‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 54 sur 70 · II · texte numérisé non relu

II

Le petit théâtre ou théâtre couvert (II, 7, 10, fig. 43, p: 83). — Au mois de juillet de l’an 1764 seulement on avait reconnu l'existence du grand théâtre qui cependant par son sommet le plus élevé avait toujours dépassé le champ des fouilles. Toutefois il ne fut déblayé qu'en 1792 ; les travaux avaient été menés rapidement, le roi ayant ordonné d'y mettre tous les ouvriers qui travaillaient à Pompéi. Dans ces conditions, une année avait suffi pour mener l’œuvre à bonne fin.

Quant au petit théâtre, son existence fut constatée le 23 mars 1769 et il fallut trois ans, de 1703 à 1796, pour le déblayer complètement.

Sa disposition générale rappelle celle du grand théâtre, sauf quelques détails que nous signalerons (fig. 43, p. 83).

Au-dessus de la porte et en divers autres endroits une inscription nous apprend que les travaux pour la construction du petit théâtre ont été adjugés d'abord puis approuvés par les deux duumvirs C. Quinctius Valgus et M. Porcius. Plus loin, nous verrons ces deux mêmes duumwvirs, élus quinquennales, construire l'amphithéâtre à leurs frais. Ce travail fut exécuté vraisemblablement pendant les premiers temps de la colonisation romaine. La même inscription nous apprend que le petit théâtre était couvert. Un des graffites gravés sur ses murs est daté de l'an 3 avant J:=C-

Un mur carré encadrait étroitement ce monument semi-circulaire, restreignant même, en arrêtant à droite et à gauche le développement des degrés les plus élevés, le nombre des places. Seuls, les gradins inférieurs eurent leur longueur entière. Cette disposition est due à la nécessité de donner un support à la voûte en pyramide qui recouvrait l'édifice.

Comme le grand théâtre, le petit était divisé en trois cavea séparées par des passages horizontaux ou précinctions, et divisées en cunei par des escaliers verticaux. Comme au grand théâtre aussi, la voûte sous laquelle on passait pour entrer dans l'orchestre supportait les tribunaux avec leurs places réservées et leurs escaliers particuliers.

Les bancs, ornés de moulures sur le devant, avaient plus de grâce que ceux du grand théâtre (voy. fig. 43, p. 83); à l'arrière de chaque siège une faible dépression recevait les pieds des spectateurs assis sur le gradin supérieur de telle sorte qu'ils ne gênaient pas ceux qui siégeaient sur le eradin inférieur. A l'extrémité du fer à cheval, les gradins se terminaient par une rampe en marbre descendant vers un atlante agenouillé qui soutenait de la tête et des mains une tablette, support d'un vase ou d'une statue (fig. 43, p. 83).

Au milieu du pavé de l'orchestre composé de marbres de diverses couleurs, une inscription en lettres de bronze incrustées apprenait que

M. Oculatius Verus, élu duumwvir, avait, à l'occasion de son élection, au lieu de donner des jeux, fait les frais de ce beau dallage.

La scène, beaucoup plus simple que celle du grand théâtre est aussi mieux conservée.

Un double escalier (II, 7, 20) ménagé dans le mur de derrière du théâtre conduisait directement aux gradins les plus élevés d'où, par les

escaliers des cunéi les spectateurs descendaient vers leur place; on en-

Fig. 43. — Le petit théâtre ou théâtre couvert (p. 78, 79, 82).

trait dans l'orchestre et, de là, dans les diverses parties de la cavea par la rue de Stabies et par le portique qui communiquait aussi avec le grand théâtre (II, 7, 18-10).

Le petit théâtre était un odéon (odeum) destiné aux auditions de chant et de musique. Les théâtres couverts étaient des odéons.

Dans le grand théâtre on donna probablement des pièces du répertoire grec. Sur une tessère trouvée à Pompéi on lit le nom d’Eschyle. Mais on y jouait aussi des mimes apportées d'Égypte, des pantomimes et surtout des atellanes; les atellanes, écrites en langue osque et parsemées de gros sel non attique, étaient nées en Campanie, tout près de Pompéi.

