‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 16 sur 70 · AL · texte numérisé non relu

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Fais 2: Le péristyle de la maison des Vettii (p. 86-87, 91).

le berceau. Parfois le péristyle ou son bassin sont entourés d'une balustrade basse, dont le sommet, creusé en sillon, recevait des fleurs Ver. NS Den 07 3; VI, 13,2): des-caisses mobiles ou en maçonnerie, de formes variées, servaient au même usage; On à vu aussi les fleurs et la verdure envahir l'atrium, faire du tablinum un jardin (IV, 2, 33) et ceindre l'impluvium d'une bordure fleurie MINS ete VI, 5, 13). Les Romains aimaient beaucoup les jardins et, là oùvle péristyle faisait défaut, ils réservaient autant que possible derrière la maison un coin de terre à la culture. Nous avons vu plus haut ce jardin affecter la forme d’un second péristyle ou s'étendre au delà. Le mur qui

l'entourait, souvent couvert de peintures représentant des arbres, des fleurs et de l’eau, prolongeait dans la perspective le jardin réel. Ailleurs ce sont des chasses (IV, 2, 48) ou le désert avec ses fauves poursuivant leur-proié (IV ,.2,.25; V, 1,18: V,2/25: V4 c'V,5,3) 1Quelques-uns de ces jardins sont vastes, particulièrement ceux de Pansa (VI, 6, 1) et d'Epidius Rufus (IX. 1, 20); celui de la maison du Centaure (VI, 0, 3) est suspendu sur la voûte de vastes sous-sols; la maison de Méléagre (VI, 9, 2) en a deux, un grand et un plus petit.

Une des particularités de ces jardins, qu'ils fussent dans un péristyle ou en dehors, est l'abondance de l’eau; elle s’élançait du bassin central et retombait en gerbes: des statues, des enfants tenant des coquilles (voir fig. 32, p. 66), ou des animaux de toutes sortes (voir fig: 30,31, p.63, 64), la versaient dans de belles vasques en marbre aux formes variées : elle jaillissait même, comme dans la maison d'Holconius (II, 4, 4) et du Balcon (IV, 12, 28), des colonnes où l’amenaient des conduits dissimulés.

Des fontaines en mosaïques de verre, aux vives couleurs, auxquelles se mêlaient des coquilles, ornaient les jardins de plusieurs maisons. On en connaît dans une maison située sur la limite des fouilles et, depuis peu de temps, accessible aux visiteurs, certainement la plus belle Hilo) dans les maisons de l'Ours (IV, 2, 45), du duc de Toscane (VS.4756k des Scienziati (VI, 14, 43), de la Grande et de la Petite Fontaine (VIS , 23), près de la voie des tombeaux. Celle que représente notre figure 53 (p: 89) a donné son nom à la maison de la Grande Fontaine. Il n'y a pas de péristyle dans cette maison mais, comme cela arrive souvent, un jardin devant lequel court une colonnade. Au centre de l’hémicycle formé par la fontaine, au-dessous d'une tête de divinité fluviale, une bouche en bronze laissait échapper l’eau qui, coulant sur un escalier en marbre de six degrés, se brisait en petite cascade. Sur les pieds-droits, deux masques en marbre, dont celui d'Hercule, attirent l'attention. Dans la maison voisine, celle de la petite fontaine (VI, 8, 23) une fontaine du même genre s'appuie à un mur où, sur un beau ciel bleu, se détachent des branches d'arbres peuplées d'oiseaux. Au bas, sur le rebord du bassin, étaient disposées des statuettes aujourd’hui bien connues : l'enfant à l'oie. le pêcheur à la ligne, l’enfant couché, couvert du cucullus (manteau à capuchon). Le mur de fond du jardin de la maison du Torello était occupé par trois grandes niches d’une architecture monumentale d’où l’eau jaillissait dans un bassin; des mosaïques en verre ornaient leurs bases (Nr iaDans là maison du Centenaire (III, 7, 6) et aussi dans celle de M. Lucre-

ÉMeNIIT Es, sb: P. 93) une petite niche couverte de mosaique

en verre abritait un beau silène en marbre envoyant dans une vasque l'eau qui, avec mille reflets, descendait en s'éparpillant sur des degrés. Cette niche formait le centre d'une singulière décoration dont la peinture principale simulait, sur trois côtés, un aquarium plein des poissons les plus variés. Deux fontaines revêtues de mosaïque: en. verre, de coquilles et de rocaille formaient le fond de l'ornementation du péristyle de la maison de l'Anchora (VI, 10,,7 et 16; voir p.93). Dans la maison d'Apollon.{VI, 7,23. — Fig. 51,p. 86), une fontaine rococo, d'où l'eau s’écoulait de tous côtés, avec mille reflets, sur les marches d'une série de petits escaliers disposés en cercle, se prolonge par une peinture en trompel'œil représentant l’arche d'un pont, une rivière et des canards; l'eau qui se déversait dans la fontaine sem-

blait continuer l’eau peinte sous le pont; Fig. 53. — Fontaine en mosaïque (p. 88).

