VERS PÉRIT
L'éruption dura trois jours. Dion Cassius nous rapporte , que les esprits épouvantés croyaient qu'ils étaient rentrés dans le cahos, que les Géans reparaissaient, et que toute la terre devait s'em- Lraser. Au milieu de cette désolation universelle, les mortels oubliaient leurs passions, et tournaient leurs regards inquiets et étonnés vers le sombre voile des cieux , qui semblait un drap mortuaire jeté sur le cadavre du monde.
A la fin de l'incendie, dont les cendres furent portées jusqu'en Egypte et en Syrie, on "s'aperçut que la côte voisine avait disparu , et que des montagnes de pierres et de cendres occupaient la place oii avaient existé Pompéi, Stables y Herculanum, Rétine , Oplonte, Tegianum , Tauranie ^ Cose autrefois dévastée par Spartacus , et Véséris , où Décius se dévoua au Génie de Rome , et au salut des siens. ' '
Les Pompéiens ayant perdu leur patrie, eurent bicnlÔL fait d'en rétablir une autre non loin
de la pieiiiière. Leur^ plus cheis souvenirs, leurs JoiJi^ues habitudes, leurs cbaïups rendus plus fertiles par les matières que le Volcan avait vomies; enfin le nom même de Porapëi , tout dut contribuer à les inviter a revenir sur le lieu qui les vit naître , et qu'un seul jour de malheur ne pauvait leur faire oublier. Des maisons furent construites d'abord pour les seuls agriculteurs ; elles formèrent dans la suite un village, qui continua de porter le nom de Pompéi , et qui fut habité pendant long- temps; enfin une catastrophe semblable à celle qui avait fait disparaître la mère, lit aussi pour toujours disparaître la fille (12). Malgré cela , Pompéi ne resta pas long-temps tranquille dans son tombeau. Un grand nombre de ses habilans y retournèrent , la hache à la main, pour y pénétrer par les étages supérieurs, et pour y arracher ce qu'ils n'avaient pu sauver dans leur fuite.
De nouvelles recherches et profanations l'attendaient dans les temps postérieurs. D'après ce qu'on relève d'une antique inscription (i5) , il est vraisemblable que l'Empereur Alexandre Sévère y fit déterrer une grande quantité de marbres , de colonnes , et de statues d'un travail admirable.
A l'époque de Samiazare, vers le comencement du siècle iG.""" , Pompéi était peut-être aussi bien connue , reclierchée et découverte , qu'elle peut l'être de nos jours. Voici ses paroles, (AiiCAU:
PROSE 12. ) (( Cette villo, qui so presoiite à nos » yeux, appele'e Pomféf, sans doiue célèbre au- )) trefois , arrose'e par les eaux très- froides du )) Sarno , fut tout-à-coup englomie par un trem- » blemeni de terre; le sol ayant, comme je pense, » manque' sous ses pieds; genre de mort assurément » étrange et horrible , de voir des nations vivan- » tes , ravies en un instant du nombre des vi-
)) vans! En disant ces paroles nous étions
» déjà bien proche de la Ville en question , car » on pouv.iit distinguer les touks, les maisons,
» les THÉÂTRES , et leS TEMPLES PRESQUE IN- » TACTS. »
Or ces derniers traits sont si bien particularisés, que nous ne saurions les croire la production d'une imagination exhallée , ou Teffet du songe de Sincère.
Dans les siècles suivans , le nom de Pompéi rentra dans l'oubli. Mais vers l'an 1692 , Mutius Tutlavilla Comte de Sarno , ayant fait creuser un acquéduc sous la direction de Dominique Fontana (14) pour porter l'eau à la Torre , dut traverser tout le plan de Pompéi ; il y découvrit des temples , des maisons , des rues , des portiques et d'autres monumens ; il fallut même , pour ne pas les endommager, qu'il continuât l'excavation en forme de longs fossés, et qu'il les recouvrît à mesure qu'une partie du canal était faite (i5}.'
Environ un siècle apiè-i, Joseph Macrini^ {de Vestivio, Na|\ i6q5 ) , ronjectura que l'endroit
3o appelé la Cipita i ( c'est a dire Cantique ville), devait être Pompéi , et que ce n'était pas seulement le nom de l'endroit qui l'induisait à le croire, mais encore parce qu'il y avait reconnu lui-même des maisons entières , des ruines de grandes murailles , et quelques portiques de briques en partie déterrés.
