CHAPITRE VI
LES PEINTURES
Les peintures de Pompéi sont exécutées à la détrempe et à la fresque. Souvent les tableaux qui ornent le centre des panneaux semblent avoir été rapportés ; on s'en aperçoit en examinant les bords du tableau et la façon dont il s'adapte à la muraille, en constatant aussi, comme dans la maison de la Parete nera (VII, 4, 5g), que les tableaux n'appartiennent pas à la même époque que la décoration. Cela, d'ailleurs, importait peu ; le peintre qui faisait les tableaux n'était pas le même qui exécutait la décoration. Souvent l'artiste devait offrir, tout prêt à être placé, son tableau peint à l'atelier. Il en était certainement ainsi pour les panneaux en bois incrustés dans plusieurs des murailles de Pompéi. Ces panneaux, dont aucun n'a subsisté mais dont on voit les traces sur l'enduit des murailles, entre autres dans la maison d'Actéon (maison de Salluste, VI, 2, 4), devaient être plus soignés ; peut-être étaient-ils peints à l'encaustique, procédé très connu des anciens et que l'on n'a pas retrouvé à Pompéi. Les peintures sur bois, une fois encadrées dans une muraille bien sèche, se conservaient mieux que les peintures sur stuc. On a trouvé aussi, entre autres dans la maison de Paquius Proculus (VII, 2, 6;, des amours dorés peints sur verre par un ingénieux procédé.
Nous avons dit que les peintres décorateurs n'étaient pas ceux qui exécutaient les tableaux des panneaux. Il n'y avait pas moins, parmi les décorateurs de Pompéi, des artistes d'un réel talent; tel était certainement celui qui fit la décoration du tablinum de la maison d'Apollon dont on reconnaît aussi la main habile dans la maison d'Adonis blessé.
On cherchait à protéger les panneaux peints contre l'humidité des murs par la soigneuse préparation de l'enduit destiné à recevoir le stuc, I. S
support de la peinture. Dans la maison du Faune, de grandes briques ou des plaques de plomb clouées isolaient la peinture de la muraille.
Il est difficilede classer chronologiquement, au point de vue des sujets, les peintures de Pompéi. On ne voit pas que certains d'entre eux aient été plus en faveur à une époque qu'à une autre, ni que, avec le temps, les peintres qui travaillaient dans cette ville aient modifié leur répertoire.
Les sujets égyptiens cependant devinrent encore plus fréquents à Pompéi, et aussi dans toute l'Italie, par suite des relations plus étroites qui, après la bataille d'Actium, unirent l'Egypte à l'Italie. •
Les sujets mythologiques sont les plus nombreux. Dans les laraires, dans des niches, sur les murs des habitations et aussi des rues, les divinités du paganisme, les demi-dieux et les héros apparaissent soit en personne, soit par quelques-uns de leurs attributs (fig. 73, p. 114); ces représentations peuvent quelquefois être attribuées au sentiment religieux. On n'en peut pas dire autant des innombrables tableaux qui offrent sans cesse les aventures amoureuses des divinités avec les créatures mortelles, tableaux inspirés par le goût des scènes erotiques, des sujets empruntés à l'amour. Puisque les dieux avaient eu des passions humaines, n'était-il pas juste de leur faire jouer, avec plus d'autorité, dans des tableaux propres à flatter les passions, les rôles des êtres humains? Aussi que de fois on rencontre, sur les murs des maisons pompéiennes, Danaé, Europe et le taureau divin (fig. 74, p. 115), lo, Léda, Ganymède et Jupiter, le roi des dieux sous ses multiples métamorphoses ; Apollon poursuit, sur le bord du Pénée, Daphné que le dieu du fleuve, touché de son effroi, change en laurier ; Vénus et Mars fuient en vain la maligne curiosité des dieux; Mars descend à travers les airs vers Rhéa Silvia tandis que Vénus visite le beau chasseur Adonis et le voit enfin mourir entre ses bras; Bacchus vient consoler Ariane de l'aban-
Fig. 7}. - — La muse Uranie, dans la maison de Veitii (p. 114).
