CHAPITRE X
LA PALESTRE. — L'AMPHITHÉATRE
La palestre (II, 7, 29 et a, fig. 50, p. 92). — La première porte que l'on rencontre à gauche en entrant sous le portique du Forum triangulaire par la porte II, 7, 30, est celle d’une palestre construite pour la jeunesse par le questeur Vibius Vinicius avec une somme qu'a léguée à cet effet Vibius Adiramus. Ce monument est donc préromain; à défaut de l'inscription son style le dirait assez. Sauf du côté est, mitoyen du temple d’Isis, son aréa, de 24 mètres environ sur 17, est entourée d’un portique soutenu par d’élégantes colonnes doriques, cannelées du haut en bas et autrefois recouvertes de stuc (fig. 50, p. 92).
Trois petites chambres, appuyées au revers du mur qui longe le Forum, servaient aux jeunes géns pour se préparer aux exercices et se laver ensuite. Une fontaine leur versait l’eau, sans doute dans une vasque, par un tuyau qui passait dans l’intérieur d’une des colonnes. À mihauteur du portique, contre les colonnes de droite, se dresse, entre un autel et un escalier de six degrés, une base de statue (fig. 50, p. 92). Aucune inscription ne donne le nom de la divinité dont la statue n'existe plus. C'était sans doute Hermès, le dieu qui présidait aux palestres. En gravissant les six degrés, le vainqueur s'élevait à la hauteur du piédestal pour déposer sa couronne sur la tête du dieu.
Une belle statue trouvée dans la palestre en 1797, la plus complète réplique du Doriphore de Polyclète que nous connaissions, fait aujourd'hui partie des collections du musée de Naples. I1 est assez naturel en effet que le Doriphore ait trouvé place dans une palestre grecque comme
type de force et de beauté.
I1 existe dans la deuxième région (II, 2, 23) une autre palestre due
probablement à l'initiative privée ; elle mérite d'être mentionnée. Dèsile corridor d'entrée, l'attention est attirée par une mosaïque représentant, en noir sur fond blanc, deux lutteurs. Le corridor conduit dans une vaste cour à l'angle de laquelle l'emplacement de la palestre proprement dite, circonscrit de deux côtés par le mur, est borné, des deux autres côtés, par des colonnes. Une mosaïque blanche recouvre le sol. Sur les deux murs, des peintures du quatrième style, bien conservées, représentent des athlètes dans diverses situations. L'un se sert du strigile, un autre tient
Fig. 50. — La palestre du Forum triangulaire et son autel (p. 91).
le ceste, un troisième reçoit la couronne. [1 en est un, bestial et sauvage, qui, maintenant sous lui son adversaire, veut, quoiqu'il soit renversé, continuer à frapper; mais le maître des jeux met fin au combat. Mercure, le dieu de la palestre, occupe le centre de la plinthe entre des dauphins et deux nymphes (fig. 51, p. 93).
Des salles vastes et belles entourent la cour : l'apodyterium où l'on Ôtait et remettait ses vêtements et dont le mur conserve la trace des casiers; des salles de conversation et sans doute des restaurants ; des latrines aménagées comme celles du Forum. Des bains, peu spacieux comme la palestre elle-même, y étaient attenant et communiquaient par une porte. À l’un des angles un de ces cabarets si nombreux à Pompéi, avec son comptoir en marbre et sa petite cuisine, ouvrait à la fois sur la
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rue et sur l'intérieur de la palestre. Dans cette palestre, comme aux thermes, les Pompéiens devaient faire de longues séances et des parties fines.
EL existe entre ces deux palestres de Pompéi une très grande différence. La première, construite par les Samnites sous l'influence grecque, était destinée à la jeunesse. Par cette éducation physique, par la série des exercices qui développaient tous les membres du corps et leur donnaient la grâce et la souplesse, les Grecs cherchaient à réaliser chez les jeunes hommes leur idéal de beauté, l'harmonie et la pureté des formes.
Fig. 51. — Peinture d’une palestre privée à Pompéi (p. 92; Hist. Vie priv., p. 118).
Chez les Romains, au contraire, surtout à l'époque où périt Pompéi, l'usage de la palestre n'était guère entré dans les mœurs; en tout cas, on en éloignait soigneusement la jeunesse. La gymnastique et les exercices du corps n'avaient qu'un but pratique : préparer au service militaire, faire de bons soldats. La palestre, telle que l’entendaient les Grecs, était plutôt regardée par les Romains comme une école de démoralisation et Cest là, dit Plutarque, que se perdit l'antique pudeur. j
Cette seconde palestre établie avec le luxe propre à l'époque impériale, devait être la propriété d’un particulier qui faisait payer les entrées un bon prix. Sa clientèle se composait sans doute de riches Pompéiens
amis des exercices violents et des plaisirs.
