‹ Pompei decrite (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · C. Exacta in Capito · texte numérisé non relu

C. Exacta in Capito

Sous le huitième consulat de Vespasien Empereur Auguste , et sous le sixième de Tite Empereur Auguste ; on l’a vérifiée au Capitole.

Boutique de savon. On voyoit dans la pre-^ mière chambre des monceaux de chaux qui , par la finesse , par l’onctuosité de sa pâte , et par la dureté que ses parties ont acquises en séchant, excitèrent l’étonnement des gens de l’art.

Dans d’autres chambres, au niveau du pavé, sont

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situes les bassins où l’on faisoit condenser le savon.

Ensuite deux autres vendeurs d’eau chaude , dont l’usage étoit fréquent chez les anciens, et dont la grande quantité nous fait connoître la nombreuse population de Pompéi. On trouve un réservoir couvert , qui fournissoit l’eau à la fontaine voisine.

Comme les eaux du Samo étoient trop basses pour s’élever jusque sur la colline de Pompéi, on y avoit peut-être suppléé par un aqueduc qui faisoit une branche de celui de Serino. Nous avons découvert les ruines de ce dernier près du village voisin de Palma.

Petite rue . Maison des Danseuses. An. 1811.

Des décorations variées et de belles peintures couvrent de toutes parts les murs de son atrium toscan. On y observe avec plaisir une bande de canards qui nagent dans un petit lac ; des perspectives de palais à plusieurs étages avec des jardins environnés de cyprès et de platanes ; et enfin un jeune danseur avec un bras légèrement courbé au-dessus de la tête , et un pied qui tombe dans une attitude languissante. Dans cette situation si agréable et si délicate , il semble nous représenter le repos d’un Dieu. On voit ensuite quatre danseuses: elles sont pour nous les témoins des fêtes , des danses et de la joie qui a dû tant de fois égayer cette habitation.

Dans cet Atrium on trouva un des vases de

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bronze le plus élégant que l’on conserve dans le Musée Royal.

La chapelle domestique se présente dans le second appartement : on y voit un autel dédié aux Dieux dispensateurs de la fertilité et des richesses ( Isis et Osiris ). Harpocrate est au milieu d’eux ; il montre une corne d’abondance en or, et impose silence avec le doigt. La chambre à coucher est à gauche. On y admire deux jeunes Divinités qui se dépouillent gracieusement de leurs vêtemens devant Cupidon; un petit génie avec des vases de parfums à la main , des guerriers h cheval qui courent contre des Amazonnes qui , à leur tour , sont portées par des coursiers rapides ; des festons , des oiseaux , de nouvelles danseuses et des Bacchantes très-belles et trèsaimables.

Maison de Narcisse. An. 1811. On y entre par 1 entree secrète ( ce qu’on observe constamment dans toutes les maisons de Pompéi ) et par laquelle , suivant Horace , le maître sortoit en trompant le client, qui l’attendoit dans la cour. ( Ep. 5 . liv. l. ). Un péristyle formé d’élégantes colonnes y règne tout alentour , et un jardin délicieux en occupoit, selon la contume , le centre. Des petits murs, ( pluteum ) avec des canaux remplis de terre , faisoient croître, entre les colonnes , les fleurs les plus suaves, et paroissoient environner d’une guirlande de vives couleurs ce cabinet de verdure. Au milieu, il y avoit une

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table ronde en marbre avec un pied cannelé ,■ pour les collations d’été. On trouva un petit Apollon en bronze , renversé par terre , qui pinçoit la lyre; et dans la niche- opposée, très-joliment décorée, on voyoit la biche de Diane en marbre, suivie de son petit nourrisson. Cette habitation étoit donc sous la double protection des aimables en fans de Latone.

Dans une soirée d’été , lorsque le maître de la maison fatigué et assis au pied du sanctuaire , récitoit des vers à la Divinité qui les lui avoit inspirés , et contemploit le ciel et ses beaux astres qui lui sourioient en étincelant, et qu’il s’enivroit du parfum , que la fleur belle-de-nuit et les roses de Poestum éternellement fleuries exhaloient à ses côtés , je crois qu’il devoit être heureux , et qu’il devoit regarder l’existence comme un songe agréable. Mais il avoit de plus une tendre amie ; quelques tableaux où.

sont exprimées des scènes secrètes , nous l’indiquent. Us s’aimoient. . . . Voilà pourquoi l’on a peint sur le mur à gauche de la chambre à coucher, l’image de Narcisse qui fait allusion à un homme qui est content de soi jusqu’au délire.

Avant de sortir de cette maison , nous jetâmes un coup -d’œil sur l’autre appartement. Il est composé de deux petites chambres pour les domestiques , vis-à-vis de la porte publique , un atrium avec son bassin, et la chambre, d’audience. On trouva dans cette dernière les fragraens d’uu

bisellium de bronze , avec de méandres d’argent; et suspendu à un clou , un tableau trèsestimable, détaché d’un autre mur peut-être après le tremblement de terre de l’an 65 . Il représente la Paix, qui , d’une main tenoit un rameau d’olivier , et de l’autre la corne d’abondance , et dirigeoit son vol vers la terre , annonçant à toutes les nations que le triomphe de Rome n’étoit que le présage du repos et de la félicité de l’univers.

Une cassette en bronze , d’un beau travail ; elle renfermoit des instrumens de chirurgie et des médicamens ; et une petite statue de marbre représentant un esclave avec le capuchon. Il dormoit ; un vase étoit près de sa tête , et il soutenoit d’une main un panier par l’anse : une souris tâchoit de s’y introduire. Tous ces objets rendirent très- intéressantes les fouilles de ce beau domicile.

Habitation dite ' de Pupius. An 1811. Les mosaïques et lespeintures, quoique très-effacées, y sont prodiguées avec magnificence et avec goût. Sa distribution vu les difficultés du lieu, mérite des éloges. On y découvrit , eutr’autres objets , une table de marbre soutenue par un jeune Barbare.

Maison dite de Salluste. An 180g. — Un four public est la première de ses dépendances. A sa construction on le croiroit de nos jours: on y voit en outre trois moulins ; la chambre où l’on pétrissoit le pain , et le foyer pour l’eau chaude nécessaire à cct usage ; et plus

loin l’endroit où il étoit déposé quand il étoit cuit. Les vases contenant de l’eau , et les amphores avec la farine , étoient encore à leur place. Enfin il ne manquoit rien pour rendre cet édifice à son ancien usage. Nous étions tentés de mettre en mouvement les meules d’un moulin j de mettre le feu au four, et de manger du pain frais fait avec de la farine de 1 8 siècles.

On parvient ensuite dans une boutique où l’on voit un foyer , des marches pour y placer les mesures des liquides , et six amphores encastrées dans le banc de pierres : c’étoit une hôtellerie. On préparoit sans doute , dans les petits fourneaux, un de ces mets nationaux qui, dans chaque pays, forment la base de la nourriture du peuple.

Des amphores dévoient servir pour conserver le vin , les olives , et la saumure , ( garum ) de Pompèi , qui étoient si estimée , et dont on faisoit un grand commerce (54). Cette boutique communique à l’habitation de Salluste dont elle fait partie. Ce qui fait présumer que c’étoit la coutume, chez les riches, d’y vendre en détail le produit de leurs terres et celui de leur industrie: ce qui se pratique encore aujourd’hui à Florence et dans nos Provinces.

