‹ PompéeChapitre 22 sur 203 · ET LITTÉRAIRE XXIII · texte numérisé non relu

ET LITTÉRAIRE XXIII

Lt tragédie de Pompée peut encore être étudiée à un point de vue tout particulier, que nous nous bornons à indiquer, renvoyant, pour le développement, au savant et ingénieux travail de If. Desjardins1. Corneille n'est pas seulement le premier de nos poètes dramatiques, c'est un admirable historien, et, comme l'a dit un de nos anciens et regrettés maîtres, M. Thienot, « un historien divinateur 2. » Le théâtre de Corneille est un majestueux tableau de l'histoire romaine : dans Horace, nous voyons Rome naissante ; dans Sophonisbe, les guerres puniques; dans Nicomède, les derniers efforts de la résistance du monde vaincu; dans Sertorius, dans Pompée, le drame des guerres civiles; dans Cinna, le glorieux avènement de l'empire; dans Othon, ses déchirements intérieurs; dans Polyeucte, la conquête du christianisme; dans Attila, l'agonie du vieux monde romain.

Pompée nous montre cet instant fatal où l'antique constitution romaine, vermoulue, battue en brèche, va s'écrouler dans les dernières convulsions des guerres civiles, et de ses débris tonner la Rome impériale. Cette chute inévitable est encore hâtée par les fautes et l'aveuglement de l'aristocratie, et la haine des provinces contre les exactions des proconsuls: la première est personniliée en Cornélie, la seconde en Ptoiomée et Photin. « Dans toutes les pièces de Corneille il existe de ces masques de théâtre qui cachent les passions et les intérêts de tout un parti, de toute une classe, de toute une nation. Ce sont quelquefois de véritables abstractions qui détachent dans le relief de l'individu de grands sentiments, de grandes idées, de grandes conceptions 3. »

Si nous oublions la perversité de Photin, son réquisitoire n'atteint pas seulement Pompée, elle atteint tous ces agents de Rome qui épuisent les provinces d'hommes et d'argent, qui font trembler ces rois vaincus que le Sénat laisse sur leurs trônes, comme les radjahs de l'Inde, jouets des caprices du moindre commissaire anglais. Aussi avec quel accent de revanche farouche Ptoiomée s'écrie :

Assez et trop longtemps l'arrogance de Rome

A crtu qu'estre Romain c'ètoitestre plus qu'homme,

Abatons sa superbe avec sa liberté....

Et donnons un tyran à ces tyrans du inonde 4.

De même, faisons pour un moment abstraction dans Cornélie de l'héroïne, de la veuve de Pompée. Ecoutons ses arguments, ses illusions, ses projets, ses menaces, et nous entendrons le langage de l'aristocratie vaincue, mais décidée à ne pas désarmer, telle que nous la représente Mommsen5 au lendemain de Pharsale. « L'élite

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