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XX NOTICK HISTORIQUE

transfuge de tous les partis1. » M. Mommsen le traite encore ave moins de ménagement : « Bon officier, mais médiocre d'intelligent et de cœur, la destinée l'avait, avec une constance prodigieuse, mis à même d'accomplir pendant trente ans les actions les plus brillantes et les pins faciles; elle lui avait permis de cueillir tons les lauriers plantés et cultivés par les autres; eile lui avait offert tontes les condition* exigée^ pour obtenir le pouvoir suprême, et uniquement pour montrer en sa personne un exemple de fausse grandeur'2. »

Mais Corneille a usé du droit que possède le poète tragique de transfigurer, d'idéaliser les héros de l'histoire, et, « aux endroits où Rome est de brique, de la rebâtir de marbre 3. » Auguste, chez Suétone, n'est qu'un froid politique, rusé et peu scrupuleux, il devient, dans Cinna, la personnification magnifique de la puissance souveraine sanctifiée par la clémence; Pompée n'est plus un ambitieux indécis, c'est le modèle des vertus publiques et privées, glorifié par Ci. éron, dans le Pro lege Manilia, et par Caton dans VOraison funèbre que lui prête Lucain.

Comprenant ainsi Pompée, Corneille a voulu en faire le centre d'un vaste tableau, à la fois historique, épique et dramatique; mais il semble qu'il ait craint, en le faisant paraître sur la scène, en le ramenant aux proportions humaines, de l'amoindrir, de lui enlever quelque chose de sa grandeur et de sa majesté; il le tient donc loin de nos regards, caché, comme une divinité, derrière un voile mystérieux; mais tous les événements du drame, si vulgaires qu'ils soient, sont éclairés par le rayonnement de cette gloire. Pompée est donc pour nous à la fois « invisible et présent; » stat magni nominis umbra. Au début de la tragédie on délibère sur sa mort; plus tard la nouvelle de cette mort remplit de trouble le palais d'Alexandrie, puis la ville tout entière; au cinquième acte apparaît l'urne qui contient ses cendres; le dernier vers est un hommage rendu par César au vaincu de Pharsale.

« Quelle tragédie, dites-vous, que celle dont le héros ne paraît ras! Ne voyez-vous donc pas Pompée? Moi, je le vois partout; il plane sur le théâtre; son nom retentit dans toutes les scènes; Pompée est l'âme de toute l'action; partout il est dignement représenté par sa veuve; tout se rapporte à Pompée; partout c'est Pompée honoré. Pompée vengé par son rival; s'il était vivant et présent, on ne le verrait pas mieux. ' »

C'est pour cela que Corneille a donné à sa tragédie le nom de Pompée et non celui de Cornélie, comme Robert Garnier. Cornéhe est cependant au premier plan, c'est le plus important des

i. Hist. des Romains, t. III, p. 335.

2. Momn su. Histoire romaine, t. V, page 114 (trad. de Guérie).

3. Expressions de Balzac dans sa lettre à Corneille sur Cinna (du 17 janvier 1643). — La Bruyère dit de même : « Il peint les Romains; ils sont plus grands et plus Romains dans ses vers que dans leur Listoire. » (Caractères, p. f>79, Ce l'éd. Chassang.)

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