CHAPITRE III
LES DIITl-RENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE
LA PARTIE LATINE Le vestibule, les portes, les fauces, l'-itrium.
Quelquefois, devant les riches maisons, le trottoir était plus soigné et une mosaïque ou des morceaux de marbre incrustés y remplaçaient le dallage hal)ituel. Il en était ainsi devant la maison du Faune (VI, 12, 2), du Cinghiale (II, 3, 8), etc. Devant la maison de Pansa (VI, 6, i) et en d'autres endroits encore, le trottoir étant très haut, une marche taillée dans l'épaisseur de la bordure faisait plus facile l'accès de la maison. A l'entrée, sur le seuil, quelquefois même sur le trottoir, une formule de politesse écrite avec des cubes de mosaïque accueillait le visiteur : H ace, bonjour, devant la maison du Faune (VI, 12, 2), dans le triclinium d'une auberge de la I" région (I, 2, 21) et dans la maison dell' Orso (IV, 2, 45) ; Suive, salut, dans les maisons du triclinium 'VI, i. 25), de Pansa (VI, 6, i) et dans une boutique (VI, 14, 21); Havelis intro, bonjour à ceux de la maison, sur le seuil d'une maison (V, 3, 10) de la rue de Lucretius Fronto. Je croirais volontiers que le graffite relevé sur le mur d'une maison de la cinquième région (V, 5, 2) a été emprunté par son auteur au .seuil d'une porte : " Fiircs foras, friigi iiitro : que la porte soit fermée aux voleurs, ouverte aux honnêtes gens », de même que le graffite Ave sur une autre porte de la même région (V, 4, a). Tout le monde connaît, dans les fauces de la maison du poète (VI, 8, 5), le chien enchaîné avec les mots : Cave canem, prenez garde au chien (fig. 25, p. 56). Il est fort probable que Siricus était un commerçant, un homme d'affaires ; aussi son seuil saluait non le visiteur mais le profit que celui-ci apportait (IV, i, 47) : salve hier a, salut au gain! Sur le rebord de l'impluvium d'une autre maison (VI, 14, 39) on lit : Liicritin gaiidiiiiii. le gain, c'est la joie.
po.mim:i
Nous avons déjà dit que les maisons de Poni])ri n'avaient pas les grands vestil)Liles des maisons de Rome. Parfois un tout ])etit espace devant la porte. ]irot'ond de la largeur dune nuiniie, en conserve simplement le souvenir ])lus qu'il n'en est la réalité voirfig. 22, <7. ]). 50 . Il est cependant des maisons 1, 2, b ; II. 5. 2S: \'l. i. 7: \'l. 15. i . spécialement celle de M. Kpidius Sabinus (III, 1, 22], dans lesquelles le vestibule est plus accusé.
I.es portes éuiient encadrées ])ar un seuil, deux chambranles et un
linteau généralement en pierre, l.e seuil, fait d'une seule pierre dans les belles maisons, fut priiniii\('mcnl en tuf. remplacé plus tard ])ar le calcaire blanc qu'iniroduisirent les Romains; quelquefois, mais très rarement, on employa le marbre. Les portes, ;..;énéral('ment en bois, n Ont ])as (■té retrouvées, tout le bois ayant jiéri ; mai.s plusieurs ont laissé dans les cendres leur em])reinte qui- ion a pu mouler; c'est ainsi qu<- le ];)etit musée de roinjjéi conserve le moulage de plusieurs portes; rjuekjues peintures de l'ompi-i. la ])etite porte en marbre d une tombe de la V(jie des tombeaux nous en montrent aussi l'aspect. Divisées en panneaux, ce qui leur donnait jjIus de solidité, et ornées de clous à grosse tète, elles avaient généralement ))lusieurs battants, deux, quchiuefois trois et même quatre; on en ]m'uI juger ])ar les trous des verrous creusés dans le seuil. Montées sur des liges en bois dont l'extrémité était garnie de cuivre, elles tournaient dans une craj)audine en cuivre ou en fer dont beaucoup se voient encore encastrées dans les seuils de Pompéi ; la maison du duc de iiirin III. Il) en offre un bcd exemple Une serrure, avec une clef, fermait la ])orte : le .système de serrure varia avec le temjjs et le progrès, depuis la barre en bois garnie de clous jusqu'à la serrure compliquée analogue à nos serrures modernes de sûreté. Beaucoup de clefs ont été retrouvées et on a ])u exposer au musée de Pompéi une serrure
Fig. 25. — Cave cmcni ip. j)).
