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LA DÉCORATION. — LES DIFFÉRENTES PÉRIODES DE LA PEINTURE

Aux différentes périodes d'architecture que nous avons indiquées plus haut (p. 43, ss.) correspondent des périodes d'art. Non seulement les riches et belles maisons, mais les plus modestes habitations de Pompéi étaient couvertes de peintures. Comme aujourd'hui nous collons des papiers plus ou moins riches sur les murs de nos chambres, les Pompéiens faisaient exécuter des peintures plus ou moins belles. Nombreux devaient être les praticiens adonnés à cette industrie. Il y en avait de tous les talents et à la portée de toutes les bourses, depuis le peintre en bâtiment jusqu'à l'artiste estimable. Quelques décorateurs furent hors ligne. Les peintres de tableaux avaient leurs albums de modèles : sujets alors à la mode^ tableaux d'anciens maîtres connus par des copies ; ils les interprétaient souvent plus qu'ils ne les copiaient servilement ; de là des variantes dans les mêmes sujets.

A l'époque de la pierre du Sarno aucune peinture ne correspond.

Avec l'emploi constant du tuf commence la première période de peinture : les peintures du premier style. C'est encore à M. Mau qu'il faut s'en rapporter pour cette classification chronologique. Il en a établi les règles avec une netteté qui permet de classer dès leur découverte et de reporter à la date qui leur convient toutes les peintures que l'on met au jour à Pompéi.

La maison de Salluste (VI, 2, 4) nous offre un bel exemple de peinture du premier style. Elle date des premiers temps de la période du tuf; c'est encore la maison latine que n'ont pas agrandie les importations des Grecs. L'atrium est toscan ; les chambres, aux portes élevées, l'environnent. Quand on a traversé le tablinum on arrive de suite sous le portique

LA DECORATION

qui longe le jardin. C'était autrefois une noble maison au milieu d'un jardin qui occupait toute l'extrémité d'une île. Peu à peu on a restreint le terrain en élevant sur les parties qui bordent la rue des constructions de rapport : une boulangerie à gauche avec ses dépendances; à droite, un débit ; puis, avec entrée sur l'atrium, un apppartement ou plutôt une petite maison complète dont tout le monde connaît la grande peinture représentant Diane surprise par Actéon. Enfin, aux derniers temps, suivant M. Mau, cette riche demeure devint un hôtel. C'est dans la partie ancienne de cette maison, dans l'atrium et dans ses dépendances, que subsistent les peintures du premier style.

Voici en quoi consistait ce style. Les anciens palais étaient bâtis en beaux blocs de marbre taillés auxquels on substitua plus tard, par économie, des plaques de marbre appliquées sur les murailles. Enfin, par une nouvelle économie, aux plaques de

marbre succédèrent des reliefs en stuc imitant, par leur forme et par la couleur dont on les revêtait, les marbres d'autrefois. D'Orient, cette mode fut, par les Grecs d'Alexandrie, transportée à Pompéi au il** siècle avant J.-C, peut-être au iii^; elle y subsista jusque dans la première partie du i'^'' siècle avant notre ère, et plus tard encore, par imitation des anciennes modes, par affectation d'archaïsme, mais avec moins d'habileté qu'auparavant.

Nous voyons , en examinant les peintures de la maison de Salluste (fig. 64, p. loi), que la muraille se divisait en trois sections horizontales: la partie inférieure ou le socle, ce que nous appelons aujourd'hui la plinthe. Cette partie, souvent peinte en jaune, gardait probablement le souvenir d'une ancienne plinthe recouverte de bois ; en effet, dans les pein-

Fig. 64. — Peinture du premier style; maison de Salluste (p. lOl).

tures du premier st34e, la couleur jaune simule le bois ; dans les maisons du Faune (VI, 12, 2) et dans celle de la Parete nera (VII, 4, 59), on voit des poutres figurées par une bande de stuc peinte en jaune ; nous avons vu dans la première colonnade du Forum des poutres en bois, réelles et non dissimulées sous une couche de stuc, supporter l'architrave.

Au-dessus de la plinthe la muraille proprement dite se couvre de reliefs en stuc simulant les plaques de marbre ; les plus grandes plaques au-dessous, les moindres plus haut, de telle sorte que le mur va toujours en s'allégeant, disposition naturelle quand on construisait en marbre. Cette partie de la muraille se termine par l'épi style que marquaient des gorges et des moulures et, au-dessus, par la frise que couronne la corniche. Il arrive parfois que l'épistyle, la frise et la corniche sont peintes et non en relief. Au-dessus de la corniche, la partie supérieure de la muraille reste unie, sans reliefs ni peintures autres que sa couleur blanche.

Pendant toute la durée de l'existence de Pompéi, la décoration des murailles accomplira une évolution complète et prendra des aspects nouveaux mais, jusqu'au dernier jour, subsistera cette division du mur entier en trois parties horizontales.

Il est évident que la surface du mur imitant les plaques de marbre ne pouvait pas recevoir d'autres ornements que la couleur du marbre luimême; c'est ce que nous vo.yons dans la maison de Salluste. Plus tard, pour égayer un peu ces tons unis, les artistes imitèrent les veines du marbre ; la maison du Faune (VI, 12, 2) nous en offre de beaux exemples. Mais la partie inférieure, la plinthe, indépendante du reste de la muraille, n'imitait pas les plaques de marbre; nous avons vu que par sa couleur jaune elle gardait le souvenir des boiseries, comme les reliefs en stuc celui du marbre ; aussi, elle reçut des ornements figurés que, par sa nature même, récusait le mur proprement dit. Celui-ci, cependant, ne fut pas dépourvu de toute ornementation : des figures monochromes d'hommes, d'animaux, mais très vagues et tellement confondues avec les veines du pseudo-marbre qu'on y pouvait voir un jeu de la nature aussi bien qu'un dessin, rompirent son uniformité. Les maisons de Salluste (VI, 2,4) et du Faune (VI, 12, 2), la Basilique (VIII, i), offrent de beaux modèles du premier style.

La période du premier style fut à Pompéi la belle époque des mosaïques. Avant de revêtir les murs de marbres précieux aux couleurs variées, l'Orient les avait couverts de grands personnages peints. Le marbre nu des murailles fut une réaction contre cette mode. Chassés des murs, les personnages se réfugièrent sur le sol et, avec eux, l'ornementation poly-

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