‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 42 sur 70 · LES PLUS ANCIENNES CONSTRUCTIONS · texte numérisé non relu

LES PLUS ANCIENNES CONSTRUCTIONS

/ rapporté par les fouilles a posé la candidature d’Apollon ; une biche en terre cuite a fait penser à Arthémis ; ces deux divinités peuvent très bien avoir eu un même temple. Mais une inscription osque, peinte sur un mur de l’île de la cinquième région, indique, précisément dans cette direction, un temple consacré à Minerve. Minerve, on le sait, était vénérée à Pompéi; elle semble avoir eu, sous sa sauvegarde, les portes de la ville, Près de la porte Marine, en effet, on a trouvé, dans une niche, sa statue en terre cuite; une tête de cette déesse en haut-relief orne la clef de voûte de la

Fig. 3. — Forum triangulaire : mur de la sépulture, à gauche; escalier et soubassement du temple; les trois autels (p. 8).

porte de Nola ; une niche, vide aujourd'hui, dans le mur de la porte de Stabies, a sans doute donné, comme à la porte Marine, asile à une statue de la même divinité. Son image est peinte sur un mur de la neuvième région; plus d’un laraire, celui entre autres de la villa de Diomède avaient reçu ses statuettes.

De tous côtés, le temple de Pompéi emplissait l'horizon. Pour ceux qui descendaient du nord sur les pentes du Vésuve, il projetait sa masse en avant de la ville qui, tout entière, se pressait derrière lui. Dans la vallée du Sarno, on le voyait d'en bas profiler sur le ciel bleu les lignes pures et sévères de son fronton polychrome. De la haute mer, soît en venant du large, soit après avoir doublé la pointe de Sorrente, les marins le saluaient avec joie, sachant qu’à ses pieds le port les attendait.

Devant l'escalier qui montait au centre de la façade du temple, à la place qu'aurait dû occuper l'autel principal de la divinité, un singulier monument attire l’attention. C'est une enceinte rectangulaire formée par un mur bas qu'entoure une autre muraille plus haute ; elle a été reconstruite au 1° siècle de notre ère, comme le prouvent sa maçonnerie, ses angles de tuf taillé en forme de briques. Cette reconstruction atteste son importance. À cette place, iln'est pas admissible qu'on ait élevé un monument secondaire et, étant donné qu'on y a trouvé des ossements humains et que son plan ne répugne pas à ce que ce petit édifice ait eu un caractère

Fig.4. — Le Forum triangulaire; le puits et sa colonnade; le mur qui sépare l’aréa de la promenade; à droite le grand théâtre (p. 8, 9, 81).

funéraire, je me range volontiers à l’avis de ceux qui y voient le tombeau du fondateur ou des fondateurs héroïsés de la cité.

Sur le côté où ils ont été rejetés, mais toujours devant le temple, se dressent deux autels sur un même pavement et à côté un autre autel ou plutôt la base d'une stéle, car, comme me l’a fait remarquer M. R. Cagnat, On voit sur son sommet la trace d’un encastrement Mois pan:

Un peu en avant du temple, un puits va chercher l’eau à une très grande profondeur, au delà des couches de lave. A l'époque samnite, le questeur M. Trebius l’abrita sous une toiture ronde supportée par huit colonnes doriques, sans bases, dont il subsiste des tronçons (fig. 4, p. 8). Ce petit édifice n’était donc pas, comme on l’a cru, un bidental destiné à signaler au respect des passants un lieu frappé de la foudre.

PPSRPARAUSEAN'CTRE NNESACONSIRUICTIONS 9

Plus tard, quand, au 11° siècle avant J.-C., au temps de la domination samnite, on construisit le grand théâtre dont les gradins sont taillés en partie dans le rocher qui porte le temple (voir fig. 4, p. 8), cette place fut entourée d'un portique élégant et devint, pour les Pompéiens, un lieu charmant de promenade que les romains devaient embellir encore. Nous en parlerons à propos du grand théâtre auquel se rattache ce beau portique (voir p. 84, S.).

Les remparts (plan A). — Les remparts de Pompéi appartiennent, comme première origine, à une époque très ancienne. Ils furent, pendant les temps qui suivirent, exhaussés, modifiés dans leur struc-

ture, couronnés de créneaux, renforcés par des tours; négligés pendant les longues périodes de paix, quand des guerres éclatèrent et des menaces soudaines de siège, on les restaura à la hâte là où ils étaient ruinés ; les matériaux de ces réparations contrastent avec les belles pierres

employées dans la construction première. Enfin, déman- Fig. 5. — Coupe des remparts (p. 9-12). telés et mis par les Romains

dans l’état où nous les avons retrouvés, ils servirent à la ville de clôture mais non plus de défense. Les remparts devenaient en effet inutiles à Pompéi qui, au moment où elle fut ensevelie, avait devant elle plusieurs siècles de paix.

