ACTE V, SCENE III
Qu'il emportoiti déjà sur luy quelque avantage.
Mais l'abord de César a changé le destin!
Aussi-tost Achillas suit le sort de Photin, 1640
11 meurt, mais d'une mort trop belle pour un traistre,
Les armes à la main, en défendant son maistre.
Le vainqueur crie en vain qu'on épargne le Roy,
Ces mots au lieu d'espoir luy2 donnent de l'efiroy;
Son esprit alarmé les croit un artifice 1645
Pour réserver sa teste à l'affront d'un supplice3.
Il pousse dans nos rangs, il les perce, et t'ait voir
Ce que peut la vertu qu'arme le desespoir,
Et son cœur, emporté par l'erreur qui l'abuse4,
Cherche par tout la mort que chacun luy refuse. 1650
Enfin, perdant haleine après ces grands efforts.
Près d'estre environné, ses meilleurs soldats morts,
11 voit quelques fuyards sauter dans une bar<ju<';
11 s'y jetle, et les siens, qui suivent leur Monarque,
D'un si grand nombre en foule accablent ce vaisseau3 1655
Que la mer l'engloutit avec tout son fardeau.
C'est ainsi que sa mort luy rend toute sa gloire, .A vous toute l'Egypte, a César la victoire e; 11 vous proclame reine, et, bien qu'aucun Romain7 Du sang que vous pleine/, n'ait veu rougir sa main, 1660 11 nous fait voir cà tous un déplaisir extrême:
1. Nous dirions: remporter quelque avantage; Corneille écrit de même: emporter un succès [Sertor. III, 1) une victoire. (Poés. div.) Cf. La Fontaine :
Et si de t'agréer je n'emporte le prix.