‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 62 sur 70 · IL. S · texte numérisé non relu

IL. S

de là se distribuait dans les quartiers environnants (voy. fig. 69, p. 126). Deux larges rainures ménagées dans ces colonnes abritaient le tuyau de montée et le tuyau de descente. Des tuyaux plus petits s’embranchaient sur les plus gros par l'intermédiaire de petites caisses carrées, en plomb comme les tuyaux (IV, 12, 28). En face de la petite porte de la maison des Vettii, on voit, dans le trottoir laissé ouvert à dessein au pied d'une colonne, l'embranchement de nombreux tuyaux lensface Mlnrs, °6). Un peu partout, dans Pompéi, les tuyaux de plomb sont à découvert Ha t20iL"6, 7, LI a, nec, etc.) Ils courent parallèlement sur les deux trottoirs (entre IV, 1oet IV, 13) ou côte à côte sur le même (T5 Ph eVI entre I21etuS) IV, 10, 8-0), sortent de sous terre au bord du trottoir (IV, 10, 9), le gravissent (IV, 11, 1), longent les murs des maisons (IV, 12, 23, 24, 28), passant dessous (LV TOUR eee 15. 41) ou le traversant (IV, 3, 24) ou encore entrent simplement dans la maison par les fauces (II, 4, 15; V,1,18; [V, 12, 28). Des tuyaux plus petits se détachent pour gagner les péristyles (I, 3, 3; II, 4, 4) ou les ‘autres parties de la maison (II, 4, 17), alimenter les fontaines et les petites statues des impluviums et des bassins (VI, 15,1) entrer même dans les colonnes des atriums ou des péristyles pour en ressortir en jets d’eau CRE CRE ET EEE EST II, 12, 28). Des clefs livrent ou ferment le passage à l'eau, souvent dissimulées sous Île cartibulum (IV, 12, 28). Les tuyaux se déversent dans les cuves (NE 4 7 Air 47), les piscines, les fontaines publiques. Ces fontaines sont voisines des colonnes ; leur modèle est uniforme (fig. 70, p. 127) sauf ne dont la vasque est semicirculaire (près IV, 4, 32) : elles se composent d'une vasque carrée que domine un'cippe orné de sujets divers par où l’eau s'échappait : têtes de Minerve, de Méduse, de Mercure, d'Apollon, de la déesse Salus, de lion, de tigre, de taureau, de renard; masque tragique, Silène et son outre, coq posé sur l'urne, aigle enlevant un lièvre, gourde avec sa courroie, trois cercles concentriques. Les plus anciennes fontaines sont en tuf, le grand nombre en calcaire de l’époque romaine, deux en marbre (au coin de IV, 4, 32: près de IV, 15, 1). Devant le temple de Jupiter Milichios le chenroe de NOlaANE I), deux bornes fontaines, sans bassin, sont protégées par un chasse-pierre (fig. 38, p. 69).

Les arcs de triomphe de Tibère au Forum et de la rue de Mercure ont été utilisés comme colonne d'ascension pour les eaux. Au pied de l'arc de la rue de Mercure, subsistent les restes de deux fontaines en marbre (fig. 71, p. 128).

En haut de la ville, à la porte du Vésuve, on a découvert en 1902 un

château d’eau alimenté par un aqueduc (fig. 72, p. 129, région VI). On n'en a pas encore suivi la canalisation. — Il faut, a dit Vitruve, construire à l'entrée de l'’aqueduc, dans la ville, près des remparts, un chà-

teau d'eau à trois émissaires de chacun desquels part un tuyau, le trop-plein des deux émis-

saires de côté doit se déverser dans celui du milieu destiné aux lavoirs et aux fontaines jaillissantes ; l’un des deux autres sera réservé aux bains, le troisième aux particuliers. — Le château de la porte du Vésuve ne devait pas fournir une grande quantité d'eau; cependant il est de tout point conforme au précepte de Vitruve. Dans l’intérieur, au-dessus de la bouche d'entrée de l’aqueduc, une peinture représente le génie de l'aqueduc.et, avec lui, trois nymphes ; sans doute les nymphes des sources qui l’alimentaient.

Avant de gagner les émis-

saires, l’eau passait par- Fig. 73. — Autel dans une rue de Pompëi (p. 131, 132). dessus deux petits murs

qui retenaient les sables et les impuretés lourdes. Ce château desservait sans doute les quartiers bas, près de la porte de Stabies.

Près du Forum, un réservoir (IV, 5, 17-18) était prêt, en cas d’accident ou de grosse réparation aux aqueducs, à fournir sa réserve.

Des autels permanents, dédiés aux Lares publici ou aux divinités protectrices, s’élevaient dans les rues (fig. 73, p. 131). L'un d’entre eux (III, 7, a) porte le nom de la déesse Salus. Un autre (IV, 7, près 41) est formé d’une meule de moulin renversée. Au-dessus des autels figuraient des peintures de divinités. Quelquefois, ces peintures tenaient lieu d’autel : telles, au coin de la rue de l'Abondance (II, 3, 11), les images des douze grands dieux, un buste de Minerve (III, 2 19), une niche et,

entre les deux serpents, un autel peint (III. 2, 12), Jupiter peint au fond d'une niche (IV, 4, 17). Près des autels, un banc invitait les passants au répDos or tps ps 131 RTS EN EN EE, LV.,-2, 22). Ces“laraites publics prenaient aussi la forme d'une petite chapelle (II, 4, 24; VI, 8, 14).

