Aisselles, planchettes; diminutif de ai
CORNÉLIE
0 douce et chère cendre, ô cendre déplorable
Qu'ayecques vous ne suis-je! 0 femme misérable.
O pauvre Cornélie, hé n'aura jamais fin
Le cours de ceste vie où me tient le destin ?
Ne serai-je jamais avecque vous, ô cendre !
N'est-il temps qu'on me face au sepulchre descendre?
0 déloyales mains, qui sous couleur d'amour
Le receustes pour faire un si malheureux tour!
O barbares, méchants, traistres, abominables,
Vous avez dilfamé vos bords inhospitables
Du crime le plus lasche et le plus odieux
Qui se puisse commettre à la face des Dieux.
Vous avez violé le devoir d'hostelage,
A un homme affligé vous avez faict outrage.
Avez celuy meurtry qui vous tendoit les bras.
Et vers un bien-faicteur vous estes faicts ingrats.
Que pour un tel forfaict, jamais de vostre terre
La peste ne soit hors, la famine et la guerre :
Les Serpens de Cyrene, et les Libyques Ours,
Les Tygres, les Lyons y establent toujours :
Vostre Nil nourricier au lieu de bleds fertiles.
La couvre de Crapaus, d'Aspics, de Crocodiles.
Qui vous infectent tous, qui vous dévorent tous,
Ou que la terre s'ouvre et referme sur vous.
Abominable race, où plus qu'en tout le monde
La traison. la luxure, et l'homicide abonde.
PHILIPPES
Helas! laissez ces cris!
CORNÉLIE
Hé ne doy-je pas bien Me plaindre d'un tel faict?
PHILIPPES
Cela ne sert de rien.
CORNÉLIE
Les Dieux ne puniront si grande felonnie?
PHILIPPES
S'ils l'ont déterminé, vous la verrez punie.
CORNÉLIE
Nos prières ne vont jusqu'à leur trosne sainct?
PHILIPPES
Les Dieux prestent l'oreille au chetif qui se plaint.
CORXÉLIE.
Nos suppliantes voix leurs courages n'émeuvent?
PHILIPPES
De nulles passions émouvoir ne se peuvent.
CORXÉLIE.
Ne font justice à ceux qui la vont demandant?
PHILIPPES
Or qu'on ne la demande, ils nous la vont rendant.
CORXÉLIE.
César vit toutefois.
PHILIPPES
Le mérité supplice Ne suit incontinent après le maléfice.
Et souvent les grands Dieux gardent expressément Les hommes scelerez pour nostre châtiment : Puis s'en estant servis, rendent avec usure Le guerdon 4 de leur crime ot de leur forfaiture.
CORXÉLIE.
C'est l'espoir qui nourrit mes jours infortunez, Sans cela dès long temps ils fussent terminez. J'espère que bien tost les Dieux las de l'esclandre, Qu'il fait journellement, broyant son corps en cendre, Si dans Rome trop lasche il ne se trouve aucun Qui vange d'un poignard le servage commun. Non, je verray bien tost (Dieu m'en face la grâce) Son corps souillé de sang étendu dans la place, Ouvert de mille coups, et le peuple à l'entour Tressaillant d'allégresse en benire ht jour. Alors vienne la mort, vienne la mort meurtrière », Et m'ouvre l'Achéron, infernale rivière : Je descendray joyeuse ayant ains que mourir Obtenu le seul bien que je puis requérir. Pompé ne peut revivre, et partanl. à ceste heure Je ne requiers sinon que l'homicide meure.
i. Guerdon ou guerredon, salaire, récompense; vient, suivant Diez, du haut-allemand, icidarlôn, récompense (lôn), en retour (te idar).
2. Meurtrier, meurtrière, comptait toujours pour deux syllabes. Corneille, le premier, dans le Cid (acte III, se. i), fait ce mot" de trois syllabes.malgré les critiques de l'Académie. (Voy. Lexique Marty-Laveaùx . Introd., xcv; et t. II, p. 87 et 492.)
PHILIPPES
César plora sa mort.
CORVÉLIE.
Il plora mort celuy Qu'il n'eust voulu souffrir estre vif comme luy.
PHILIPPES
il punit ses meurtriers.
CORNÉLIE
Et qui meurtrit Pompée Que luy qui le suivit toujours avec l'espee? Non celuy l'a meurtry qui poursuivit sa mort, Et qui pour le meurtrir a mis tout son effort, Qui en a la dépouille, et dont la gloutte » envie De commander n'avoit obstacle que sa vie.
PHILIPPES
Si fit-il égorger Aehillas et Photin Pour ce meurtre commis.
CORNÉLIE
Ce fut pour autre fin.
Ils avoient conspiré de le meurtrir luy-mesme.
PHILIPPES
Qu'acquiert-il de sa mort.
CORNÉLIE
L'autorité suprême.
PHILIPPES
11 parle de ses faits fort honorablement.
CORNÉLIE
Tout le bien qu il en dit n'est que déguisement.
PHILIPPES
Il n'a permis, vainqueur, qu'on rompist ses statues.
CORNÉLIE
Ce pendant qu'il défend qu'elles soient abbatues, Les siennes il conserve, et par ceste douceur Dont il nous va pipant, rend son estât plus seur.
PHILIPPES
11 n'eust voulu voir mort celuy qui fut son gendre.
CORNÉLIE
Si eust, puisqu'il vouloit la liberté défendre.