‹ PompéeChapitre 85 sur 203 · Vari Je luy garde une flame exempte d'infamie · texte numérisé non relu

Vari Je luy garde une flame exempte d'infamie

Ci. Var. Quand elle avoue aimer, s'asseure d'estre aimée, Et de quelque beau feu que Son cœur soit épris, Ne s'expose jamais aux hontes d un mépris (li5'ti-56). Autre :

Jamais ne dit qu'elle aime, à moins que d'estre aimée (1600). Voltaire critique avec raison cette maxime générale, et répond par

£t que les plus beaux feux dont son cœur soit épris IS'oseroient l'exposer aux hontes d'un mépris.

Nostre séjour à Rome enflama son courage1; Là j'eus de son amour le premier témoignage, 390

Et depuis, jusqu'icy chaque jour ses courriers M'apportent en tribut ses vœux et ses lauriers2; Par tout, en Italie, aux Gaules3, en Espagne, La Fortune le suit, et l'amour l'accompagne4; Son bras ne dompte point de Peuples ny de lieux 395

Dont il ne rende nommage au pouvoir de mes yeux5, Et, de la mesme main dont il quitte l'épée Fumante encore du sang des amis de Pompée6, 11 trace des soupirs7, et, d'un style plaintif, Dans son champ de victoire il se dit mon captif. • 400

Ouv, tout victorieux8 il m'écrit de Pharsale,

les exemples de l'Infante du Cid, et d'Hermione, qui avouent qu'elles aiment, sans cependant être aimées. Il pouvait également citer Phèdre. Y a-t-il. en effet, une scène plus pathétique et plus humaine tout ensemble, que celle ou Phèdre laisse échapper devant sa confidente Œnone l'aveu d'un amour non partagé?

1. Courage est pris ici, comme plus haut, dans le sens de cœur (Voy. le vers 293).

raeillè cite ces vers et fait allusion à toute cette scèn^, dans VExamen de Polyeucte, à propos d'une objection que souiève fréquemment notre théâtre classique: les se rets que les personnages révèlent à leurs confidents ne sont-ils pas souvent déjà connus de ces derniers lonytern; s avant le moment où cette révélation se fa.it devant les spectateurs? Voir cette cita: ion. page \i.

3. Ai'j' Gaules. L'on sait que la préposition à exprime très-souvent au XVIIe siècle le rapport que nous exprimons aujourd'hui par en. dans.

4. Ce style allégorique paraîtrait bien choquant si les vers qui suivent n'étaient : lus mauvais encore. Voir notre n tice, page xxi-

5. C'est ainsi que s'exprimaient les héroïnes de Mlle de Scudèry, ou Bélise:

Pourvu que ces transports, par l'honneur éclairé*. N'offrent à mes autels que des vœux épurés.

[Fem. sav., I. i.)

6. Le vers serait beau, n'était cette série de génitifs qui le gâtent.

'. Il trace des soupirs. Figure hardie dont on peut rapprocher quelques exemples :

L"un peut tr.icer en vers une amoureuse flamme.

(Bon.., A. }ioct.) les laits de soi règne avec soin amassas Par de fidèles mains chaque jour sout tracés.

(Rac , Eslh., II. 1.)

c César qui trace des soupirs d'un style plaintif, n'est point Césqr; et ce ridicule augmente encore par celui de l'expression. On ne parlerait pas autrement de Corydon dans une èglogue. Est-il possible qu'on ait dit que Corneille a banni la galanterie de ses pièces l II ne l'a traitée que trop ; elle était alors la base de tous les ouvrages d imagination. » (Volt.)

8. Tout victorieux. Tout devant un adjectif correspond habituellement à complètement, ou à quoique. Ici l'on doit, semble-t-il, l'entendre dans le sens de : tout aussitôt que, à peine. . .

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