quand les couleurs frai-

ches et vives se reflétaient dans l’eau véritable, l'illusion devait être facile. Les Pompéiens, en effet, aimaient beaucoup voir, dans la verdure, le reflet de l’eau et entendre son murmure : de là ces nombreuses fontaines et ces degrés en marbre sur lesquels l’eau s'écoulait en cascades enfantines, ces bassins aux formes variées. Les jardins des péristyles et les autres aussi étaient ornés de tables {voir fig. 97, p. 143) de vasques, de vases en marbre ou en bronze (fig. 54, P. 90), de colonnes portant des bustes, des vases, des Janus (fig. 55, p. 91), de petites fontaines minuscules

comme celle que l'on voit encore en place dans la maison d'Holconius (II, 4, 4). Ce goût des petites statues était poussé parfois jusqu'à l’enfantillage ; le jardin de la maison de M. Lucretius (III, 3, 5) nous en offre un curieux exemple. Surélevé de près d’un mètre, ce jardin s'étend

derrière le tablinum ; au fond,

dans une niche en mosaïque et en coquilles qui ressemble à celle de la maison du Centenaire (LIT: 6) amiSriène SRE d'un très beau travail, laisse échapper de son outre gonflée l'eau qui, par un escalier de cinq marches, s'écoule dans un bassin. À droite et à gauche, des hermès portent des bustes à double face : Bacchus et Ariane d’un côté, de l'autre un Faune et une Bacchante. Autour du bassin orné d’une colonne sur laquelle reposait une vasque de jaune antique percée d'un jet d’eau, le jardin est parsemé de petits marbres aussi dissemblables

par leurs proportions que par

leur valeur artistique : un faune appuyé à une colonne ; un autre, tenant dans une corbeiïlle un petit chevreau vers

lequel se dresse la mère, char-

Fig. 54. — Vase en bronze ayant orné un jardin mante composition; puis, ibis,

(p. 89, 146). lapin dont l’un mange une

grappe de raisin, canard, her-

mès à double visage, cheval, vache, amours chevauchant des dauphins

et attaqués par des poulpes; sur le devant, un jeune faune tire une épine du pied fourchu de Pan fig. 56, p. 93).

Les fleurs, chose fragile, les plates-bandes et l'ordonnance des jardins

ont disparu sous les cendres du Vésuve. On a pu cependant reconnaître

que les jardiniers pompéiens avaient beaucoup de soins de leurs plantes.

LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE gx

Un petit ressaut en terre, entourant le pied de la tige, retenait l'eau

d'arrosage. Le jardinier actuel de Pompéi a découvert que ses confrères

de l'antiquité pour ménager les faibles racines des fleurs destinées à

être transplantées, enfouissaient dans le sol, après l'avoir percé de trous,

le pot où jusque-là la plante avait vécu.

De sorte que ses racines puisaient les sucs nourriciers sans être froissées et sans changer de milieu. On a retrouvé aussi le dessin du jardin de Vettii (voir fig. 52, p. 87); le jardin de Pansa conservait le tracé des sillons (voir fig. 22, p. 50); dans le jardin du second péristyle de la maison d'Ariane (IV, 4,51), les plates-bandes qui longent la grande allée ont encore leur bordure de briques posées sur champ; dans les platesbandes mêmes, des demi-cercles concentriques, inscrits dans trois rectangles, également dessinés par des briques, permettaient, en semant dans chaque compartiment des fleurs de couleurs variées, de former, par leurs dessins, des tapis parfumés. Les murs des maisons de Pompéi nous offrent aussi des peintures qui nous instruisent sur les jardins ou tout au moins sur l'idéal que s'en formaient les Pompéiens. Une clôture en treillage dont la ligne droite est rompue par des hémicycles et des angles rentrant, des vasques d'où jaillissent des eaux, des arbres où sautillent des oiseaux, où brillent des fruits et des fleurs, de distance en distance des pavillons, des cabinets rustiques aux bois desquels s’accrochent et montent des vignes et des plantes grimpantes et, Se pro-

Fig. 55. — Buste et colonne ayant décoré un jardin (p. 89).