Malgré tout cela, nos savans ne voulurent jamais reconnaître Pompéi. Un jour, (Pan 1748), des paysans creusent un fossé ; quelque chose leur résiste; ils redoublent leurs coups, et découvrent des nionumens , des statues, et des objets de tout genre et de différentes formes. — Le Roi Charles III ordonne que l'on continue les fouilles. Elles ont été poursuivies jusqu'à nos jours ; et la cinquième partie de Pompéi revoit aujourd'hui la lumière, comme aux temps des Etrusques et des Césars.
LAGAMPANIE.
En partant de Naples pour Pompéi , on arrive h Résine , d'où l'on franchit la montagne dans la direction du Salvatore pour observer le cratère du Volcan , la terreur et la merveille de la Canipagna fo.lice. Le soleil s'élève des montagnes d'xVmalfi et de Salerne. Quel horizon ! Quelle vue!
L'air pur embaumé de myrte et de thym, le magique panorama de JNaples et de son golfe; les bosquets de cèdres et d'oliviers , qui con-
vrcnt les rivages de la mer depuis le promonloirc de Minerve jusqu'à ceux de PausiJipe cl de Misène, et qui forment de celle lerre un immense jardin : tout enfin aui;nienle les plaisirs d'un si délicieux voyage.
Cependant à travers le brouillard du matin on de'couvre peu-à-peu les vastes plaines de la Gampanie; au septentrion, les magnifiques contre'es du Samniimi ^ Aes ylusojiicîis et de l'antique Laiiuni ; à l'orient , les monts Hii^iniens et les Lactariens ; au midi et à roccideiit , Sorrenle patrie du Tasse ; Capri maison royale de Tibère, les plages des Sirènes , la Tombe de Virgile , les sites de LucuUus, et lant d'autres lieux éternellement célèbres , que le pays renferme depuis Nisida jusqu'à l'île Oeriaria.
Cette terre, où tant d'événeraens mémorables eurent lieu, et que l'histoire , la fable et la poésie ont à l'envi rendue immortelle , conserve encore les médies noms , \qs monumens et tout le prestige de 53 siècles de souvenirs et de gloire.
Ici, sûJit les champs Phlégrèens^ d'où les fils orgueilleux de la terre escaladèrent le ciel , et furent ensevelis sous des montagnes de pierres et de feu. Là , il V avait jadis autant de Volcans , qu'il y a aujourd'hui de collines et de lacs. Voilà Pouzzole, qui conserve encore les ruines d'une seconde Rome; Misène qui semble encore s'avancer dans la mer pour offrir son port abandonne aux plus grandes flottes de l'univers 5 Baies ,
qui nous rappelle la mort du jeune Marcellus , .l'espoir de l'empire Romain; et la malheureuse Agrippine, les trames de IN cron , Anicèie , le navire {{Lii s' écroule sur elle, le Liicrino , le Centurion, et enfin sa mort.
De ce côlé-là, est le mont Gaurus, célèbre par les guerres des Samnites: le Monte Nuouo vomi en une seule nuit des entrailles de la terre par une force vulcanicpie ; les tombeaux des Champs- Elysées ; les Champfi des pleurs , i^lagentes campi ); le Styx, le PhlcgcLon, l'Averne, la foret avec l'arbre au rameau d'or , et le rivage oii Dédale arrêta son vol , et consacra ses aîlcs au génie des beaux-arts.
Plus loin, Cumes , le bois de Tr'ivia ^ le temple aux cent portes, Tanlre de la Sibylle et toute la terre de l'yEnéide se présente à nos yeux. Dans la même direction , les forets des Cimmériens et les royaumes des Lestrigons , et Lamus , et la fontaine d'Arfacie, où la fille du roi Antîphaie allait puiser de l'eau, quand Ulysse , le plus malheureux et en même-temps le plus résigné de tous les moricls, aborda sur ces rivages inconnus.
