‹ PompéeChapitre 20 sur 203 · ET LITTÉRAIRE XXI · texte numérisé non relu

ET LITTÉRAIRE XXI

personnages qui sont mêlés à l'action; mais elle n'a pas, pour ainsi dire de caractère, d'existence propre. Ce n'est pas ta femme spirituelle tout ensemble supérieure et modeste, dont Plutarque nous a tracé le portrait : « Cornélie avait, outre la beauté, bien des moyens de plaire : elle était versée dans la littérature, jouait de la Ivre savait la géométrie, et lisait avec fruit les ouvrages des philosophes Malgré tant d'avantages elle avait su se garantir des airs de fierté et des°manières dédaigneuses que donnent ordinairement aux femmes ces sortes de connaissances ». » Chez le poète, Cornélie abdiaue toute personnalité; elle est absorbée dans le souvenir de celui cm lui a légué l'héritage de sa vengeance ; Pompée revit en elle avec sa hauteur farouche, sa haine aveugle, sa générosité aristocratique, ses Dréiugés, ses illusions, u Sa douleur s unit à ses passions de parti Pompée ne lui a pas laissé une mémoire à pleurer, mais un arapeau à soutenir. C'est par h que son amour conjugal s efface pour ainsi dire, dans les obligations mêmes qu il lui impose. Les devoirs de la famille, le soin des enfants, le souci des affaires semblent parfois, même dans la condition privée, distraire involontairement la douleur de la veuve. Qu'est-ce donc pour Cornélie mêlée aux oassions de la guerre civile? 2 » C'est pour cette raison que Cornélie trouvait -race devant Saint-Evremond : « De toutes les veuves, dit-il, qui ont jamais paru sur le théâtre, je n'aime voir que la seule Cornélie parce qu'au lieu de me faire imaginer des enfants sans père et une femme sans époux, ses sentiments tout romains rappel eut dan. mon esprit l'idée de l'ancienne Rome et du grand Pompée [. » Nous ne parlerions pas des rôles de César et de déopâtre * si le laneaffe que leur prèle Corneille dans quelques scènes ne soulevait une Question de goût assez délicate. L'épisode des amours de César et de Cléopâtre est historique, et Corneille avait le droit de s en emparer- mais l'expression que cet amour prend chez le poète nous paraît bien peu conforme au caractère des personnages et aux mœurs antiques. César, « le galant chauve », a évidemment lu le Grand Cyr us, l'Illustre BasSa;CléoPàire est une Clelie ou une Mandane et non cette asiatique à la sensualité brulale et raffinée, livrée aux folies de la vie inimitable dont nous parle Plu.arque *. Corneille a eu le tort d'oublier ce quil dit dans son Examen dhorJce « qu'il auroit fait un crime de théâtre s il avoit habille un Romain à la française. » Mais est-il possible absolument a un poète de s'abstraire du milieu dans lequel il vit et pense? Sommes-nous sûrs aujourd'hui qu'avec notre souci de la vérité, et même uu réalisme historique, nous ne prêtons pas aussi à nos personnages de

'• s-'in^c^uardiu. - Cou,, de LUI. dromulique, t. IV. p. 389.

a" Dissertation sur l'Alexandre de JRactne.

i Yoïfïnïèressante Analyse que donne de ces deux caractères M m- Marc Girardin dans son Cours de LUI. dramatique, t. IV, i». 381-388, 393-405. J

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