menant avec grâce dans ce décor, ces grands oiseaux rares, majestueux

et décoratifs, si chers aux anciens. Ces murailles sont instructives ; elles nous font connaître aussi la flore des jardins de Pompéi, leurs arbres et leurs plantes dont les cendres ne nous ont rien conservé. Un savant italien, M. O. Comes, en a fait une étude speciale. Nous recon-

naissons, dans les peintures, parmi les arbres, l’acacia, le cyprès, le

laurier, le laurier-rose, le pin des jardins, le platane d’orient, le chêne ; au nombre des arbres fruitiers cultivés, l'amandier, le châtaignier, le figuier, le noyer, le pêcher, l'olivier, le dattier, le cerisier, le grenadier, le pommier, le poirier, le cognassier, le mâûrier, la vigne. Viennent ensuite les plantes décoratives : l'acanthe sans épine, acanthus mollis, dont se sont inspirés les sculpteurs des chapiteaux corinthiens de l'époque samnite (voir fig. 19, p. 45), l’aloës, le lierre grimpant, le tamarin, le myrte, le roseau, le papyrus; puis les fleurs : la marguerite des prés, la rose trémière, la nielle des blés, le lis, la rose de Damas, l'iris, le glaïeul, le narcisse, le coquelicot, le pavot. Les plantes utiles, les plantes des jardins potagers ne sont pas oubliées : la fève, l’asperge, le melon, le potiron, la courge, le froment, etc.

Des terrains, presque ou totalement dépourvus de constructions, clos de murs et fermés par une porte, ne communiquant avec aucune maison, se remarquent dans divers quartiers de Pompéi. Ils devaient servir à des usages divers. Les uns étaient sans doute des jardins séparés de la maison dont ils dépendaient (II, 6, 3; II, 5, 36); quelques pièces construites autour permettaient d'y passer la journée (II, 6, 5) et, quand il y avait une cuisine (II, 5, 15) et. un triclinium (IV, 11, 1) d'y manger. D'autres pouvaient être des restaurants avec cabinets particuliers dans un jardin (IT, 6, 6); des palestres ou des lieux destinés aux exercices physiques ll}; 6/2), des jardins de maraîcher TIT/4x;"306), desfterramstoù étaient nourris des animaux (au sud de I, 5, 2; entrée par ce même HUROLO VOIr AUSSI" 7 VL:11 "1-2 V6 res ere.)

Quand le laraire ne se trouvait pas dans l’atrium de la maison ni dans la cuisine, c’est dans le péristyle qu’il fallait souvent le chercher; des niches (voir fig. 42, p. 78; IV, 4, 57), des édicules encore en place en font foi (IV, 7, 17; V, 1,18; VI, 16, 7). Cependant ces niches contenaient parfois, comme celle de la maison du poète (VI, 8, 5; voir fig. 62, 63, p. 102, 103), une statue dépourvue de tout caractère religieux.

Les colonnes des péristyles supportaient le plus souvent une architrave. La mieux conservée et la plus intéressante est celle de la maison des Noces d'argent (V, 2, a) sur laquelle subsistent encore de curieuses peintures (voir aussi VI, 5, 5). Le second péristyle ou jardin de la maison d'Ariane (IV, 4, 51) a retenu un fragment de son architrave avec des têtes de lion en terre cuite servant de gargouilles. Dans une maison de la IIT'° région (III, 10, d), le péristyle porte encore sur tout un côté, audessus des piliers, son couronnement de cintres. Quand un des côtés du péristyle, généralement le côté nord, était plus élevé que les autres, ce

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péristyle s'appelait péristyle rhodien (Noces d'argent, V,2, a). Souvent, entre les colonnes, se balançaient, comme ornements, des disques en marbre suspendus, sculptés des deux côtés, appelés oscilla. On en a trouvé dans les maisons des Capitelli figurati (IV, 4, 57), de la Parete nera (IV, 4, 59), dans la villa de Diomède. Ceux de la maison des Amorini dorati (NI, 16, 7) ont été remis en place. Parfois un miroir formé d'une plaque de verre épaisse incrustée dans la muraille du péristyle ou de l’atrium, permettait aux femmes de donner, avant de sortir, un Coup d'œil à leur chevelure, à l'arrangement de leur voile. Il y en avait dans la

Fig. 56. — Le jardin de la maison de Lucretius (p. 88. 90).

maison du Cithariste (I, 4, 5); quelques-uns sont encore en place : dans une maison de la Ill° région (III, 10, b) et dans la maison des Amorint dorati (NI, 16, 7).