Là furent créés ces personnages qui, transportés à Rome, ont subsisté, évoquant à la fois et un type physique et un type moral ; Maccus, un gros bêta, rustre, toujours en mauvaise situation ; Bucco, parasite, menteur et hâbleur. Papus ou Casnar, vieux, avare, jaloux de son or et de sa femme, volé de tous côtés ; le croquemitaine Manducus ; Dorsennus, faiseur de belles théories à l'usage des autres. Les atellanes raillent souvent les foulons, corporation assez puissante pour que la satire s'en soit occupée.

Quand les Romains se furent établis à Pompéi, peu à peu sans doute le répertoire romain remplaça celui qu'avaient introduit l'influence grecque et l'esprit national. Le théâtre de Pompéi revit des pièces grecques, peutêtre quelquefois encore dans leur langue originale, mais le plus souvent traduites et adaptées par Âttius ou par Livius Andronicus; les atellanes leur revinrent sans doute de Rome habillées en bon latin par Pomponius de Bologne et Novius, mais non moins grossières.

Les acteurs, si l'on en juge par les témoignages recueillis sur les murs de Pompéi, ne jouirent pas d'une faveur comparable à celle des athlètes et des gladiateurs. Toutefois un acteur, qui n'était pas de Pompéi mais qui venait y jouer quelquefois, plaisait certainement au peuple. Sur les murs de la ville, au moment où il la quittait, plus d'une main écrivait : « Actius, adieu » et aussi : « Actius, reviens bientôt. « Dans deux édifices. on trouva sur un hermes en marbre, le buste de l'acteur Sorex. Un graffite de la basilique traite de voleur un emboliarius nommé Opprus. L'emboliarius était un acteur jouant spécialement dans les embolium, petites pièces servant d'intermèdes. Un graffite de la maison du Centenaire donne le nom d'une actrice : Histrionica Rotica.

Dans l'antiquité comme de nos jours les théâtres servaient quelquefois à des usages auxquels ils n'étaient pas primitivement destinés : des réunions publiques, des conférences sur des sujets divers auxquelles devait assister un nombreux auditoire. Nous n'avons aucun document qui établisse qu'il en fut ainsi à Pompéi, mais il n'y a pas lieu de penser que ses deux théâtres aient fait exception à la règle générale.

Les portiques des théâtres. — Le portique du Forum triangulaire (II, 7, 30, fig. 44,p. 85, 45, p.86). — A l'angle de la rue du temple d'Isis, là où aboutit la rue des Théâtres, un portique de six colonnes en tuf, d'une rare élégance, abrite l'entrée du Forum triangulaire et du grand théâtre (fig. 44, p. 85). Ses colonnes, cannelées du haut en bas, ont une hauteur de près de 6 mètres. Leurs chapiteaux ioniques empruntent une grâce par-

DESMMPEEARRES ED LEURSÆORTIQUES, ETC, 85

ticulière à leurs volutes sculptées des deux côtés (Hist., Vie priv.,fig.18, p. 44) ; ailleurs les volutes de cet ordre ne sont sculptées que sur les faces, les côtés étant réunis par un coussinet. L’architrave et la corniche sont très simples, ornées d’une moulure, de denticules et d’une rangée d’oves alternant avec des perles. Six consoles engagées dans le mur de fond ont sans doute autrefois porté des bustes. Deux portes ouvrent sur le portique du Forum triangulaire, l’une en face du temple grec, l'autre en face de l'allée qui longe le grand théâtre (voy. fig. 44, p. 85; 45, p. 86).

Devant les deux marches sur lesquelles reposent les colonnes, une

Fig. 44. — Entrée du Forum triangulaire (p. 84, 85).

fontaine du type ordinaire est encore en place avec son cippe orné d’une tête de Méduse.

Le Forum triangulaire est une vaste place dont le nom indique la forme; dirigée vers le nord, la pointe de son triangle forme un pan coupé au mur duquel s'appuie l'entrée que nous venons de décrire. Sur trois des côtés de cette vaste place règne un beau portique (fig. 45, p. 86). Nous avons indiqué plus haut l'usage de ces portiques voisins des théâtres (voir p. 78).