Voici comment, tels que nous les pouvons connaître aujourd hui, étaient construits les remparts de Pompéi. Notre figure 5 (p. 9) en donne la coupe avec une tour et la vue de la façade extérieure qui regarde la campagne. On avait élevé à la distance de six mètres deux murs parallèles, plus épais à la base qu’au sommet, dont la maçonnerie se composait de gros blocs de pierre du Sarno, puis de tuf. L'intervalle entre les murs était, à la partie inférieure, rempli avec de la maçonnerie, au-dessus avec de la

terre formant terre-plein à la hauteur des créneaux. Sur les faces opposées à la campagne, chacune des deux murailles était soutenue par des contreforts dissimulés dans l'entre-deux sous le terre-plein, dans la ville sous un talus artificiel (fig. 6, p. 10). La hauteur du mur de devant, couronné de créneaux, variait de 8 à 10 mètres, suivant les accidents du terrain sur lequel on l'avait assis. Derrière les créneaux, les défenseurs de la ville résistaient aux attaques de l'ennemi, protégés contre l'ouverture,du créneau voisin par les sommets des contreforts émergeant du

Fig. 6. — Le rempart vu du côté de la ville avec ses contreforts autrefois recouverts de terre et une tour (p. 10).

terre-plein (fig. 7, p. 11). L’eau se déversait à l'extérieur par des gargouilles (fig. 8, p. 12). La seconde muraille, celle de l’intérieur, élevée au-dessus du terre-plein et de la muraille extérieure de deux mètres soixante, arrêtait et empêchait de tomber dans la ville les projectiles lancés contre les défenseurs, ce qui permettait de les ramasser au pied du mur pour les renvoyer à l’ennemi (fig. 5, p. 9; fig. 8, p. 12; fig. ro, p.13). On montait de la ville sur les remparts par les tours et aussi par des escaliers placès près des portes (voir fig. 11, p. 13). Le mur intérieur était encore renforcé du côté de la ville par le remblai en terre sous lequel disparaissaient les contreforts.

Dès une époque ancienne, des tours flanquaient le rempart. On sait

PMPSSBAUSEANICMENINE SACONSIERUECTIONS II

que, au temps du siège de Sylla, il en existait douze. Des inscriptions en langue osque peintes sur les murs des maisons indiquaient aux troupes étrangères à la ville qui participaient à la défense la route à suivre pour aller à la section des fortifications où commandait leur chef. Une de ces inscriptions mentionne la douzième tour. C’est d’après les indications, celle qui est voisine de la porte d'Herculanum (voir plan A).

Vitruve recommande de faire les tours rondes ou à pans coupés, les tours carrées donnant prise aux machines de guerre qui entament plus

Fig. 7. — Les créneaux des remparts de Pompéi (p. 10).

facilement les angles. Celles de Pompéi ne sont pas conformes à ce précepte. Plus récentes que les remparts elles furent sans doute élevées au moment où, aux approches de la guerre sociale, on restaura à la hâte les fortifications de Pompéi négligées pendant la paix. Nous avons vu quelles existaient au moment où Sylla assiégeait la ville et que l'une d'elles conserve, à côté d’une meurtrière, le nom du général romain gravé.par un soldat (Hist. Vie priv., p, 5, fig. 3). Elles ont trois étages. Au rezde-chaussée une poterne ouvre au fond du fossé (voy. fig. 5, p. 9), Ppermettant aux assiégés de faire des sorties dans le cas où l'ennemi aurait pu amener ses machines au pied du rempart. Au premier et au second étage, le mur est percé de meurtrières (fig 9,6, p12)}-cUnhescalièr intérieur. du côté de la ville, monte à ces deux étages (fig. 0, b, b', b") et

à la terrasse supérieure entourée de créneaux. Le second étage est à la

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Fig. 8. — La seconde muraille était plus élevée que la muraille extérieure (p. 10).

hauteur des créneaux du mur extérieur et du terre-plein ou chemin de ronde qui traverse toutes les tours, y entrant et en sortant par üpe-arche-cintrée (fig. 0; di; fie #10 pr ;woir aussi fig. 5, p. 9). Les tours faisaient, en dehors du rempart, une saillie prononcée. Elles n'étaient pas distribuées également, mais, sans souci de la symétrie, conformément aux seuls besoins de la défense (voir plan A). Trois, entre la porte d'Herculanum et la porte du Vésuve, défendent la muraille plus accessible de ce côté. Il n'y en a pas entre la porte du Vésuve et celle de Capoue, mais les deux portes fortifiées valent bien des tours; une seule s'élève entre la porte de Capoue et la porte de Nola, une seule aussi entre la porte

de Nola et la porte de Sarno; trois protègent l'angle dans lequel est

construit l’'amphithéâtre; une a été construite de chaque côté de la

porte de Nocera; ensuite la porte de Stabies renforce seule le rempart

jusqu’après le Forum triangulaire. Devant toute la partie de la ville qui

s étend entre le Forum triangulaire et la porte d'Herculanum, le rempart

a disparu; quelques débris encore visibles çà et là parmi les maisons

permettent d'en suivre le tracé (Insula occid., 1 ét ro et [F2 39) "Outrela/porte Marine’ deux tours défendaient ce côté puisque, sur les douze mentionnées, nous n'en avons trouvé que dix entre les portes de Stabies et d'Herculanum. Mais quand, vers la fin de la république, les remparts de Pompéi furent remis en état, on négligea ce côté couvert de maisons descendant en terrasse sur. la roche escarpée et facile à défendre.

