‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 111 sur 122 · PHOCAS, HÊRACLTUS , MARTI AN , CRISPE · texte numérisé non relu

PHOCAS, HÊRACLTUS , MARTI AN , CRISPE

EXUPERE , LÉONTINE , Gardes.

Crispe, à Phocas.

S eigneur , ma diligence enfin a réussi ,

J’ai trouvé Léontine , et je l’amene ici.

Phocas, à Le'ontine.

Approche , malheureuse !

HÉRACLIUS, à Léontine:

Avouez tout , Madame ;

J’ai tout dit.

Léontine, à Héraclius.

Quoi i Seigneur ?

Fiij

HÉRACLIUS

Tu l’ignores, infâme 1

Qui des deux est mon fils ?

Qui vous en fait douter ?

HÉRACLIUS, à Léontine.

Le nom d’Héraclius que son fils veut porter.

Il en croit ce billet et votre témoignage ;

Mais ne le laissez pas dans l’erreur davantage.

N’attends pas les tourmens , ne me déguise rien. M’as-tu livré ton fils ? as-tu changé le mien î Léontini.

Je t'ai livré mon fils , et j’en aime la gloire:

Si je parle du reste , oseras-tu m’en croire ?

Et qui t’assurera que pour Héraclius ,

Moi qui t’ai tant trompé., je ne te trompe plus!.

N’importe , fais-nous voir quelle haute prudence En des tems si divers leur en fait confidence ,

A l’un depuis quatre ans , à l’autre d’aujourd’hui.

I.ÉONTINE, montrant les deux Princesi Le secret n’en est su ni de lui , ni de lui ;

Tu n’en sauras non plus les véritables causest Devine , si tu peux , et choisis , si tu l’oses.

L’un des deux est ton fils , l’autre ton Empereur. Tremble dans ton amour , tremble dans ta fureur Je te veux toujours voir, quoi quêta rage fasse . Craindre ton ennemi dedans ta propre race , Toujours aimer ton fils dedans ton ennemi >

Sans Etre ni Tyran , ni pere qu’à demi.

Tandis qu’autour des deux tu perdras ton étude..

Mon ame jouira de ton inquiétude ;

. le rirai de ta peine, ou si tu m’en punis ,

- Tu perdras avec moi le secret de ton fils.

Et si je les punis tous deux sans les connoître ,

L’un comme Héraclius , l’autre pour vouloirl’être ? Léontine.

le m’en consolerai , quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre en se coupant le bras*

Et de la même main son ordre tyrannique ,

Venger Héraclius dessus son fils unique..

Phocas.

Quelle rcconnoissance , ingrate 1 tu me rends Des bienfaits répandus sur toi , sur tes parens ,

De t’avoir confié ce fils que tu me caches ,

D’avoir mis en tes mains ce cœur que tu m’arrache * 9 D’avoir mis à tes pieds ma Cour qui t’ adorait I Rends-moi mon fils , ingrate !

Léontine.

Il m’en désavoueroit »

Et ce fils , quel qu’il soit , que tu ne. peux connaître*

A le cœur assez bon pour ne vouloir pas l’être. Admire sa vertu qui trouble ton repos.

C’est du fils d’un Tyran que j’ai fait ce Héros;

Tant ce qu’il a reçu d'heureuse nourriture Dompte ce mauvais sang qu’il eut de la- naturel C’est assez dignement répondre à tes bienfaits *

Que d’avoir dégagé ton fils de tes forfaits*

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