reconstituée. Deux trous creusés dans les chambranles, à droite et à gauche, derrière la porte, permettaient de la maintenir solidement fermée à l'aide d'une barre voir entre autres \I, 14, 39: II. 2. 21); quelquefois un seul trou recevait un morceau de bois ou de fer qui faisait l'office de verrou (III, 3, 25 ; IV, 13, 8j. Un certain nombre de ces trous ont peut-être aussi servi à donner une place à la serrure, afin que la porte puisse complètement s'appliquer contre le mur. La porte même, quand on l'ouvrait complètement, entrait parfois tout entière dans une dépression de la muraille [Y. 4. û . .Souvent aussi la porte était consolidée par une barre oblique dont une extrémité s'appuyait à la porte tandis que l'autre, taillée en biseau, buttait soit dans le creux, soit contre la saillie d'une pierre encastrée dans le sol du corridor. Une petite pierre au pied de la muraille, un trou pour recevoir la serrure, protégeaient le mur du corridor contre le choc des battants de la porte d'entrée qui, par ordre des édiles, devait toujours s'ouvrir à l'intérieur (VI, 8. 23). La maison du Faune, qui ouvrait à l'extérieur, aurait été en contravention si. contrairement à l'usage, son vestibule n'avait eu une porte ouvrant à l'intérieur; ainsi les ordonnances de voirie étaient sauves. Si la porte était très haute, une imposte à jour éclairait le corridor.
La porte d'entrée des grandes maisons ne s'ouvrait que pour certaines circonstances; dans quelques-unes, une dizaine environ (I. 4, 5; III, i, :2o;
V. I. 7; VI, 10, II, etc.), une petite porte latérale servait aux usages journaliers. A proximité de la porte, le concierge avait sa loge II, 2, 28; II. 2, 29; VI. 9. 5; \l. 15. 4-5 où parfois subsiste le lit en maçonnerie \'I. I. 8; l\ . I, 50 . .\u lieu d'ouvrir sur les fauces, des loges ouvraient parfois directement sur la rue VI. i. 8; XI. 9, 41 : c'était, à défaut de la petite porte latérale, un moyen d'entrer dans la maison sans ouvrir la grande porte. Le concierge, comme nous l'avons vu dans la maison de Pansa, tient parfois un commerce dans une boutique qui communic[ue avec la maison et remplace la loge J\', i. 40 et 41;
VI, 6, I et 22 : VI. 12. I et 2 ; \'l. 13. i et 2
Pour se faire ouvrir on frappait sur la porte munie d'un marteau. Les marteaux ornés de tète de Méduse que reproduit notre figure 26 (p. 58) sont de véritables œuvres d'art On a aussi trouvé trace de sonnettes.
Le corridor, f'cuiccs (voir fig. 22. i, p. 50), était plus ou moins large, plus ou moins long, plus ou moins orné, avec ses murs peints, son sol en mosaïque que relevaient parfois les inscriptions que nous avons citées (p. 55) ou des sujets figurés : deux lutteurs, à la palestre de la deuxième région (II, 2, 23); un ours à la maison dell'Orso i(IV, 2, 45) un chien
POMPHI
avec la légende l'di'c Ctiiicm à la maison du poète 'VI, 8. 51 mais sans inscripti(jn chez le banquier Caecilius Juoundus (V. i, zb]; une chasse au sanglier à la maison del Cinghiale 11, 3. 8 : un sanglier dans une maison de la deuxième région f^II, 2. 26); chez l'ancien centurion .M. CaesiusBlandus (IV, I, 401. des attributs marins : gouvernail, trident, dauphin, hipjx)campe, puis, au-dessus, mur et porte dune ville avec tours crénelées et deux boucliers; le seuil du tablinum de la même maison est bordé d'une
mosaïque ornée de foudres, de Ixiuilicrs, d'une hache bipenne,, emblèmes en rapport avec la qualité du propriétaire. Dans une autre maison appelée pour cette raison casa del" anchora VI, 10, 7 , la mosaïque des fauces représente une ancre. .\ la maison des Amazones {VI, 2. 14 . un hi]ipocam])e pour.-îuit un dauphin. Ailleurs, ce sont, en noir sur fond blanc, de charmants enroulements de feuillage 'IV,
Des fauces on passait dans l'atrium (voir fig. 22, 2. \). 50). Vitruve mentionne cinq genres d'atriums. Nous ne nous occuperons que (les (|uatre «[uc Ion a rencontrés à l'ompéi.
