‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 114 sur 122 · CENE III · texte numérisé non relu

CENE III

HÉRACLIUS, MAR PULCHÉRIE, Gardes.

Eh ! bien, sc rendra-t-il, Madame ?

PULCHÉRIE

Quelqu’ effort que je fasse à lire dans son ame ,

Je n’en rois que l’effet que je m’étois promis :

Je trouve trop d’un frere, et vous trop peu d’un fils, c

Ainsi le Ciel vous veut enrichir de ma perte.

PUCHÉRIt.

Il tient en ma faveur leur naissance couverte :

Ce frere qu’il me rend seroit déjà perdu ,

Si dedans votre sang il ne l’eût confondu.

P H o c A s , fl Pulchirie.

Cette confusion peut perdre l’un et l’autre:

En faveur de mon sang je ferai grâce au vôtre;

Mais je veux le connoîtrc, et ce n’est qu’à ce prix Qp’en lui donnant la vie il me rendra mon fils....

( à Héruclius. )

Pour .la dernicrc fois , ingrat ! je t’en conjure ;

Car enfin c’est vers toi que penche la nature ,

Et je n’ai point pour lui ces doux empressemens ,

Qui d’un cœur paternel font les vrais mouvemens.

Ce cœur s’attache à toi par d’invincibles charmes.

En crois-tu mes soupirs ? en croiras-tu mes larmes ? Songe avec quel amour mes soins t’ont dlcvé ,

Avec quelle valeur son bras t’a conservé.

Tu nous dois à tous deux.

Et pour rcconnoissance

Je vous rends vo^re fils , je lui rends sa naissance.

Tu mel’ôtcs, cruel! et le laisses mourir.

Héraclius.

j Je meurs pour vous le rendre et pour le secourir,

’C’est me l’ôter assez que ne vouloir plus l’être.

HÉRACLIUS

C’est vous le rendre assez que le faire connoître.

C’est me l’ôter assez que me le supposer.

H ér a c n u s.

C’est vous le rendre assez que vous désabuser.

Laisse-moi mon erreur, puisqu’elle m’est si chere 1 Je t’adopte pour fils; accepte-moi pour pere:

Fais vivre Héraclius, sous l’un ou l’autre sort.

Pour moi, pour toi, pour lui fais-toi ce peu d’effort. Héraclius.

Ah ! c’en est trop enfin , et ma gloire blessée Dépouille un vieux respect où je l’avois forcée.

De quelle ignominie osez-vous me flatter ?

Toutes les fois, Tyran! qu’on sc laisse adopter,

On veut une maison illustre autant qu’amie,

So H É R A C L I US,

On cherche de la gloire et non de l’infamie ;

Et ce seroit un monstre horrible à vos États Que le fils de Maurice adopté par PHocas.

Va, cesse d’espérer la mort que tu mérites;

Ce n’est que contre lui , lâche ! qucjtu m’irrites ï Tu te veux rendre en vain indigne de ce rang.

Je m’en prends à la cause , et j’.épargne mon sang. Puisque ton amitié de ma foi se défie,

Jusqu’à prendre son nom pour lui sauver la vie.,.. Soldats, sans plus tarder, qu’on l’immole à ses yeux. Et sois , après sa mort , mon fils , si tu le veux.

Héraclius, aux soldais. %

Perfides ! arrêtez.

Prince?

Ah ! que voulez-vous faire * HiRAcnus.

Sauver le fils de la fureur du perc.

Conservez-Iui ce fils qu’il ne cherche qu’en vous; ;Nc troublez point un sort qui lui semble si doux : C’est avec assez d’heur qu’Héraclius expire, Puisque c’est en vos mains que tombe son Empire. Le Ciel daigne bénir votre sceptre et vos jours !

Phocas.

C’est trop perdre de tems à souffrir ces discours. Dépêche Octavian.

Je suis, . . .

HÉRACLius, à Octavian.

N’attente rien, barbare!

Avoue enfin.

Ht mon caur.

Héracliv s.

Je tremble, je m’égare.

( à Octavian.) Frappe.

P H O C A s , à Hé raclius.

Tu pourras à loisir y penser.

Héraclius.

Arrête 1 je suis Puis-je le prononcer?

Achevé, ou..,.

Héraclius,

Je suis donc , s’il faut que je le die , Ce qu’il faut que je sois pour lui sauver la vie.

Oui, je lui dois assez , Seigneur, quoi qu’il en soit. Pour vous payer pour lui de l’amour qu’il vous doit; Et je vous le promets entier , ferme , et sincère.

Et tel qu’Héraclius l’auroit pour son vrai pere. J’accepte en sa faveur ses parens pour les miens ;

Mais sachez que vos jours me répondront des siens. Vous me serez garant des hasards de la guerre ,

Des ennemis secrets , de l’éclat du tonnerre ;

Et, de quelque façon que le courroux des Cieux Me prive d’un ami qui m’est si précieux ,

9i HÉRACLIUS,

„c vengerai sur vous, et fussiez -vous mon pere. Ce qu’aura fait sur lui leur injuste colère.

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