‹ PompéeChapitre 201 sur 203 · Aisselles, planchettes; diminutif de ai · texte numérisé non relu

Aisselles, planchettes; diminutif de ai

CORNÉLIE

0 douce et chère cendre, ô cendre déplorable

Qu'ayecques vous ne suis-je! 0 femme misérable.

O pauvre Cornélie, hé n'aura jamais fin

Le cours de ceste vie où me tient le destin ?

Ne serai-je jamais avecque vous, ô cendre !

N'est-il temps qu'on me face au sepulchre descendre?

0 déloyales mains, qui sous couleur d'amour

Le receustes pour faire un si malheureux tour!

O barbares, méchants, traistres, abominables,

Vous avez dilfamé vos bords inhospitables

Du crime le plus lasche et le plus odieux

Qui se puisse commettre à la face des Dieux.

Vous avez violé le devoir d'hostelage,

A un homme affligé vous avez faict outrage.

Avez celuy meurtry qui vous tendoit les bras.

Et vers un bien-faicteur vous estes faicts ingrats.

Que pour un tel forfaict, jamais de vostre terre

La peste ne soit hors, la famine et la guerre :

Les Serpens de Cyrene, et les Libyques Ours,

Les Tygres, les Lyons y establent toujours :

Vostre Nil nourricier au lieu de bleds fertiles.

La couvre de Crapaus, d'Aspics, de Crocodiles.

Qui vous infectent tous, qui vous dévorent tous,

Ou que la terre s'ouvre et referme sur vous.

Abominable race, où plus qu'en tout le monde

La traison. la luxure, et l'homicide abonde.

PHILIPPES

Helas! laissez ces cris!

CORNÉLIE

Hé ne doy-je pas bien Me plaindre d'un tel faict?

PHILIPPES

Cela ne sert de rien.

CORNÉLIE

Les Dieux ne puniront si grande felonnie?

PHILIPPES

S'ils l'ont déterminé, vous la verrez punie.

CORNÉLIE

Nos prières ne vont jusqu'à leur trosne sainct?

PHILIPPES

Les Dieux prestent l'oreille au chetif qui se plaint.

CORXÉLIE.

Nos suppliantes voix leurs courages n'émeuvent?

PHILIPPES

De nulles passions émouvoir ne se peuvent.

CORXÉLIE.

Ne font justice à ceux qui la vont demandant?

PHILIPPES

Or qu'on ne la demande, ils nous la vont rendant.

CORXÉLIE.

César vit toutefois.

PHILIPPES

Le mérité supplice Ne suit incontinent après le maléfice.

Et souvent les grands Dieux gardent expressément Les hommes scelerez pour nostre châtiment : Puis s'en estant servis, rendent avec usure Le guerdon 4 de leur crime ot de leur forfaiture.

CORXÉLIE.

C'est l'espoir qui nourrit mes jours infortunez, Sans cela dès long temps ils fussent terminez. J'espère que bien tost les Dieux las de l'esclandre, Qu'il fait journellement, broyant son corps en cendre, Si dans Rome trop lasche il ne se trouve aucun Qui vange d'un poignard le servage commun. Non, je verray bien tost (Dieu m'en face la grâce) Son corps souillé de sang étendu dans la place, Ouvert de mille coups, et le peuple à l'entour Tressaillant d'allégresse en benire ht jour. Alors vienne la mort, vienne la mort meurtrière », Et m'ouvre l'Achéron, infernale rivière : Je descendray joyeuse ayant ains que mourir Obtenu le seul bien que je puis requérir. Pompé ne peut revivre, et partanl. à ceste heure Je ne requiers sinon que l'homicide meure.

i. Guerdon ou guerredon, salaire, récompense; vient, suivant Diez, du haut-allemand, icidarlôn, récompense (lôn), en retour (te idar).

2. Meurtrier, meurtrière, comptait toujours pour deux syllabes. Corneille, le premier, dans le Cid (acte III, se. i), fait ce mot" de trois syllabes.malgré les critiques de l'Académie. (Voy. Lexique Marty-Laveaùx . Introd., xcv; et t. II, p. 87 et 492.)

PHILIPPES

César plora sa mort.

CORVÉLIE.

Il plora mort celuy Qu'il n'eust voulu souffrir estre vif comme luy.

PHILIPPES

il punit ses meurtriers.

CORNÉLIE

Et qui meurtrit Pompée Que luy qui le suivit toujours avec l'espee? Non celuy l'a meurtry qui poursuivit sa mort, Et qui pour le meurtrir a mis tout son effort, Qui en a la dépouille, et dont la gloutte » envie De commander n'avoit obstacle que sa vie.

PHILIPPES

Si fit-il égorger Aehillas et Photin Pour ce meurtre commis.

CORNÉLIE

Ce fut pour autre fin.

Ils avoient conspiré de le meurtrir luy-mesme.

PHILIPPES

Qu'acquiert-il de sa mort.

CORNÉLIE

L'autorité suprême.

PHILIPPES

11 parle de ses faits fort honorablement.

CORNÉLIE

Tout le bien qu il en dit n'est que déguisement.

PHILIPPES

Il n'a permis, vainqueur, qu'on rompist ses statues.

CORNÉLIE

Ce pendant qu'il défend qu'elles soient abbatues, Les siennes il conserve, et par ceste douceur Dont il nous va pipant, rend son estât plus seur.

PHILIPPES

11 n'eust voulu voir mort celuy qui fut son gendre.

CORNÉLIE

Si eust, puisqu'il vouloit la liberté défendre.

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