‹ PompéeChapitre 61 sur 203 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Sans ses mille talents, Pompée et ses discours

Pour rentrer en Egypte étoient un froid1 secours.

Qu'il ne vante donc plus ses m é ri les frivoles :

Les effets de César valent bien ses2 paroles, 150

Et, si c'est un bien-fait qu'il faut rendre aujourd'huy.

Comme il parla pour vous, vous parlerez pour luy.

Ainsi vous le pouvez et devez reconnoistre3.

Le recevoir chez vous, c'est recevoir un maistre4,

Qui, tout vaincu qu'il est, bravant le nom de Roy, 155

Dans vos propres Etats vous donneroit la ioy J.

Fermez-luy donc vos Ports, mais épargnez sa teste. S'il le faut toutefois, ma main est toute preste; J'obéis avec joye, et je serois jaloux6 Qu'autre bras7 que le mien portast les premiers coups. 160

mille sesterces; et il demandait les dix millions restants p ur l'entretien de se^ troupes. » Evaluée en sesterces la dette se montait a 3.500.000 fr. de notre monnaie.

I . Froid, qui signifie au figuré inerte, nonchalant, indifférent, prend ici par extension le sens (L'inutile, c

1. Ses donne au vers un tour équivoque ; le sens n'apparaît qu'à la réflex'on.

3. On peut comprendre ce vers : «Vous pouvez et devez reconnaître le bienfait. » Mais Voltaire rapporte le a Pompée, et conclut que le tour n'est pas français : « On reconnaît le bienfait, mais non pas la personne. »

Si on accepte l'interprétation de Voltaire, on peut cependant justifier cette construction par des exemples classiques ; Rotrou (Saint-Gen. 11,8) :

De César, de son maître, il paie ainsi l'estime Et rcconnoit si mal qu lui veut tant de bien.

Molière (Don Juan, III, 2i : « Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. »

4. Reconno ître, — maître ; cette façon de rimer dont on cite de nombreux exempl. s chez Corneille et chez Racine démontre l'analogie qui existait dans la prononciation entre !es diphtongues ai et oi, qui se rapprochait du son oué ou onè. V. Chass., Gram. franc. § 13 et L08.

5. Vous donneroit la loy. L'expression courante serait aujourd'hui, faire la loi. — Donner la loi est une tournure particulière à Corneille :

Sans lui i'obéirois où. je donne la lot.

(Eor. V, 3.)

Que lui doit importer qui donne iai la loi.

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