I.r premier, le ]ilus ancien, est Viilriltni /l'Si lin. Kcmonlant aux temps les jilus antiques, il ne fut cependant pas abandonné aux époques qui suivirent. Pline di: que ceux ([ui. de son temps, en fai>aient construire dans leurs maisons bâtissaient à la mode d'autrefois. A Pompéi, ville d'origine ancienne, les atriums toscans sont restés, jusqu'à la fin, de beaucoup les plus nombreux : deux cent trente environ contre une vingtaine d atriums lélrastyles et une demi-douzaine à peu près d'atriums corinthiens dans la jjartie fouillée. Il est difficile, les toitures n'existant jjIus, de reconnaître les atriums testudinatum, et on ne peut donner ce nom à tous ceux ilont. en l'état actuel, rimplu\ium n'est pas visible. Kn tout cas, ils étaient jk-u nombreux. Au centre du toit de l'atrium, une ou\crture carrée, appelée coiiipl/iviiim, donnait l'air et la lumière; tout autour, des gouttières en terre cuite, affectant souvent la forme d'animaux, déversaient l'eau des pluies dans Y impluvium, bassin correspondant, de même forme, creusé au centre de l'atrium et revêtu de tut" ou <lc niiirhrc \-oir fig. 22. p. 50,
Fig. 26. — Marteaux Je porte en bronze (p. 57).
dans l'atrium 2, l'impluvium de la maison de Pansa ; voir aussi, fig. 2;,, p. 51. et fig. 63, p. 10,3, la restauration d'un atrium toscan avec le compluvium et limpluvium. L'atrium toscan était caractérisé par le fait que les angles du compluvium ne reposaient pas sur des colonnes mais sur quatre poutres horizontales se croisant deux à deux à angle droit et taxées dans la muraille par leurs extrémités. Notre figure 27 (p. 5gj donne la coupe du compluvium d'un de ces atriums. La jjoutre b. b. supporte les deux autres poutres dont on voit la section et sur lesquelles reposent les traverses obliques e, f\ qui. des quatre côtés, maintiennent le toit incliné vers les bords du compluvium. Le toit lui-même se composait de briques dont les rebords juxtaposés étaient recouverts par une tuile semi-cylindrique 2 ; de telle sorte que, g entre chaque rangée de tuiles rondes, l'eau de pluie descendait sur la surface des briques plates, comme par une rigole I, vers des gouttières qui la déversaient dans l'impluvium, bassin situé au centre de l'atrium //, au-dessous du LOinpliiviuni. Au l)ord tlu toit, le joint des briques était caché par du mortier ou par des antéfixes en terre cuite.
Fi
g. 27. — Coupe d'un atrium toscan avec son compluvium et son impluvium [p. 39, 104).
Dans notre flyure j
["), nous avons donné la restauration idéale
d'une maison de Pompéi. Elle nous montre bien l'agencement du compluvium d'un atrium toscan au-dessus de l'impluvium correspondant, le croisement des poutres qui le soutiennent, les gouttières et les antéfixes dissimulant les joints des tuiles.
Après l'atrium toscan, Vitruve mentionne Vatriiini tctrastylc, c'està-dire celui dont le compluvium est soutenu, à chaque angle, par une colonne. Nous avons signalé à Pompéi une vingtaine d'atriums de ce genre. Le plus beau est, sans contredit, celui de la maison des Noces d'argent (V, 2, <7 ; fig. 28, p. 60) aujourtl'hui restauré. Ses quatre belles colonnes corinthiennes sont lisses dans la partie inférieure et cannelées dans la partie supérieure. Des anneaux ou des crochets en bronze ou en fer scellés dans les colonnes servaient à retenir les cordes à l'aide desquelles manœuvraient les rideaux ou le vélum. C'était nécessaire contre le soleil. C'est pourquoi on voit fréquemment ces anneaux fixés aux colonnes des atriums, des jardins, plus souvent encore aux colonnes des péristyles qui
ofFraienl un jour plus grand, entourant des jardins découverts (\'I, 9, 2 ; VI. 15. S: IV. 7. 5; II. 3, 8; I\'. 4, 5g: I^'. 4- 51: "^'I. 16, -j]. Une autre raison rendait nécessaires le voile ou le rideau dans les atriums. Des terrasses des maisons environnantes qui dominaient l'ouverture de l'atrium, les voisins parfois ne se faisaient pas faute de surveiller ce qui se passait dans la maison à côté. Plaute fait plus d'une allusion à cette mauvaise hal)itude : <> tous mes voisins sont témoins de ce qui se passe chcv. moi, tant ils regardent ])ar mon ini]ilu\iuni " dit un de ses jjerson-
nages. Un autre se félicite de s'être promené sur les tuiles d'où il a sur])ris le secret de la maistm \()isine. Un troisième lait tout simiilcment sa confession : a J'ai regardé chez toi par Ion implu\-ium ; je l'av'ouc " l.a maison <lu (lue dr 1 urin 111, 10^ est ornée d'un atrium tétrastyle à chapiteaux corinthiens; celle du duc d'Aumalc \'I, 7. 21 a aussi un bel atrium tétrastyle, mais à chapiteaux ioniques. Dans une maison de la troisième région III, 2, 28J, on a trouvé un compluvium soutenu encore par ses quatre colonnes et que recouvre complètement une grille en fer. L'original a été transporté au musée de Xaples, puis reconstitue'' sur ]ilace en fac similé.
