‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 28 sur 122 · PTOLOMÉE , CLÉOPÂTRE , ACHORÉE , CHARMIOW · texte numérisé non relu

PTOLOMÉE , CLÉOPÂTRE , ACHORÉE , CHARMIOW

Cléopâtre.

J’ai vu César , mon frere,

Et de tout mon pouvoir combattu sa colere.

Ptolomée.

Vous êtes généreuse, et j’avois attendu Cet office de sœur que vous m’avez rendu.

Mais cet illustre amant vous a bientôt quittée. Cléopâtre.

Sur quelque brouillcrie en la ville excitée ,

Il a. voulu lui-même apaiser les débats ,

Qu’avec nos citoyens ont eu quelques soldats;

Et moi , j’ai bien voulu moi-même vous redire

S4 POMPÉE

Que vous ne craigniez rien pour vous, ni votre Empire , Et que le grand César blâme votre action Avec moins de courroux que de compassion.

Il vous plaint d’écouter ces lâches politiques,

Qui n’inspirent aux Rois que des mœurs tyranniques : Ainsi que la naissance ils ont les esprits bas;

En vain on les éleve à régir des États ,

Un cœur né pour servir sait mal comme on commande , Sa puissance l’accable alors qu’elle est trop grande ,

Et sa main , que le crime en vain fait redouter.

Laisse choir le fardeau qu’elle ne peut porter. Ptolomée.

Vous dites vrai , ma sœur , et ces effets sinistres Me font bien voir ma faute au choix de mes Ministres. Si j’avois écouté de plus nobles conseils ,

Je vivrois dans la gloire où vivent mes pareils;

Je mériterois mieux cette amitié si pure

Que pour un frere ingrat vous donne la nature :

César embrasseroit Pompée en ce palais,

Notre Egypte à la terre auroit rendu la paix ,

Et verroit son Monarque, encore à juste titre.

Ami de tous les deux , et peut-être l’arbitre.

Mais , puisque le passé ne peut se révoquer ,

Trouvez bon qu’avec vous mon cœur $’ose expliquer.

Je vous ai maltraitée, et vous êtes si bonne Que vous me conservez la vie et la couronne : Vainquez-vous tout-à-fait , et , par un digne effort, Arrachez Achillas et Photin à la mort.

Elle leur est bien due : ils vous ont offensée ;

Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée.

ir

TRAGÉDIE. ff

Si César les punit des crimes de leur Roi ,

Toute l’ignominie en rejaillit sur moi :

Il me punit en eux, leur supplice est ma peine. Torccz en ma faveur une trop juste haine.

De quoi peut satisfaire un cœur si généreux ,

Le sang abject et vil de ces deux malheureux ?

Que je vous doive tout ! César cherche à vous plaire , Et vous pouvez d’un mot désarmer sa colere.

Cléopâtre.

Si j’avois en mes mains leur vie et leur trépas ,

Je les méprise assez pour ne me venger pas î Mais sur le grand César je puis fort peu de chose. Quand le sang de Pompée à mes désirs s’oppose.

Je ne me vante pas de pouvoir le fléchir :

J’en ai déjà parlé; mais il a su gauchir.

Et, tournant le discours sur une autre matière.

Il n’a ni refusé , ni souffert ma priere.

Je veux bien toutefois encor m’y hasarder ,

Mes efforts redoublés pourront mieux succéder ,

Et j’ose croire...

Ptolomée.

Il vient : souffrez que je l’évite.

Je crains que ma présence à vos yeux ne l’irrite ,

Que son courroux ému ne s’aigrisse à me voir ;

Et vous agirez seule avec plus de pouvoir.

I 11 sort. )

r<r POMPÉE,

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