Nous signalerons, en terminant cette étude sur les péristyles de Pompéi, celui de la maison de l'Anchora {VÉ, 10, 7). La différence de niveau faisait l'arrière de la maison (VI, 10, 16) plus bas que les autres parties, de la hauteur d'un étage. Dans la partie la plus élevée, à la place du péristyle, une galerie rectangulaire dont les colonnes alternaient avec des piliers carrés formait balcon tout autour et au-dessus du péristyle. Celui-ci, situé en contre-bas, avait une décoration unique à Pompéi et originale : douze niches cintrées dans chacun de ses côtés longs, quatre niches et la porte dans l'un des petits côtés ; dans l’autre petit côté, celui

du fond, un édicule avec fronton entre deux fontaines en abside autrefois revêtues de mosaïque en verre, de coquilles et de rocaille; dans chaque niche, la base d'une statue. Tout autour, courait un crypto-portique éclairé par des ouvertures rondes pratiquées dans la voûte des niches. Au centre, un jardin avec de l’eau. On devait jouir là, pendant les chaleurs de l'été, d'une délicieuse fraîcheur.

Soit à l'extrémité du péristyle, soit dans le jardin ou au bout d'un corridor, une porte de derrière, posticum, donnait à la maison une issue dérobée. Par là, s'il suivait le conseil d'Horace, le maître de la maison disparaissait, pendant que le visiteur importun l'attendait dans l'atrium.. Le posticum, souvent en communication avec la cuisine et les communs, remplaçait l’afrium de service.

A l'origine, le foyer familial se trouvait dans l’'atrium : c'était toute la cuisine de l'antique maison. À Pompéi, un certain nombre de maisons ont encore ‘un fourriéau dans leur atrium (1, 4,24 IT, 5,50; LPS IV; 57: V,5, 23 VI, 10, 4, etc.) sans que pour cela euismemdütstou jours supprimée (II, 5, 39). Faut-il voir dans ce fait un souvenir, une survivance des usages d'autrefois ? Sous les galeries de quelques péristyles on a trouvé ‘aussi des fourneaux (ITT, 6,25; 1V,,7,:254 IV,27 © houtencore près du jardin (IV, 3, 22). Ceci s'explique par la proximité d'un triclinium en plein air et aussi parce que, au milieu du péristyle ou dans le jardin, on pouvait dresser des tricliniums mobiles (voir p. 84-85). Ces fourneaux, sans doute ceux des atriums aussi bien que ceux des péristyles et des jardins, placés près des salles à manger ou des tricliniums en plein air servaient, non à faire les plats, mais à les tenir au chaud. On comprend ainsi qu'ils n'aient pas remplacé la cuisine.

Dans un coin du jardin (III, 8,2; II, 5, 15; IL, 6, 6) ou communiquant avec l’atrium (III, 10, 3; I, 2, 30; VI, 14, 43) ou avec le péristyle Mis 10 VI; ro IT; 3; 16;etc.); lascuisineret les pièces de Seanor. quoique séparées de l'habitation, restaient à proximité du triclinium en plein air ou des salles à manger. Sa partie essentielle, le fourneau, consistait généralement en un bloc de maçonnerie formant une table recouverte de larges briques plates, avec un rebord tout autour. Au-dessous, un réduit gardait la provision du combustible (voir fig. 57, p. 05). Quelquefois le fond de cette table était divisé par des petits murs en plusieurs compartiments sur lesquels, au-dessus des charbons embrasés, on plaçait les vases à cuire. Tel est le fourneau de la maison de Pansa (VI, 6, 1). Souvent le cuisinier mettait les charbons sur la table même du fourneau et exposait les vases au feu sur un trépied, la viande sur un

LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE os

gril, quelquefois aussi à la brochette. Des peintures de laraires représentent des opérations culinaires (voir p. 69). Dans la cuisine de la maïson des Vettii {VI, 15, 1), le trépied surmonté de la marmite et le gril sont encore en place (fig. 57, p. 95).

La fumée s’en allait par où elle pouvait : par une fenêtre ouverte au dessus du fourneau (IV, 7, 5), par la porte. Un petit nombre de four-

Fig. 57. — Le fourneau de la cuisine de la maison des Vettii (p. 92, 94, 95).

neaux étaient recouverts d’une voûte percée d'un trou que traversait un tuyau (II, 7, 28, temple d’Isis; IL. 3,8; PTS RENV Ie tra) Une plaque perforée placée ‘dans l’intérieur du fourneau et sur laquelle posaient les charbons, établissait le courant d'air qui activait la flamme (LV, 12, 15). Les fourneaux, de diverses grandeurs, étaient parfois au nombre de deux (VI, 9, 3; VI, 11, 10) ou, placés en équerre dans un angle, ils s'appuyaient à deux murs (I, 7, 11). Au fourneau était attenant un four à pâtisserie, trop petit pour le pain ARCTA TT MNRIE TER voir fig. 58, p. 97), auquel s’ajoutait parfois un tout petit moulin ([V,14, 19: V, 4, 7). Quand, dans la maison, on fabriquait le pain pour la

famille, la cuisine ou une pièce voisine renfermait un moulin et un grand four comme ceux des boulangers. (IV, 1, 47; IV, 2,51; VI, 8, 20).

