‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 118 sur 122 · S», OSE NE VI · texte numérisé non relu

S», OSE NE VI

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lR ACLiy$» MARTIAN, PULCHÉRIE.

PVtCHÉlII.

•*îJiE lâche ! il vous flattoit lorsqu’il trembîoit dans l'ame !

Mais tel est d’un Tyran le naturel infâme ,

Sa douceiç n’a jamais qu’un mouvement contraint; S*il ne craint il opprime, et s’il n’opprime il craint ; X/une et l’autre fortune en montre la foiblesse ;

1,’une n’est qu’insolence , et l’autre que bassesse.

A peine est-il sorti de ses lâches terreurs ,

Qu’il a trouvé pour moi le comble des horreurs

Mes freres, puisqu’enfin vous voulez tousdeux l’être , Si vous m’aimez en sœur, faites-le moi paroître.

Héraclivs.

Que pouvons-nous tous deux , lorsqu’on tranche nos jours ?

P UtCHÉRIt.

i Un généreux conseil est un puissant secours.

Martian.

Il n’est point de conseil qui vous soit salutaire ,

Que d’épouser le fils pour éviter le perc ; ï/horreur d’un mal plus grand vous y doit disposer.

PULCHÉRII.

Qui me le montrera , si je veux l’épouser ?

Ss HÉRACLIUS,'

Et, dans cet hyménée à ma gloire funeste.

Qui me garantira des périls de l’inceste ?

Je le vois trop à craindre et pour vous et pour nous i *- jg Mais , Madame , on peut prendre un vain titre d’époux » P Abuser du Tyran la rage forcenée ,

Et vivre en frere et sœur sous un feint hyéténée.

Pulchérie.

Teindre , et nous abaisser à cette lâcheté 1

Pour tromper un Tyran c’est générosité , *. *

Et c’est mettre , en faveur d’un frere qu’il vous donne %. Deux ennemis secrets auprès de sa personne ,

Qui dans leur juste haine , animés et constans.

Sur l’ennemi commun sauront prendre leur tems*

Et terminer bientôt la feinte avec sa vie.

PULCHÉRII.

Pour conserver vos jours et fuir mon infamie. Peignons; vous le voulez , et j’y résiste en vain.

Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main ?

Qui veut feindre avec moi ? qui sera mon complice î Héraclius.

Vous, Prince, à qui le Ciel inspire l’artifice.

Vous , que veut le Tyran pour fils obstinément. Héraclius.

Vous , qui depuis quatre ans la servez en amant.

Vous saurez mieux qus moi surprendre sa tendresse.

Héraclius.

Vous saurez mieux que moi la traiter de maîtresse.

Vous aviez commencé tantôt d’y consentir.

PULCHÉRIE

Ah ! Princes, votre cœur ne peut se démentir,

p -Jy ;

Et vous l’avex tous deux trop grand, trop magnanime Pour souffrir sans horreur l’ombre même d’un crime.

Je vous connoissois trop pour juger autrement Et de votre conseil et de l’événement ,

Et je n’y déférois que pour vous voir dédire.

Toute fourbe est honteuse aux cœurs nés pour l’Empire } Princes, attendons tout, sans consentir à rien.

Héracl ius.

Admirez cependant quel malheur est le mien 1 L’obscure vérité , que de mon sang je signe ,

Du grand nom qui me perd ne me peut rendre digne} On n’en croit pas ma mort , et je perds mon trépas , Puisque , mourant pour lui , je ne le sauve pas.

Voyez d’autre côté quelle est ma destinée ,

Madame; dans le cours d’une seule journée.

Je suis Héraclius , Léonce et Martian ,

Je sors d’un Empereur , d’un Tribun , d’un Tyran. De tous trois ce désordre en un jour me fait naître , Pour me faire mourir enfin sans me connoître.

PULCHÉRIE

Cédez , cédez tous deux aux rigueurs de mon sort ;

H ij

*3 HÉRACLIUS

Il a fait contre vous un violent effort :

Votre malheur est grand ; mais , quoi qu’il en succédé, La mort qu’on me refuse en sera le remede t Et moi.... Mais que nous veut ce perfide ?

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