L'amphithéâtre (1. — Fig. 52,p. 95; 54, p. 98; voir aussi Vre privée, fig. 4, p. 7). — L'amphithéâtre de Pompéi fut reconnu dès l’année 1748 ; à plusieurs reprises on y fit des fouilles partielles aussitôt recouvertes, notamment dans la partie ouest déblayée vers 1755, en même temps que la célèbre maison de Julia Felix. L'édifice ne fut complètement remis au jour que sous le règne de Ferdinand II.
Nous avons vu deux duumvirs C. Quinctius Valgus et M. Porcius adjuger et approuver les travaux du théâtre couvert. Plus tard élus de nouveau duumvirs avec le titre de guinquennales, ils témoignèrent au peuple de Pompéi leur reconnaissance en lui faisant don d'un amphithéâtre qu'ils construisirent à leurs frais. Une inscription en fait foi. Contemporain du petit théâtre, l’amphithéâtre de Pompéi appartient donc au 1° siècle avant J.-C.; c'est le plus ancien que l'on connaisse.
Élevé dans l'angle sud-ouest du rempart que protégeaient trois tours, une place plantée d'arbres l’entourait. Deux de ces tours, désaffectées puisque la conquête romaine avait rendu inutiles au point de vue. militaire les fortifications de Pompéi, furent rattachées à l'amphithéâtre et reçurent une toiture; à ces tours et au fragment de rempart quelles encadraient était fixé un côté du velum qui protégeait les spectateurs contre les ardeurs du soleil. À droite, un autre bâtiment rectangulaire, avec un jardin ou une cour intérieure, portait sur ses murs une inscription ; sans doute il dépendait de l’amphithéâtre. Les jours de représentation, des boutiques volantes surgissaient ; les édiles accordaient à des marchands, soit par contrat, soit par un usage établi, le droit de s installer sous les arcades extérieures (Hisf., Vie priv., fig. 4, p. 7).
Comme tous les monuments de ce genre, l'amphithéâtre était de forme elliptique, le plus grand diamètre mesurant 130 mètres, le plus petit, 102 mètres (fig. 52, p. 95). Il pouvait contenir environ 20.000 spectateurs, nombre considérable eu égard à la population de Pompéi ; mais nous avons vu, par l'aventure des Nocériens, qu'on y venait des villes voisines.
À chaque extrémité du grand diamètre orienté du nord au sud, l'arène a comme accès une porte monumentale (voir fig. 52, p. 95). À l’extrémité ouest du petit diamètre (à gauche sur notre fig. 52) une autre porte donnait accès à un étroit corridor par lequel on emportait les cadavres hors de l'arène ; c'était la porta libifinensis, porte de la mort.
Un mur haut de 2 mètres enyiron, que l’on appelait podium, circonscrivait l'arène; couronné par une main courante, il s’offrait à hauteur d'appui aux spectateurs assis du premier rang (voy. fig. 52, p. 95). Fixés
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sur cette main courante une grille en fer, souvent aussi un rouleau qui, tournant sous les griffes des animaux, les rejetait en arrière dans l'arène, protégeaient les spectateurs contre les fauves pourchassés qui auraient voulu chercher un refuge au milieu des gradins. Le podium de Pompéi devait être pourvu d'appareils de ce genre, maïs on n’en a relevé aucune trace.
Le mur du podium était revêtu de stuc et couvert de peintures aujourd'hui disparues présentant des scènes familières à l’amphithéâtre, des
Fig. 52. — L’amphithéâtre (p. 94).
combats d'animaux entre eux, par exemple un ours contre un taureau, une lionne contre un cerf, un tigre contre un ours; on y voyait aussi les préparatifs d'un combat de gladiateurs : deux gladiateurs à demi armés sont debout ; le maître des jeux, avec sa baguette, marque les places des combattants ; l'un des gladiateurs, à gauche, sonne dans une grande trompette recourbée l'annonce du combat; celui de droite, assisté de deux servants reçoit de l’un son casque, de l’autre une épée. À gauche, deux gladiateurs assis attendent leur tour. À chaque extrémité du tableau une Victoire ailée tient une palme et présente la couronne destinée au vainqueur. Une autre peinture provenant probablement aussi de l'am-
phithéâtre représente deux gladiateurs dont l'un, grièvement blessé au bras d'où le sang coule, a laissé tomber son bouclier ; son adversaire se prépare à lui donner le coup de grâce si l'intervention des spectateurs ne s'oppose pas à l'issue funeste du combat (fig. 53, p. 07).