La demeure de Salluste pourroit bien s’appeler le sanctuaire des Grâces et du goût. Des pilastres avec des chapitaux , où deux vieux Faunes enseignent à d’autres plus jeunes à jouer de la

flûte , eh embellissent les portes. Une fontaine d’une singulière beauté étoit au milieu de l’atrium : au bout de cette fontaine une petite biche en bronze vènoit se désaltérer dans une conque de marbre grec. On voit autour de cette maison , les chambres pour les hommes de la famille, et celles pour les hôtes. Plus enfoncée, et plus à l’abri du froid, étoit la salle des banquets que les patrons donnoient ordinairement à leurs clients. Les petits cabinets , près des portes principales , éloient habités par les domestiques qui en avoient soin, et qui y étoient prompts à exécuter les ordres de leur maître. Vis-à-vis est la chambre ordinaire pour les affaires, avec ses salles accessoires aux côtés , ( alae ) et dans le fond , un petit jardin planté de lauriers et de narcisses , dont les ognons commençoient à peine à germer. Le bain froid à l’extrémité d’un portique parfumé de roses et de violettes, la salle de danse , le triclinium pour le dîners d’été , ombragé par une treille, près d’une petite fontaine , et un fourneau entre le bain et le triclinium, pour réchaufler les boissons nécessaires à l’un et à l’autre , sont distribués à côté du jardin , et dévoient former de ce site, un séjour

des Dieux , un Elysée

A main droite de Y atrium , on arrive, par un passage étroit , à l’appartement secret. Le tableau qui recouvre tout le mur qui est en face , représente Diane nue dans le bain , punissant Acièou de

sa téméraire curiosité. Il avertissoit du malheur qu’encouroit le profane imprudent qui auroit tenté d’y pénétrer. Une cour environnée de huit colonnes est au milieu ; dans le fond , le sacra, ? rium de Diane ; aux côtés , deux cabinets, à. coucher , ornés de belles peintures et d’une précieuse mosaïque de marbres variés ; à droite , une salle de danse avec une table à manger ; à gauche, une petite cuisine avec ses accessoires : telle est la distribution de ce gynécée qui étoit sous la vigilance de la plus chaste des Déesses (55). L’infortunée maîtresse avoit oublié, dans sa chambre à coucher, le vase des parfums , ses Pénates et son argent. Tous ces ohjets étoient en. or.

Dans la rue la plus proche de cette habitation, on découvrit 4 squelettes. Une jettne femme fuyoit avec trois de ses compagnes. A côté d’elles, on trouva 52 monnoies , et une plaque orbiculaire en argent , qui pourroit être un miroir ; quelques anneaux d’or ornés de pierres gravées j deux pendans d’oreilles, un lacet , et 5 bracelets du même métal.

An 1811 . Au coin de la rue est la maison dite de Modeste , avec une boutique où Von vendait des liqueurs. Le tableau où Don voyoit Circe qui présenloit des boissons à Ulysse tirant son epee , et repoussant la Magicienne loin de lui , nous parut une allégorie de la profession qu’exerçoit le vendeur.

An. 1809. Parmi beaucoup d’autres ruines , on trouve la Maison des fleurs. Elles exhaloient leurs parfums odoriférans dans les emplacemens dé terrain situés entre les portiques. On y voit encore des peintures de Nymphes gracieuses qui ont leurs tabliers pleins de fleurs.

A l’entrée de cette maison , on voyoit un pavé en mosaïque qui représentoit un sanglier poursuivi par un chasseur et par un mâtin qui le tenoit déjà par les oreilles avec ses dents. Audessus , on lisoit le nom de ceux qui l’avoient fait : Festus vum T or quato.

Dans la cour d’une habitation qui étoit dans le voisinage, on eut le plaisir de trouver le bassin, qui recevoit l’eau de pluie , tout de rouge antique et en forme de conque très-élégante. Idée neuve et heureuse , d’un effet le plus gracieux.

Dans une autre, on trouva dans le bassin d’un impluvium une fleur de marbre blanc avec un trou pour un jet - d’eau. On voyoit sculptés en relief sur trois feuilles , deux crapauds et un lézard. * ■

En retournant sur la rue, vis-à-vis de l’habitation de Salluste , on en trouve une autre qui fut déterrée depuis 1775 jusqu’à 1780. Elle est entièrement ruinée et recouverte de terre. Dans l’étage inférieur on observoit une salle de compagnie , des bains pour les domestiques , un jardin , et V ergastulum pour les esclaves. Rien dé plus douloureux que d’entrer dans ces derniers

réceptacles , dont chacun pouvoit à peine contenir un seul homme , et où ces malheureux étoient condamnés à y être renfermés, et à payer le seul bienfait qui leur étoit accordé dans ce monde , la vie.

Une boutique de forgeron dans laquelle on trouva un ievier à pied de porc, avec beaucoup d’autres instrumens de l’art, et un four public d’une forme plus ingénieuse que le premier , se suivent le long du côté gauche de la rue.

An. 1809. L’habitation du boulanger étoit décente et bien distribuée. On distingue dans le Four les vases pour l’eau près du puits ; la chambre avec les pétrissoirs de maçonnerie, et celle où l’on faisoit fermenter la pâte sur des planches disposées l’une sur l’autre le long du mur. Par le moyen d’un grand trou, la pel)ie recevoit la pâte de cette chambre , et par le moyen d’une autre , elle déposoit le pain déjà cuit sur une table dans la chambre voisine. Le four est au milieu ; dessous est le récipient pour la cendre et la braise ; près de là l’on voyoit peint sur le mur un sacrifice a la Deesse du lieu, et des oiseaux, images des Dieux Lares , qui en poursuivoient les mouches.

On observe ensuite 4 moulins ordinaires formes par un cône concave de pierre volcanique qui tourne sur un autre convexe; le grain moulu entre ces deux cônes se recueilloit dans la partie inférieure. L’écurie pour les ânes qui tournoient les moulins avec les yeux bandés, étoit vis-à-vis.

Dans les temps moins civilisés , les gens de distinction ne dédaignoient pas d’exercer cet art. Plutarque fait dire à Thaïes que dans l’ile de Lesbos il avoit entendu une esclave étrangère qui, en tournant le meule cliantoit ainsi. Mouds , o mou~ lin , mouds; puisque Pittacus, Roi de la grande Mitilène se fait aussi un plaisir de moudre.

Dans les temps de civilisation et de luxe , ce furent les esclaves , les femmes , les criminels , et les philosophes qui tournoient la meule. On avoit déjà vu Cléanthe , Plaute , Térence partager avec les ânes , leur pain et leurs travaux. D’ailleurs, à cette époque, l’usage des moulins à eau étoit déjà généralement connu. — Caton ( de ' re rust. cap. aa ) , établit même le prix pour les habiles meuniers de Pompéi.

Maison dû un maître de musique. An 1809.

Elle étoit ornée de tableaux qui rcprésentoient différons instrumens de musique. Deux autres y représentent une scène religieuse avec un prêtre entre une femme assise et un guerrier ; et Didon consternée au milieu de sa cour. Une femme-deehambre dans l’attitude de la surprise et de la douleur lui apporte la nouvelle du départ d’Enée, dont le navire faisant force de rames est peint sur le haut du tableau. On trouva sur le pavé un fragment de cadran solaire , et différentes pièces de flûtes ( 56 ). De tout cela , il est facile de conclure que cette habitation apparlenoit à un de ces maîtres de musique qui , dans une ville

comme Pompéi, riche en théâtres et en acteurs, étoit chargé d’exercer les Chœurs pour les représentations dramatiques, et pour les jeux scéniques si brityans et si célèbres dans toute l’antiquité.

Dans le lararium de cette petite maison on voit peints deux serpens, ( génies tutélaires ) , entrelacés autour d’un petit autel , et un prêtre , qui leur verse les libations sacrées.

Demeure dite de Jules Polybe. An. 1807 et suiv. On monte par deux entrées dans deux salles qui servoient de vestibules à cette habitation, et qui occupoient le lieu de Y atrium Thuscanicum; singularité dont on ne pourroit jusqu’à présent citer un second exemple dans Pompéi.

Des vestibules, on pénètre dans une cour environnée de portiques, dont les arcades étoient fermées par des châssis avec des vitres.

Cette maison étoit ornée de belles mosaïques et de belles peintures. Les plus grossières qui représentaient de plus d’une couleur les grands cadres de l’échiquier, y formoient un effet extraordinairement bizarre. De l’étage supérieur, qui étoit très-noble, tombèrent des morceaux de crépi avec des marques de dorure trèS-visibles. Sur les murs des boutiques qui constituent la face de cette habitation , on lit : C. I. Pol. D. Fir. I. D. Aequanus. — C. Iulium Polybium. D. Fir.

