ET LITTÉRAIRE XIX
jneille n'a inventé le personnage de Cornélie que pour masquer le vide de l'intrigue; Voltaire, qui trouve jusqu'à trois tragédies dans [Horace, n'en trouve pas une dans Pompée, et La Harpe, amplifiant, à son habitude, les idées de Voltaire, dit : « La première question qui se présente sur la tragédie qui a pour titre Pompée^ c'est de savoir quel en est le sujet. Ce ne peut, être la mort de Pompée, quoique depuis longtemps on se soit accoatmné h l'afticher sous ce titre très improprement; car Pompée est assassiné au commencement du second acte. Ce pourrait être la vengeance de cette mort, si Ptolomée, qui périt dans an combat à la fin de la pièce, élait tué en punition de son crime. Mais il ne l'est qae parce que César, à qui ce prince perfide veut faire éprouver Le sort de Pompée, se trouve heureusement le plus fort, et triomphede l'armée égyptienne. Cette conspiration contre César, et le péril qu'il forme donc une seconde action moins intéressante que la première... Des scènes d'une galanterie froide, et quelquefois indécente, entre César et Cléopâtre, ne sont qu'un remplissage vicieux, qui achève de faire de celle pièce un ouvrage très irrégulier, Mmposé de parties incohérentes l . » "
Corneille, prévoyant ce reproche, a tenté d'y répondre par avance dans son Premier discours sur le Poème dramatiqu ce passage, que nous citons plus loin2, le poète ne semble sa tragédie qu'un seul ressort dramatique, l'ambition et la de Ptolornée, docile instrument de la perversité de Photin. l. sinat de Pompée se trouve ainsi réduit aux proportions d'un incident; quant à Cornélie, son nom n'a pas même été pron ncé. Dans son empressement à se mettre en règle vis-à-vis d'Aristote, Corneille ne prend-il pas naïvement I»1 chai El >ur lui, qui connaissait son métier d'avocat, n'eût-il pas été plus habile d'abandonner dans sa cause ce qu'il pouvait difficilement défendre, et d'insister sur ce qui constitue le véritable intérêt de sa pièce V Cet intérêt, il nous le fait bien voir en quelques mots dans - rsqu'il
dit: « Il y a quelque chose d'extraordinaire dans le titre de ce poème, qui porte le nom d'un héros qui n'y parle point, mais qui ne laisse pas d'en estre, en quelque sorte, le principal acteur, puisque sa mort est la cause unique de tout ce qui s'y pisse3.»
L'imagination de Corneille avait été frappée de la ren immée retentissante qui s'attache au nom de Pompée. Sans doute aujourd'hui l'histoire demande à Pompée un compte sévère de cette renommée ; M. Duruy l'accuse de « n'avoir eu d'autre mobile que l'ini sa grandeur ». A son jugement, « le fugitif de Pharsale était le
raison pour Ptolomée de les assembler, que ■'" "Très de son Conseil. — D'Aubignac ne passe condamnation qae sur un point, c'est que « le* sonne ment s sont si forts, que l'esprit est pleinement satisfait à mt qu'il écoute. » (Liv. IV, chap. iv.)