CHAPITRE XI
A Rome, les bains furent d'abord très modestes. Avant la création des bains publics, la baignoire placée dans la cuisine ou à côté recevait l'eau chauffée par le même feu qui cuisait les aliments. La spéculation privée créa les premiers l^ains publics. Plus tard, les édiles en firent construire de plus grands. A la fin de la république seulement, sous l'influence des Grecs, ces établissements commencèrent à se multiplier puis à devenir de plus en plus magnifiques et compliqués. L'édilité d' Agrippa précipita leur développement. Des palestres en devinrent jjIus tard une partie essentielle, souvent même la principale ; de telle sorte qu'on vit des thermes porter le nom de Gymnase. Pour les Romains de l'empire, les thermes tenaient lieu de nos cercles modernes avec bibliothèque, restaurant, salons de conversation, etc., installés avec un grand luxe.
Comme toujcjurs la province sui\'it le mouvement dont Rome était le centre. 31ais dans les pays soumis de bonne heure et directement à l'influence grecque c'est Rome qui fut devancée. Il en fut ainsi à Pompéi. A une époque où Rome ne construisait pas encore des thermes avec des palestres, la Pompéi samnite en avait une dans les thermes de Stabies, tandis qu'il n'j^ en eut pas dans les thermes du Forum, construits bien plus tard par les Romains, au début de l'occupation.
Tlicrnu's de Stables (IV, i, 8 ; fig. 55, p. 102). — Cet édifice remonte à l'époque samnite, au II*" siècle avant notre ère; on ignore la date précise. Au commencement du i"' siècle, dès les premiers temps de la domination romaine, il fut restauré et en partie reconstruit en vertu d'un décret des décurions; les duum\irs C. Ulius et P. Aninius adjugèrent puis approu-
POMl'ÉI
vèrent les travaux : construction d'un ciestrictcviiDn et d'un laconiciim, restauration du portique et de la palestre.
Tels que les a surpris la catastrophe, ces thermes occupent un espace en forme de trai)èze circonscrit par (juatrc rues (fig. 55. p. 102 : à l'est la rue de Stables dont on a donné le nom aux thermes ; au sud les rues des Holconii et de l'Abondance, à l'ouest la rue du Lupanar. Au nord les thermes sont adossés à la belle maison de Siricus. On y pénétrait par plusieurs entrées (suivre sur la fiy. 55. p. 102 : la princii)ale ouvrait sur
Maison yj.
Sue des //o/ron/j
P'd- 55- — L"-' p'^n des ihernies de Stables (p. 102).
la rue des Holconii (A); trois sur la rue de Stabies (a, b, c), trois sur la rue du Lupanar [cl, i\ f ^. Les murs extérieurs sud et ouest .sont occupés par des boutiques. Cinq de celles qui ont leur devanture sur la rue du Lupanar présentent une disposition particulière. Leurs murs de séparation ne touchent ])as le mur du fond. De sorte que, tout le long de ce mur, règne un pas.sage sur lequel elles sont ouvertes au moins autant que sur la rue. Ce passage a une porte aujourd'hui condamnée dans les l)ains de Stabies (en face de 26} et, à son extrémité opposée, fait un coude pour déboucher sur la rue du Lupanar I\'. 1. 58 . Il est à croire que ces cinq boutiques dépendaient de l'administration du bain et que leur commerce s'y rattachait.
A côté de l'entrée principale (A;, sur un jnédestal, se dressait une
LES TTIKRMES 103
staitue; c'était celle d'Holconius Rufus, membre d'une des familles de Pompéi les plus considérables qui, de père en fils, donna des magistrats à la colonie Tout près de là, presque en face des thermes, est leur maison de famille. Holconius Rufus fut, comme nous l'apprend l'inscription gravée sur le piédestal de sa statue, tribun élu des soldats, cinq fois duumvir, deux fois quinquennalis, prêtre d'Auguste. Ses concit03^ens mirent le comble à tous ces honneurs en le nommant patron de la colonie. Cette statue, aujourd hui conservée au musée de Naples, a été trouvée le 22 juin 1853, brisée en plusieurs morceaux sur le pavé de la rue; la tête avait été rapportée sur un torse plus ancien ; çà et là quelques traces de peinture subsistaient. Trois autres piédestaux dépouillés de leur revêtement de marbre se voient encore sur la même place ; peut-être supportaient-ils des statues d'autres membres de la famille des Holconii. Nous avons vu, à l'amphithéâtre, l'une en face de l'autre, les statues des deux Pansa père et fils.
Nous traversons le vestibule [A) orné de peintures sur fond rouge avec filets jaunes et de petits tableaux aujourd'hui effacés ; on y a trouvé trois squelettes et quelques bijoux. De là nous pénétrons dans une vaste cour en forme de trapèze (B), entourée, sur trois de ses côtés, d'un portique; c'est la palestre. Elle ne présente plus l'aspect qu'elle avait à l'époque samnite ; une restauralion postérieure au tremblement de terre de l'an 63 l'a dénaturée; les chapiteaux du portique, recouverts de stuc, ont reçu une ornementation lourde et sans grâce qui n'appartient à aucun style. On en peut dire autant des rinceaux et des palmettes en stuc qui, au bord de la toiture, dissimulaient les extrémités des tuiles. Au fond, sous le portique (19), en face de la porte, un Mercure voilé, dans une gaine, semblable en tout point à celui du temple d'Apollon, présidait comme dieu de la Palestre. C'est au milieu de la cour que s'accomplissaient les exercices variés : le disque, les poids, la course, les différentes sortes de lutte, le pugilat, etc. Un des côtés de la cour, dépourvu de portique et recouvert d'un sol bien uni, servait sans doute de jeu de boules (4) .
De ce même côté une longue piscine d'eau froide (i) où l'on descendait par quatre degrés, accessoire nécessaire d'une palestre, servait aux exercices de natation qui faisaient partie du programme et à la réaction recommandée après les violents exercices. Près de là, une grande salle (2) était affectée à la garde des vêtements ; les armoires ou casiers en bois ont laissé leur trace sur le mur. De chaque côté de la piscine, dans deux belles salles spéciales (3, 3), on se faisait laver puis frotter et oindre d'huile, particulièrement aux articulations ; on enlevait avec le strigile