Ainsi la terre de V /E/iéïde confine avec celle de V Odyssée. Mais la poésie cède toui-à-coup la place à des souvenirs plus douloureux. Linternum , qui entendit les dernières paroles de Scipion; Gaète qui fut témoin de l'assassinat de Gicéron; et Minturnes qui cacha dans ses marais le vainqueur des Gimbres , qui devait encore dans
les cliaÎJlGS faire trembler le barbare destiné à lui apporter la mort, sont là , l'une après l'autre, comme pour réunir dans une seule page la Ion- ' gue histoire de nos discordes et de nos malheurs; Gapoue enfin , trop orgueilleuse d'avoir effeuillé les lauriers du Trasimène et de Cannes, élève du sein de la Campanie sa tête superbe , voulant nous indiquer d'en avoir été un jour la reine. La ville de la Sirène est située près d'elle, la charmante Parthénope, qui semble descendre des collines pour contempler sur le rivage son golfe enchanteur, le Vésuve, le spectacle varié et la perspective immense qui se déploie autour d'elle. Après tant de siècles, elle semble inviter, comme auparavant, les étrangers, et les attirer par ses chants et par sa beauté sur une terre où l'on ne respire que l'oubli, la jouissance et Pamour.
Par che la terra, e l'onda e forrai e spiri Dolcissimi d'amor sensi e sospiri.
Tasso.
Après avoir ainsi contemplé, comm^ dans un tableau , les plus célèbres contrées de la Campanie à laquelle appartient la Ville , objet des vœux et du pèlerinage des voyageurs , on peut tourner ses regards vers Pompéi^
Ses ruines sont au pied du Vésuve , sur une colline parsemée de fleurs. Mais ces fleurs -sont pâles et tristes, comme celles qui ornent las tombeaux. On les croirait expressément semées pour
orner les monumens d'une ville, dont la déplorable dcsunce a éic jusqu'à nos jours sans exemple dans l'histoire des désastres humains.
On descend la Montagne pour retourner h Résine; et traversant la roule du cancello ^ on arrive en une heure au
Bourg A uoustu s-F elix.
Rue des Tombeaux.
Pompél est à ii milles de Naples, et à 5 du sommet du Vésuve. On y entre par un de ses faubourgs appelé Augustus-Fellx,. Ce village , découvert en grande partie depuis 18] 2 jusqu'en 1814? et qui, depuis la porie et les murs de Pompéij s'étendait assez loin le long de l'ancienne grande route à^ Herculanuni , fut fondé par les colonies de Sylla et dC Auguste , dont il retint la dénomination. On pourrait maintenant l'appeler le faubourg des morts, par la grande quantité des tombeaux dont il est couvert. On n'y voit tju'une seule maison de campagne entièrement déterrée. I\lais sur le penchant de la colline, on observe des monumens de toute espèce recouverts en forme de petites élévations verdoyantes. Là , les citoyens les plus distingués par leurs emplois sacrés, politiques ou militaires, établirent leurs domiciles , et y obtinrent des tombeaux publics et honorés. Les uns et les autres couQnent entreux.
Cesi pourquoi l'on dirait que les anciens , en quittant la vie , ne faisaient que changer simplement de demeure (16). Les ombres des morts erraient silencieusement autour de leurs anciennes habitations; elles partageaient à chaque instant les mêmes sentimens , les mêmes pensées , jusqu'aux mêmes larmes, avec leurs familles survivantes. Dans le profond horreur d'une nuit orageuse et couverte de ténèbres , elles assistaient aux autels domestiques , où elles étaient invoquées sous le nom de Lares , et recevaient au. pied des sépulcres, qui furent les premiers temples de toutes les nations, le sacrifice et les vœux de leurs en fans.
Dès qu'on est entré dans le bourg Augustus- Felix , on peut voir d'un seul coup-d'oeil tout le cours de la rue ancienne découverte jusqu'à présent, et des tombeaux qui l'embellissent des deux côtés jusqu'à Tentrée de la ville. Quelle élégante magnificence ! Combien de formes inconnues à l'architecture et aux arts !
Ces sépulcres, dressés sur de superbes piédestals, sont couronnés de fleurs et d'arbustes d'une verdure éternelle. Là, des familles entières reposent ensemble , comme si elles vivaient encore dans leurs foyers; la mère repose à côté du père; et les enfans, selon leur âge, à côté de la mère. Les inscriptions sont simples , et d'un style noble et affectueux.
