CONTINUATION
Le Vésuve. Éruption de l'ai) 79. Fin du précis historique.
Le Vésuve a Lrûlé depuis les siècles les plus recule's. Polybe, Diodore de Sicile, Lucrèce, F^itruve^ Denis d'IlaJycaniasse , Velleius Paierculus, Siliits Ilalicus , <?^ iS'e/zèç'we le démontrent évidemmeiU (9). Aucun cependant n'a décrit le Ve'suve aussi Lien que Strabon. Voici ses paroles. «Sur ces lieux, (prè's de Naples), est )) situé le Mont Vésuve , environné de tous côtés » de campagnes fertiles,, si l'on en excepte cepen- )) dant le sommet presque tout uni, qui est entiè- )) rement stérile et inculte. La surface de ce som- )) met est d'une couleur cendrée; elle est creusée » par de profondes cavernes , qui se divisent en » plusieuis Lranches et ouvertures. Les pierres » sont brûlées", à en juger h la couleur, d'où )> l'on peut conjecturer que celte montagne a brûlé » autrefois, et qu'elle avait des bassins de feu. » Le Volcan s'est éteint, parce que la matière qur » le faisait brûler s'est consumée , et c'est peut- » être à son feu et à ses cendres qu'on doit cette » fertilité incroyable , qui distingue surtout la )) Giuipanie. »
Les premiers incendies de ce Volcan eurent lieu bien des siècles avant la prise de Troie. Le savant PeUiccia en dislingue unauire, qui eut lieu , selon ses conjectures , après l'cruption de Ja Solfatare , environ jooo ans avant l'ère chrétienne , et plus de loo ans avant la fondation de Rome. Il opine que c'est de cet incendie que le territoire de Noie, de Sarno et de Nuce'rie , a pris naissance ; et que dans les temps antérieurs à cette époque si célèbre , c'était un vaste et immense golfe , qui se joignait a la mer de Salerne (lo) par le détroit de l'antique Marcina ( aujourd'hui Kietri. ).
Le Vésuve ne formait qu'une seule montagne avec celle de Somma ; leurs noms semblent èire également historiques (il). Il est curieux desavoir que les anciens honoraient Jupiter et Pluton sous le titre de Kesuvius et de Summarius , en y ajoutant le surnom de exsuperantissimus , attribut qui caractérise si bien un Volcan en fureur.
Spartacus se réfugia avec ses comp.ignons dans les cavernes intérieures du Vésuve , produites par les feux souterrains, et le Consul Clodius Glabrus^ qui le poursuivait , crut l'enfermer au moment même , où le counigcux Gladiateur sortait avec toute sa troupe du côté opposé de la montagne, ce que Frontinus , met au nombre des stratagèmes les plus heureux.
Mais le moment où le Vésuve devait se réveiller avec toute la majesté de ses forces cl de sa fureur,
s'avançait à grands pas. Pline nous raconte que parmi les prodiges arrives pendant la conspiration de Gatilina, M. Ilerennius , Décurion de Pompéi , y fut foudroyé sous un ciel serein , ce qui donna occasion à Gicéron de faire deux vers , que Sallusle tournait tant en dérision. On attri- Lue judicieusement cela à une trop grande électricité provenant du Volcan. Néanmoins ses phénomènes les plus terribles furent les tremblcmens de terre, qui affligèrent la Campanie vers la ôo.'"" année de notre ère. Le dernier , et le plus fatal , arriva l'an (J3 sous Pempire de ÎSéron. Ce prince était alors occupé à chanter sur le théâtre de Napies • et ayant été averti du danger qu'il courait , il ne voulut abandonner la scène qu'après avoir fini le fredon d'un de ses airs favoris.
Ecoutons «S(?/i6'^/7e, qui parle de celte ville avec distinction, (^de qaest. naî.llv. 6 chap. /.). aPom- )) péi, ville célèbre de la Campanie, autour de » laquelle les côtes de Sorrente et de StaLies d'un » côté , et le rivage d'Herculanuni de l'autre , )) forment un golfe riant par leur enfoncement, a » été détruite , et les lieux coniigus extrêmement » maltraités par un tremblement de terre arrivé » dans l'hiver ; c'est-à-dire , dans une saison que )) nos ancêtres croyaient exempte de semblables » dangers. Ce fut le 5 Février , sous le Con- )) sulat de Régulus et de Virginius , que la Gam- » panie fut dévastée par celte violente secousse » de terre. Toujours .menacée, mais sans avoir
s4 y) éprouvé des dommages, jusqu'alors, elle en » avait été quitte pour la peur.