Vitruve appelle atriiini corinthien celui ([ui comprend six colonnes et i)lus. On ignore l'origine de ce nom (jui, aussi bien qu'aux atriums d'ordre corinthien, s'applique aux atriums d'ordre dorique ou ionique. C'était en somme un véritable péristyle, non jiar la place c|u il occupait dans la maison, mais par sa disjiosition. Les colonnes enlouraii-nt un espace découvert dont l'impluvium occujiait le centre. Tout autour, sous le portique formé par les colonnes, ouvraient les pièces. Celui de la maison d'Epidius Rufus III, i, 20 , jiuis celui de la maison de Castor et Pollux 'VI, 9, 6) sont certainement les plus beaux ^-oir aussi \'I, 9, 5 ;
Fig. 28. — Atrium tétrastyle de la maison des Noces d'argent
; VI. «. 2f
LES DIFFERENTES PARTIES DE LA MAISON POMPEIENNE 6i
Enfin Y atrium tcstiidinatiini n'avait ni compluvium ni impluvium. Son nom lui venait de sa toiture en forme de carapace, un peu bombée au centre, d'où l'eau s'écoulait vers les bords du toit inclinés du côté de la rue. Aucune toiture n'étant conservée à Pompéi, on peut seulement conjecturer, sans en être certain, que là où il n'y a pas trace d'impluvium, l'atrium était ainsi construit. La toiture, du côté du péristyle, était sans doute soutenue par deux colonnes 'III, lo. d') et la maison recevait alor;.
Fig. 29. — Atrium de la maison de Cornélius Kufus, avec vue sur le péristyle et la campagne (p. bJ, 65, 72, 142).
la lumière par une cour intérieure, par un jardin, par le tablinum. Telles furent vraisemblablement les maisons de Fabius Secundus ("V, 4. 13), d'Acceptus et d'Euhodia II, 5, 39^ les petites maisons d'Aemilius Celer (III, 8, (/;, de L. Clodius Varus(III, 3, 25).
Certaines maisons avaient deux atriums. Ce fait se produisait quelquefois parce qu'un propriétaire achetait la maison voisine et la réunissait à la sienne en établissant une communication. Il en est ainsi dans la maison de Siricus (IV. i. 47 et 25"). dans celle du Cithariste (I, 4, 5 : voir aussi III, 5, 16, et bien d'autres;; de sorte que ces maisons ont parfois deux entrées donnant sur des rues différentes. C'est une chose fréquente à Pompéi; une cause quelconque d'agrandissement, un père
62 POMPKI
par exemple, mariant un de ses enfants et installant le jeune ménage tout près de lui et indépendant à la fois: une grande industrie qui s'est annexé les maisons voisines ,1V, 14, 17-191-
Mais il est d'autres maisons, de grandes et belles maisons, qui ont été, dès l'origine, construites avec deux atriums. Telles sont par exemple les maisons du Centenaire 111. 7, 6), du Faune (VI. \2, 2), du Labyrinthe 'VI, II, io\ deCaecilius Judundus ^V, 1, 26), de l'Argenteria ^\'I. 7, 20), du Castor et de PoUux iVI, g, 6). Il faut remarquer que l'un des deux atriums communique, par le tablinum et un corridor, avec le péristyle et les appartements privés tandis que l'autre correspond à la cuisine, aux celliers, au bain, aux pièces où couchent les esclaves. De telle sorte que, pendant que le premier atrium sert d'entrée aux membres de la famille, aux hôtes, aux amis, le second est réservé à la domesticité et aux fournisseurs. De même que nous avons, dans nos maisons modernes, en même temps que l'escalier princijial, l'escalier de ser\ice, les riches Pompéiens avaient l'atrium de service. Une chose qui surprend au jjremier abord, c'est que, souvent, l'atrium de service étant tétrastyle parait, par là même, plus beau que l'alrium i>rin(i])al <[ui est toscan. Il en est aiii.si dans les maisons du Faune ^\'l, 12, 2 , de l'Argenteria (\'I, 7, 2g . Mais il ne faut pas croire que 1 atrium tétrast\'le