Dans certaines maisons, grandes et belles cependant, on cherche en vain la cuisine. C’est qu'elle était au premier étage, et, parfois aussi, le triclinium ainsi que la latrine, dont on voit encore le tuyau de descente. L'usage de manger au premier étage était ancien ; presque général autrefois, il avait été peu à peu abandonné pour les pièces plus commodes du rez-de-chaussée et surtout pour le triclinium en plein air; mais, de cet antique usage, toutes les pièces de l'étage supérieur avaient conservé 1e nom de cenacula, salle à manger.

La cuisine, la latrine et le bain étaient, dans les plus antiques maisons, inséparables. Le bain se chauffait au foyer de la cuisine puis, ainsi que les eaux ménagères, utilisait la canalisation des latrines. Cet usage a survécu. Dans beaucoup de maisons la latrine occupe à la cuisine une place voisine du fourneau, souvent même sans séparation (IV, 2, 20; IV, 3, 1; voir surtout VI, 16, 11). Quant aux bains des maisons privés, nous verrons que c'était encore par la cuisine qu’on les chauffait. En face du siège de la latrine, un plan incliné vers la fosse, couvert de larges briques, servait, comme nos éviers modernes, à vider les eaux ménagères (IV, 4, 24-25; V, 2,48; VI, 13,12; VI, 16, 7). Quelquefois, tout à fait indépendant de la latrine, cet évier se déversait dans la rue par un tuyau spécial (IV, 15, 5).

Quand la latrine était bannie de la cuisine, on utilisait, pour la placer, un recoin quelconque : l'espace libre sous l'escalier (V, 2,4; VI, 14,40), un renfoncement près de la porte d'entrée (IV, 4, 41; IV, 10, 8); parfois, elle occupait une édicule spéciale (IV, 4, 25; V, 2,1; IV, 2, 47). Rarement elle communiquait directement avec un égout, mais reposait sur des fosses très profondes (IV, 4, 24-25; II, 4, 7; VI, 3, 7); elle avait aussi, tout simplement, un écoulement direct sur la chaussée, même sur le trotonil ar, 70 VS RAR EE or EE Sn

Contrairement à la plupart de nos villes de province il y a moins d'un siècle, Pompéi avait une latrine dans chaque maison, même dans les plus modestes, vaste parfois et à plusieurs places (IIT, 2, 27; IV,4,4; NI rrtrohetiavec une (Vers t2)ou- deux (NI m3 SV ENONé rene tres. Dans la maison des noces d'argent (V, 2, a), c'est une petite construction à part, bien peinte, avec un robinet. Rue de Nola (III, 2,5; III, 5, 9) il en existe dont le siège, chose rare, est complet. On a utilisé comme siège une margelle de puits en terre cuite (V, 2, 9). Des maisons des rues de Stabies (III, 2, 5) et du Balcon pensile (IV, 10, 5) présentent

des modèles très simples mais intéressants, à cause de leur état de conservation. Dans beaucoup de boutiques, la latrine occupait un des angles Co ab eee hapunenetitunur. (1, "452%; IViux, 32; IIT,,7,.r): il en est qui étaient communes à deux boutiques (III, 1, 10-11). De larges tuyaux en terre cuite, visibles encore dans les murs, reliaient à la latrine du’rez-de-chaussée celle de l'étage supérieur (II, 3, 20; VI, 3, 5). La vidange se faisait quelquefois par un nettoyage quotidien à l’aide d'un

Fig. 58. — Fourneau de cuisine avec four et petit moulin à bras (p. 66, 95).

trou percé au revers de la muraille à laquelle s’appuyait le siège (ET, 1, 20; IV, 9, 27). Les fosses se vidaient par un regard que fermait un disque en pierre muni d’un anneau (IV, 12, 11; V, 2,48; VI, 16, 7hane niche, une console, une simple brique plantée dans la muraille servaient à poser la iampe (IV, 1, 8; III, 2, 12. — Pour les latrines publiques construites d’après un tout autre système, voir Vie publique, p. 60-61).