Des cénotaphes qui terminent à leur extrémit»
en enirelacemens gracieux de palmes ou de lauriers; d'autres qui nous présentent les formes éle'gantes de lectisternes et de temples , ont éié élevés à la mémoire des citoyens qui s'en étaient rendus dignes, et qui étaient morts loin de leur patrie , et embellissent par la beauté de leurs marbres ces champs du silence. — On les prendrait pour autant d'autels élevés par le Génie des ans , aux Génies taciturnes du mystère et de la mort !
Comme le séjour des morts devait offrir à l'entrée de Pompéi cet ombrage et cet air frais qu'on y cherchait contre l'ardeur du soleil , aussi ce bourg était devenu un lieu de réunion et de promenade. Le Pompéien s'y reposait au pied des cyprès , et s'asseiait sur la pierre des monumens.
Les jeux , ics divertissemens et l'allégresse des gens oisifs formaient un singulier contraste avec le calme et le silence qui régnait sur la terre, oii dormaient les morts.
L'esprit occupé de ces images , on croit revivre dans les temps où respiraient ceux dont on visite les éternelles demeures : on s'imagine d'assister à leurs fêtes, qui se célébraient avec lant de larmes et d'offrandes , dans les faubourgs des anciennes villes le 21 Février.
C'est alors qu'on voyait des Pompéiens occupés à prier. On observait des femmes, qui étaient des mères s.uis doute , brûlant des parfums au pied de la
^7 tombe de leurs filles ; d'aiilrcs arrosant de leurs propres mains les pavois plantes sur les tombeaux de Jeurs amans; d'autres enfin , indiquant à leurs enfans le lieu où reposaient les cendres d'un père, qui avait ctc leur soutien. Tous étaient dans le recueillement de la tristesse et du regret. Tristesse profonde, qui ne se fait pas gloire d'une vaine pompe , et que rien ne peut troubler !
Maison de campagne dite de Diomèdes , découverte depuis 1771 jusqu'en 1774.
Elle est divisée en deux étages disposés en am*» pliithcalre, dont Je plus élevé se trouve presque au niveau de la rue publique. Elle en avait un troisième au-dessus de ce dernier. Cette maison n'a presque pas son égale dansPompéi pour rélcgance et pour la grandeur. Elle appartenait sans doute à un de ses plus riches liabitans , qui la fit construire à une époque heureuse pour les arts , et célèbre pour le faste de la vie privée , et pour la perfcclion des plaisirs sociaux.
En montant quelques degrés , on entre par une petite porte dans une cour ouverte environnée de 14 coloiines revêtues de stuc , qui y formaient des portiques jadis décorés de brillantes peintures.
L'arcbitectiu'e des maisons du faubourg avait , selon Vitruve (17) , fixé ce péristyle dans le centre des apparlemcns , d'où l'on prenait la dis-
iribuLioii des chambres ialérales , et d'où l'on recevait le jour. On croirait , en s'y promenant, de se trouver dans un cloîue. Un jardin de fleurs était au milieu , et un petit canal qui recevait l'eau des portiques la communiquait à deux citernes.On observe leurs uiàr^cWcs, puteali a, de pierre volcanique , d'où Ton puisait l'eau, avec Ja cannelure faite exprès pour la corde. — Un enduit de tuileau pilé , opus signiiiuni , avec des morceaux de mosaïque en forme le pavé.
A droite du pcrisiyle sont les chambres pour les esclaves , au milieu desquelles il y avait un petit escalier pour monter à l'étage supérieur', où l'on trouva de la paille avec des grains d'orge. A côté de l'escalier étaient des amphores et une armoire.
Au dehors , sous le portique , on voyait une niche avec une petite statue de Minerve.
A gauche est l'apparlement des bains. Dans la première chambre , on voit un bassin ])our le bain froid, entouré d'un joli petit portique avec des colonnes octogones , au fond duquel on remarque un fourneau , où l'on trouva une espèce de chaudron et une poêle à deux anses encore noircis par la fumée, un gril de fer et plusieurs pots de terre , parmi lesquels il y avait une casserole (18).
A côté de cette chambre est celle où l'on se déshabillait , et par une porte qui était près du bain, on entrait dans la fournaise, où l'on donnait à l'eau la température (fue l'on désirait.