Les portes. — Trois des huit portes dont la muraille est percée sont complètement déblayées; d’abord celle de la Marine, en

Fig. 9. — Coupe d’une tour (p. 1t-12).

partie refaite à l'époque romaine. Sous la grande voûte, la route monte

LES EUS A AINICTE NANE SCO NS'DR'UCTTIONS 13

très raide, trop raide même pour que les voitures aient pu beaucoup y

Fig. 10. — Le haut du rempart avec les créneaux, le second mur et une tour (p. 10-11).

Fig. 11. — La porte de Stabies vue de l'intérieur de la ville (p. 10, 14).

circuler; mais à gauche, pour les piétons, on a ménagé un passage voûté

qui compense par des marches la raideur de la pente; ses murs en opus reticulatum lui assignent une date (voy. Hist. Vie priv., p. 47). Un peu avant la voûte, à droite, dans une niche, la statuette de Minerve veillait sur l'entrée de la ville. Également à droite, sous la voûte, s'ouvrait une crypte qui aujourd’hui donne asile au musée de Pompéi. La crypte et le passage étaient fermés par des portes dont on voit encore les traces.

La porte de Stabies, qui n’a pas été, comme celle de la Marine, refaite au commencement du 1° siècle et surchargée de constructions modernes,

Fig. 12. — La porte de Nola (p. 15),

nous renseignera mieux sur les dispositions d’une porte fortifiée de l’antique Pompéi. Les battants de la porte, abrités par une voûte, ont laissé les traces de leurs gonds. Pour les forcer, les assaillants devaient s’engager dans le long passage découvert, entre les deux murailles du haut desquelles les défenseurs les aocablaient de projectiles. A l’intérieur de la ville, à gauche pour qui regarde la porte, un escalier monte au rempart, à droite, une fontaine ornée d’un tête de méduse fournissait l’eau (Ag. 11, p. 13). Dans le mur du passage découvert, une niche, vide aujourd'hui, renfermait peut-être, comme à la porte Marine, une statuette de Minerve. Cette porte a encore son ancien aspect, ses pierres de Sarno et de tuf bien appareillées. Si elle se:présente à nos regards telle que l'ont restaurée les Samnites au moment de la guerre sociale, elle a

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cependant conservé assez de restes de son état primitif pour qu'il nous soit possible de le reconstituer. Les deux murs solides du passage découvert existent encore; la pierre du Sarno dont ils sont faits atteste qu'ils datent de la’ première construction des remparts (fig. 1, p. 3).

Même disposition dans la porte de Nola qui, malgré quelques réparations où apparaît la brique, a conservé ses blocs posés sans ciment et une tête de Minerve sculptée en haut-relief sur la clef de l'arc qui regarde la ville (fig. 12, p. 14), Une inscription osque apprend que le chef de la

Fig. 13. — La porte d'Herculanum (p. 15).

ville, C. Popidius, a donné en adjudication les travaux de construction de cette porte et les a acceptés.

La porte d'Herculanum a été reconstruite en entier vers la fin du 1* siècle avant J.-C. La route passe sous la voûte centrale ; à droite et à gauche, un passage également voûté est réservé aux piétons (fig. 13, p. 15). Ce n’est plus une porte construite en vue de la défense ; elle n’a d'autre but que de fermer la ville pendant la nuit et d'assurer le service de l'octroi.

De la porte du Vésuve (fig. 14, p. 16) il reste quelques débris et un beau morceau de rempart, depuis peu déblayé.

Au restes les plus anciens, il faut ajouter une citerne profonde, dissimulée au milieu des murs d’une maison de la rue de la Maschera (TV, 14, 19) et construite en blocs de pierre du Sarno et de tuf sans ornements.

Dans la maison 17-18 de l'ile cinquième de la sixième région. M. Païs a fait dégager en 1901 une colonne engagée dans un mur; une autre a été découverte dans la maison VI, 14, 16-18. C’est, avec deux pilastres I, 5, 1), tout ce qui reste d’une période très ancienne.

Voilà tout ce que l'on connaît de la plus antique Pompéi : un temple grec qui remonte au vl° siècle avant J.-C.; quelques débris : colonnes et pilastres. Mais, autour de ce temple, aucune maison, aucun reste qui lui soit contemporain, La plus ancienne maison que nous puissions dater après ces restes vénérables paraît leur être postérieure d'environ trois siècles; elle est du temps où la ville s'est enfermée dans son enceinte de rempart; les maisons en pierre du Sarno sont disséminées sur toute la superficie de Pompéi; elle semble, dès ces temps reculés, avoir eu la même étendue et à peu près les mêmes rues qu'aujourd'hui. Mais que voyait-on sur ce site au temps où fut construit le temple grec ?

Fig. 14. — La porte du Vésuve pendant le tremblement de terre:

bas-relief antique (p. 15).

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