Quelques belles maisons, une dizaine environ, si l’on excepte les villas de Diomède et de Boscoreale qui sont suburbaines, sont pourvues de bains privés. Ces bains, le plus souvent, se composent de deux pièces seulement, le tepidarium et le caldarium. Tels sont les bains des maisons du Faune (VI, 12, 2), du Cithariste (I, 4, 5), de Caesius Blandus (IV, 1, 40). Il arrivait qu'une pièce voisine fût aménagée pour remplacer celle

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qui manquait. Aux bains de la maison du Cithariste, une petite pièce, séparée par un corridor, contenait une cuve et, sans doute, tenait lieu de frigidarium. Dans les maisons du centenaire (IX, 7, 6) et des noces d’argent (V, 2, a) où les bains sont particulièrement luxueux, le frigidarium est en plein air ; le dernier même se trouvait dans un jardin ; chose très recherchée par les Romains qui, à défaut de la réalité, s’en donnaient l'illusion en peignant sur les murs des frigidariums des fleurs, des arbres où volaient des oiseaux sous une voûte bleue (voir Vie publique, p. 107-108). Les bains de la maison des noces d'argent sont précédés d'une pièce à double emploi dont la première partie servait d'apoditérium (lieu où on Ôte et remet ses vêtements) tandis qu'un lit de repos occupait la seconde partie.

Le fourneau qui envoyait la chaleur sous les hypocaustes s'alimentait presque toujours par la cuisine.

Dans la rue des Scuole, près du Forum (II, 2, 17), des bains vastes et très luxueux, dont il subsiste quelques beaux restes, étaient sans doute exploités par un particulier qui avait comme clients les riches Pompéiens. Tel devait être aussi, dans le voisinage de l’amphithéâtre, le Balneum Venerium {Bains de Vénus) appartenant à Julia Félix. La description qui en a été faite le montre orné avec un grand luxe et construit d’après les raffinements les plus modernes, comme les bains centraux (voir Vze publique, p. 116). 11 comprenait des bains séparés pour les hommes et pour les femmes.

Beaucoup de maisons avaient leur cave, parfois profonde (Jns. occ., 13)et vastes (IV, À, 12). Des escaliers y donnaient accès (II, 2, 27; II, 3, 17) ou des pentes douces (IV, 15, 2). La porte de l'escalier n’était souvent qu'une simple trappe (LV, 1, 38; IV, 1,39; IV, 2,35): Des'soupr raux ouvrant sur la rue (II, 2, 27; LIT, 7, 6) ou soigneusement dissimulés dans les péristyles (1,:3,3: 112,1; Il \6, OHIV Tr, ao) les/éeltiraient Diomède, qui avait dans sa villa des sous-sols considérables utilisait comme cave le crypto-portique de son jardin où l’on voit encore la trace des amphores.

Les vastes sous-sols servaient aux maisons particulières, mais sans doute aussi au commerce et à l’industrie (IT, 6, 8 ; IV, 1, 43 ; IV, 5,55; VI0, 10)

Dans une des maisons de Championnet (11, 2, 1) une jolie chambre en sous-sol, peinte en blanc, éclairée par des soupiraux, devait, pendant les fortes chaleurs, offrir un lieu de repos frais et charmant.

Les écuries étaient semblables aux nôtres. La mangeoire courait tout

le long du mur ; quand elle était en maçonnerie, elle a subsisté jusqu’à nos jours; on en voit une, en très bon état, dans la partie basse de la maison de l’Anchora (VI, 10, 16), et une autre, divisée en trois compartiments, dans une maison de la même région (VI, 3, 28). Quand la mangeoire était en bois, on reconnaît sa place soit par le support en maçonnerie sur lequel elle posait, comme dans la maison de Pansa (VI, 6, 1), soit quelquefois par les trous qu'ont laissés dans le mur les supports en bois qui la maïintenaient. Les maisons devant lesquelles le trottoir s’in-

Fig. 59. — Maison avec fenêtres du premier étage (p. 73, 99, 100).

cline en pente vers la chaussée pour donner accès aux voitures avaient sans doute des écuries et des remises (I, 1, 3; 1,5, 2; III, 1,28; IV, 13,17).

On sait peu de chose des étages supérieurs des maisons de Pompéi, car presque tous ont péri. [1 n’y en avait guère dans les plus anciennes maisons. Plus tard, quand l'habitation devint plus grande, on suréleva l’atrium tétrastyle ou corinthien ou le péristyle pour construire des chambres, le plus souvent sur une partie seulement de la maison (fig. 59, p.099). Il n'existe guère en effet à Pompéi de maison dont le premier étage ait couvert tout le rez-de-chaussée. Aujourd’hui si l'escalier est conservé, dès le premier étage on rencontre le vide. Dans la maison de Méléagre cependant (VI, 9, 2) et dans les maisons restaurées du Balcon (IV 1228) dés Noces d'argent (V, 2, a), de Fronton (V, 4, c) le visiteur peut circuler au pre-

mier étage dont le sol est solide. On ne doit pas considérer comme maisons à plusieurs étages celles qui couvrent les pentes au sud de la ville (voir fig. 7, 8, p. 14, 15). Elles sont cependant curieuses à étudier avec leurs jardins suspendus, leurs escaliers et leurs galeries (voir spécialement Il, 2, 29 et 31). Les fenêtres intérieures du rez-dechaussée aussi bien que celles du premier étage sont largement ouvertes, munies de volets en bois dont on voit encore les gonds. Un volet

reconstitué dans la maison des Noces d'argent glissait dans une rai-

Fig. 60. — La maison au balcon (p. 100-101).

