‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 36 sur 122 · A C H ORÉE · texte numérisé non relu

A C H ORÉE

Oui, Madame, on % vu son bonheur ordinaire... » Cléopâtre.

JDitcs-moi seulement s’il a sauvé mon frere ,

S’il m’a tenu promesse i

Oui , de tout son pouvoir.

Cléopâtre.

C’est-là l’unique point que je voulois savoir....

Madame, vous voyez, les Dieux m’ont écoutée?

Cornélie.

Ils n’ont que différé la peine méritée.

, Cléopâtre.

Vous la vouliez sur l’heure ; ils l’en ont garanti.

Il faudroit qu’à nos vceux il eût mieux consenti.

Cléopâtre, ’

tragédie.

C LÉOPATRI.

Que disiez-vous naguère, et que v iens- je d’entendre ? Accordez ce discours que j’a : peine à comprendre.

A c HORÉE.

Aucuns ordres, ni soins n’ont pu le secourir:

Malgré César et nous , il a voulu périr ;

Mais il est mort, Madame, avec routes les marques Que puissent laisser d’eux les plus dignes Monarques : Sa vertu rappelée a soutenu son rang ,

Et sa perte aux Romains a coûté bien du sang.

11 combattoit Antoine avec tant de courage.

Qu’il emportoit déjà sur lui quelque avantage*,

Mais l’abord de César a changé le destin.

Aussi-toc Achillas suit le sort de Photin :

Il meurt , mais d’une mort trop belle pour un traître , Les armes à la main , en défendant son maître.

Le vainqueur cric en vain qu’on épargne le Roi v Ces mors , au lieu d’espoir , lui donnent de l’effroi : Son esprit alarmé les croit un artifice ,

Pour réserver sa tête à l’aflfront d’un supplice.

Il pousse dans nos rangs , il les perce et fait voir Ce que peut la vertu qu’arme le désespoir ;

Et son cœur , emporté par l’erreur qui l’abuse , Cherche par-tout la mort que chacun lui refuse. Enfin, perdant haleine après ces grands efforts ,

Prêt d’être environné, ses meilleurs soldats morts ,

Il voit quelques fuyards sauter dans une barque ;

11 s’y jette , et les siens , qui suivent leur Monarque , D’un si grand nombre en foule accablent ce vaisseau , . Que la mer l’engloutit avec tout son fardeau.

C’est ainsi que sa mort lui rend toute sa gloire ,

A vous toute l’Egypte , à César la victoire :

Il vous proclame Reine ; et bien qu’aucun Romain Du sang que vous pleurez n’ait vu rougir sa main , Il nous fait voir à tous un déplaisir extrême :

11 soupire , il gémit.... Mais le voici lui-même ,

Qui pourra mieux que moi vous montrer la douleur Que lui donne du Roi l’invincible malheur.

(H sort.)

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