F atia rogat. Dans ces boutiques , Aequanus et Fatia se recommandent à la bienveillance du Duumvir juge C. Jules Polybe. C’est ainsi que

les vendeurs avoient coutume d’écrire leur nom et celui de leurs Patron^ , dont on aimoit à implorer la protection. -

An. 180g. Pharmacie. Elle avoit pour enseigne un serpent , qui mordoit un fruit avec des feuilles, parfaitement semblable à Y ananas. On y trouva beaucoup de préparations chimiques.

Dans cette rue, on découvrit un de ces cadrans solaires en marbre qu’on observe si souvent sur les Places et dans les monumens publics de Pompéi. Il étoit fait pour l’élévation du pôle de 4a degrés et contenoit une partie de l’arc d’un cercle qui représentoit l’équateur et son inclinaison vers l’horizon. Douze lignes marquoient les heures ; celle du milieu indiquoit la sixième , ouïe midi; le gnomon étoit situé en ligne horizontale. Ce qui rendoit singulier ce cadran solaire, étoit justement l’élévation du pôle pour lequel il étoit fait, et qui convenoit fort bien à la situation de Memphis. Si l’on ne vouloit pas supposer que les Pompéiens eussent eu une connoissancc assez grande de la gnomonique , et par conséquent de la trigonométrie , on pourroit présumer que ces cadrans solaires sont les mêmes qui sont venus de l’Egypte , et qu’ils ont été tracés empyriquement , par le moyen de Y hémisphère de Bérose auquel ils ressemblent exactement (67).

Les boutiques qui se succèdent depuis l’habitation du Choragus ont été fouillées à différentes

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époques par les cultivateurs des campagnes situées au-dessus. Elles furent déterrées depuis 180,7 jusqu’à 1810. Dans quelques-unes on observe une niche très-petite où l’on adoroit les Dieux Litres et où brûloit une lampe en leur honneur.

U hôtellerie de Fortunata et une fontaine sur laquelle on avoit sculpté un Aigle qui se lance sur un lièvre , finissent la rüe. Nous croyons que les différentes sculptures exécutées sur ces fontaines servoient à les distinguer , et à donner le nom à la rue où elles étoient situées.

Habitation nommée de l’Edile Pansa. An. i 8 i 3 et 181 4 - Elle est environnée de boutiques et forme une île , insula , qui s’étend jusqu’à la maison de Modeste. Au-dessus d’un four qu’on louoit pour l’usage public, on trouva un bas-relief ayant une figure obscène, avec ces mots. Hic habitat félicitas. — Cela se rapportoit certainement à la figure du pain qu’on y vendoit , ou à son abondance ( 58 ).

La maison de Pansa est une des plus belles et la plus grande de Pompéi. Elle a un atrium découvert , chose rare dans cette ville ; et un pavé de marbre en pente pour l’écoulement des eaux. De superbes mosaïques en embellissent les chambres. C’est là que les jeunes gens de cette habitation reposoient sur des petits lits de plumes et sur des tapis de Ionie, pendant les heures de l’après midi , durant l’été , et , lorsque retournant de leurs occupations, ils s’abandon-

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noient au sommeil , ou au repos , qui leur devenoit plus cher par la lecture d’un auteur favori, faite par un esclave.

En montant quelques degrés , on parvient au second appartement , vis-à-vis duquel on voit une vaste chambre de compagnie , ( exedra, ) et alentour un magnifique portique soutenu par 16 colonnes. Il paroît qu’avant la destruction de la ville , le propriétaire y avoit fait un changement qui a beaucoup nui à sa beauté. D’abord, ses colonnes étoient d’ordre ionique, d’un bon travail, et quoiqu’elles fussent de simples pierres volcaniques, elles étoient néanmoins cannelées. Elles furent ensuite recouvertes d’une masse épaisse de stuc : on y ajouta de larges feuilles au-dessous , ainsi l’ordre ionique fut converti en composé.. Cette observation intéresse l’histoire des arts.

Au milieu de l’entre-colonne, il y avoit un jardin de fleurs, et un beau vivier avec des jets-d’eau. A droite, les chambres des jeunes filles avoient des figures de Nymphes gracieuses mollement couchées sur des lits, dans l’attitude de la langueur et du repos. Une d’elles représente Danaè et la pluie cfor; l’autre une Naïade appuyée sur son urne.

A gauche de la chambre de compagnie sont les salles pour les soupers d’hiver, et pour ceux d’été.

Après le repas , on passoit dans le petit cabinet suivant , où l’on trouvoit des fruits , des vins les plus recherchés , et des pâtisseries. Ce des-

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sert délicieux étoit prolongé bien «avant dans la nuit: on l’appeloit commissatio , en honneur de Cornus , Dieu des banquets et des fêtes nocturnes (5g).

Dans un coin pn voit la cuisine avec ses accessoires et ses fourneaux semblables aux nôtres. Une issue secrète servoit au cuisinier et aux domestiques, afin qu’il ne traversassent pas les appartemens des jeunes filles , et celui du maître. Un de ces sacrifices ridicules , que l’on faisoit à la Déesse Fornax , étoit représenté sur le mur.

Facta Dea est Fornax : laeti fornace Coloni Orant . . . . ( Ovid. Fast. 2. )

Tout autour on voit des peintures qui offrent les images de toutes les victuailles nécessaires à un grand repas: un sanglier tout prêt à être cuit, des grives, un lièvre, des jambons, et une anguille mise à la broche.

Dans cet appartement privé on trouva 5 squelettes, dont 3 d’enfans: ils avoient sur eux un petit anneau en fil d’or , deux médailles de Néron du même métal , 4 d’argent et une quantité de grandes et de petites en bronze; entre les colonnes des portiques , des vases de plomb très-bien ornés pour arroser les fleurs , un vase d’argent historié à bas-reliefs , une lampe , 3 petites écuelles, et 2 tasses du même métal; en bronze, les restes d’un bisellium , deux beaux candélabres, des strigiles pour le bain, deux aîles d’un tra-

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vail très -parfait, qui étoient peut-être tombées du simulacre d’un Génie ; et enfin plusieurs ustensiles de verre et de terre cuite.

Cette habitation est terminée par un grand jardin décoré d’une autre entre-colonne qui soutenoit des treilles.

Un beau groupe de Bacchus appuyé sur Ampélus, en bronze, fut trouvé dans une chaudière appuyée contre le mur du jardin. Il étoit enveloppé dans un linge pour pouvoir être transporté ailleurs par le propriétaire; mais il fut oublié dans cette extrême confusion.

Maison du poëte Dramatique. •

( Découverte depuis le 10 Novembre 1824 jusqu’au mois de Mars 1 8 ü 5 ).

C’est le plus beau monument particulier de l’antiquité qui nous soit parvenu. On voit sur le seuil, en mosaïque élégante , un gros chien enchaîné qui semble vouloir se lancer contre ceux qui entrent : et au-dessous ces paroles plaisantes : Cave caném. Petronius nous raconte à ce sujet une aventure assez curieuse qui lui arriva ( Sat. cap. IX. ).

Il y avoit à t entrée, dit-il, ( de la maison de Trimalchion ) , un portier habillé en vert , avec une ceinture d’un rouge cerise , qui écossait

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des pois dans un bassin d’argent. Sur le seuil de lu porte était suspendue une cage d’or , d’où une pie au plumage varié saluoit les passons. Peu s'en fallut , qu’étourdi de tant de choses , je ne tombasse de tout mon long au risque de me fracasser les jambes , à cause d’un chien qui éloit peint sur le mur à gauche en entrant , près de la chambre du gardien. Il étoit à la chaîne et on lisait au - dessus ces paroles cubitales. — Prends garde au chien. Ce qui fit bien rire mes collègues. . .

Par un passage étroit , ( prothyrum ) , orné de gracieuses décorations, on entre dans un Atrium ayant un grand bassin au milieu pour recevoir l’eau de pluie. A droite, on voit comme dans Y Atrium de Trimalchion, de grands tableaux homériques , imitations de quelque chef-d’œuvre de l’antique peinture; (auj. au Musée R.) Le premier représente l’ingénue et aimable Criséïde, qui courtoisée par Agamemnon et reçue par Ulysse , dont on ne voit que la main droite étendue vers elle , monte sur le navire qui devoit la conduire à son père. ( Iliad. G. I. )

Le second exprime Y adieu de Briséis à Achille , L’attitude du fds de Pélce , l’expression de Briséis qui lève avec grâce son voile de dessus sa figure, comme pour découvrir sa douleur et sa beauté , le silence de Phénix, la consternation des hérauts,' la vivacité fière de Patrocle, le groupe des guerriers Mirmidons dans le fond , la perspective gé-

nérale ; tout enfin , tout est supérieur aux éloges! dans ce magnifique tableau.

