‹ Pompéi (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · LES METIERS · texte numérisé non relu

LES METIERS

vertes, il y a quelques années, en dehors de la porte du Vésuve On les reconnaît à la place plus grande qu'elles occupent, au nombre des chambres et des pièces communes, à la grandeur des fourneaux, aux trottoirs abaissés en pente pour donner accès aux voitures ; aux graffites inscrits sur les murs. Un client de Tune des auberges que nous venons de mentionner

j-jg (J-. __ Boulangerie avec le four et les moulins (p. 122-134).

(II, 7, 6-12! a écrit en vers sur la muraille la cause de son mécontentement :

Mixiiiins in h\-lo, fateor ; (>cccavimus hospes; Si dicfs quarc : luilla iiiatclla fuit.

« Hôte, j"ai... » ; mieux vaut ne pas traduire.

Il existait aussi des hôtels dans l'intérieur de la ville. Celui de Sittius, à l'enseigne de l'éléphant, avait un triclinium avec trois lits et une installation commode; du moins l'affiche le disait IV, i. 45^ ^ avait de vastes sous-sols où était l'écurie et, à l'entrée, une borne pour aider les cavaliers à monter. Non loin de là (IV, 11, 11) un autre hôtel beaucoup plus grand, a, dans un vaste jardin, des cabinets particuliers. Dans une

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auVjerge de la même région 1\'. 12, 35), des voyageurs ont écrit sur les murs la mention de leur passage et quelquefois aussi leurs imjiressions : un prétorien de la i)remiére cohorte y a passé la nuit i-t aussi un Ijrave

Fig. 04. — La fournée trouvée dans un four (p. 124].

homme nommé \'il)ius Kestitutus, désolé d'être séparé de sa femme Urbana ; C. Julius Speratus souhaite toute sorte de ]>rospérité à Pouzzole sa patrie. In foulun nommé Cresces fréciuentait une auberge de la rue de Nola \'. 2, 4 . (Juand il avait bu, sa bienveillance universelle s'étalait

sur les murs, sur toutes les colonnes du périst\]e \'ivcut la; Salincnscs, écrivait-il, et ceux de Xocera et les Campanienses; tous les fau1)ourgs, toutes les villes voisines avaient leur tour. 11 n'oubliait i)as non plus ses concitoyens : Vivent les Pompéiens, ni sa corporation :

Vivent les Foulons, et il signait afin que personne n'en ignore: Cresces foulon.

Une des industries les plus fré([uentes à Pomjjéi est celle de la boulangerie. Dans jjresque toutes les îles, il y a un ou plusieurs boulangers. Les moulins occupaient la cour. Un cône plein, debout, en pierre dure, fi.\é sur une base immobile en formait la partie inférieure La partie supérieure, composée de deux cônes creux réunis par leur sommmet, ressemblait assez à un sablier. I,e cône inférieur s'emboîtait exac-

Fig- 65.

Quelques-unes des opérations du métier de foulon (p. 125).

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tement sur le cône plein et, en tournant, écrasait par le frottement le grain c^ue l'on versait par l'ouverture du cône supérieur renversé. Deux trous percés extérieurement à la jonction des deux cônes de la partie supérieure recevaient les barres qui mettaient le moulin en action (vo)\ fig. 63, p. 121). La farine retombait sur le bord de la base qui dépassait un peu (même fig-). A côté dans une salle, la table en pierre servait à façonner

Fig. 66. — Foulerie de la rue de Stables (p. 125).

le pain. On peut voir, rue de Stabies ;III, 3, 10) un moulin remis en état.

Le sol du four, dallé de larges briques, était recouvert d'une calotte également en briques, sauf l'assise inférieure construite, ainsi que la bouche, en jaierre dure pour mieux résister au choc de la pelle. Devant la bouche, une longue table en pierre communiquait par une ouverture avec la chambre du pétrin. L'enfourneur n'avait qu'à y présenter sa pelle pour recevoir la pâte préparée ou pour donner le pain cuit qu'il venait de retirer du four. Dans les fours les mieux établis, une chambre de chaleur protégeait la calotte et, en avant de la bouche, une cheminée emportait la fumée (voir fig. 63, p. 121. — IV, 2, 22). Au pied du four un réci-

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pient plein d'eau servait à éteindre, quand il prenait feu, le chiffon avec lequel on nettoyait le four fig. 63. p. 121).

Pendant la cuisson, une plaque en tôle, munie d'une poignée, fermait les fours. Plusieurs ont été trouvées en place et. dans le four, les pains qu'on n'avait pas pu retirer, trop cuits, carbonisés même, mais ayant conservé leur forme (fig. 64, p. 122). Quelques-uns portaient, marqués avec un sceau, le nom du boulanger.