)) Une partie de la ville d Herculanum fui » détruite , et ce qui en reste n'est pas encore » en sûreté. La colonie de Niicérie a été mal- )) traitée, pour ne pas dire ruinée. Naples a » souffert des pertes pluiôt particulières que puy> Lliques , et a été légèrement atteinte de ce » cruel fléau. Plusieurs maisons de campagne » éprouvèrent des secousses , mais sans dommage. )) On ajoute qu'il périt un troupeau de 600 mou- » lonsj que des statues furent Lrisées, et qu'après » cet événement funeste, on vit errer dans les » campagnes des personnes privées de connaissance » et d(i sentiment. »
Après cette catastrophe, les Pompéiens abandonnèrent leur ville , mais au bout de quelques années ils y retournèrent , et déjà leur patrie se relevait plus belle de ses ruines , quand le 20 Novembre de l'an yg de l'ère vulgaire , et le premier de l'empire de Titus , environ une heure après midi , lorsque les feux du Volcan semblaient éteints, et que les peuples vivaient dans une profonde sécurité ]>arlant des anciennes éruptions comme d'une tradition incertaine et obscure, le Vésuve ouvrit soudain ses abîmes, se fendit en plusieurs endroits vomit impétueusement des torrcns de flammes ^ d'énormes quartiers de rochers sur les campagnes les pins proches , et ensevelit en même temps sous des moniagncs de cendres et de pierios enflammées
Stables , Pompél , Oplonte , Rétine , Herculanum ^ el le« autres pays d'alentour. Qui pourrait jamais décrire Jes ténèbres , le mugissement de la montagne , les tremblemens de terre , l'efFroi , la fuite , enfin le désespoir et toutes les horreurs de cette nuit à jamais mémorable ?
Pline , qui commandait la flotte h Misène , accourut à Rétine , pour secourir les soldats qui s'y trouvaient 5 mais repoussé par le péril qui croissait de plus en plus , il aborda à Stables , et étant arrivé à la maison de son ami Pomponianus , il prit le Lain , soupa lranquillement, et s'abandonna au sommeil. Le temps pressait , la cour d'où l'on passait dans son appartement commençait à se remplir de cendres 5 les maisons étaient tellement secouées par le tremblement de terre j qu'elles paraissaient jetées tantôt d'un côté, tantôt d'un autre , et un moment après remises à leur place. La mort était imminente. Il fallut Péveiller et s'enfuir. La mer était agitée d'un Ycnt contraire. On courut à la campagne. Pline demanda de l'eau froide, et après en avoir bu h deux reprises , un nuage de soufre , avant-coureur des flammes qui s'approchaient , l'environne et l'étouffc.
Pline le neveu , qui se trouvait alors h Misène, nous a laissé deux longues lettres sur celte catastrophe inexprimable. Il les adressa à Tacite , ( Epître 16 et 20, Liv. 6 ) , qui lui en avait demandé des détails pour les insérer dans son
histoire , mais mallieureusGment l'endroit de celte relation ne nous est pas parvenu. Voici comment il nous dcjpeint le moment aLlenclrissant de sa fuiie avec sa mère. c( La nuëe se précipite sur la terre, » enveloppe la mer, de'robe à nos yeux l'île de Ca- » pre'e qu'elle environne , et nous fait perdre de » vue le promonioire de Misène. Ma mère me y) supplie , m'ordonne de chercher un moyen pour » me sauver. Elle me de'montre que cela est facile » à mon âi^e 5 mais qu'elle , au contraire , ap- )) pesaniie par les années et par sa corpulence , )) ne pourrait point me suivre ; qu'elle mourrait » contente , si elle n'était pas la cause de ma )) mort. Je lui déclare qu'il n'y a de salut pour » moi qi'avec elle; je la prends par la main^ et je » la force à m'accompagner. Elle cède malgré » elle, en se reprochant de me retarder ».
« Déjà la cendre commençait à tomber sur » nous , quoique en petite quantité. Je tourne la )) teLc , et vois derrière moi une fumée épaisse » qui nous poursuivait , en se répandant sur la » terre comme un torrent. Pendant qu'on y voyait )) encore , je criai à ma mère: quittons le ^rand y) chemin , la foule nous opprime. A peine nous » étions nous écartés, que les ténèbres augmentéy) rent à un tel point , qu'on aurait cru se trouver » dans une de ces nuits noires, et sans lune, ou dans » une chambre , où les lampes se seraient éteintes. » On n'entendait que les lauientations des femmes, » les géiiiissemcns des cnfans et les cris des hom-
» mes. L'un appelait son père, l'autre son fils ou » s« femme: ils ne se reconnaissaient qu'à la voix. » II y en avait que la crainte de la mort faisait » invoquer la mort même. Les uns imploraient )) le secours des Dieux; les autres croyaient qu'il » n'y en avait plus , et regardaient cette nuit » comme la dernière , comme la nuit éternelle
» qui devait engloutir l'univers ! Et moi,
» je me consolais de mourir en m'écriant : i' Uni-