Le troisième représente Thétis qui , accom-, pagnée par Iris , et plus que jamais séduisante ^par ses beaux yeux noirs , se présente à Jupiter sur l’Olympe pour le supplier d’ètre le vengeur du tort que son fils a reçu.

Quel coloris , dans ces tableaux! Quelles grâces ! Quelle exécution ! > — Et deux seules pages d’Homère suffisent pour, inspirer à un peintre trois chefs-d’œuvre ?

A] gauche en .entrant dans Y Atrium, est peinte une Vénus nue, dans la position de celle de Mèdicis , et avec des cercles d’or aux jambes ; une colombe qui tient dans son bec une branche de myrte , repose à ses pieds.

Toutes ces figures peuvent être des portraits. On avoit coutume de les faire autour de V Atrium. Les anneaux qu’elles portoient à leurs doigts , et qui représentoient les emblèmes de la famille , en peuvent servir d’indice. Mais qui devoit être cette jeune fille, ou plutôt cette Divinité qui prêta son sourire et ses traits à cette Thétis , à cette Briséis et à la fille de Crise ?

On voit du même côté différentes petites chambres à coucher. Dans une , on voit peints des combats d’ Amazones, semblables aux bas-reliefs découverts dernièrement à Figalie. Elles sont sur des chars ; chose singulière ! Les guerriers sont à pied. La victoire semble se décider pour

les derniers. Au dessous de cet ornement, on voit une jeune Néréide nue, appuyée sur un taureau marin qu’elle semble caresser. L’un pourroit être le Taureau dionysiaque , et l’autre une Bacchante. — On voit en face un tableau obscène. Les Pompéiens faisoient placer ces représentations dans les endroits les plus exposes ; ce qui prouve combien leur morale étoit différente de la nôtre. P r opère» déplore ce fatal usage, et invoque la malédiction du ciel sur le premier qui osa exposer aux regards ingénus des jeunes filles , ces dangereux monumens de son infamie.

Au - dehors , on aperçoit sur un très-beau fragment, un Triton qui conduit au milieu des flots un cheval marin ; et un petit génie ailé qui Je suit, monté sur un dauphin.

Vis-à-vis de la cour , est la petite salle d'étude; sur une peinture , d’un travail très-médiocre , on Toyoit. un Poète assis sur un escabeau , qui tenant un papier eh main , déclame des vers devant deux illustres personnages assis dans le fond de la chambre. A peu de distance de là , Apollon et une Muse protègent notre homme de lettres.

Si cette curieuse peinture faïsoit allusion à un fait historique, le Poète qui paroît être d’une condition mesquine, pourroit être ou Plaute, ou Térence, ou quelqu’un de ces malheureux Athéniens, qui , prisonniers à Siracuse , tâchoient d’adoucir leur sort et la férocité de leurs maîtres, par des

vers passionnés, se dédommageant ainsi des revers de Nicias par la gloire d'Euripide.

Toutes les parties de cette chambre sont embellies et animées par une foule d’images de Génies, de Victoires , et d’arabesques. Le coloris, la fraîcheur, le mouvement de ces petites figures sont admirables. Les mosaïques du pavé sont également d’un style parfait. Celui du milieu indique le concert dune représentation dramatique . On voit dans le fond du théâtre les colonnes qui ornent la scène. Un joueur de flûte semble accompagner, par ses modulations, un Choragus qui est assis et qui déclame. Les choeurs ont déjà reçu de lui les masques, dont quelques-uns restent encore sur ses genoux. Un autre s’habille à la hâte, et un de ses compagnons l’assiste. La joie et l’enthousiasme sont peints dans les gestes du premier. Il n’y a de nos jours qu’un petit nombre de mosaïques de l’antiquité , qui puissent être comparées à ce beau tableau composé de sept figures. Des masques scéniques sont peints dans le cabinet contigu.

On arrive enfin dans un péristyle dorique qui a des ehapitaux d’une forme plutôt nouvelle et gracieuse; il environnoit un petit jardin entouré de grilles de fer. On y trouva l'écaille d’une tortue et les gouttières du toit en forme de crapauds, de terre cuite, vides et revêtus de stuc. Vis-à-vis, est l’autel domestique avec une petite niche, ornée d’un beau frontispice.

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On y découvrit la petite statue d’un Faune avec des fleurs et des fruits dans son sein.

A gauche , il y a un cabinet à coucher , ou est peinte Ariadne abandonnée ; en outre un Narcisse et un Amour pécheur. Le fripon a déjà fait une bonne prise qu’il présente à sa mère. Cette chambre a dû appartenir à quelque dame aimable et séduisante à laquelle on a voulu, dans ce tableau, adresser un hommage flatteur,

On trouve près de là une petite chambre où parmi les belles vues de pays et de marines on découvrit des papyrus peints , avec des lettres . grecques. Cette chambre étoit certainement la Bibliothèque. Il y avoit ordinairement au milieu de celles-ci , upe armoire où l’on rangeoit les livres, que l’on distinguoit chacun par des étiquettes. Il s’en trouvoit d'autres sur les murs. On tournoi t à l’entour , et l’on cherchoit l’auteur que l’on désiroit. — Dans la chambre précédente , le Pompéien s’abandonnoit aux plaisirs et à l’amour ; dans cette autre à la méditation et à l’étude. Le passions et leur ivresse étoient peutêtre moins à craindre chez les anciens que chez nous. Le cabinet consacré à la philosophie et à la modération étoit pour ainsi dire , comme le sacrarium du temple profane de la volupté et de la beauté.

Non loin de cet endroit , on admiroit pour la fraîcheur et pour la composition, une belle peinture qui représentoit le sacrifice cT Iphigénie ,

( anj. au Musée ). Ou voyoit derrière l’autel le simulacre de Diane , et au centre la princesse à la fleur des ans et de la beauté , que deux jeunes hommes portent- dans leurs bras pour la conduire à sa destinée. L’innocente victime tend à son père les deux mains ,

Dicendo , a padre mio , che non m' a j uti ?

Disant, o mon père, que ne viens-tu à mon secours?

Et Agamemnon désolé, détourne la tête en pleurant , et se couvre le visage de son manteau, tandis que le prêtre prend le couteau fatal ; mais il annonce en même -temps avec le doigt sur les lèvres , et par les éclairs prophétiques de ses regards, la fin inattendue de cette tragédie.

Timanthe fut l’auteur d’un tableau semblable devenu célèbre dans toute la Grèce ; il avoit voilé la tête d’Agamemnon, à l’exemple d’Euripide, ( Iphigénie en Aulide , vers i55o ), qui l’avoit sans doute imité de Polignote.

Cependant on arrive dans la salle du festin et des danses. On voit représentés dans cette vaste chambre , au milieu des décorations les plus variées et les plus agréables d’architecture et de fleurs, des fruits dans des vases de verre, un coq qui tient un caducée , de charmantes Danseuses , léèda qui présente à son époux étonné les trois jumeaux Castor, Pollux et Hélène sortis

de F œuf (60), Thésée qui étant arrivé sur le rivage de Naxos abandonne Ariadne endormie, et V Amour qui se plaint à Vénus du mépris de Diane. Sur le pavé en mosaïque, on voit des poissons, des oies et des ornemens simples , mais pleins d’élégance et de’ goût.

Vient ensuite la cuisine avec son foyer semblable aux nôtres, et le lieu commun.

Cette habitation avoit un second étage trèsnoble et très-riant. On y distingua aux premières fouilles , les pièces d’un pavé écroulé , qui représentaient en mosaïque une belle tête de Bacchus; et en outre un trésor d’ornemens de femmes. Quelque paysan qui étoit venu dans cet endroit pour y chercher des objets , n’eut pas assez de bonheur pour les trouver. II y étoit cependant arrivé à deux pas près , lorsque par dépit de ne rien trouver, il dispersa, en s’en » allant , les os des squelettes qu’il y avoit trouvés. Nous y reconnûmes encore les restes de quelques têtes qui étaient au milieu d’un terrain remué et fouillé.