Aux boulangeries, attenaient une ou deux boutiques de vente. Les

Fig. 67. — Doliums de marchands d huile et autres denrées ^p. 126).

planches, sur lesquelles étaient posés les pains avaient comme support un ressaut en maçonnerie courant tout le long du mur (V, 4, 1, 2; VI, 14.32; I, 3, 2~\ ou bien des pieds en pierres 1\'. i, 36 . Une boulangerie considérable occupait un vaste espace dans la première région I, 4, 12- 18 . Elle avait deux fours, des moulins, six boutiques. La bouticjue d'angle .'12-13^ avait double devanture sur la rue de Stables et sur la rue des Diadumeni, en face du beau quartier de la rue de l'Abondance. La boutique 14, bien décorée, dallée en joli marbre servait sans doute à la vente des choses délicates, de la pâtisserie; dans la boutique 17 i[ui a deux doliums presque enfouis, on vendait la farine au détail.

Il est des boulangeries qui communiquent avec de riches maisons (W, 2, 3 et 5; IV, 2, 20, 22 et 38). Plusieurs boulangers étaient donc riches et influents, comme P. Paquius Proculus qui fut élu édile à l'una-

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nimité (voir Hist. Vie priv., p. 11-121. Peut-être aus.si des particuliers faisaient exploiter une boulangerie par leurs esclaves et tenaient à pouvoir, de chez eux, les surveiller.

Une boulangerie a été installée dans une maison jusque-là bourgeoisement habitée; on a surélevé, pour en faire une cuve, les bords de l'impluvium (V, 3, 8K Cet exemple n'est pas isolé. Dans la quatrième région, un vieux et noble péristyle en tuf a été, avec toute la maison, complètement dénaturé par un industriel cjui y a établi des cuves nombreuses, des pièces sombres et voûtées, une immense armoire. C'était un teinturier ou un foulon (IV, 2,11; W , 2, i 7-ig) .

Les foulons formaient à Pompéi une puissante corporation. Il est possible encore de suivre dans leurs usines les diverses opérations du

Fig. 68 — AfRche électorale (p. 127, 129 ; Hiit. Vie [niv., p. 9-10).

métier. Ils nettoyaient les étoffes en les foulant de leurs pieds nus dans des cuves séparées par des petits murs sur le haut desquels, pour sauter, ils appuyaient les mains. Une série de peintures (musée de Naples) provenant de la foulerie de la rue de Mercure représente cet exercice et les différentes manipulations : les foulons sautent sur les étoffes, les soufrent, puis les cardent et les étendent sur une cage en claire-voie sous laquelle brûle du soufre dans un réchaud (^fig. 65, p. 122I. On les mettait ensuite sous presse ; une foulerie de la rue de Mercure (^VI, 8, 20) a conservé le corps de construction dans lequel la presse était renfermée. Dans cette foulerie et dans celle de la rue de Stables (VI, 14, 51) on a trouvé un dépôt de la terre smectique, savon naturel, avec laquelle les étoffes étaient nettoyées; on se servait aussi, pour cet usage, d'urine ou de potasse. La foulerie que nous représentons ici ^fig. 66, p. 123) est celle de la rue de Stables ; c'est une maison particulière transformée en foulerie. Après avoir traversé son joli atrium qui a conservé l'implu- \ium, la vasque, la base de la statue-fontaine et le cartibulum, on rencontre, au delà du tablinum, au lieu du jardin, les longues cuves, et les endroits où on foulait. Sur le mur de gauche une peinture représente les foulons célébrant la fête de Minerve leur patronne. Ils banquettent et boivent tant que le vin, mauvais conseiller, les met aux prises et la fête

se termine devant le tribunal où comparaissent les accusés et le plaignant couvert, des pieds à la tête, de blessures.

On voit en grand nombre à Pompéi des établissements plus où moins importants où de grandes cuves en plomb ou en terre cuite reposent sur un fo\-er. Ce sont sans doute des teintureries. Ces établissements sont particulièrement nombreux dans la quatrième région puis dans la

sixième et dans lile ])remière de la cinquième

Dans deux bouli(iues de la rue du Forum il\', 4. 13- 14, la direction des fouilles avait réuni de grands doliums en terre dans lesquels on vendait de l'huile. ])cut-ètre aussi des grains, des légumes secs, des olives fig. 67, p. 124 . Ils n'y sont plus aujourd'hui.

Parmi les industries pompéiennes, il faut signaler aussi la tannerie. Il y en avait une derrière le monument d'Iùimaihia. On la reconnaît aux «jer- Uibles en pierre sur lesquelles on raclait les ]){'aux et aux cuves où on les laissait macérer entre deux couches de tan ; la maison d'habitation était grande et luxueuse. La plus instructive tannerie de Pompéi, la plus considérable et la mieux conservée, avec ses vastes cuves au nombre de quinze, ses tables, ses distributions deau est située dans la première région (I, 5, 21. Celui (jui est bien au courant îles procédés de la tannerie peut en suivre la toutes les opérations qui n'ont guère changé depuis les temps anciens. On a trouvé dans cette tannerie des outils de métier, entre autres le Iranchet et le racloir à deux mains

C était un usage chez les anciens de mettre des vases dans les sépultures, sans compter l'urne funéraire où étaient recueillis les ossements. Les famille!? qui venaient conduire le défunt à sa dernière demeure ou célébrer son anniversaire achetaient souvent, jiour les déposer tlans la

1^ oy - Colonne d'ascension pour les eaux et fontaine au pied ; rue de Stabies p 1291 50, 132,1.

