveur, mais il importe de bien choisir, car à côté de ces fruits exquis, il s'en trouve de bien médiocres. Ouvrez les catalogues des pépiniéristes, vous y trouverez des centaines de poires qualifiées de première qualité, de toute première qualité, qualifications qui Induisent l'amateur en erreur. Commençons d'abord par redresser cet abus en indiquant les types de perfection, c'està-dire les poires que tout amateur doit cultiver dans son jardin, sil na place que pour dix à douze poiriers.