Au-dessus du Lain et enire les portiques, on avait peint des arbres avec des fruits et des oiseaux , et des poissons de toute espèce qui semblaient nager au fond des eaux. De là, on monte à l'étuve située sur Ja fournaise , dont elle recevait la clialeur ; ou y entre après avoir traversé une autre chambre, où l'on déposait les vêtemens, et le tepidarium où 1 on s'ôtait la sueur avec les striglles , pour se oindre ensuite d'essences. Il y avait dans cette dernière des sièges de bois; au-dessous , sur le sol, ou trouva la forme d'un panier, et sur la fenêtre un châssis en forme de croix avec quatre carreaux de vitres semblables aux nôtres.
L'étuve contient d'un côté la baignoire pour l'eau chaude , et de l'autre une niche demi-circulaire avec deux fenêtres. On voit sur la surface du mur l'espace par où passait la chaleur des flammes de Vhypocausiuni inférieur , et qui formait de cette chambre , et surtout de la niche^ une vraie fournaise.. — Dans un trou pratiqué dans le mur on mettait une lampe qui éclairait à la fois l'étuve et le tepidarium. Une vitre la garantissait du vent.
En descendant, on passe par un des portiques du péristyle dans la dépense , où l'on trouva par terre des vases de cuisine autour d'une table de marbre soutenue par la statue d'une jeune prêtresse ; ensuite , sont les chambres à coucher, autrefois riches en peintures d'oiseaux , en mosaïques et en marbres. Au milieu de ces chambres
4o est celle deslinée aux repas, qui est en forme de demi-cercle. On y peut très- bien distinguer la place où était la table ; à côté on voit une garderobe. On a trouvé dans cette chambre des vases de verre , et en bronze , des moules à pâtisserie , deux petits trépieds pour soutenir les lampes sur la table , deux petits bassins ; deux candélabres dont le plus petit était de la forme d'un tronc d'arbre ; deux couteaux avec les manches d'os, et des anneaux avec leurs petites plaques pour armoire. Des poissons étaient peii)ts sur les murs. Trois larges fenêtres qui donnaient sur la campagne , l'embellissaient gracieusement du levant au midi , en recevant le soleil à toutes les heures du jour 5 et introduisaient dans la chambre le parfum des fleurs et des roses dont on reconnut les plantes dans le jardin qui était au-dessous.
En face se présente un autre appartement composé d'une salle de compagnie, jExedra , et de quelques cabinets dans F un desquels on avait déposé une table ronde de marbre blanc, environnée de di^ têtes de tigre qui faisaient jaillir l'eau de leurs bouches ; des médaillons de marbre, où Ton avait sculpté Vulcain près de son enclume; une femme ailée qui avait dans une main un papillon , et dans l'autre un flambeau, qu'elle approche d'un autel comme voulant y mettre le feu ; un Hercule nu , appuyé sur sa massue, avec une peau de lion, un carquois et des flèches ; un cerf est h ses côtés; des Faunes avec un flambeau ou avec un vase
et un tyrse dans leurs nioiins; un lièvre qui mange des fruits , et cinq petits masques qui représentaient des Faunes et des femmes dont les bouches et les yeux étaient troue's. — On passe de-Jà sur une galerie, puis dans une grande salle ou Oecus Çyzicène, et enfin sur des terrasses découvertes qui dominaient sur le jardin domestique et sur la mer; ce qui devait rendre ce petit quartier le plus riant de toute l'habilalion.
On recueillit dans VExedra et dans les pièces voisines les fragmens de plusieurs vases d'argent ornés de figures; un vase de cuisine en bronze; une grande quantité de monnaies du même métal, dont une était de Naples antique; et des morceaux d'ivoire qui appartenaient à une petite statue qui servait d'ornement à un meuble. Ces objets étaient tombés de l'étage supérieur.
En regardant du haut des terrasses sur la rue, on observe les habitations des esclaves. Elles étaient composées d'une cour environnée d'un petit portique, et de chambres où l'on trouva une bouteille suspendue à un clou, des vases de terre cuite, une lampe, quatre bêches et un râteau de fer, un couteau avec son manche d^os, quelques monnaies de bronze et des vases de verie; enfin sous le portique, ou voyait un petit foyer sur lequel était une casserole de bronze avec son couvercle. A l'entrée de celte habitation on découvrit les squelettes d'un homme et d'une brebis qui avait une clochette au cou.
Par un petit escalier , on descend enfln dans les appartemens d'été'. Les chambres appuient sur la colline ; elles sont voûtées et ornées de peintures et de pavés en mosaïque.
