‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 27 sur 122 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PTQLOMÉE, ACHILLAS, PHOTIN.

Ptoloméi.

u o i ! de la meme main et de la même épée Dont il vient d’immoler le malheureux Pompée, Septime par César indignement chassé ,

Dans un tel désespoir à vos yeux a passé ?

Achillas.

Oui, Seigneur, et sa mort a de quoi vous apprendre la honte qu’il prévient et qu’il vous faut attendre, fugezquel est César à ce courroux si lent.

Un moment pousse et rompt un transport violent i Mais l’indignation qu’on prend avec étude , Augmente avec le tems et porte un coup plus rude. Ainsi n’espérez pas de le voir modéré :

Par adresse il se fâche après s’être assuré ;

Sa puissance établie , il a soin de sa gloire :

Il poursuivoit Pompée et chérit sa mémoire.

Et veut tirer à soi, par un courroux accort ,

L’honneur de sa vengeance et le fruit de sa mort.

pompée;

PlOLOMÉï.

Ah ! si je t'avois cru , je n’aurois pas de maître !

Je serois dans le trône où le Ciel m’â fait naître ;

Mais c’est une imprudence assez commune aux Rois , D’écouter trop d’avis , et se tromper au choix.

Le destin les aveugle au bord du précipice ;

Ou si quelque lumière en leur ame se glisse ,

Cette fausse clarté , dont il les éblouit ,

Les plonge dans un gouffre , et puis s’évanouit.

J’ai mal connu César ; mais puisqu’en son estime Un si rare service est un énorme crime ,

Il porte dans son flanc de quoi nous en laver :

C’cst-là qu’est notregrace.il nous l’y faut trouver.

Je ne vous parle plus de souffrir sans murmure. D’attendre son départ pour venger cette injure >

Je sais mieux conformer les remedes au mal :

Justifions sur lui la mort de son rival ,

Et notre main alors également trempée ,

Et du sang de César , et du sang de Pompée ,

Rome , sans leur donner de titres différons ,

Sc croira par vous seul libre de deux Tyrans.

Ptolomée.

Oui , par-là seulement ma perte est évitable ;

C’est trop craindre un Tyran que j’ai fait redoutable: Montrons que sa fortune est l’œuvre de nos mains , Deux fois en meme jour disposons des Romains, Taisons leur liberté comme leur esclavage....

César , que tes exploits n’enflent plus ton courage; Considéré les miens , tes yeux en sont témoins

tragédie; ,i

Pompée étoit mortel , et tu ne l’es pas moins ;

Il pouvoit plus que toi , tu lui portois envie :

Tu n’as, non plus que lui , qu’une amc et qu’une vie ; Et son sort que tu plains te doit faire penser Que ton cœur est sensible , et qu’on peut le percer, Tonne, tonne à ton gré, fais peur de ta justice; C’est à moi d’apaiser Korac par ton supplice ,

C’est à moi de punir ta cruelle douceur ,

Qui n’épargne en un Roi que le sang de sa soeur.

Je n’abandonne plus ma vie et ma puissance Au hasard de sa haine , ou de ton inconstance ;

Ne ctois pas que jamais tu puisses, à ce prix , Récompenser sa flamme , ou punir scs mépris.

J’emploierai contre toi de plus nobles maximes :

Tu m'as prescrit tantôt de choisir des victimes ,

De bien penser au choix > j’obéis , et je voi Que je n’en puis choisir de plus digne que toi ,

Ni dont le sang offert , la fumée et la cendre Puissent mieux satisfaire aux mânes de ton gendre,... Mais ce n’est pas assez , amis , de s’irriter :

11 faut voir quels moyens on a d’exécuter.

Toute cette chaleur est peut-être inutile :

Les Soldats du Tyran sont maîtres de la ville ;

Que pouvons-nous contre eux ? et pour les prévenir , Queltems devons-nous prendre, et quel ordre tenir ?

Nous pouvons tout, Seigneur , en l’étatoù nous sommes: A deux milles d’ici vous avez six mille hommes,

Que, depuis quelques jours craignant des remuemens, Je faisois tenir prêts à tous événemens.

ft POMPÉE,

Quelques soins qu’ait César , sa prudence est déçue z Cette ville a sous terre une secrcte issue ,

Par oîx fort aisément on les peut cette nuit Jusques dans le palais introduire sans bruit }

Car contre sa fortune aller à force ouverte ,

Ccscroit trop courir vous-même à votre perte :

Il nous le faut surprendre au milieu du festin.

Enivré des douceurs de l’amour et du vin.

Tout le peuple est pour nous. Tantôt, à son entrée , J’ai remarqué l’horreur que ce peuple a montrée , Lorsqu’avec tant de faste il a vu ses faisceaux Marcher arrogamment et braver nos drapeaux.

Au spectacle insolent de ce pompeux outrage ,

Ses farouches regards étinceloient de rage >

Je voyois sa fureur à peine se dompter ,

F.t, pour peu qu’on le pousse, il est prêt d’éclater. Mais sur-tout , les Romains que commandoit Scptime , Pressés de la terreur que sa mort leur imprime ,

Ne cherchent qu’à venger , par un coup généreux ,

Le mépris qu’en leur chef ce superbe a fait deux. Ptolomée.

Mais qui pourra de nous approcher sa personne.

Si , durant le festin , sa garde l’environne ?

Les gens de Cornélie , entre qui vos Romains Ont déjà reconnu des frères , des germains ,

Dont l’âpre déplaisir leur a laissé paraître Une soif d’immoler leur Tyran à leur maître.

Us ont donné parole , et peuvent mieux que nous Dans les flancs de César porter les premiers coups.

Son faux art de clémence, ou plutôt sa folio*

Qui pense gagner Rome en flattant Cornélic ,

Leur donnera sans doute un assez libre accès.

Pour de ce grand dessein assurer le succès....

Mais voici Cléopâtre; agissez avec feinte.

Seigneur, et ne montrez que foib'essc et que crainte. Nous allons vous quitter, comme objets odieux Dont l’aspect importun offenseroit ses yeux.

Ptoiomée.

Allez , je vous rejoins.

( Achillas et Pholirt sortent.)

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