Les côtés de-ce portique sont inégaux ; le plus étendu, celui qui longe le grand théâtre, a environ 130 mètres. L'ensemble forme un proménoir abrité de plus de 200 mètres.

Le côté sud formant terrasse au-dessus de la vallée n'avait de por-

tique qu'à son extrémité septentrionale.

Nous avons dit que le Forum triangulaire donnait entrée au grand théâtre. Trois des portes de cet édifice ouvraient, en effet, sous le portique (voy. fig. 4, p. 8). Un peu plus bas, un long escalier reliait le Forum triangulaire au grand et, par là même, au petit théâtre, ainsi qu'à la caserne des gladiateurs. Plus bas, à l'extrémité sud du côté le plus long, un escalier descendait vers la vallée du Sarno (II, 7).

Du même côté encore, tout près de l’entrée du Forum triangulaire, une porte donnait accès à la palestre voisine (IT, 7, a).

Fig. 45. — Extrémité nord du Forum triangulaire à l’époque romaine (p. 85, 86, 87).

Les colonnes doriques n'ayant pas d'étage à soutenir montent plus sveltes et plus élancées que ne le font d'habitude les colonnes de cet ordre. L’architrave, d'une décoration très sobre, porte simplement des triglyphes surmontés d'un larmier orné de macarons. Au pied des colonnes un caniveau recevait l'eau de pluie pour la conduire dans des citernes. Parallèlement au long portique un mur bas limitait un espace libre et découvert, aussi long que le portique, large de sept mètres, propre à la marche et aux exercices du corps, et le séparait de l’aréa sacrée du temple (voy. fig. 4, p. 8, et le plan général, Il, 7,30).

Les Samnites, comme on le voit, vite séduits par la beauté de ce site, s'étaient plu à corriger, par de beaux portiques, son aspect sévère. Les Romains continuèrent cette tradition. Dans la partie nord, ils érigèrent,

MPESCEDEHPAMRESSEMINDEURSPORTIQUES, ETC: 87

sur un piédestal en marbre, une statue à Marcellus, le neveu d'Auguste, patron de leur colonie. En face, une élégante vasque en marbre blanc recevait l'eau que lui amenait un tuyau en plomb passant par l'intérieur d’une des colonnes (fig. 45, p. 86); une margelle en marbre ouvrait sur une citerne. Enfin à l’angle nord-ouest du temple, à l'endroit où le point de vue est le plus séduisant, deux citoyens généreux, les duumvirs A. Sepumius Sandillanus et M. Herennius EÉpidianus, les mêmes qui ornèrent d'une horloge solaire le temple d’Apollon, firent

Fig. 46. — La schola (banc semi-circulaire) construite par les Romains à l'angle N.-O. du temple du Forum triangulaire (p. 87).

construire un de ces sièges semi-circulaires appelés schola (fig. 46, p. 87). De ce lieu charmant la vue se reposait sur le plus bel horizon de mer et de montagnes qu’on puisse rêver. Assis sur ce banc, les Pompéiens pouvaient observer le cours du Sarno arrosant la plaine au pied des monts Lactarii, les vaisseaux arrivant de la haute mer pour jeter l'ancre dans le port ou remonter le fleuve vers l'intérieur des terres. Longtemps ils suivaient des yeux les blanches voiles emportant leurs amis vers la Grèce, l'Égypte et l'Asie et les voyaient subitement disparaître entre la pointe de Sorrente et Capri ou, si elles se dirigeaient vers les côtes d'Espagne et les colonnes d'Hercule, descendre peu à peu au-dessous de l'horizon.

Portiques du grand et du betit théâtre. — Quartier des gladia-

teurs (II, 7, fig. 47, p. 88). — Les portiques du Forum triangulaire étaient en communication avec les gradins élevés du grand théâtre. Les spectateurs, au contraire, placés au-dessous de la seconde précinction, dans l’ima cavea et à l'orchestre, auraient dû, sous des pluies d'orage, gagner le Forum triangulaire en gravissant des escaliers longs et pénibles, s'ils n'avaient eu à leur usage un autre portique. Découvert en 1766, ce portique fut déblayé entre les années 1767-1796.

Entourant une area de forme rectangulaire, de 46 mètres 60 sur

Fig. 47. — Portique du grand théâtre; plus tard caserne des gladiateurs (p. 88, 89).

