Gloutte, gloutonne, insatiable. Cf. La Fontaine
Donnez-lui, fourrez-lui, le glout demande encore.
PHILIPPES
Leur première amitié le pouvoit esmouvoir.
CORNÉLIE
11 ne l'a point aimé que pour le décevoir. Et bien qu'il l'eust aimé d'une amitié non feinte. Si eust elle esté vaine. 11 n'est chose si sainte En l'âme des mortels qui puisse retarder L'indomptable désir qu'on ha de commander. Non la crainte des Dieux, et du grondant tonnerre, Non l'amour que l'on doit à sa natale terre, Non des antiques lois le sceptre à tous égal, Non la chaste amitié du lien conjugal, Non le respect du sang, non l'amour ordinaire Du père à ses enfants, des enfants à leur père, Ne peut rien contre un cœur, que le soin furieux De maistriser chacun maistrise ambitieux.
PHILIPPES
Laissez cela, Madame.
CORNÉLIE
Il faut que je le laisse, Attendant des grands Dieux la faveur vengeresse.
PHILIPPES
Je crains que vos douleurs croissent de ces discours.
CORNÉLIE
Philippes, mes douleurs sont égales tousjours.
PHILIPPES
Le temps modère tout.
CORNÉLIE
La saison ne modère De mon esprit dolent l'éternelle misère. Plustost dedans la mer les animaux paistront, Et les poissons flottants sur la terre naistront! Plustost le clair soleil ne luira plus au monde, Que mon mal se relasche, et ma peine féconde. Ma tristesse est un roc qui durant les chaleurs Produit comme en hyver une source de pleurs, Qui ne s'espuise point: car bien qu'à grand' secousse Un autan de soupirs de l'estomac je pousse, Ardant comme une braise, encor' ce chaud venteux Ne sçauroit desecher mes yeux tousjours moiteux.
i22 POMPÉE
PHILIPPES
Doncques ne tariront ces larmes continues?
CORXÉLIE.
Elles pourroyent possible estre un peu retenues Par la mort de César.
PHILIPPES
Madame, gardez-vous.
Parlant ainsi de luy d'irriter son courroux.
Je ne redoute point d'un Tyran la colère.
PHILIPPES
11 faut redouter ceux qui nous peuvent mal-faire.
CORXÉLIE.
Quel mal me peut-il faire9
PHILIPPES
Et qu'est-ce que ne peut Celuy qui a pouvoir de faire ce qu'il veut?
CORXÉLIE.
11 ne peut rien sur moy, qui me soit redoutable.
PHILIPPES
Il vous fera mourir.
CORXÉLIE.
La mort m'est souhaitable.
PHILIPPES
D'un rigoureux tourment.
CORXÉLIE.
Qu'il m'applique le feu,.
Me face despecer les membres peu cà peu, Me consomme de faim, me gesne, me torture, M'abandonne aux Lyons : il n'y a mort si dure Qui me bourrelle tant, que de vivre et le voir Trionfant de nos maux en suprême pouvoir. S'il me veut tourmsnter, me tienne ainsi chetive, M'oste l'espoir de mort, et face que je vive. Je mourrois, je mourrois, et le tombeau chery M'auroit desja rendue au sein de mon mary, Sans l'attente que j'ay de le voir satis-faire A l'outrage public d'une mort sanguinaire.
(acte 111, se. ni).
Édition YYendelin Foerster — (Heilbronn, 1882 ,
EXTRAITS DE LA PHARSALE DE BRÉBEUF i