Dans l’angle contigu à cette maison, on lit les paroles suivantes à rebours , en langue osque , que parloit communément le peuple.

siimix . n . vn .

Numerii poemata accipies.

Tu entendras les poèmes de Numérius (61).

aïs tou i que, us

Idée dune fouille à Pompéi.

Pour faire connoître ce qu’une excavation dans Pompéi offre ordinairement, nous allons décrire celle qui eut lieu dans cette dernière maison et que Ton peut citer comme une des plus heureuses On y trouva les objets suivans :

En Or.

Deux colliers, et un fragment , très- bien conservés. Deux bracelets en forme de demi coquilles de noisettes, en deux files,

Deux autres qui ne formoient qu’ un cercle un troisième en forme d’un serpent à plusieurs tours j et un quatrième semblable, mais plus petit pour un enfant.

Quatre pendans d’oreilles élégans et délicats , composés de deux belles perles suspendues à un petit bouton. Un anneau avec une cornaline sur laquelle étoit gravée la tête d’un jeune homme Deux monnoies , l’une de Néron avec sa mère et 1 autre de Titus. — Ce petit trésor , qui étoit tombé de la toilette d’une dame qui demeuroit à l’étage supérieur, et qui nous donne une idée de ses richesses , se trouva à cinq pieds de la hauteur du sol. • -

En Argent.

Tronic-neuf peines monnoies consulaires et impériales.

En Bronze.

Un monceau de monnoies de différentes grandeurs unies parla rouille. Vingt-sept autres détachées. Deux casseroles. Une chaudière. Une marmite. Une autre du meme métal placée sur un fourneau. Une pelle à feu avec la douille dans laquelle on ajustoit un manche de bois. Un vase; un autre brisé et un troisième, pour Phuile. Un seau. Une trèsbelle lampe à deux lumières, ornée de têtes et de pieds de taureaux : elle étoit suspendue à la voûte de la salle à manger. ( Petron. Sat. endroit cité )• Une lampe surmontée d’uhe lune. Un petit trépied pour son soutien. Un candélabre magnifique. Quatre petits crochets dont deux sont formés par des têtes d’oies. Deux appuis ordinaires pour suspendre des objets. Deux vis pour meubles. Trois plaques pour ornemens.

En Fer «

Quatre haches. Un marteau. Un trépied. Un fragment de clefs. Deux crochets. Deux petits talons que l’on plaçoit sous les souliers , avec

oale

des trous pour les clouer aux côtés. Deux serrures et loquets avec d’autres garnitures de pertes.

j En erre.

Quatre petites carafes ; trois bouteilles en forme de boule.

En Craie.

Huit pots. Six plus petits , mais de différentes grandeurs. Cinq vases de diverses formes; six autres pour 1 huile. Une petite tasse d’un beau vernis. Une patère, et cinquante-six lampes.

De Différens Genres.

Une tête pour un hermès de jaune antique.

Une quantité de froment et des cordes de différentes grandeurs, réduises en charbon. Un mor^ ceau de savon. Trois poids en plomb.

Les Thermes. An. 1824. i

La première main qui éleva les bains fut certainement l’amie de l’humanité ; elle voulut: pour un moment , distraire l’homme dans la fraîcheur d’une onde bienfaisante , et ne crut pas frayer un chemin à la corruption et h la mollesse.

Les Thermes se changèrent bientôt en édifices qqi occupèrent des collines entières. On y trouvoit ( à

n8 PRÉCIS

Rome ) , dos bassins d’une grandeur prodigieuse t où plus de cent mille personnes pouvoient , dans l’espace de peu d’heures, se baigner et nager ; on auroit pu les comparer à des mers , dans lesquelles les fleuves venoient des régions éloignées apporter majestueusement Je tribut de leurs eaux sur des arcs de triomphe. L’architecture y épuisoit ses ingénieuses ressources ; la peinture y rafraîchissoit ses pinceaux sur des objets les plus chers ; et les chefs-d’œuvre des arts , l’sJpollon, V Hercule y le Laocoon , le Groupe de Dircé, la Flore , et la mosaïque des colombes en ornoient les portiques et les salles. Parmi celles-ci l’on distinguoit un cabinet tout couvert de lumières, de cristaux et de bronzes d’un travail tout-àfait original ; le peuple l’appeloit la chambre du soleil , ( cella Solaris ) ; mais les architectes orgueilleux d’une invention si singulière , lui donnèrent le nom pT inimitable . On passoit ensuite dans les salles d’exercice , dans les bibliothèques et dans les jardins. Les curieux y alloient lire les productions du jour , et les Poètes à y réciter leurs vers. Eumolpion , qui en faisoit de trèsmauvais, courut risque d’y être battu; Pétrone nous en a laissé le récit curieux. Enfin les Thermes renfermoient les productions de différens climats et de différentes nations , et on pouvoit les comparer h de grandes villes unies ensemble , ou plutôt à des Provinces entières.

Ce n’est cependant pas la magnificence des arts,

ou la profusion des richesses et du luxe; mais les grâces , la simplicité et l’élégance qui caractérisent les bains publics de Pompéi. Ils sont partagés en deux appartemens entièrement séparés l’un de l’autre ; le plus gracieux étoit destiné au beau sexe: l’autre étoit celui des hommes. On entre dans le premier par une cour environnée de portiques sur trois côtés ; à gauche est la chambre de compagnie et où vraisemblablement demeurait le Gardien, ( balneator ). On trouva par terre sa petite épée dont la poignée d’ivoire étoit d’une forme très-singulière. Chacun lui payoit une petite contribution , ( le quart d’un asse ) et entroit. On y trouva jusqu’au vase circulaire de la même forme de nos tirelires où l’on mettoit le produit de ce salaire. On laissoit ses habillemens dans la première salle , ( spoliarium ). On voit encore le trou où étoient rangés les armoires , dans lesquelles on gardoit les vêtemens. Des esclaves destinées à cela en avoient soin. Dans le fond, on voit un petit mais gracieux cabinet ovale , {frigidarium. ) Un bassin rond, ( piscina ) étoit creu sé dans le pavé pour le bain froid; il est recouvert en marbre; un gradin y tourne alentour et servoit au double usage d’y descendre et de s’y asseoir en se baignant. On y pouvoit avec la même commodité prendre le bain à' aspersion où l’eau jaillissoit d’une cruche , usage souvent pratiqué par les anciens , et décrit par Ovide parlant du bain de Diane. Les vases Grecs- Italiques

nous en présentent d’agréables dessins. Des ornemens gracieux, des chars qui courent, des Amours à cheval sont représentés en stuc sur la frise de la chambre, et exécutés avec un style aussi' vif et aussi léger, que l’idée qu’ils nous représentent. Quatre niches ( scholae ) sont disposées autour du bassin. Là , les jeunes filles pouvoient s’asseoir et s’essuyer quand elles sorufient du bain, où -s’entretenir agréablement avec celles de leurs amies qui ne s’étoient pas encore baignées. Les courtisanes de Rome, de Smime et de Corinthe y recevoient la visite de leurs amis, et c’est à cet usage que la Grèce devoit les chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture qu’elle possédoit. Apelle peignit son Anadyomène sous la figure de Phiyne et de Campaspe qui sortoicnt du bain ; et Praxitèle y sculpta sa Vénus de Cnide sur le modèle de Cratina.

Heureuses les nations où les plaisirs réveilloient les talens, où l’amour enflammoù l’imagination, et où la couronne de myrte étoit accordée à celui qui s’en rendoit digne par son travail et par son génie.

Les statues de la Santé et è? Esculape présidoient ordinairement à ce petit temple des Nymphes, et accueilloient les vierges timides qui venoient y assurer leurs beautés. Le bain d' Hippias, dans Lucien , nous en fournit un exemple.

En sortant du frigidarium l’air devenoit plus tempéré sans être cependant d’une chaleur dé-

sagréable. On passoit de là dans la chambre tiède, ( tepidarium ) appelée aussi la salle du milieu , ( cella media ) parce qu’elle devoit , par sa température, prévenir les effets dangereux du passage subit d’un endroit trop froid j dans un autre très- chaud.