nure (V, 2, a). Au rez-de-chaussée, au contraire, les fenêtres donnant sur la rue ressemblent à des meurtrières (voir fig. 30, p. 73) ou sont remplacées par des lucarnes fermées avec des grilles en fer dont plusieurs subsistent encore (IV, 12, 28). Les fenêtres extérieures de l'étage supérieur avaient une dimension normale (he 60 1pM00 0x 4, 27):

Dans certaines maisons, un balcon couvert, enfermé dans un mur percé de fenêtres, faisait saillie sur la rue, agrandissant ainsi les pièces du premier étage. En glissant des poutres neuves dans les trous des vieilles poutres consumées, sous un balcon qui ne tenait plus que par habitude, on a réussi à conserver à une maison de Pompéi son aspect ancien (fig. 60, p. 100); on l'appelle, pour cette raison, la maison del Balcone

LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE tot

pensile (II, 12, 28). Un autre balcon subsiste, mais rasé au niveau du parquet, au-dessus de la porte d'une maison de la troisième région (LILI, 8, e);, on voit encore des débris de balcon dans deux maisons de la quatrième région (IV, 12,173 IV, 15,4 — voir Vie publ.,fig. 70, p. RAM ARIRE balcon du Lupanar a été récemment reconstruit d'après les débris qui en subsistaient (IV, 12, 18).

Les escaliers ou les restes d’escaliers sont nombreux et ce fait prouve bien qu'à Pompéi beaucoup de maisons avaient sur quelques-unes de leurs parties un premier étage. Cet étage était en maçonnerie, en pierre, en briques et aussi en bois. Dans la maison d'Ariane entre autres (IV, 4, 51), on voit un bel escalier en pierre; les bains centraux (IIT,4),quiétaient en construction au moment de la catastrophe, ont un escalier en briques destiné à être recouvert de marbre.

Les escaliers en bois ont

disparu mais les premières

marches en pierre ou le Fig. 61. — Vitre encore en place dans une lucarne bloc de maçonnerie sur les- de la maison de Caecilius Jucundus (p. 104). quels ils posaient sont en-

core visibles. Toutefois il ne semble pas que ces marches aient toujours fait partie d’un escalier. Quelque bonne volonté qu'on y mette, on ne peut supposer que, placées comme elles le sont, les deux marches d'une boutique de la rue de Stabies (IV, 2, 12) aient été les premières marches d'un escalier.On en peut dire autant de deux groupes de marches voisins, dans la même boutique de la rue de Nola (IV, 4, 52) D'autres demanderaient, à ce point de vue, un examen attentif. Peutêtre ces marches servaient-elles à déposer les volets de la devanture pendant que la boutique était ouverte. I1 fallait bien les mettre quel-

que part. À terre ils auraient été exposés à être renversés au grand

détriment des marchandises. Quelquefois, le long du mur, dans la maison du Faune par exemple (VI, 12, 2), et dans une rue de la troisième région percée entre les îles 5 et 7, on voit encore, tracé à l'avance sur l’enduit de la muraille, le profil des marches à poser qui a survécu à la disparition des marches elles-mêmes.

Il arrivait souvent que le propriétaire d'une maison louait son premier étage ou une partie seulement. L'appartement loué était alors isolé

Fig. 62. — La maison du poète, état actuel (p. 51, 105, 131).

du reste de la maison et on y montait par un escalier indépendant, ouvrant directement sur la rue. Ces escaliers sont assez nombreux : soixante-dix environ dans la partie déblayée de Pompéi ; c’est dans la quatrième région et aussi dans les belles maisons de la sixième région qu'on les rencontre le plus fréquemment (VI, .7, 12,14, 17,:24% VI 8, 10). Ils prouvent que beaucoup de Pompéiens vivaient non dans une maison entière bâtie, héritée, achetée ou louée par eux, mais en location dans un appartement de l'étage supérieur. Dans la rue de l'Abondance, en face du monument d'Eumachia, un bel escalier en pierre encadré dans une charmante petite porte en tuf de l’époque samnite (IL, 3, 10), devait

desservir un bel appartement. La première région, quartier pauvre, composée surtout de petites habitations et les régions [IT et IIT n'en possèdent

que très peu ; la cinquième, jusqu'à présent, pas un seul.

