CÉSAR, ANTOINE, LÉ P IDE
CÉSAR
«Antoine, avez-vous vu cette Reine adorable?
Antoine.
Oui, Seigneur, je l’ai vue, elle est incomparable; Le Ciel n’a point eiicor , par de si doux acccrds , Uni tant de vertus aux grâces d’un beau corps.
Une majesté douce épand sur son visage De quoi s’assujettir le plus noble courage ;
Scs yeux savent ravir , son discours sait charmer ,
Et si j’étois César, je la voudrois aimer.
CÉSAR
Comme a-t-elle reçu les offres de ma flamme ? Antoine.
Comme n’osant la croire et la croyant dans l’ame j Par un refus modeste et fait pour inviter ,
Elle s’en dit indigne , et la croit mériter.
CÉSAR
En pourrai-je être aimé ?
Antoine.
Douter qu’elle vous aime.
Elle qui de vous seul attend son diadème ,
Qui n’espere qu’en vous ! douter de scs ardeurs ,
Vous qui pouvez la mettre au faîte des grandeurs ! Que votre amour sans crainte à son amour prétende :
44 POMPÉE
Au vainqueur de Pompée il faut que tout se rende » Et vous l’éprouverez. Elle craint toutefois L’ordinaire mépris que Rome fait des Rois ,
Et sur-tout elle craint l’amour de Calpurnie ;
Mais l’une et l’autre crainte à votre aspect bannie » Vous ferez succéder un espoir assez doux ,
Lorsque vous daignerez lui dire un mot pour vous.
Allons donc l’affranchir de ces frivoles craintes ,
Lui montrer de mon coeur les sensibles atteintes ; Allons , ne tardons plus.
Antoine.
Avant que de la voir *
Sachez que Cornélie est en votre pouvoir;
Septime vous l’amene orgueilleux de son crime .
Et pense auprès de vous se mettre en haute estime. Dès qu’ils ont abordé, vos chefs, par vous instruits. Sans leur rien témoigner les ont ici conduits.
CÉSAR
Qu’elle entre... Ah ! l’importune et fâcheuse nouvelle! Qu’à mon impatience elle semble cruelle !
O Ciel 1 et ne pourrai-je enfin à mon amour Donner en liberté ce qui reste de jour ?