34 mètres 80, il comprend 74 colonnes doriques hautes de 3 mètres 60, recouvertes de stuc peint, lisses à la partie inférieure, cannelées à la partie supérieure (fig. 47, p. 88). Il communiquait, par un autre portique beaucoup moins grand, avec le grand théâtre et, par un escalier, avec son postcenium. Un large passage l'unissait au petit théâtre. Son entrée principale, ornée de trois colonnes surmontées de charmants chapiteaux ioniques et surélevées de trois degrés, ouvrait sur la rue de Stabies par deux longs corridors parallèles dont quatre portes élevées perçaient le mur mitoyen (Il, 7, 17, 18). De.tous côtés, en cas d'alerte, la

foule pouvait donc sortir rapidement et, sans encombrement, s’écouler sous les portiques.

Ce portique était d'une grande élégance avec ses colonnes, doriques par leurs chapiteaux mais si légères, si élancées ! Comme le Forum triangulaire, en dehors des représentations, il servait probablement de lieu de promenade. Toutefois munis l’un et l’autre de portes par lesquelles on pouvait clore toutes les issues ils ne devaient pas être toujours ouverts. Chaque soir, peut-être, à la nuit, on fermait les deux portiques d'où les promeneurs nocturnes auraient pu pénétrer dans les théâtres.

Un moment vint, sous l'empire, où la destination de ce portique changea. On construisit tout à l’entour une série de cellules ne communiquant pas entre elles et, au-dessus, un second étage accessible par des escaliers et par un balcon en bois qui courait devant toutes les chambres

Fig. 48. — Casques trouvés dans le quartier des gladiateurs (p. 89).

du premier étage {voy. fig. 47, p. 88). On connaît une disposition analogue au marché et dans la villa d'Hadrien. Les découvertes que l’on a faites dans ces chambres donnent lieu de penser que ces constructions avaient eu pour objet la transformation du portique du grand théâtre en caserne de gladiateurs. On a trouvé, en effet, dans une pièce plus profonde que les autres qui occupe le centre du côté méridional, des armes ayant servi certainement, non à des soldats, mais à des gladiateurs. Cette pièce, sur les murailles de laquelle étaient peintes des armes de gladiateurs en trophées, renfermait des casques de forme caractéristique (fig. 48, p. 89); d'autres chambres, d’ailleurs, ont fourni des armes de même nature : ceinturons, baudriers, lances et poignards, épées, jambières richement ornées, boucliers ronds, etc. (fig. 49, p. 90).

Dans un appartement plus grand que les autres, précédé d'un portique et occupant le centre du côté oriental, on monte par cinq degrés à une vaste cuisine dont le fourneau occupe toute la longueur du mur de fond et semble aménagé pour préparer la nourriture d'un assez grand

nombre de personnes. Un peu plus bas que cet ensemble de pièces, une petite salle semble avoir servi de prison. On y a trouvé une de ces entraves appelées 7e7v0uS qui ne permettaient pas aux prisonniers de tenir les jambes dans une situation verticale. Quatre hommes enfermés là pendant le cataclysme n'ont pu fuir, mais ils n'avaient pas les jambes prises dans l’entrave. :

D'ailleurs, beaucoup des habitants de ce lieu, qui cependant étaient libres, n'ont pas trouvé davantage leur salut dans la fuite ; aucune maison

Fig. 49. — Armes trouvées dans le quartier des gladiateurs (p. 89).

n'a livré autant de squelettes ; une seule pièce en contenait trente-quatre ; dans une autre, au milieu d'armes diverses et de dix-huit squelettes, se trouvaient les restes d'une femme ornée de joyaux d’or et de pierreries de grande valeur ; ailleurs un vase contenait les restes d'un enfant nouveau-né.

Les habitants de cette caserne ont laissé sur les murs et les colonnes des inscriptions et des dessins dont quelques-uns ont trait à la profession des gladiateurs : on y voit entre autres un gladiateur combattant; un graffite mentionne la familia gladiatoria de Pomponius Faustinus, un

autre le vœu fait par un gladiateur d'offrir, s’il est vainqueur, sa palme à Vénus.

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