Fig. 63. — La Maison du poète tragique. Restitution de Hoffbauer CAPSTIENENE

Les anciens connaissaient les vitres. On en a trouvé au marché, dans la villa de Diomède et ailleurs ; mais elles n'étaient pas en place. Le grand nombre des volets devaient être pleins ; s’il en avait été autrement, on trouverait de tous côtés, épars dans Pompéi, des fragments ou tout

au moins de la poussière de vitres, ce qui n’est pas. La villa de Diomède a fourni un châssis en bois divisé en quatre compartiments garnis de vitres. Les maisons du Faune (VI, 12, 2), de Caecilius Jucundus (VE 6) ont conservé des fragments de vitres en place, mais fixés dans le mur (fig. 61, p. 101). Dans quelques autres maisons (EL S 2 PVR Te Ve 4, €, Fronto; VI, 15, 8) subsistent encore, dans le mortier qui les enchâssait, quelques débris de vitres; mais il n'est question ici que de lucarnes, comme celle de notre figure 61 (p. 101) ; on n’a pas trouvé de grands châssis mobiles, vitrés, comme nos fenêtres.

À propos de l’atrium, j'ai expliqué la disposition de la toiture : briques plates, à rebords juxtaposés et recouverts par une tuile semi-Cylindrique; de la sorte l'eau ne pénétrant pas dans l'interstice des briques plates s’écoulait dans les sillons formés par l'entre-deux des tuiles rondes vers les gouttières (voir fig. 27, p. 59). Souvent, tout au bord du toit, des antéfixes dissimulaient les extrémités des briques et de la tuile qui les recouvrait. Les toits avaient des inclinaisons diverses : ceux qui recouvraient l'atrium déversaient l'eau dans l’impluvium; ceux qui couvraient les portiques la laissaient tomber, par des gouttières, dans des caniveaux qui la conduisaient à une citerne. Les eaux pluviales étaient aussi conduites dans les citernes par des tuyaux en plomb dont plusieure subsistent encore (voir plus haut, p. 65). Dans les monuments publics et aussi dans quelques maisons particulières, l’eau, en coulant dans le caniveau, rencontrait, de distance en distance, des cavités plus ou moins profondes où elle déposait le sable, la terre et toutes les impuretés un peu lourdes dont elle s'était chargée et ainsi arrivait déjà purifiée à la citerne. Les toitures des autres parties de la maison s’inclinaient vers des jardins, des Cours où vers la rue. Presque toutes les maisons de Pompéi avaient, dans l'atrium, l'élégante margelle d’un puits ouvrant sur une citerne qu'alimentaient les eaux pluviales et aussi les eaux apportées par les aqueducs et divisées entre les maisons {voir Vre publique, p. 129-130). Quand il n’y avait pas d’atrium, le puits était souvent dans le péristyle ou le jardin ; il en existait même dans de simples boutiques qu eee qui ae usaient d'un puits commun placé dans une ouverture du mur mitoyen (II, 5, 0-10; II, 5, 10-11 ; VI, 2, 2- 3).

Les propriétaires des grandes maisons cherchaient à combattre l’'humidité funeste aux belles peintures de leurs murailles. Entre le mur et l’enduit qui portait les peintures, ils interposaient des briques percées de trous (V, 1, 7) ou munies d’aspérités qui les tenaient un peu à l'écart du IRUTAEV Leur 10) et aussi des lames de plomb (VI, 12, 2)

Comme conclusion à cette description de la maison pompéienne, nous donnons ici la vue de la maison du Poète tragique (VI, 8, 5, 3). C’est le type d'une ‘belle maison de l'époque romaine ornée au 1° siècle de notre ère, avant le tremblement de terre de l'an 63. Notre figure 62, p. 102, en montre toutes les parties principales, sauf un grand triclinium qui longe le péristyle, à droite. Ce péristyle, entouré sur trois côtés de quelques colonnes, formait un petit jardin avec une niche dans laquelle on a trouvé une statue de Silvain. Le propriétaire de cette maison n'affichait pas, comme les Vettii, un luxe de parvenu. C'était un homme plein de goût; il avait couvert ses murs de peintures qui comptent parmi les plus belles qu'ait fournies Pompéi (voir plus loin, p. 131). Dans les deux boutiques qui communiquent avec le corridor d'entrée de sa maison, on a trouvé de nombreux et beaux bijoux en or tombés sans doute de l'étage supérieur. Une peinture mal interprétée où l'on a cru voir Térence lisant ses vers, la mosaïque du tablinum représentant la répétition d'un rôle, ont fait attribuer à cette belle maison le nom de Maison du poète tragique. S'’emparant de cette idée, M. Hoffbauer nous en a donné, avec toute la grâce de son crayon érudit et délicat, une restitution fidèle au moment où, dans son atrium, le poète répète, devant quelques invités, un rôle d’une nouvelle pièce (fig. 63, p. 103).

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