‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 113 sur 122 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Çuiili confusion étrange De deux Princes fait un mélange Qui met en discord deux amis !

Un pere ne sait où se prendre ,

Et plus tous deux s’osent défendre Du titre infâme de son fils ,

Plus eux-mêmes cessent d’entendre Les secrets qu’on leur a commis.

Léontine avec tant de ruse Ou me favorise , ou m’abuse ,

Qu’elle brouille tout notre sort ;

Ce que j’en eus de connoissance Brave une orgueilleuse puissance Qui n’en croit pas mon vain effort ,

Et je doute de ma naissance Quand on me refuse la mort.

Ce fier Tyran qui me caresse Alowtrc pour moi tant de tendresse ,

Que

Que mon coeur s’en laisse alarmer.

Lorsqu’il me prie et me conjure , Son amitié paroît si pure ,

Que je ne saurois présumer Si c’est par instinct de nature»

Ou par coutume de m’aimer.

Dans cette croyance incertaine , î’ai pour lui des transports de haine Que je ne conserve pas bien ;

Cette grâce qu’il veut me faire Etonne et trouble ma colere ,

Et je n’ose résoudre rien ,

Quand je trouve un amour de pere En celui qui m’ôta le mien.

Retiens, grande ombre de Maurice»

Mon ame au bord du précipice Que cette obscurité lui fait »

Et m’aide à faire mieux connoître.

Qu’en ton fils Dieu n’a pas fait naître Un Prince à ce point imparfait.

Ou que je méritois de l’être ,

Si je ne le suis en effet.

Soutiens ma haine qui chancelle j Et, redoublant pour ta querelle Cette noble ardeur de mourir ,

Pais voir. , , Mais il m'exauce , on vient me secourir.

Bilicnus. ECLCHÉKUfflj

O Ciel ! quel bon démon devers moi vous envoie u Madame ?

Le Tyran qui veut que je vous voie ,

Et met tout en usage afin de s’éclaircir.

Héraclius.

Par vous-m6me en ce trouble il pense réussir l

PULCIIÉRIE.

Il le pense , Seigneur ; et ce brutal espere,

Mieux qu’il ne trouve un fils, que je découvre un frere^, Comme si j’étois fille à ne lui rien céler De tout ce que le sang pourroit me révéler.

Héraclius.

Puisse-t-il, par un trait de lumière fidele.

Vous le mieux révéler qu’il ne me le révélé.

Aidez-moi cependant , Madame , à repousser Les indignes frayeurs dont je me sens presser.

Pulchérie.

Ah ! Prince , il ne faut point d’assurance plus claire î Si vous craignez la mort, vous n’êres point mon frere: Ces indignes frayeurs vous ont trop découvert. Héraclius.

Moi, la craindre, Madame? Ahi je m’y suis offert.

Qu’il me traite en Tyran , qu’il m’envoie au supplice : Je suis Héraclius, je suis fils de Maurice ;

Sous ces noms précieux je cours m’ensevelir, m’étonne si peu que je l’en fais pâlir, àis il me traite en perc , il me flatte, il m’embrasse ; Je n’en puis arracher une seule menace :

J’ai beau faire et beau dire, afin de l'irriter.

Il m’écoute si peu qu’il me force à douter.

Malgré moi comme fils toujours il me regarde ;

Au lieu d’être en prison je n’ai pas même un garde. Je ne sais qui je suis et crains de le savoir ;

Je veux ce que je dois , et cherche mon devoir.

Je crains de le haïr , si j’en tiens la naissance ;

Joie plains de m’aimer , si je m’en dois vengeance. Et mon cœur indigné d’une telle amitié.

En frémit de colere et tremble de pitié.

De tous ses mouvemens mon esprit sc défie t Il condamne aussi-tôt tout ce qu’il justifie ;

La colere , l’amour , la haine et le respect Ne me présentent rien qui ne me soit suspect.

Je crains tont, je fuis tout, et, dans cette aventure. Des deux côtés en vain j’écoute la nature.

Secoure* donc un frere en ces perplexités.

PULCJIÉRIE.

Ah ! vous ne l’êtes point , puisque vous en doutez ! Celui qui comme vous prétend à cette gloire,

D’un courage plus ferme en croit ce qu’il doit croire. Comme vous on le flatte ; il y sait résister :

Rien ne le touche assez pour le faire douter,.

Ci|

te HÉRACLIUS,

Et le sang , par un double et secret artifice *

Parle en vous pour Phocas , comme en Iuipour Maurice.

HÉRACLIUS

A ccs marques en lui connoisscz Martian ;

Il a le cœur plus dur étant fils d'un Tyran.

La générosité suie la belle naissance ,

La pitié l’accompagne et la reconnoissance.

Hans cette grandeur d’ame un vrai Prince affermi Est sensible aux malheurs même d’un ennemi :

La haine qu’il lui doit ne sauroit le défendre ,

Quand il s’en voit aimé , de s’en laisser surprendre > Et trouve assez souvent son devoir arrêté Par l’effort naturel de sa propre bonté.

Cette digne vertu de l’ame la mieux née ,

Madame , ne doit pas souiller ma destinée.

Je doute , et si ce doute a quelque crime en soi,

C’est assez m’en punir que douter comme moi ;

Et mon cœur , qui sans cesse en sa faveur se flatte , Cherche qui le soutienne , et non pas qui l’abatte :

Il demande secours pour mes sens étonnés ,

Et non le coup mortel dont vous m’assassinez. Pulchéris.

L’œil le plus éclairé sur de telles matières ,

Peut prendre de faux jours pour de vives lumières;

Et , comme notre sexe ose assez promptement Suivre l’impression d’un premier mouvement ,

Peut-être qu’en faveur de ma première idée ,

Ma haine pour Phocas m’a trop persuadée.

Son amour est pour vous un poison dangereux ;

Et quoique la pitié montre un cœur généreux.

Celle qu’on a pour lui de ce rang dégénère.

Vous le devez haïr, et fût-il votre pere ,

Si ce titre est douteux , son crime ne l’est pas.

Qu’il vous offre sa grâce , ou vous livre au trépas ,

Il n’est pas moins Tyran quand il vous favorise, Puisque c’est ce coeur meme alors qu’il tyrannise.

Et que votre devoir, par-là mieux combattu ,

, Prince, met en péril jusqu’à votre vertu.

Douter ; mais haïssez , et quoi qu’il exécute ,

Je douterai d’un nom qu’un autre vous dispute.

En douter lorsqu’en moi vous cherchez quelque appui. Si c’est trop peu pour vous, c’est assez contre lui. L’un de vous est mon frere , et l’autre y peut prétendre. Entre tant de vertus mon choix sc peut méprendre; • Mais je ne puis faillir, dans votre sort douteux,

A chérir l’un et l’autre , et vous plaindre tous deux. J’espcrc encor pourtant: on murmure, on menace» Un tumulte , dit-on , s’élève dans la place :

Exuperc est allé fondre sur ccs mutins 5 Et peut-être dc-là dépendent nos destins. ...

Mais Phocas entre.

GH

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