fut considéré comme une élégance ajoutée à la maison. C est plutôt une simplification de construction; une fois posé sur ses quatre colonnes, le cnni]ilu\ iiiiii n'axaii jilus à rcdouier que les tremblements de terre. De plus, ce mode de construction s'imposait quand l'atrium devait supporter un second étage. Le compluvium de l'atrium toscan au contraire, soutenu par des poutres à longue jjortée, demandait ])lus d entretien et ])lus de réparations. Cependant les propriétaires de ces nobles et vastes maisons préféraient l'atrium toscan Fn voici la raison : aussitôt que, franchissant les fauces, le visiteur arrivait au seuil de l'atrium toujours un peu sombre, il se trouvait en face du tablinum dont le fond, ouvert pendant la belle saison, lui permettait d'embrasser d'un coup d'œil la fuite des colonnes du péristyle, la verdurr du jardin quelles entouraient et ses fleurs, les gerbes du jet d'eau brillant au soleil voir fig 23, j). 51) et (quelquefois encore, comme dans la maison du Faune fVI, 12, 2) ou d'Aria ne IV, 4, 3 2), dan s un lointain, les colonnes, la verdure, les Heurs, les eaux, la lumière d'un second péristyle entourant un second jarilin. .Notre figure 29 (p. 61) représente le bel atrium toscan de la maison de Cornélius Kufus (II, 4, 15) d'où l'on voyait le péristyle et son jardin, et au delà, entre les colonnes d'une galerie aujourd'hui murée, la campagne et les monts Laciarii. Les quatre colonnes de l'atrium tétra-
style auraient, par leur masse, rompu cette perspective. Peut-être aussi, les descendants des anciennes familles, encore en possession de la maison ancestrale, auraient-ils craint, en transformant en atrium tétrastj'le leur atrium toscan, de donner à la vieille maison qu'ils considéraient comme une preuve de noblesse, une apparence trop moderne. Ce n'était cependant pas un usage sans exception, car l'atrium principal est tétrastyle dans la maison du Labyrinthe (VI, 11, 10 , avec de belles colonnes corinthiennes, et corinthien celui de la maison de Castor et Pollux (^'I, 9, 6), tandis que les atriums de service de ces belles maisons sont toscans. ].a maison du duc d'Aumale (\'l, 7, 211 n'est, à proprement parler, que l'atrium de service de la maison \-oisine (20) appelée casa dell' Argenteria parce C[u On y a trouvé un trésor d'argenterie; son atrium est tétrastyle. avec beaux chapiteaux ioniques: on y entre par de larges fauces que termine un seuil orné de deux colonnes ; aucune chambre cependant n'ouvre sur ce bel atrium cpii ne conduit qu'à des pièces de service: mais deux portes le mettent en communication avec son atrium principal, celui de la casa delT Argenteria lA'I. 7. 20) qui est toscan.
Dans d'autres maisons, le second atrium était remplacé par une porte de service [posticnin en communication directe avec les communs ou la cuisine (I^^ 12, 25; VI, g, 3; II, 2, 27).
Souvent une mosaïque recouvrait le sol des atriums, avec dessins noirs sur fond blanc (II, 3, 8; II, 2, 3(3; II, 2, 16; IV, i. 40); elle s'étend parfois sur les fauces, l'atrium, les alae, le tablinum iIV, 15. 1-2: IV, I, 40), les chambres de l'atrium IX . 15. n, le tour même du péristyle et jusqu'au fond de l'exedra (IV, 10, 3). Plus soignée était l'ornementation des seuils (II. 3. S; IV, A. 13: IV. i, 401. Dans une mosaïc|ue dépourvue de dessins, dans le sol battu ou bétonné, on incrustait aussi des morceaux de marbre de différentes couleurs, soit brisés irrégulièrement, soit taillés en forme de disques, de carrés, de losanges |II, 2, i: II. 3, 8:
Fig. 30. — Eiifiint tenant un canard; fontaine (p. 65).