On y observe un grand brasier de bronze, et à côté deux sièges du meme métal, construits aux frais de M. Nigidius V accula, qui y fit graver ces paroles: M. Nigidius P accula P. S. — Les têtes et la figure d’une petite génisse qu’on y voit souvent répétée font allusion au mot de K accule.

Un ordre de petits Télamons, ou Athlètes de terre cuite, qui semblent réunir toutes leurs forces pour soutenir un cornichon qui est posé sur leurs tètes, forme dans ses intervalles des vides où l’on plaçoit les vases d’huile, et les parfums.

Des verres concaves garantissoient du vent la lampe, qui éclairoit le fond de cette salle. L’introduction des verres dans les bains étoit à peine en usage à cette époque. Pline dit novitium est hoc inventum. '

Le haut de la voûte est travaillé en caissons peints en rouge et en azur , sur chacun desquels est sculpté un joli bas-relief. Cupidon qui s’appuie sur son arc terminé en tête de serpent j des Amours qui montent des chevaux marins; d’autres qui conduisent des dauphins, ou montent un hyppogriphe ou frappent un tympanon ; un Centaure, un Pégase, un Hercule

enfant »ur un lion , et des guirlandes d’acanthe la décorent de tous côtés.

La troisième et dernière salle est l'étuve , qui termine d’un côté par un long bassin, ( baptisterium ) revêtu de marbres , pour le bain chaud ; et de l’autre, par une vaste niche ee demi-cercle,

( laconicum ) au centre de laquelle est une superbe fontaine qui répandoit de l’eau bouillante et des nuées de vapeurs. Sur le bord du bassin on lisoit en lettres de bronze :

GN. MELISSAEO GN. P. A PU O. M. STAJO M. P.

RVFO II VIR. ITER I. D. I. ABRUlt EX D. D. EX P. P. F. C. CONSTAT HS. DCCG.

Gnéus Melissèus Aperfils de Gnéus, M. Stajus Rufus fils de Marcus , Duumvirs de justice pour la seconde fois , par le décret des Décurions , ont pris soin de faire construire ce bassin aux frais du public. Il coûte y 5 o sesterces. (Environ 26 écus. )

Au-dessus de la fontaine, la voûte a deux grandes ouvertures défendues par des châssis garnis de larges vitres, pour tempérer la densité de la chaleur. Des figures de belles Nymphes qui sortoient du bain sont représentées sur quelques bas-reliefs de stuc au-dessus de la niche.

Le pavé de l’étuve, ( suspensura ) est posé sur des petits piédestals entre lesquels s’insinuoient les flammes de la fournaise voisine, ot s’ éle voient

HISTORIQUE, dans toute l’étendue des murs; on y voit le vide d’un demi pied fait pour cet objet, et les taches que la fume'e y a laissées.

Des pilastres qui sortent à peine du mur soutiennent un léger cornichon et leurs cannelures convexes reportées sur la voûte la pariageoient en comparliinens égaux et d’un bel effet.

Les trois salles que nous venons de décrire sont pavées en mosaïque. Les restaurations importantes qu’on voit partout dans cet édifice sont un monument du zèle et de l’intelligence de M. Antoine Bonucci , directeur des ces excavations pendant long-temps.

En quittant cette chambre, la Dame retournoit dans le tepidarium , , où des esclaves habiles lui ôtoient doucement avec des petites lames d’or et d’argent, ( strigilea ) la sueur des membres, et les oignoient d’essences et de parfums. Enveloppée dans un léger manteau de laine , elle alloit reprendre ses vêtemens dans le spoliarium , et passant par des corridors couverts, elle se trouvoit sur la rue du Forum ou sur celle de la Fortune, où sa voiture et les gens de sa suite l’attendoient.

Un vase grec-italique trouvé à Grumento et qui fait partie du Musée du Chevalier Santangelo , représente le bain des Grâces , et nous assure que les Grecs et les Romains avoicnt à cet égard les mêmes usages. On voit au milieu de la chambre la conque , ( labrum ) où elles dévoient se laver , au moment que chacune de ces Désscs y est

assistée par nn Génie qui tient dans ses mains le miroir, la ceinture , et la guirlande de fleurs. On voit la première qui se dépouille de ses vêtemens, et le Génie qui délace ses brodequins : la seconde est déjà sortie du bain, et s’essuie avec un linge; on remarque que sa position est précisément celle de la Vénus Callipyge. La troisième qui est déjà essuyée tient dans les mains un petit vase d’essences pour se parfumer. Le peintre de ce vase eut peut-être envue de représenter la Beauté sous ses differens aspects, c’est-à-dire de profil, d’épaules et de face; on pourroit ajouter que c’étoit le produit de l’enthousiasme que sa vue avoit effectué sur sa fantaisie et sur son cœur.

Avant de visiter le second appartement, il est bon d’observer un instant V hypocauslum avec ses accessoires. La fournaise qui donnoit les flammes et la chaleur à l’étuve décrite , est située près des chaudières qui communiquoient , par des canaux , l’eau au bain et à la fontaine. Un réservoir qui recevoit l’eau des toits supérieurs et des conduits extérieurs la fournissoit aux chaudières. La cour voisine devoit contenir le bois, et tout ce qui étoit nécessaire au service de la fournaise. On y voyoit encore une grande quantité de poix employée également pour les flammes.

Les bains des hommes viennent après. Un petit recoin où l’on conservoit des toiles de lin ou de coton, ( lintea ) pour s’essuyer en sortant du bain ,

est situé à l’entrée. On passe ensuite dans une longue salle où l’on trouve un bain froid et deux longs sièges de pierre volcanique pour se déshabiller et se reposer.

On entre dans le tepidarium et de là dans une vaste étuve dont le pavé écroulé maintenant étoit échauffé par la susdite fournaise. Une fontaine d’eau chaude étoit dans le fond de l’étuve.

Les voûtes de ces chambres sont hautes et fort bien conservées ; chose unique dans Pompéi. Sur le pavé et sur lés murs on voit les restes de peintures et de mosaïques. Mais cet appartement étoit généralement beaucoup inférieur au premier pour la commodité et pour l’élégance.

Tous ces bains pouvoient suffire à une vingtaine de personnes à la fois ; ce qui prouve, qu’il seroit possible d’en trouver d’autres, et peut-être de plus magnifiques dans les autres quartiers de la Ville.

On ne fermoit les bains publics que bien avant dans la nuit. C’est pourquoi on trouva dans les chambres des femmes un très-beau candélabre de bronze orné de feuillages , et en outre un dépôc de plus de mille lampes de terre cuite avec d’élégantes sculptures (62). Dans quelques-unes on y voyoit les Grâces; dans d’autres , Isis et le Silence ayant le doigt sur la bouche. Aimables allusions h la beauté et au secret, dont ce lieu étoit le penetrale.

Sur le mur de la cour , on lit l’inscrip-

tion suivante, aujourd’hui presque entièrement

détruite.

dedicjtione (poly)... maio Principi coloniae féliciter. .... rutn muoieris Gn. Alif. Nigid. Mai.

«.... Vcnatio. Athletae.

Sparsiones. Vêla erunt.

A T occasion delà première ouverture publique des bains, nous souhaitons félicité à Majus , Prince de la colonie.

Pour célébrer cette journée , il y aura les jeux des gladiateurs de Gn. Alif us Nigidius Majus ; il y aura la chasse des animaux et les Athlètes , on répandra les parfums et on dressera les tentes dans l amphithéâtre.

Vis-à-vis des Bains on trouve deux grandes et belles hôtelleries avec une grande quantité de vases pour le vin, ( œnopolium, ) et pour la saumure et avec des fournaux pour faire cuire les viandes. On y déterra le squelette d’un malheureux qui s’y ctoit réfugié sous une échelle et qui avoit sur lui un petit trésor; un bracelet où étoient enfilés trois anneaux dont un [contenoit' la belle gravure d’une Bacchante , deux pendans d’oreilles, le tout étoit d’or : 75 monnoies en argent , et 65 en bronze.

Édifico des Teinturiers , ( Fullonica. ) An. 1826.

