‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 9 sur 70 · D'ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

D'ARCHITECTURE

type complet d'une maison de cette période. C’est la maison du Chirurgien (VI, 1, 10. — Fig. 17, p. 43) avec sa façade en beaux blocs de pierre du Sarno que cimente la terre glaise, maison latine, sans addition des parties inspirées plus tard par les Grecs, uniquement composée d'un atrium autour duquel rayonnent les pièces habituelles (Voir le cha-

Fig. 17. — La maison du Chirurgien, maison en pierre du Sarno, la plus ancienne de Pompéi (p. 42-43).

pitre II, p. 49); en arrière un petit jardin bordé par un portique, occupait toute la largeur. Vers la fin de l'existence de Pompéi, toute la maison fut repeinte; on prit aussi sur le jardin la place nécessaire pour reconstruire la cuisine et différentes pièces surmontées d'un premier étage; une des deux chambres voisines de l'entrée avait été tranformée en boutique ouvrant sur la rue. Mais malgré ces changements dont il est facile de faire abstraction, nous avons là un exemple bien conservé d'une maison

de la plus ancienne période. Les portes et les pièces sont hautes et laissent déjà entrevoir la majesté des belles maisons de la période suivante, la période du tuf.

Des peintures intéressantes ornaient une des pièces nouvelles construites dans le jardin : une jeune femme peigrant un Hermès pendant que deux de ses compagnes l'observent; une Vénus à sa toilette; un tableau rentrant dans la série des groupes analogues à celui de Paquius Proculus et de sa femme (v. plus loin, fig. 79, p. 124). Mais la plus inté-

Fig. 18. — Chapiteau ionique de l’époque Samnite (p. 45).

ressante découverte qui ait été faite dans cette maison et à laquelle elle doit son nom consiste en une série d'instruments de chirurgie conservés au musée de Naples : des spatules, des scapels, des lancettes, des pinces, des ciseaux, des ventouses, des speculums avec des perfectionnements une seconde fois inventés de nos jours. D'autres maisons de Pompéi ont d'ailleurs fourni aussi des instruments de chirurgie, des boîtes de médecins divisées en compartiments pour divers médicaments, des trousses, etc.

Au second siècle avant notre ère, les beaux blocs de tuf bien appareillés, remplacent, dans la construction des murs extérieurs et des façades, la pierre du Sarno (v. fig. 21, p. 47) qui, désormais reléguée dans l'intérieur des édifices, est employée surtout pour les montants des portes et des fenêtres.

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Le tuf représente la belle époque de l'art architectural à Pompéi, le temps où l'influence grecque apporte sous ce beau ciel la grâce et la pureté des fermes. Plus habiles, les ouvriers, les artistes mettent en œuvre une matière plus docile. Les colonnes montent, élancées, légères, et se couronnent d'élégants chapiteaux doriques, iéniques (fig. 18, p.44) ou corinthiens. Un corinthien spécial, aux acanthes ondulées et retombantes (acanthus mollis), moins vigoureux, moins puissant peut-être que le corinthien des Grecs, mais plus tendre et plus gracieux, est une des caractéristiques de l'art des Samnites (fig. 19, p. 45).

Fig. 19. — Chapiteau corinthien de l'époque Samnite. Acanthus mollis (p. 45, 92).

Les belles maisons ont l'allure de vrais palais imposants, aux portes et aux plafonds élevés. De hauts pilastres encadrent les portes d'entrée, surmontés de chapiteaux sculptés où, parfois, au milieu de l’acanthe retombante ou des volutes de l’ordre ionique, apparaissent des personnages bien traités. Telles sont les façades des maisons de Pansa (VI 632 — Fig. 20, p. 46), du Faune (VI, 12, 2), d'Epidius Rutusa ill 01620) des Capitelli colorati ou d'Ariane (IV, 4, 51, 32), des Capitelli figurati Abe 37), etc. La couleur noire de la pierre et ses irrégularités se dissimulent sous une blanche couche de stuc. Les murs des façades se présentent avec de belles et larges pierres bien taillées, bien jointes. I1 en existe un très beau modèle dans la rue de Mercure (fig. 21, p. 47).

Des peintures sévères, imitant les plaques de marbre qui autrefois

recouvraient les murs des palais, s'associent aux lignes de l'architecture. On n'emploie pas encore le marbre, ni pour l'architecture ni même pour la sculpture: mais, sous une couche légère d'un stue très fin, la pierre du Sarno et le tuf en prennent l'apparence avec je ne sais quoi de plus moelleux, de plus obéissant à la pensée de l'artiste. Toutes les lignes ont plus d'élégance, s'affinent, jusqu'au jour où le génie romain viendra les alourdir.

Cette période dura depuis le commencement du second siècle avant J.-C. jusqu'au siège de la ville par Sylla 89 avant J.-C.).

Les murs intérieurs remontant à l'époque de la pierre du Sarno étaient construits avec des morceaux de cette mème pierre lièës au moyen de la terre glaise. De distance en distance, des chaînes formées de longues pierres du Sarno, alternativement horizontales et verticales, maintenaient le mur. ;

Au temps de l'époque du

tuf, la structure des murs in-

térieurs est l'opus incertum.