IV, 6, ii\ Cette ornementation, consistant en morceaux de marbre disparates, irrégulièrement cassés, qui nous semble bizarre, plaisait aux Romains. Les plus riches maisons en usaient; ainsi est dallé l'impluvium de Pansa (VI. 6, T; les boutiques en ornaient leurs comptoirs \'l. 3. 19-20: VI, 4. 1-2: IV. 2, 32-33)-
Tn simple dessin en mosaïque, grecque, torsade, dent de loup, entoure
généralement l'impluvium: il arrive aussi que le dessin est plus coinpHi|iié : ce sont, dans la maison de Cornélius Rufus (II. 4, 15), les remparts et les tours crénelées d'une place forte: l'in^pluvium de la maison d'Optatius Rapianus (I, 4, 25), incorporée clans la maison du ( ilbariste (I, 4, 5). offrait une décoration ])ariiculièrement riche, conservée aujourd'hui au musée de Xaples : sur les deux côtés longs et dans un encadrement de Heurs, des ]jroues île vaisseaux engagées sous des arcades se présentaient dans des évolutions variées: une bande de rinceaux à la partie supérieure, un masque à rhaciue angle ccjmplétaient cette ornemenlalion remarqual)le jiar l'harmonie des tons. Les imi)luviums anciens des maisons toscanes sont en tuf: en marbre cejjcndant quand ils ont été restaurés à l'époque impériale il, 2. 17 : i 1 . 2, 30: 1\'. 12, 2i\ Un charmant imjjluvium récemment découvert est entouré d'une bordure d'oves entre deux corniches en fort relief avec des palmettes en saillie aux angles, le inui tiélicatement sculpté dans du siuc jaune: le fond est recou\'erl d'un (lis<|ue en marbre blanc encadré dans des marbres de couleurs variées {VI. .6, 35:'-
La bordure de I imphnium était souvent surélevée par deux i)etits murs lias, très rapprochés, entre lesquels des fleurs senn-cs entouraient 1 imjjluvium d une ceinture aux belles couleurs, vivante et i)arfumée, plus charmante encore, plus douce à l'œil, que la beauté des mosaïques (VI. 5, 13: \'I. 7. 3: I\'. 2. 35 . Un impluvium fut même complètement transformé en jardin III. s. i^] ■ Si la bordure était surélevée plus encore.
Fig. 3 1 . — Enfant tenant un dauphin ; fontaine (p. 65).
Timpluvium devenait un bassin profond \', 11, 10: \'l. 15. 20) ou une cuve pour l'industrie (V, 3, 8).
Au centre de l'impluvium, un jet d'eau pouvait, à laide d'une clef, être mis en mouvement : un émissaire conduisait le trop-plein de l'eau dans la citerne, sur laquelle ouvrait, au bord de l'impluvium, une bouche ronde recouverte soit d'un disque, soit d'une élégante margelle en terre cuite ou en marbre (fig. 24.P. 53 ; fig. 62,63.p. 102, 103;. Aujourd'hui encore, sur la paroi intérieure des margelles en marbre ou en tuf. les sillons creusés par le frottement des cordes sont apparents Les citernes étaient alimentées surtout par les eaux pluviales. On voit encore, dans plusieurs maisons, descendant vers la citerne, le tuyau en plomb qui conduisait les eaux des toitures (III, 1,5; IV. i, 17; V, I. 26 se terminant par une clef: \'. 4, (7, qui plonge encore dans la citerne: IV. 12. 11; VI. 14. 22). L'impluvium devait régulièrement être placé dans l'axe des faiiccs et du tûbliiuiiu: nombreuses sont les exceptions à cette règle (IV, 7, 2: IV, II. 2: VI. 7, 16: V, 2, 28).
LTne table appelée cartibulum, une statuette posée sur un socle et faisant l'office de fontaine, une vasque en marbre contribuaient à l'ornementation de l'impluvium. Table et fontaine en occupaient le petit côté, le plus éloigné de la porte et lui faisant face. L'eau de la fontaine jaillissait d'un oiseau (fig. 30, p. 63). d'un chien, d'un dauphin (fig. 31. p. 64;. de l'outre d'un satvre ou de Silène, d'un vase, d'une coquille (fig. 32, p. 66) ou de tout autre objet tenu par un enfant. On conserve même, au musée de Naples, une statue d'enfant analogue à celle de la célèbre fontaine de Bruxelles: ailleurs l'eau est lancée par des animaux: souvent elle ne retombe pas directement dans rimjiluvium mais dans la vasque en marbre déversant par-dessus les bords son trop-plein.