Un autre monument de Pompéi, le tombeau d'Umbricius Scaurus, a fourni, sur les combats de l’amphithéâtre, des renseignements pleins d'intérêt. Ce sont des bas-reliefs découverts en 1812. Peu à peu effrités et finalement entièrement détruits, ils représentaient des combats de gladiateurs et d'animaux, souvenir des jeux donnés à l’occasion des funérailles de cet important personnage. Les gladiateurs y figuraient avec indication de leurs noms et du nombre de victoires qu'ils avaient remportées. Bebrix, quinze fois vainqueur, est opposé à Nobilior qui compte onze victoires, sous les regards de deux gladiateurs victorieux l'un quinze fois, l'autre trente fois. Ces bas-reliefs que nous ne pouvons décrire ici en détail, figuraient six groupes de combattants sous les armes et dans les attitudes les plus variées. C'était une image vivante de ces jeux cruels. Il est regrettable que les originaux aient disparu. Heureusement Mazois nous en a transmis un très bon dessin. Un de ces gladiateurs a laissé tomber son bouclier et semble prêt à fuir, action honteuse qui, à l'occasion de ce fait même ou d'un autre semblable, a été consignée dans un graffite de Pompéi gravé sur un mur de l'aile gauche du petit atrium de la maison du Centenaire (III, 7, 6); ce graffite offre en outre cet imtérét qu'il est daté dé lan is apres Je CL AO cos uS Nas uicle 6 novembre, sous les consulats de Drusus César et de M. Junius Norbanus. Une mention semblable, mais non datée, a été relevée dans la maison de Siricus (IV, 1, 47) : Polycarpus a fui.
Sur le même tombeau figuraient de curieux et intéressants combats d'animaux entre eux et de bestiaires et d'animaux, combats souvent mentionnés dans les programmes sous le nom de venafio (chasse). On y voyait les animaux les plus variés : des lions, des panthères, des sangliers, des loups, des chiens, des cerfs, des taureaux, des gazelles, une panthère et un taureau attachés l'un à l’autre par une corde assez longue pour leur laisser la liberté des mouvements ; l'impossibilité de la fuite devait porter au plus haut point la fureur de ces animaux.
Les graffites prouvent que le peuple attachait à ces jeux un grand intérêt : on y voit par exemple que Félix combattra contre les ours, qu'Auctus de la troupe de Julius a triomphé cinquante fois, que Severus vient de remporter sa cinquante-sixième victoire, que M. Vinicius Vitalis et Q. Petronius Octavus ont obtenu leur congé, que Mansuetus promet,
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s'il est vainqueur, de faire hommage de sa palme à Vénus ; celle-ci, d'ailleurs, semble favoriser les gladiateurs : Celadus, l’un d’entre eux, est appelé : supirium puellarum et decus puellarum.
Les programmes de spectacles peints sur les murs nous fournissent de nombreux renseignements relatifs aux jeux de l’amphithéâtre. On y apprend la nature du spectacle, combien de couples de gladiateurs combattront, à quelle troupe appartiennent les combattants. De riches particuliers, souvent des duumwvirs, entretenaient à leurs frais ou recrutaient pour le spectacle qu'ils devaient offrir des troupes de gladiateurs que
Fig. 53. — Scène de l’amphithéâtre (p. 96).
l'on appelait familia gladiatoria. Ceux qui entretenaient des troupes permanentes en tiraient sans doute du profit en les louant. On connaît les troupes de M. Festius Ampliatus, de Cn. Alleius Nigidius Maius qui habitait la maison de Pansa, de Q. Monnius Rufus, de M. Popidius Rufus, de D. Lucretius Satrius Valens, flamine de Néron, et de son fils, d'Aulus Suettius Certus. I1 y avait aussi une troupe de Neroniani et de Juliani. Les programmes indiquent encore que le velum sera tendu, vela erunt, comme on le voit sur la peinture qui représente l'amphithéâtre (Hist. Vie priv., fig. 4, p. 7), et que l'on fera des aspersions d'eaux, sparsiones, ce qui peut aussi signifier des largesses au peuple ; quelquefois aussi on annonce des illuminations.
Mais quittons, pour revenir au monument lui-même, l'arène et les hommes qui, afin d'amuser le peuple, y livraient des combats souvent mortels.