Fig. 20. — Façade de la maison de Pansa. Ce mode de construction con- Période du tuf, époque Samnite (p. 45). sistait à noyer dans du mortier des pierres de petites dimensions non taillées. En usage pendant les périodes de la pierre du Sarno et du tuf, il persista pendant toute la durée de la domination romaine. Il ne peut donc pas servir d'indice chronologique. Toutefois le choix des pierres employées, leur qualité meilleure pendant les belles époques peuvent fournir quelques renseignements aux observateurs attentifs.

En même temps que l'emploi de matériaux nouveaux, les Romains introduisirent à Pompéi de nouveaux modes de construction. Comme pierre, ils apportèrent un calcaire blanc auquel les archéologues ont improprement donné le nom de travertin. Imitant assez bien le marbre,

cette pierre servait aux mêmes usages et il n'était pas nécessaire de la

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revêtir de stuc; elle remplaça le tuf. Les murs intérieurs étaient construits avec de petites pierres de tuf dont la surface, taillée en losange, restait seule visible. Serrés les uns contre les autres, tous ces losanges donnaient au mur l'apparence d'un filet tendu, de là le nom d’opus reticulatum (travail en forme de filet) donné à cet appareil. Pendant la première partie de cette période, les losanges moins bien ajustés n’offrent pas au regard cette régularité qui, un peu plus tard, au temps d’Auguste, caractérisera ce mode de construction. Aussi, on ne lui donne pas encore le nom d’opus reticula-

Fig. 21. — Façade de la période du tuf, époque Samnite (p. 44, 45).

tum, mais d'opus quasi reticulatum (travail presque en forme de filet).

Les encadrements des fenêtres, les montants des portes sont construits avec des pierrestaillées en forme de briques auxquelles commencent à se mêler de véritables briques.

Peu à peu, l'alternance de la brique avec les pierres taillées en forme de briques se généralise dans la construction des angles, des montants de portes et de fenêtres. La brique des montants mord dans la maçonnerie du mur sous la forme de dentelures triangulaires ou rectangulaires. Ces dentelures, générales pendant les derniers temps, avaient apparu cependant, quoique rares, à une époque plus ancienne, dès les premiers temps de la colonie. Il est donc difficile d'établir une date sur Île fait seul de leur présence. Les dentelures triangulaires ou rectangulaires pénétrant

dans l'opus reticulatum du mur sont d'un usage constant après le tremblement de terre de l'an 63; on les trouve dans les thermes centraux qui étaient encore en construction quand survint la catastrophe finale. Au 1‘ siècle après notre ère aussi, s'élèvent les murs en briques destinés à recevoir un revêtement de pierre ou de marbre.

On voit que s’il est possible de reconnaître dans l'architecture de Pompéi plusieurs périodes caractérisées par le choix des matériaux et le mode de construction, il est difficile, souvent impossible, de fixer, dans ces différentes périodes, des dates précises. Nous ne saurions davantage marquer, entre les différentes périodes, des limites bien nettes. Il y eut forcément pénétration de la période ancienne dans la nouvelle période qui s’annonça par des faits d’abord exceptionnels. Les changements ne sont pas brusques et radicaux dans les évolutions de la civilisation, même après une conquête. Les Romains construisirent encore leur premier édifice, le temple de Jupiter sur le Forum, à la manière samnite, sauf pour ses chapiteaux corinthiens qui sont franchement grecs.

Souvent, dans une même construction, des parties conservées, appartenant aux anciens styles, contrastent avec des morceaux d'une facture négligée et hâtive datant certainement des derniers temps de Pompéi. Ce fait tient au tremblement de terre de l'an 63 après J.-C. qui, dans Pompéi comme dans les villes voisines, accumula les ruines et soumit la cité entière aux reconstructions totales ou partielles des Romains. Il fallut bien se hâter de relever, de remettre en état les maisons détruites ou maltraitées. Les ouvriers réclamés de tous côtés ne savaient sans doute auquel entendre. Il est bien naturel que le travail s'en soit ressenti et cette précipitation ne fut pas étrangère à la décadence de l’art qui marqua les derniers temps de Pompéi non seulement dans la peinture mais aussi dans l'architecture. On franchit le seuil d’une maison qui a conservé sa belle porte d'entrée entre les deux hauts pilastres de tuf; mais tout l'atrium a été reconstruit; les portes des chambres sont basses, et les plafonds peu élevés ; le contraste entre la grandeur des débris en pierre du Sarno ou en tuf et la partie restaurée est saisissant (voir entre autres la maison IV, 2, 51). Il est cependant des maisons auxquelles les restaurations n'ont pas enlevé l'aspect grandiose de leur construction première (IT, 7, 24). Les colonnes des péristyles et des atriums ont été souvent, sinon refaites entièrement, du moins raccommodées ; la brique ronde y continue parfois le tuf antique et une couche de stuc épaisse et lourde dissimule toutes ces blessures. Les chapiteaux sont également couverts de stuc et sculptés de nouveau et toute la grâce de leurs style ancien s’évanouit.

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