Le cartibulum placé derrière la fontaine ou à la place de la fontaine, quand celle-ci fait défaut, est une table de marbre monopode (voir fig. 24, p. 53), surtout à l'origine, mais plus tard et le plus souvent, à Pompéi du moins, supportée par deux pieds. Une forme qui se rencontre fréquemment consiste en deux supports représentant deux griffons adossés à tète de bélier : un des plus beaux exemples que l'on en connaisse se trouve dans la maison de Cornélius Rufus II. 4. 15: voir notre figure 29, p bi : un trciu ménagé entre les deux pieds recèle généralement la clef qui servait à ouvrir le jet d'eau de l'impluvium II, 4. 15: IV. 12, 28;. Sur le cartibulum on disposait, comm.e nous l'avons déjà dit. de belles pièces de vaisselle (fig. 122. p. 164I. La maison du Balcone pensile (IV, 12, 28},avaitun bien petit atrium placé sur le coté, en dehors des règles habituelles. Mais il nous I. 5
PO M PKI
offre un joli ensemble de la vasque, de la fontaine et du carlihuluni. l'ar une coquille qu'il tient de la main gauche, lenfant lançait l'eau dans la vasque en marbre: l'eau jaillissait aussi, dans la même direction, de deux tuyaux qui émergent du sommet des deux pilastres entre lesquels
se dresse la statue iîg. ,i2,p 6b . Les trois robinets en bronze qui réglaient les jets d'eau subsistent encore sous le cariibulum.
Quelquefois les atriums étaient ornés de statues qui na\ aient rien de commun avec li>s fontaines, ("est ainsi que dans les atriums de la maison du 1-aune \'I. u. 2 île la mai- >on du l'orello \', 1,7 — fig. 33, p. 67 , on a trfuivé des statuettes «l'oii ces maisons ont tiré leur nom ,
l'rimitivement la place du laraire était dans l'atrium, à côté ilu fo\-cr donicsli(|uc. l'eaucou]!
(le maisons ont conservé cet ancien usage, et le laraire se voit encore contre le mur. dans un coin ou dans un renfoncement de l'atrium il, 2. 2.S: 11. 2, 2g; \', I. I 7 : I i I . I, 29 : 1 1, 5. 2; ou dans 1 une des ala il. 5, 2; IV, 4- 3' Ouand la cuisine ém'igra (le l'alriiim dans uni- autre partie de l'habilalion. l)eaucoup de laraires cepemlant l'ont suivie (II, 6. S ; II I, >^. g: \'l. I s. 2,î^ : d'autres se sont réfugiés dans le péristyle (IV. 7, 17 ; \'. 1. is : \'l, 16, 7;, dan> le jardin 1, 2, 27 ; II, 3, 14 : 1 II. 8, 6: IV, 12,23 ; VI, lô, 7 .
La forme et la beauté des laraires offrent une très grande variété. Dans les pauvres boutiques, dans les humbles logis, même dans des maisons riches, les ],ares et les Pénates savent se contenter d'une sim])le niclie creusée dans la muraille (\'I1, 14. 19: — voir fig. 58, p. 97; —
l'iS.
L'atrium de la nuison du b.ilcou (p. 65-66).
IV, I, 40 ; I, 2, 17), plus ou moins ornée (III, 2. 26; IV, 2. 6 ; IV. 2, 25). revêtue de marbre 'IV, 7, 16) ou de stuc (I\'. 16, 7). Souvent au pied de la niche se dresse un autel (IV, 10, 2; III, 3. 4: III, 5, 6; VI. 7, 20, etc.). Un laraire curieux consiste en trois niches qui évidemment ont contenvi les statuettes du génie et des deux Lares, et de deux autels en maçonnerie (VI, 15. 5). Parfois il n'y avait que l'autel (II. 3, 58; VI, i, 7; IV. 7, 28:. Une forme de laraire assez fréquente est celle d'un édicule à fronton triangulaire supporté par quatre colonnes, sous lequel s'abritent, en statuettes ou en peintures, le génie et les divinités (III, i.
Fig. 33. — Atrium delà maison du Taureau (p. 66) ; au fond à droite, peinture du 2'' style (p. 1 13-1 14).
22; III, 2, 26; \l. 16, 7); édicules construits en maçonnerie ou représentés en peinture fig. 34, p. 68 : VI 15. 11. Quelquefois le laraire occupait un édicule isolé (III, 8, 6. au fond du jardin) ou une pièce spéciale. modeste (V, i, 7; Vl. 15, 18 , luxueusement revêtue de beaux marbres et formant une véritable chapelle avec autel surélevé (II, 2. 30 ; IV, I, 40). Au fond d'un jardin de la deuxième région (II. 3. 4}, quatre degrés en marbre entre deux hermés dont les têtes manquent, donnent accès à un autel qui supportait une statue de Diane. L'n toit et un fronton soutenus par de hautes colonnes en briques autrefois revêtues de stuc l'abritaient. Le laraire d'Epidius Rufus occupait toute une ala transformée en chapelle que fermait une balustrade (III, i, 20): l'autel avait été offert par deux affranchis du maître.
