‹ PompéeChapitre 21 sur 203 · XXII . NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXII . NOTICE HISTORIQUE

théâtre nos sentiments et notre langage? A l'époque où Corneille écrivait, quatre ans avant la Fronde. « la galanterie faisait partie de la politesse des grands et des rois ». » Il suffit de rappeler les noms de Beaufort, de Larochefoucauld, de Mmes de Montbazon, de Longueville, de Chevreuse, des belles guerrières chères à M. Victor Cousin. Cette galanterie avait sa phraséologie spéciale, subtile, quintessenciée. On n'en connaissait pas d'autre, et lorsque poètes et romanciers voulurent prêter à leurs héros le langage de la passion, ils - conformèrent tout naturellement aux habitudes de la société pour laquelle ils écrivaient. C'est ainsi que Corneille, sans songer à l'anachronisme, fait de ses personnages des Français, lorsqu'il les fait parler de leur amour : Curiace, China, Sertorius, Séleucus, Nicornède^ Othon, le farouche Attila lui-même sont des habitués de l'hôtel de Rambouillet, et ont lu Mademoiselle de Scudéry. Plus tard Racit.e plaisantera Corneille sur « ce conquérant qui ne débite que des maximes d'arnour -. » Mais lui-même sur quel ton fait-il parler, et Alexandre, et Achille, et Antiochus, et Bajazet? Son Pyrrhus ressemble-t-il aux guerriers de l'antique Hellade, lorsqu'il dit à Andrornaque :

J s uffre tous les maux que j*ai faits devant Troie.

Vaincu, charge de fers, de regrets consumé,

Bruslè de plus de feux que je n'en allumai,

Tant de soins, tant de pleurs, tant d'ardeurs inquiètes...

Hélas! fus-je jamais si cruel que vous estes 3?

Heureusement cette afféterie, qui aurait pu gâter le théâtre de Corneille, ne dépare que quelques scènes. Son mâle génie ne conçoit pas le rôle de l'amour autrement qu'épi-odique : « J'ay creu jusques icy, écrit-il à Saint-Evremond, que l'amour étoit une passion trop chargée de foiblesse pour estre la dominante dans une pièce héroïque; j'aime qu'elle y serve d'ornement, et non pas de corps, et que les grandes âmes ne la laissent agir qu'autant qu'elle est compatible avec de plus nobles impressions. Nos doucereux et nos enjoués sont de contraire avis4. » César restera donc le vainqueur généreux et magnanime que Cicéron comparait à un Dieu : « Te simillimum deo judico :\ » Cléopàtre sera aussi capable de ces sentiments héroïques^ presque virils, qui lui donnent place dans la famille des Emilie, des Sabine, des Laodice. « Cléopàtre a de la passion pour César, et met tout en œuvre pour sauver Pompée; elle seroit indigne de César, si elle ne s'oppose à la lascheté de son frère, et César indigne d'elle s'il est capable d'approuver cette infamie 6. »

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