‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 89 sur 122 · PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, MARTIAN · texte numérisé non relu

PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, MARTIAN

HÉRACLIUS

En vain il se promet que sous ectte menace, J’espere an votre cœur surprendre quelque place ;

Votre refus est juste, et j’en sais les raisons.

Ce n’est pas à nous deux d’unir les deux maisons; D’autres destins , Madame, attendent l’un et l’autre t Ma foi m’engage ailleurs aussi-bien que la vôtre ; Vous aurez en Léonce un digne possesseur ;

Je serai trop heureux d’en posséder la sœur.

Ce guerrier vous adore et vous l’aimez de même ;

Je suis aimé d’Eudoxe autant comme je l’aime. Léontine leur mere est propice à nos vœux ,

Et, quelque effort qu’on fasse à rompre ces beaux nœuds. D’un amour si parfait les chaînes sont si belles ,

Que nos captivités doivent être éternelles.

PULCHÉRIE

Seigneur , vous connoissez ce cœur infortuné : Léonce y peut beaucoup , vous me l’avez donné ;

Et votre main illustre augmente le mérite Des vertus dont l’éclat pour lui me sollicite.

Mais à d’autres pensers il me faut recourir:

Il n’est plus tems d’aimer alors qu’il faut mourir ;

Et quand à ce départ une amc se prépare...

Héraclius.

Redoutez un peu moins les rigueurs d’un barbare i Pardonnez-moi ce mot : pour vous servir d’appui ,

J’ai peine à reconnoître encore un pere en lui.

Résolu de périr pour vous sauver la vie ,

Je sens tous mes respects céder à cette envie :

Je ne suis plus son fils , s’il en veut à vos jours ,

Et mon coeur tout entier vole à votre secours.

Pu LCHÉRIE.

C’est donc avec raison que je commence à craindre, - Nonla mort, nonl’hymen oùl’on meveut contraindre» Mais ce péril extrême où , pour me secourir ,

Je vois votre grand coeur aveuglément courir.

Marx ian.

Ah ! mon Prince î... Ah! Madame! il vaut mieux voua résoudre

Par un heureux hymen à dissiper ce foudre.

Au nom de votre amour et de votre amitié ,

Prenez de votre sort tous deux quelque pitié !

Que la vertu du fils , si pleine et si sincere »

Vainque la juste horreur que vous avez dupereî Et , pour mon intérêt n’exposez pas tous deux. . . Héraclius.

Que me dis-tu , Léonce, et qu’est-ce que tu veux }

Tu m’as sauvé la vie, et, pour reconnoissance ,

Je voudrons à tes feux ôter leur récompense!

Et , ministre insolent d’un Prince furieux.

Couvrir de cette honte un nom si glorieux !

Ingrat à mon ami , perfide à ce que j’aime ,

Cruel k la Princesse , odieux à moi-même ! .

i8 HÊRACLIUS,

Je te connois , Léonce , et mieux que tu ne crois !

Je sais ce que tu vaux , et ce que je te dois...

Son bonheur est le mien, Madame; et je vous donne , * Léonce et Martian en la meme personne :

C’est Martian en lui que vous favoriser.

Opposons la constance aux périls opposés.

Je vais près de Phocas essayer la pricre ,

Et si je n’en obtiens la grâce toute entière ,

Malgré le nom de pcrc et le titre de fils ,

Je deviens le plus grand de tous ses ennemis.

Oui , si sa cruauté s’obstine à votrc4>ertc ,

J’irai pour l’empêcher jusqu’à la torce ouverte;

Et puisse , si le Ciel m’y voit rien épargner ,

Un faux Héraclius en ma place régner !....

Adieu , Madame.

( Il sort. )

Page 1