‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 110 sur 122 · M A RT I A N · texte numérisé non relu

M A RT I A N

Ah ! Ciel ! quelle est sa ruse ?

Martian aime Eudoxc , et sa mere l’abuse!

Par l’horreur d’un hymen qu’il croit incestueux , De ce Prince à sa fille elle assure les vœux ,

HERACLIUS

Et son ambition, adroite à le séduire.

Le plonge en une erreur dont elle attend l’Empire,

Ce n’est que d’aujourd’hui que je sais qui je suis;

Mais de mon ignorance elle espéroit ces fruits ,

Et me «endroit encor la vérité cachée.

Si tantôt ce billet ne l’en eût arrachée.

P H o c A s , à Exupere.

La méchante l’abuse aussi-bien que Phocas.

Exupere.

Elle a pu l’abuser, et ne l’abuser pas.

Phocas.

Tu vois comme la fille a part au stratagème.

Exupere.

Et que la mere a pu l’abuser elle-même.

Phocas.

Que de pensers divers ! que de soucis flottans !

Exupere.

Je vous en tirerai , Seigneur , dans peu de tems,

Phocas.

Dis-moi , tout est-il prêt pour ce juste supplice? Exupere.

Oui, si nous connoissions le vrai fils de Maurice. Héraclxus.

Pouvez-vous en douter, apres ce que j’ai dit?

Ma rt I A N.

Donnez-vous à l’erreur encor quelque crédit ?

HÉRaclius, à Martiiin.

Ami , rends-moi mon nom , la faveur n’est pas grande , Ce n’est que pour mourir que je te le demande }

Reprends ce triste jour que tu m’as racheté ,

Ou rends-moi cet honneur que tu m’as presque ôté, M A R T I A N.

Pourquoi, de mon Tyran volontaire victime.

Précipiter vos jours pour me noircir d’un crime? Prince , qui que je sois , j’ai conspiré sa mort ,

Et nos noms au dessein donnent un divers sort : Dedans Héraclius il a gloire solide ,

Et dedans Martian il devient parricide.

Puisqu’il faut que je meure, illustre ou criminel. Couvert ou de louange ou d’opprobre éternel.

Ne souillez point ma mort , et ne veuillez pas faire Du vengeur de l’Empire un assassin d’un perc.

Héracliu s.

Mon nom seul est coupable , et, sans plus disputer. Pour te faire innocent, tu n’as qu’à le quitter:

Il conspira lui seul , tu n’en es point complice ;

Ce n’est qu’Héraclitis qu’on envoie au supplice.

Sois son fils , tu vivras.

Si je Pavois été ,

Seigneur , ce traître en vain m’auroit sollicité ;

Et , lorsque contre vous il m’a fait entreprendre ,

La nature, en secret, auroit su m’en défendre. Héraclius.

Apprends donc qu’en secret mon cœur t’a prévenu* J’ai voulu conspirer; mais on m’a retenu ,

Et, dedans mon péril, Léontine timide....

Martian.

N'a pu voir Martian commettre un parricide.

Fij

HÉRACLIUS

HÉRACLIUS

•• Toi que de Pulchérie elle a fait amoureux ,

Juge sous les deux noms ton dessein et tes feux.

Elle a rendu pour toi l’un et l’autre funeste , V

Martian parricide , Héraclius inceste,

Et n’eût pas eu pour moi d’horreur d’un grand forfait , Puisque dans ta personne elle en pressoit l’effet.

Mais ellem’cmpcchoit de hasarder ma tctc ,

Espérant par ton bras me livrer ma conquête.

Ce favorable aveu , dont elle t’a séduit,

T’exposoit aux périls pour m’en donner le fruit.

Et c’étoit ton succès qu’attendoit sa prudence Pour découvrir au peuple ou cacher ma naissance.

Hélas î je ne puis voir qui des deux est mon fils ,

Et je vois que tous deux ils sont mes ennemis !

En ce piteux état quel conseil dois-je suivre ?

J’ai craint un ennemi ; mon bonheur me le livre :

Je sais que de mes mains il ne se peut sauver ;

Je sais que je le vois et ne puis le trouver.

La nature tremblante , incertaine, étonnée.

D’un nuage confus couvre sa destinée,

L’assassin, sous cette ombre, échappe à ma rigueur, Et , présent à mes yeux , il se cache en mon coeur.... Martian.... A ce nom aucun ne veut répondre ,

Et l’amour paternel ne sert qu’à me confondre.

Trop d’un Héraclius en mes mains est remis :

Je tiens mon ennemi ; mais je n’ai plus de fils,...

Que veux-tu donc , nature ! et que prétends-tu faire ?

Si je n’ai plus de fils , puis-je encore être pere ?

De quoi parle à mon coeur ton murmure imparfait ?

Ne me dis rien du tout, ou parle tout-à-fait.

Qui que ce soit des deux que mon sang ait fait naître *

Qu laisse-moi le perdre, ou fais-le moi connoîcre

t» v O toi , qui que tu sois , enfant dénaturé ,

Et trop digne du sort que tu t’es procuré ,

Mon trône est-il poar toi plushonteux.qu’unsupplice? ... O malheureux Phocas !.... O trop heureux Maurice !

Tu recouvres deux fils pour mourir après toi ,

Et je n’en puis trouver pour régner après moi ! Qu’aux honneurs de ta mort je dois porter envie , ‘ Puisque mon propre fils les préfère à sa vie !

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