Une grande place découverte, longue de pieds sur la moitié de largeur est fermée sur trois côtés par un portique commode flanqué de pilastres avec ses arches. On y pénètre par deux rues , et en conséquence par plusieurs entrées aux côtés desquelles sont les petites chambres pour les portiers. Au fond de la cour, on trouve 4 bassins élevés et en pente pour l’écoulement des eaux sales ; et devant un long banc de pierres , à l’extrémité duquel sont formés deux autres petits bassins et de’petits murs pour y placer les conques. Ici on blanchissoit les étoffes. Autour des portiques sont les chambres des Teinturiers. Le propriétaire de l’édifice logeoit dans les plus distinguées. On y observe un Four et ses accessoires , avec le signe de Priape au-dessus, selon la coutume. Près de son entrée, qui étoit garnie d’une petite grille de fer , on voit un grand vase de terre cuite pour l’eau, endommagé à l’entour et raccommodé par les anciens avec des fils de fer et avec du plomb , de la même manière que nous le ferions aujourd’hui.

Des colonnes , qui dévoient former des loges couvertes à l’étage supérieur, encombrent actuellement la cour.

Des puits, quelques conduits extérieurs , et une fontaine de marbre très-élégante fournissoient aux bassins de l’eau en abondance. A côté de la fontaine on voit peint un Fleuve appuyé sur son urne , et vis-à-vis une jeune fille avec une cruche. Sur ce même pilastre ( auj. au Musée, ) on a représenté, en couleurs très-fraîches, quatre jeunes , garçons qui, les jambes nues, lavent et foulent dans autant de conques pleines d’eau les draps , en y sautant dessus dans tous les sens. Plus haut , on voit un esclave , qui avec un tistcnsilc pour sécher les draps surmonté d’une chouette , est prêt à courir où son travail l’appelle. Un autre est occupé à passer une carde de fer sur un drap suspendu à une perche. Sur l’autre côté du pilastre on a représenté une presse ornée de guirlandes , sous laquelle on mettoit les draps mouillés. Puis on y voit une jolie dame , ( peut-être la maîtresse de l’endroit ) assise dans un coin de la chambre, et qui semble donner des ordres à une femme et à un esclave , auprès desquels sont des draps qui sèchent étendus horizontalement sur une perche.

Un autel situé devant deux serpents , un Bacchus et un Apollon sont peints sur le pilastre voisin.

Entre les autres parties plus curieuses de cet édifice, il faut citer une chambre avec des bassins où l’on fouloit les draps et où l’on trouva beaucoup de savon j et un petit réduit où l’on plaçoit

la susdite presse , ou bien les armoires où l’on conservoit les draps.

On trouva enfin dans cette Fullonica l’enceinte pour la chaux , quelques chaudières et des pelles pour mêler le savon et le travailler.

L’ art de blanchir les laines , vu le prix exorbitant des étoffes de lin et de soie , étoit chez les anciens fort estimé. La loi du Censeur Flaminius , ( l’an de Rome 554 ) nous indique la manière dont les foulons dévoient s’y prendre pour bien exécuter leur travail (65). Voici comme elle s’exprime. — « On lave d’abord les étoffes » de laine avec la terre de Sardaigne dissoute; » on leur fait ensuite une fumigation de soufre » puis on les purge avec la craie de Cimole de » bonne couleur : on rcconnoît la fausse , en ce » que le soufre la ronge et la noircit. La vraie » craie de Cimole ravive les couleurs ternies par le » soufre. Pour les étoffes blanches, après qu’elles » ont été soufrées , la terre appelée saxum est » plus convenable ; elle est cependant nuisible » aux étoffes colorées. Dans la Grèce , au lieu de b la Cimole on se servoit du gips tinfaïque b d’Etolie. »

On peut voir dans celte foulerie un vase rempli de terre blanche.

D’après les observations que nous fîmes sur les différentes parties de cet édifice , nous conclûmes qu’ originairement il devoit être une habitation privée, et qu’ayant éprouvé dans la suite

différons changeroens , il fut converti à l’usagé qu’il tient présentement. L’enceinte actuelle de la Fullonica n’étoit que V atrium de la maison dont le péristyle disparut par une nouvelle construction pratiquée entre ses colonnes. Les portes intérieures furent murées , et l’habitation suivante reçut une nouvelle division et une nouvelle forme.

Ce fut dans une petite dépense appartenant k la foulerie qu’on trouva cinq vases de verre parmi les débris d’une cassette qui les contenoit. L’un étoit plein d’une liqueur qui fut répandue par inadvertance ; un autre conservoit une sauce végétale avec de l’huile pour assaisonner les viandes; et dans le troisième des olives nageoient aussi dans l’huile, et étoient d’une conservation presque incroyable. Quelques-unes de ces olives avùient encore la queue et étoient si fraîches , qu’elles paroissoient être de cette année.

Maison dite de la Fontaine en mosaïque.

An. 1827. Elle a une cour à la toscane avec deux petites chambres, à côté de la porte, pour les domestiques. Dans la chambre d’étude on admire de très- belles décorations; des petits Amours qui traient une chèvre, qui combattent et qui se mêlent parmi des animaux féroces , et des cerfs qui tirent tranquillement un petit char. Dans la chambre à côté sont peints des Acteurs , et une scène de comédie Ateüane.

On a en face un jardin. Des colonnes y soutiennent un portique de verdure. Au pii lieu, il y a

HISTORIQUE. iu 9

une fontaine très-singulière revêtu ç de marbres de mosaïques- et de coquilles, de la forme d’une niche qui terminoit par un frontispice. L’eau descendoit par trois degrés dans un bassin cfk marbre en carré-long, où l’on pouvoit prendre le bain. Le moitié d’une petite colonne y faisoit jaillir un jet d’eau, ou bien le même petit trou qu’elle avoit au centre servoit à faire sortir l’eau et à empêcher qu’elle ne pût se déborder du bassin. Deux masques de marbre de Paros y recevoient des lampes , et réparidoient de leurs yeux et de leur bouche une lumière d’un effet très-curieux.

Abitation de la seconde fontaine à mosaïque.

An. 182p. Le 5 Juin LL. MM. Le Roi et la Reine avec leur famille Royale honorèrent de leur présence les excavations de Pompéi. Le Chev. Arditi , Directeur général des antiquités du Royaume , avoit donné toutes les dispositions afin que les fouilles réussissent le mieux que possible. On les entreprit dans la maison immédiatement après celles dont nous venons do parler.

Sa cour avec une entrée aux deux côtés de laquelle étoient deux petites chambres pour les esclaves , et la chambre de compagnie décorée de fruits et d’oiseaux avoient été déjà déblayées les jours précédens. Les fouillés ayant été reprises sous les yeux de LL. MM., on découvrit dans le jardin de cette habitation une autre fontaine en forme de niche , incrustée de coquilles et de

,fr> PRÉCIS

mosaïques , au fond de laquelle étoit un masque

scénique d’où jaillissoit l’eau.

Au milieu du bassin s’élève une petite colonne 'sur laquelle étoit un génie ailé de bronze, qui tenoit une oie sous son bras; un jet d eau sortoit de son bec. On voyoit à côté du bassin une jolie petite statue de bronze d’un pêcheur qui sembloit jeter le hameçon dans l’eau et attendre sa proie. Il avoit dans le panier qui étoit suspendu à son bras , un petit poisson aussi de bronze , ( un mulet ).

Au-dessous étoit renversé un autre morceau mobile de sculpture en marbre représentant également un jeune pêcheur qui dormoit. Il avoit un vase renversé sur un côté, et tenoit un panier dans l’autre main. Il étoit enveloppé d’un capot de marinier avec son capuchon. Ou trouva en outre les objets suivans:

En or. Deux grands bracelets où étoient enchâssées des pierres vertes, et dix monnoies impériales.

En argent. Une petite monnoie.