La rue de l'Abondance se rattachait au Forum ; des gens riches y habitaient; ses boutiques devaient être luxueuses surtout du côté sud. Interdite aux voitures, elle avait, comme la rue de Mercure, un aspect aristocratique, plus animé cependant (fig. 74, p. 133; voir la rue de Mercure, Hist. Vie pr., fig. 21, p. 47 et plus haut, fig. 36, p. 62 ; 71, p. 128). Plus elle avance vers l'ouest, plus la rue de Nola (fig. 37, p. 67; 75, p. 132) devient aristocratique.

Le vilain quartier de Pompéi, mal fréquenté, aux maisons suspectes, est voisin de la belle rue de l'Abondance et occupe tout spécialement les îles 10-14 de la quatrième région. La partie basse de la rue de Stabies représente le quartier pauvre et populaire, surtout dans la première région.

Les trottoirs étaient très élevés à Pompéi à cause de l'insuffisance des égouts, les fortes pluies et les orages envahissaient la chaussée. Des pierres plates, de distance en distance, reliaient les trottoirs, utiles même par les temps secs, car on pouvait ainsi traverser la rue sans descendre et remonter la bordure élevée ; parfois aussi une marche taillée dans la bordure permettait de monter plus facilement là où les pierres plates faisaient défaut. Notre figure 69 (p. 126), nous montre ces pierres dans la rue de Stabies et, au fond, le Vésuve couronné de son nuage éternel. Dans la figure 37 (p. 67), nous voyons les ornières que les roues ont creusées et, par là, comment les voitures passaient entre les pierres.

Le dallage des rues est fait de gros blocs de lave (fig. 74, p. 133).

Deux serpents sur les murs équivalent à l'avis bien connu : défense de déposer... Rue du Lupanar, les deux serpents sont accompagnés d'une inscription : « {l n’y a pas de place ici pour les oisifs ; passe, toi qui voudrais l'arrêter. Aïlleurs, à un homme en posture devant deux serpents : Cacator, redoute le châtiment ; à côté de lui se tient la Fortune. Près de deux serpents on lit : Bonne santé, cacator, pourvu que tu dépasses ce lieu. Sur un mur de la rue de la maison des Noces d'argent (V, 1, a) une inscription peinte, en partie métrique, menace d'une peine le sfercorarius qui serait surpris. Dans l'angle d’un mur masqué par un bloc de maçonnerie, une Minerve peinte rappelle sans doute au respect de la muraille (III, 2, près 19). |

Les graffites, inscriptions tracées à la pointe sur les murs, sont une des curiosités de Pompéi, On y surprend les idées, les pensées de la

foule dans leur saveur. Nous en avons parlé à plusieurs reprises à propos de choses diverses (AHist. Vie priv., p. 35, 86), d'événements historiques (Jbéd., 4, 6, 16), des élections (Zbhid., 9-12), de la fidélité aux empereurs (/bid., 14), des monuments (plus haut, p. 31, 3, 81), des sentiments religieux (p. 65), des acteurs (p. 84), des gladiateurs (p. 90, 96, 97), des cabarets (p. 118-122), des auberges (p. 121, 122), des métiers (p. 127), chaque fois que l’occasion s’en présentait. La figure 76 (p. 135) donne

le fac-similé d’un de ces graffites.

Fig. 74. — La rue de l’Abondance (p. 132).

Souvent on écrivait des vers de poètes à la mode : de Virgile surtout, de Lucrèce, de Properce, de Catulle. On rencontre les premiers mots de l'Enéide et de La nature des choses de Lucrèce.

Il nous reste à parler des graffites familiers dont beaucoup ont trait à l'amour : d'abord ce principe : Personne n'est beau S'il n'a aimé. Puis un beau compliment à Vénus : À mo fous les amoureux, je veux rompre les côtes de Vénus ef, à coups de trique, casser les reins de lavdéesse;nelle a pu percer mon tendre cœur, pourquoi donc ne pourrais-je pas, avec mon bâton, lui briser la téle; ces vers sont certainement d'un amoureux éconduit ; peut-être de celui que repoussait Serena Serena én a. assez d'Isidore, où bien de’ Tertius qui recevait de son amie ce compliment : Que fu es laid! Tous cependant n'étaient pas aussi malheureux, celui entre autres qui a écrit ceci :

Bonne santé à qui aime; périsse qui ne sait pas aimer ; périsse deux fois quiconque défend d'aimer! Et ces vers délicats : auJourd'hui La colère est récente encore, garde-toi de paraître ; crois-mof, si elle a pleuré l'amour reviendra. Et ceux-ci : J'écris, c'est l'amour qui me dicte et Cupidon qui me guide ; ah!quejemeure Si, sanstoï, je voudrais être un dieu! Un jolicompliment : Vous n'avez pas vu Vénus? Regardez; ma petite amie, elle est pareille. On lit des vœux de ce genre : Bonjour Victoria, puisses-fu, où que tu sois, éterntuter hett-

Fig. 75. — La rue de Nola (p. 132).

reusement ! On voit que l'habitude de saluer ceux qui éternuent est plus ancienne que le Moyen âge ; et ces souhaits de bonne année: Heureux premier janvier à nous tous pendant de longues années! Quelques-uns signalent leur passage à un endroit : #n tel S'arréta ici, ou une rencontre : Jci Romula et Staphylus se sont rencontrés ; mais Staphylus était volage car ailleurs on lit : Zci Staphylus a rencontré Quieta. Quelquefois c’est un simple salut gravé près de la porte, une carte de visite : Aemilius à son frère Fortunatus salut, ou bien : Cresces à Cissonius salut. Voici un gracieux compliment : Cestilia, reine des Pompéiens, âme très douce, salut ! et des vœux moins aimables : Samius à Cornelius : Va te faire pendre ou : tombe malade!

Suit une malédiction contre un cabaretier : Puisses-tu être victime de tes fraudes, cabaretier : tu nous vends de l’eau, et c'est toi qui

Page 1