‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 46 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La basilique. — Le temple d’Apollon.

La basilique (II, 1}. — La basilique de Pompéi offre cet intérêt d’être la plus anciénne basilique dont on puisse, dans sa disposition première, étudier le plan et l'ordonnance. Elle est presque contemporaine des premières basiliques de Rome. Un Pompéien nommé C. Pumidius Dipilus écrivit son nom sur un de ses murs intérieurs, chose d'ailleurs assez ordinaire ; mais il eut l'idée plus rare de mettre la date : «le cinquième jour avant les nones d'octobre, sous les consulats de M. Lepidus et de Q. Catulus », c'est-à-dire le 3 octobre de l’an 78 avant J.-C. Pas plus que sur la date ancienne à laquelle la basilique existait déjà, nous ne pouvons nous tromper sur la nature du monument car le stuc de son mur extérieur, près de l'entrée latérale du côté sud, porte plusieurs fois le mot Bassilica. Le style de la basilique et le tuf employé dans sa construction, les restes de peintures du mur intérieur qui révèlent la manière la plus ancienne, le premier style (voir ist. vie priv., p.106), nous permettent de fixer l’époque de sa fondation à la fin du 11° siècle avant J.-C.

Vitruve a laissé un plan de la basilique romaine auquel ne correspond pas celui de la basilique de Pompéi. Celle-ci, en effet, est une basilique grecque. Elle n’a pas la grande largeur des basiliques de Rome, les portiques ouverts sur tous les côtés qui permettaient d'y circuler à l'aise, d'y entrer, d'en sortir sans gène; ce n'était pas, en un mot, comme les basiliques romaines, un forum couvert. Elle n'a pas non plus le second étage formant balcon tout autour de la nef centrale; elle ne ressemble donc en rien à la basilique Julia.

Cinq portes, séparées par quatre pilastres rectangulaires, introduisent du portique du Forum dans le vestibule de la basilique; devant les deux

pilastres du centre, des bases revêtues de marbre, encore en place, supportaient des statues. Le vestibule plus large, comme nous l'avons déjà fait remarquer, à l'extrémité nord qu'à l'extrémité sud, corrigeait l'orientation première du monument indépendante de celle du Forum; au fond, quatre colonnes dont les deux extrêmes s'engagent dans un massif rectangulaire auquel fait face un autre massif appuyé au mur latéral, encadraïient, audessus de quatre degrés, les cinq portes d'entrée de la basilique correspondant aux cinq portes du vestibule.

Sur ses quatre côtés, la nef centrale était entourée de colonnes d'ordre ionique, trente en tout, hautes de 11 mètres (fig. 20, p. 33). A l'intérieur de cette nef et au pied des colonnes, sauf sur le petit côté correspondant à la façade, courait, dans le sol, un caniveau en terre cuite traversant, de distance en distance, huit petits bassins plus creux où l'eau tombée des gouttières s'épurait avant de se déverser dans une citerne. Une margelle en marbre, quon a remise en place après l'avoir enlevée, entourait un regard sur cette citerne, aujourd’hui fermé; il était placé entre la sixième et la septième colonne du côté nord de la nef, devant la porte latérale ouvrant sur la via Marina. D'après M. Breton, le sol de cette nef centrale, plus bas au moment de la découverte que celui des bas côtés, a malheureusement été nivelé depuis; l’ancienne disposition a porté cet auteur à adopter l'opinion énoncée dans le rapport sur les fouilles de la basilique, que la nef centrale n'était pas couverte; opinion qui n’a guère été admise. Cependant, la disposition des caniveaux, la margelle de puits placée comme le sont dans les maisons particulières les puits au bord de l’impluvium, des fragments de chéneaux, d'antéfixes, de têtes de lion en terre cuite, toutes choses indiquant des gouttières, semblaient donner raison à M. Breton. Et, en fait, des fouilles récentes que M. Sogliano a fait faire dans le sol de la basilique ont définitivement établi que la nef centrale n'était pas couverte.

Les bas côtés ont une largeur de cinq mètres quatre-vingt-cinq. Dans les deux murs latéraux, à chacune des grandes colonnes de la nef centrale correspond une colonne corinthienne cannelée, engagée à demi, haute de six mètres quatre-vingt-dix centimètres (voir fig. 20, p. 33). Au-dessus de ces demi-colonnes, rien du mur n’a subsisté. C'est donc à l’aide des débris retrouvés et dispersés çà et là qu'il faut le reconstituer. M. Aug. Mau a tiré de cette étude la conclusion que la partie supérieure du mur, qui arrivait naturellement à la hauteur de l’architrave des hautes colonnes de la nef centrale, se composait de parties pleines percées d'une fenêtre, alternant avec des parties ouvertes dont l’entablement était sou-

tenu par deux colonnes libres posées entre deux demi-colonnes engagées dans la partie pleine. ‘

À l'extrémité de la basilique une plate-forme haute de deux mètres, ornée de colonnes que le tremblement de terre a renversées en partie, constituait le tribunal. Sa disposition architecturale qui comprenait deux étages, son ornementation étaient en parfaite concordance avec le style et l’ensemble de l'édifice. On avait utilisé l'élévation du massif du tribunal pour ménager au-dessous et dans son épaisseur un caveau voûté dans

Fig. 20. — Intérieur de la basilique (p. 32-34).

lequel descendait, de chaque côté, un petit escalier tournant ; ce réduit était, sans aucun doute, utilisé pour le service. Il fallait bien serrer quelque part les balais, les sceaux, tout ce qui servait à l'entretien et à la propreté intérieure de l'édifice.

La cage de l'escalier qui descendait à cette crypte servait aussi à l'escalier en bois, aujourd'hui disparu, par lequel on montait au tribunal. ;

À droite et à gauche du tribunal, l’extrémité des bas côtés, barrée par un mur, formait une pièce sans doute réservée aux juges et au personnel. On voit les fondations du mur de celle de gauche.

Les grandes colonnes de l'entrée et du centre sont curieusement

Page 1