La plus grande , ( qui est proche de l'escalier ), était sans doute la Liblioihèque car on y remarque des peintures analogues: Uranie, Melpomène, Minerve, un homme assis sur une chaise , avec un bâton à la main, ( paedagogus ) ; il a h ses côtés un coffre rond rempli de papyrus, et devant lui une femme et un enfant: enfin on y observe des Génies et des bacchantes qui dansent et qui pincent un instrument triangulaire à cordes ( sambuca ). — On trouva sur le pavé de cette chambre, qui est en mosaïque, les restes d'un tapis (19).
Plus loin, il y a une petite fontaine qui semble avoir cessé de couler depuis peu , et dont le réservoir correspondait h un tuyau de briques qui était sur la terrasse supérieure. Au niveau de la fontaine est le jardin entouré d'une colonnade carrée. Les anciens s'y promenaient , ou y étaient mollement portés par leurs esclaves sur une chaise ou dans une litière. Les femmes s'y rendaient de leurs appartemens, et reposaient délicieusement à l'ombre de ces portiques , pendant les heures brûlantes du jour.
Du jardin, on pénètre dans une galerie souterraine , très-bien éclairée , [)our s'y promener Tctc. On y voit encore des amphores , où Toa
conservait le vin du Vdsuve, et celui de Pompci éi;alemeni fameux (20). On trouva dans ce souterrain 20 squelettes l'un près de l'autre, parmi lesquels deux étaient d'enfans, et en outre les ornemens suivans: en or, deux colliers dont l'un était orné de g plasmes d'éméraudes; à l'extrémité de l'autre étaient suspendues h une chaînette deux feuilles de pampre ; deux bracelets et quatre anneaux avec des pierres vertes sur lesquelles on avait gravé un vase et une léte d'homme ; en argent, deux anneaux, une grosse épingle, un pied de vase et 5i monnaies presque toutes consulaires ; deux amaibysles dont l'une représente une Vénus Anadiomène ayant la même attitude que celle de Médicis; en bronze, 44 monnaies, j)armi lesquelles on en distingue plusieurs de Galba et de Vespasien; un candélabre très-singulier dont le pied est formé par trois jambes d'homme, entre lesquelles est suspendue une draperie représentant u\\ paludamentum qui est lié à chacune d'elles par une agralTe ; un paquet de clefs (21), et les fragmens d'une caisse. Ces objets pouvaient appartenir aux personnes de cette maison qui avaient cberché leur salut dans cet endroit y mais ils y furent couverts de cendres et d'eau qui, formant une espèce de limon , s'attachèrent a leurs corps et en prirent exactement les formes. On peut voir daus le Musée Royal de INaples plusieurs fragmens de cette cendre consolidée. L'un conserve les formes d'un superbe
sein ; l'autre le contour d'un bras et de ses oriiemens; un troisième une partie des épaules et de la taille; en un mot tous nous annoncent, que ces femmes étaient jeunes, grandes et bien formées, mais qu'elles ne se sauvèrent pas presque nues, comme JDupnty le prétend , car non-seulement l'empreinte de leurs chemises reste visiblement imprimée sur la cendre, mais encore celle de leurs vétemens. On y conserve aussi le crâne d'une de ces jeunes filles avec des restes de cheveux blonds, des dents molaires, et l'os d'un bras.
On découvrit vers la porte qui donnaitsurla marine le squelette d'un homme qui avait dans une main une clef, et dans l'autre un anneau et un rouleau de 10 monnaies d'or , ( de Néron et d'Agrippinc, de Vitellius, de Vespasicn et de Titus) , 88 d'argent, impériales et consulaires, dont l'une est de Marc- Antoine et de Cléopatre , et d'autres en bronze d'Auguste, de Claude et de Vcspasien. A quelques pas de là , et sous les portiques , on découvrit deux autres squelettes avec cinq monnaies de bronze. Hors de la maison de campagne, vers la mer^ on eu trouva 9 de différentes conditions à en juger à la qualité de leurs ornemcns; quelques uns auraient pu appartenir à la même famille. Ils avaient lâché de sauver quelque chose, mais ils le firent avec tant de précipitation, qu'on trouva, enlr' autres objets, une petite cuiller d'ivoire, qu'ils avaient ])crdue dans cet extrême embarras , non loin de la porte supérieure de cette habitation.