En bronze. Un miroir ovale avec le manche fort bien conservé. Un beau candélabre dont la base est surmontée d’un trépied et qui termine par un chapiteau ionien , sur lequel est place un sphinx très-élégant qui soutient la coupe. Deux escabeaux , dont l’un est oblong , et 1 autre hexagone , avec des ornemens à l’entour. Un bassin pour le bain dans lequel on trouva une éponge, une pierre-ponce, une strigilis et une

HISTORIQUE. i3i

cassette ronde aussi de bronse avec son couvercle. Trois idoles. Cinq monnoies. Deux clochettes. Un frontal de cheval, semblable à un diadème: Un vase à parfums. Une strigilis , Trois conques. Un seau , différens vases , des patères , des entonnoirs, et d’autres ustensiles de cuisine ; le tout Jd’une finesse extrême et presque très-bien conservé*

En plomb. ISeuf poids de plusieurs grandeurs.

En albâtre. Un vase conique et deux autres fragmens. Un mortier de marbre.

En verre. Diverses petites carafes. Une plus grande à anse qui étoit moitié pleine d’eau. Une quantité de diflérens petits objets d’os, de fer, de terre cuite etc.

À la hauteur de i5 pieds , c’est-à-dire dans l’étage supérieur de cette maison, on avoit trouvé peu de jours auparavant un candélabre de bronze fprmé par un petit Faune assis sur un rocher et qui sembloit, de son outre, verser le vin dans une coupe qu’il avoit en main; derrière lui un roseau, qui se partageoit en deux branches , soutenoit les lampes. On y trouva encore un fourneau cylindrique semblabe à ceux dont nous nous servons pour griller le café; une casserole étoit dedans. F.nfin on y trouva une grande lanterne et une monnoie.

Sur les murs , le long de la rue , on lit les coraplimens d’usage.

HOLCONIVM PniSCVM II VIH.

l’OMARI VNIVERSI CVftI HELVlO VESTALE ROG.

Toux les marchands de fruits réunis à Helvius yestalis supplient le juge Olconius Priscus.

Tantôt un magistrat y est loué du titre de très-digne , dignissimus est ; tantôt d’autres y sont appelés très -vertueux collègues , optimos collegas ; et tantôt jeune homme intègre , ou jeunes gens irréprochables et dignes de la république , juvenem integrum , juvenes probos dignos R. P. Et l’on finissoit toujours par la même chanson , le tel se recommande à vos faveurs , orat utfaveat. Cet usage singulier des prières publiques étoit tout-à-fait propre au système général de société chez les anciens, pour lesquels il n’y avoit que cliens ou patrons , esclaves ou seigneurs, protecteurs ou protégés.

On découvrit datis les boutiques de cette rue les restes d’une balance, de petites chaînes" pour suspendre des lampes, une sonnette, un compas, un candélabre , une bride , et 8g pièces de fer pour cnharnachemens de chevaux.

Maison des Bacchantes. — 1827. Elle a un atrium dont les murs sont embellis de décorations d’architecture et de païsages d’un style charmant ; on y admire un aimable Bacchus assis et couronné de .lierre , tenant une coupe dans une main ; à ses pieds est une panthère; un Mars prêt à partir pour la guerre ; il s’arrête un instant , en éprouvant avec le doigt la pointe de sa lance ; un Génie qui porte sur ses épaules une Abondance ; un Jupiter assis; et enfin une

HISTORIQUE. i33

Cérès qui tient dans la main droite des épis et des pavots, et dans la gauche uu flambeau relevé: une élégante corbeille remplie d’épis est auprès d’elle.

Dans une petite chambre , à droite t fouillée devant la Comtesse Borgia , veuve de l’illustre Auteur du Voyage à Tunis , on trouva une grande quantité de cercles de fer pour des roues et beaucoup de bois réduit en poudre.

Une petite colonne creuse qui soutient uue.

table de marbre africain , et qui est revêtue de mosaïques représentants un Fleuve , est près de la chambre d’étude. En dedans elle a la bouche d’une citerne.

L’appartement privé est vaste. Un grand tableau y représentoit Zéphir qui- descendoit sur la terre avec des fleurs dans sa main , pour réveiller la Nature opprimée par- les rigueurs de l’hiver. Elle est peinte sous les traits de Flore ou d’une belle jeuue fille endormie. Le Dieu ailé qui lui soutient la tête pourroit être Hymènèe , ou Bacchus, le père de la fructification , qui indique ses dons dans une corbeille sacrée. Vénus et des Amours semblent être les Paranymphcs de ces noces mystérieuses ( 64 -)

Au-delà de cette peinture , ( auj. au Musée ) on a représenté des Bacchantes avec un tympanon et des tbyrscs ,

...... amiche danze iulrccciano

Molle (lmiauli le lcggiaihc forme.

Et sont d’une beauté cl d’uu fini qu’on ne sauroit exprimer.

Au milieu de l’appartement , ctoil un jardin qu’environnoit un grand triclinium de pierres pour les soupers d’été. Les mœurs, et les beaux jours de Pompéi nous semhloient présens. Il paroît que le souper n’étoit alors qu’un repos. Tous les pays de l’univers lui fournissoient quelque mets; aussi rien ne rappeloit plus aux Romains leur domination qu’un bon diner. Il commençoit vers le soir ^ après le bain. On allumoit la lampe convivale , la seule confidente des choses qui ne dévoient pas se dire dehors, et qui, quand elle pétilloit trois fois, annonçoit la venue de l’amie lointaine. On servoit les mets les plus exquis , et on invitoit son hôte à boire autant de fois que son nom contenoit de lettres. Nevia buvoit cinq fois , Stratilla neuf fois. Des esclaves helle'niens répétoient à ces maîtres du monde. Bois, o Romain , à quoi bon tant de larmes ? Quels loitrmens souffres-tu donc ? Tu n’es pas le seul, que la cruelle Déesse de Cypre a pris dans ses chaînes , et ce n’est pas seulement contre ton sein que Cupidon a dirigé ses flèches. Pourquoi vivant chercher la mort ? Bois plutôt cette liqueur: l'aurore est éloignée d’un doigt de l’orient. Crois-tu peut-être revoir la lampe qui invite au sommeil ? Réveille-toi , et bois gaiement. Car il ne te reste pas trop de temps ? Malheureux, tu devras dormir une nuit éternelle] ( 65 .)

Lorsque le répas étoit à sa fin , on apportoit une grande coupe appelée la coupe de l'amitié qu’on faisoit de nouveau passer à la ronde. Le maître y effeuilloit des roses , l’approchoit de ses lèvres, et la présentoit à ceux qui venoient après; on buvoit enfin la dernière tasse à l’honneur de Mercure, auteur du sommeil.

Souvent les danses succédoient à ces festins. On introduisoit des jeunes hiles qui savoient chanter et pincer la lire, et qui étoient douces d’une beauté surprenante. Rien n’ctoit comparable à l’agilité, à la légèreté , et aux grâces de ces Danseuses auxquelles ont donnait le nom chéri à.’ Eléridés ou d'autres soi-même. Elles dévoient séjourner à Pompéi , et peut-être même y avoir acquis de la célébrité , car elles durent plus d’une fois avec celles d’Herculanum et de Capoue exécuter devant les Lucullus, les Augustes et les Poil ions des danses magiques sur ces rivages , renouvellant ainsi la fable des Sirènes.

Cependant les convives entonnoient des chansons bachiques , et les rues solitaires , et les édifices contigus résonnoient de leurs orgies. Enfin on leur distribuoit des couronnes d’apium toujours verd, et des lys si faciles à se flétrir, images de leur amour et de leur espérance; et les fêtes commencées au soleil couchant, ne finissoient qu’à son lever.

Petit Temple de la Fortune. 1827.

. Par un bel escalier enfermé par une bal us» trade de fer on monte dans un vestibule décoré de 4 colonnes , dont on trouva quelque chapiteau de marbre, d’ordre corinthien, d’un travail exquis. La Cella étoit couverte et carrée : elle étoit revêtue des marbres les plus fins ; au fond , est l’autel: une niche ornée d’un beau frontispice devoit contenir le simulacre de la Fortune.

Aux côtés du sanctuaire on trouva deux belles statues renversées. Celle d’une femme à laquelle il manquoit la face , avoit le bord de la tunique doré, et celui de la stola de pourpre. L’autre , que l’on croit de Cicéron , étoit vêtue de la prétexte peinte en violet ; elle conservoit des traces de peinture sur les prunelles et sur les cheveux. L’inscription suivante étoit gravée sur l’architrave de la Cella.

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