LES PEINTURES
don de l'ingrat Thésée; sur un rayon de blanche lumière. Diane descend vers End3^mion. Nombreuses aussi sont les aventures des demi-dieux et des héros : Hercule et Omphale, Méléagre et Atalante, Thésée et Ariane, Andromède et Persée, Héro et Léandre (ûg. 75, p. 116), Pyrame et
Fig. 74. — Europe et le taureau ^p. ii-|.).
Thisbé, Phèdre et Hippolyte, Dédale et ses merveilleuses inventions, -Hylas ravi par les nymphes, des Faunes et des Satyres surprenant les nymphes endormies, Cyparissus et sa biche (fig, 76, p. 116).
Les mythes célèbres de l'antiquité grecque ne couvraient pas moins les murs de Pompéi : l'expédition des Argonautes et ses nombreux épisodes; les travaux d'Hercule, Thésée et le Minotaure; la chute d'Icare et de Phaéton ; la lutte d'Apollon et de Marsyas ; Narcisse, les Niobi-
ii6
FOMPEI
des et surtout le C3'cle troyen si vivant dans les imaginations et les récits des poètes; Achille reconnu à la cour du roi Ljcomède (fig. 77, p. 117) ; sa lutte avec Agamennon, et sa colère; la députation des Grecs; la défaite d'Hector et la prière du vieux roi Priam ; le cheval de bois entrant dans Troie.
Les tableaux de genre aussi ne sont pas rares : des musiciens et des musiciennes ; la leçon de cithare, chère aux peintres du troisième style ; des peintres exerçant leur art, des scènes d'auberge et des disputes, des
f'g- 75- — Hiiro et Léandre (p. 115).
Fig. 76. — Cyparissus et sa biche (P- i ' 5 )•
scènes de tragédie et de comédie, des courses de bateaux, des sujets empruntés à l'amphithéâtre, au cirque, à la palestre; des scènes de la vie populaire, particulièrement au Forum [Vie pubL, fig. 18, 19, p. 28, 29); un boulanger vendant ses pains dans une boutique volante ; des scènes de la vie de tous les jours, des femmes à leur toilette, des banquets, des sacrifices privés. Nous ne parlerons pas des sujets obscènes. Les peintures représentant des combats sont rares.
Les paysages se rencontrent un peu à toutes les époques, plus spécialement pendant la période du troisième style ; des palais, des villas dans une campagne accidentée ; à l'arrière-plan des montagnes ; des édicules et des arbres sacrés étranges, posés sur des rochers bizarres ; des campagnes minuscules parsemées de petits édifices, de ponts contournés, qui
LES PEINTURES
font songer aux capricieuses fantaisies de l'Extrême-Orient ; ailleurs, des monuments grandioses, des ports entourés de jetées et de portiques, de grands temples avec leurs majestueuses colonnades. Parfois la scène mythologique, par exemple Persée et Andromède, Apollon etMarsyas, la chute d'Icare n'ont été que les prétextes de beaux paysages. Il est naturel de rencontrer, dans un pays d'art alexandrin, des paysages
Fig. 77. — Achille à la cour du roi Lycomède (p, 116).
égyptiens. Ils sont assez nombreux à Pompéi. Citons ceux de la maison d'Apollon (VI, 7, 23), d'un petit pavillon delà rue de Nola (IX, v, 9), d'une petite maison de la septième région (VII, 9, 33). Aux paysages on peut rattacher des vues de déserts couverts de rochers où les animaux inoffensifs, chevaux, daims, sont poursuivis et déchirés par des fauves.
Les personnages isolés, divinités ou mortels, se rencontrent à profusion, garnissant les centres des grands panneaux, peuplant les architectures du quatrième style.
Les Romains sont à juste titre regardés comme d'excellents portraitistes. Ils l'ont prouvé par les médailles et le marbre autant que par la