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tombe, des vases et des lampes. Aussi des ateliers de poteries s'étaient installés près des sépultures voisines de la porte d'Herculanum, à peu près à la hauteur de la villa de Diomède et du côté opposé. Une sage restauration les a sauvés de la destruction imminente. Les fours se composent d'un foyer sur lequel repose une plate-forme perforée de petits trous par où passait la chaleur du foyer et recouverte d'une calotte ; par une ouverture semblable à celle des fours du boulanger on y déposait, pour la cuisson, les vases modelés.

Une fontaine publique (p. I3(:

La boutique et l'atelier d'un cordonnier occupaient l'angle de deux rues (IV, I, 41). Un centurion en retraite, Caesius Blandus, avait établi là, dans une boutique lui appartenant et communiquant avec sa maison (IV, I, 40), un de ses anciens soldats qui exerçait ce métier. On a trouvé dans la boutique la table en pierre sur laquelle travaillait le cordonnier, les instruments de son métier. Lui-même avait gravé à la pointe sur la muraille le détail d'un travail qu'il avait exécuté.

On a mis au jour beaucoup d'instruments appartenant aux différents métiers : menuisiers, serruriers, maçons, etc. Ceux dont la. provenance a été notée pourraient servir à reconnaître les industries exercées dans un certain nombre de boutiques. Nous avons aussi par les affiches électorales les noms de la plupart des métiers exercés à Pompéi (voy. Hist.. Vie pr., p. 10}.

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Les rues de Pompéi offraient, dans les quartiers populaires, dans la rue de Stables par exemple, un spectacle animé : toutes les boutiques grandes ouvertes avec leurs marchandises exposées, les nombreux cabarets, la ]ii)iiulation très dense et habituel' à vivre dehors, emplissant la ville lie bruit et de cris. l'out le long des rues ouvertes aux voitures, comme la rue de Stables et la rue de Nola, des trous, traversant de part en part l'angle de la bordure du trottoir, tenaient lieu d'anneaux pour attacher les animaux. 11 n'y en a pas dans la rue de l'Abondance, dont les deux extrémités ne sont pas accessibles aux x'oitures ni dans les rues bar-

Fîg. 71. — L'arc de la rue de .Mercure avec les restes de ses fontaines [p. 62-63, 131, 132].

rées par des bornes plantées au milieu de la chaussée (entre TIT. i et III, 2; entre VI, 12 et \'I, 13 ou par une chaîne mobile 1\', 2, 22). Les façades des inaisons parfois étaient ornées de peintures {Y, 4, 12; en face de \'\. \'<. 4: IV, 4, 22; IV, 8, 2g parfois ombragées d'une treille dont quatre briques en carré ou quelques pierres protégeaient le pied ^^ 4, i : V, 3, 21. l'ne petite pierre plantée contre le mur le mettait à l'abri des chocs (111, i, 4; 111, 3. 3 ; \'. 4, t> ; VI, 3 5 . Çà et là, quelques colonnes abritaient sous un portique un bout de trottoir, par exemple, rues du Forum IV, 41, de Nola (V. 4, 3-5) de la via délia Marina ilV, A, 1-7). Devant les maisons des bancs invitaient aux longues conversations des soirs d'été avec les voisins. Si un angle de mur faisait une avancée, un banc commandant le trottoir permettait

de voir arriver de loin les pas.sants dll, 3, 6 ; I\'. 12, 27 et 28: Y 2, 16 ; VI, 1,2,

Les affiches électorales couvraient les murs de leurs grandes lettres rouges 1%. 68, p. 125: voy. Hist. Vie pr., fig, 5, p. g,. On affichait aussi des avis de location : A louer dans l'île Arr/ana. à ihitcr du premier junict, des boutiques avec les chambres au-dessus pergula). — A louer dans la pj-oprièté de Julia Félix des boutiques avec les chambres au-dessus, les baius de Vénus, un premier étage; les objets perdus ou volés avec promesse de récompense : Une marmite en

ji. — Ch.itLMU d eau situé prés de la porte du N'csuve p. 130-151^

cuivre a disparu de la boutique : celui qui la rapportera recevi\i quinze sesterces : celui qui fira connaiti-e le voleur recevra

Les promeneurs lisaient sur les albums (voir p. 27-28,, des communications, des avis, des annonces de jeux, de spectacles. Aux boutiques les enseignes représentaient des dessins géométric^ues, des instruments de métier, des images parlantes : hommes portant une amphore pour un marchand de vin ; chèvre pour une laiterie: des petits cadres renfermant des rosaces, des damiers en ^lierres diverses, signalaient peut-être des fabricants de mosaïques, de marqueterie : une auberge avait comme enseigne un éléphant.

Autour des fontaines les ménagères se pressaient. L'n aqueduc haut

placé dans la montagne, desservant plusieurs villes associées, amenait

à Pompéi, par l'un de ses bras, l'eau qui, grâce à la pression, montait

dans des réservoirs placés de distance en distance sur des colonnes et

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