11 y a au milieu du jardin un vivier assex conside'rable avec une fontaine qui devait être orne'e de vases à fleurs et de statues, comme les Plongeurs et les petits Génies de bronze trouves autour des re'servoirs dans les maisons de campagnes d^Merculanum , oii l'on découvrit les papyrus.
On observe dans les angles deux cabinets dans un desquels on trouva un squelette avec un bracelet de bronze, un anneau d'argent , et une faucille de fer.— Les deux longs enclos qui son près des cabinets et qui paraissent avoir été converts d'une treille, pouvaient servir au jeu des boules ou de la paume.
Près de cette maison on trouva un champ dont le terrain était labouré à sillons^ et une haire pour y battre le blé.
En sortant de cette habitation , on a en face une vaste enceinte qui se prolonge vers la rue , et qui est entourée d'un mur solide que soutenait un terre-plein , et où. Pon aperçoit des tuyaux pour l'écoulement des eaux. Par le moyen d'une fouille , j'ai pu y reconnaître avec probabilité le sepulcretunij ou cimetière, et Vustrinuni , où l'on inhumait les morts des classes inférieures. — On y trouva en abondance des os humains , et des limaçons restes du repas funèbre , et communs à tous les tombeaux de Pompéi.
Sépulcres de la Famille Arria. An. 1774.
Sur la hauteur d'un mur avec un lerre-plein , qui sert de base à ces tombes , s'e'lève majestueusement le tombeau de Marcus Arrius Diomedés, qui isemble encore présider à celte famille de morts. Il consiste en un frontispice avec des pilastres corinthiens aux côte's , et avec cette inscription au miheu :
M. ARRIVS. I. L. DIOMEDES
SIBI. SVIS. MEMORIAE
MAGISTER. PAG. AVG. FELTC. SVB VRB.
Mardis Arrliis Diomedés , affranchi de Ju-^ lia (22), Maître (23) du bourg Augustus Félix ^ près de la ville , à sa mémoire ^ et à celle des siens.
A gauche on voit deux petits cîppes de marbre avec des inscriptions , lesquels représentent en contour le buste de M. Arrius Vaine ^ et celui di! Arria j la huitième fille de Marcus affranchi.
M. ARRIO ARRIAE. M. Ij
PRIMOGENI. VIII.
On trouve dans le mur qui est au-dessous une inscription qui sert de monument sépulcral à une
autre ylrria fille do l'affranchi M. DiomèdeSy et à ceux de sa famille.
ARRIAE. M. F.
DIOMEDES. ïu SIBI. S VIS.
Tombeaux des enfans Gratus et Salvius. An. 1812 — Une cpitapLe indique le lieu où repose l'urne de iV. Kelasius qui vécut douze ans.
N. VEIiASIO GRATO VIX. ANN. XII.
Son ccnoiaplie est en forme de niche où l'on voit repre'senié en stuc le Génie protecteur du défunt.
On remarque ensuite la tombe du Jeune Salvius en forme de petite niche carrée et avec un frontispice. Voici son inscription :
SALVIVS PVER VIX. ANNIS V.
On trouva au milieu de ces tombeaux, et dans le terrain, un vase de verre renfermé dans un autre de plomb avec de la cendre et des os.
Deux grands sépulcres en ruines. Us sont derrière ceux dont nous venons de parler. A côté d'un de ces sépulcres on trouva ce beau fragment , modèle de tendresse et de simplicité : Ser villa à F ami de son ame . . . ,
SERVILTA AMICO ANIM.
Cénotaphe de Céjus , et de Labéon. i8i3
Il consiste en une grande hase sur laquelle s'clevait une espèce de temple dont l'architecture et les Las-reliefs en stuc sont très-capricieux. Ils représentaient en grande partie des portiques ferme's par drs grillages qui ne laissaient qu'une seule ouverture d'oii sortaient des guerriers dont Tun tenait d'une main un très-grand bouclier et de l'autre conduisait un cheval.
On aperçoit au dessus du portique une corbeille mystique et à ses côte's deux guirlandes qui servaient d'ornement à deux portraits qui étaient peut-être ceux de Céjus et de Labéon.
Une inscription nous apprend que Ménomachus , affranchi avait élevé ce monument à Céjus^ fils deLucius de la Tribu Ménénienne (34) > et à L. Labéon duumvir de justice pour la seconde fois , et censeur (2 5).