SCENE VI
EXÜtERE, LEONTINE.
On ne peut nous entendre. Il est juste , Madame , Que je vous ouvre enfin jusqu’au fond de mon amc. C’est passer trop long-tems pour traître auprès de vous : Vous haïssez Phocas ; nous le haïssons tous.
Léontine.
Oui , c’est bien lui montrer ta haine et ta colere ,
Que lui vendre ton Prince et le sang de ton pere.
L’apparence vous trompe , et je suis en effet...
Léontine.
L’homme le plus méchant que la nature ait fait.
Ce qui passe i vos yeux pour une perfidie...
Léontine.
Cache une intention fort noble et fort hardie l E x u P E R E.
Pouvez-vous en juger , puisque vous l’ignorez ? Considérez l’état de tous nos Conjurés ;
Il n’est aucun de nous à qui sa violence N’ait donné trop de lieu d’une juste vengeance,
Et , nous en croyant tous dans notre ame indigné Le Tyran du palais nous a tous éloignés.
11 y fallait rentrer par quelque grand service.
HÉR ACLIUS,
Léon t i n e.
Et tu crois m’éblouir avec cet artifice?
Madame , apprenez tout. Je n’ai rien hasardé î Vous savez de quel nombre il est toujours gardé. Pouvions-nous le surprendre , ou forcer les cohortes Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes ? Pouvions-nous mieux, sans bruit, nous approcher de lui? Vous voyez la posture où j’y suis aujourd’hui :
Il me parle , il m’écoute , il me croit , et lui-même Se livre entre mes mains , aide à mon stratagème. * C’est par mes seuls conseils qu’il veut publiquement Du Prince Héraclius faire le châtiment ,
Que sa milice éparse à chaque coin des rues A laissé du palais les portes presque nues :
Je puis en un moment m’y rendre le plus fort ;
Mes amis sont tout prêts : c’en est fait , il est mort ,
Et j’userai si bien de l’accès qu’il me donne ,
Qu’aux pieds d’Héraclius je mettrai sa couronne.
Mais après mes desseins pleinement découverts ,
De grâce , faites-moi connoître qui je sers ,
Et ne le cachez plus à ce coeur qui n’aspire Qu’à le rendre aujourd’hui maître de tout l’Empire* Léontine.
Esprit lâche et grossier , quelle brutalité Te fait juger en moi tant de crédulité ?
Va , d’un piège si lourd l’appas est inutile *
Traître ! et si tu n’as pas de ruse plus subtile. . .
Je vous dis vrai , Madame , et vous dirai de plus.,, •
Léontine.
Ue me fais point ici de contes superflus:
L’effet à tes discours ôte toute croyance.
ifa bien î demeurez donc dans votre défiance j Je ne demande plus , et ne vous dis plus rien : Gardez votre secret , je garderai le mien.
Puisque je passe encor pour homme à vous séduire » Venez dans la prison où je vais vous conduire :
Si vous ne me croyez , craignez ce que je puis ; Avant la fin du jour vous saurez qui je suis.
Fin du quatrième Acte .
HÊRACLIUS,