ACTE I. SCÈNE I
Des change m en s du Sort une éclatante histoire i.
11 fuit, luy qui-, toujours triomphant et vainqueur,
Vit ses prospéritez égaler son grand cœur; 20
11 luit, et dans nos Ports, dans nos murs, dans nos villes,
Et, contre son heau-pére ayant besoin d'aziles,
Sa déroute orgueilleuse en cherche aux mesmes lieux3
Où contre les Titans en trouvèrent les dieux4.
Il croit que ce climat, en dépit de la guerre, 25
Ayant sauvé le Ciel, sauvera bien la terre.
Et, dans son désespoir à la fin se meslant5,
Pourra prêter L'épaule6 au Monde chancelant.
Ouy, Pompée avec luy porte le sort du monde,
Et veut que nostre Egypte, en miracles féconde, 30
Serve à sa liberté <\<- sépulchre ou d'appuy7,
Et relève sa chute ou trébuche sous luy.
C'est dequoy, mes amis, nous avons à résoudre8. 11 apporte en ces lieux les palmes ou la foudre; S'il couronna le père, il hasarde 9 le fils, 35
\. Vo.r Des changements du sort une effroyable histoire.
2. Il fuit, lui, qui. — Ces consonnances ne choquent pas le génie un peu i-ude de Corneille.
3. « Une déroute orgueilleuse qui cherche un asile, ne présente ni une idée vraie, ni une idée nette». (Volt.) Voltaire ne veut pas voir que le substant f abstrait déroute reprës me, j ac métonymie, u Pompée en déroute qui malgré son orgueil, etc. »
4. Pendant la guerre des Titans contre Jupiter, les Dieux effrayé- B'étaient réfugiés en Egypte et s'y étaient caches sous la forme d'arbr s ou de légumes. C'est en souvenir de cette tradition que les Egyptiens ne mangeaient ni poireaux ni oignons :
Porrum a; cse^e nefas violare et frangere morsu.