POMPKI
On voit généralement, dans les peintures des laraires. les deux hares tenant de la main gauche la situle, de la droite le rithon levé, court vêtus, chaussés de hauts brodequins et marchant d'un pas de danse, encadrer une divinité, le (renie de l'empereur ou le (iénie du maître de la maison, qui verse avec la patère l'offrande sur le feu de l'autel (VI, 15, i . — fig. 34, p. 68. — V, 2. b: A'. 2, i ; \'. 4. b: \'l, 14, yy. IV. 4. 20' . Dans un
Fig. 54. — l.ar.iire de la maison des Witii ^p.
laraire. un serpent --ur Idmjilialos figure entre les deux l.ares à la place du dénie ordinaire 111. 8. g).
Au-dessous on représentait le sacrifice : il est parfois célébré suivant toutes les règles avec le joueur de la double flûte et l'enfant qui tient le coffret à encens, tandis qu'un autre servant amène le porc, victime préférée des Lares. En même temps, les deux serpents ou un seul serpent, génies de la maison ou du maître et de la maîtresse, viennent vers l'autel prendre l'offrande déposée à leur intention (fig. 34. p. fi8 ; 35, p. 6g: 36, p. 70); offrande consistant le plus souvent en œufs et en pommes de pin (voir
LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE 6g
fig. 34. p. 68"). Quelquefois, indépendamment du laraire, les serpents se déroulaient sur les murs des cuisines et aussi sur les murs extérieurs des maisons. Parfois, des victuailles de tout genre, anguille et morceaux de chair en brochette, tète de porc, jambon, chapelets de petits poissons, saucisses, petits oiseaux, lièvres, marmites sur le feu. figurent des offrandes aux divinités familiales 111,8,^; VI, 6, f.
Souvent, autour du laraire ou au-dessus, s'alignent des divinités protectrices. Les grandes divinités, Jupiter. Vesta, Vénus, Apollon, Minerve, la Fortune, Isis-Forlune, etc., mêlées aux demi-dieux parmi lesquels figure souvent Hercule ; dans un laraire de la rue de Xola 'Y, h, 5,) : Bacchus, ^'énus, Diane, Neptune, Mercure, la A'ictoire, Hercule, .Minerve, et au centre, une niche vide aujourd'hui qui contenait sans doute la statue de Jupiter, ^"énus Pompeiana, patronne de Pompeï a naturellement sa place dans les laraires (VI, 6, i; VI. II, 10; V. 4, 6; IV,
4, 20), non moins que \'esta (III,
5, i), déesse du foyer, reconnaissable à l'àne qui l'accompagne. Chez un boulanger de la quatrième région (IV, 12, I i)elletientlaplaceduGénie entre les Lares, près de l'autel chargé d'épis(fig. 35, p. 6gi . OnsaitqueA'esta était la patronne des boulangers.
Elle figure dans un autre laraire de la même région I\', i, 25). Epona protégeait les chevaux, les ânes, les écuries: un muletier l'a fait peindre entre les deux Lares, au fond de la niche de son laraire (fig. 36, p. 70; III. 2, 24). Il serait difficile de préciser quelles divinités figuraient de préférence dans les laraires ; en dehors de celles qui se rattachaient au culte du foyer,^ le goût, les dévotions des particuliers guidaient le choix. Chacun avait pris l'habitude d'inviter à son laraire les dieux et déesses objet de ses préférences, qu'il considérait comme les Pénates de sa maison.
Souvent, dans les laraires, des statuettes remplaçaient les peintures ou s'y ajoutaient. C'est pour ce motif que, non seulement à Pompéï mais partout où il y eut des maisons romaines, on a trouvé des statuettes de
Fig
- Laraire avec Vesta et les deux serpents (p. 68-69) .
divinités en bronze. Elles étaient placées dans la niche du laraire. sous Tédicule ou quelquefois on avait disposé des gradins pour les recevoir. Les jH-intures n'étaient jjas pour ce motif bannies. Sur le mur dun laraire lAbondance sacrifiait entre les deux Lares; à cette peinture conforme au type le plus fréquent on avait ajouté des statuettes : Hercule, Ivsculape, Apollon, Mercure, entre les deux Lares. L'n banc placé dans les laraires permettait aux gens de la maison de se reposer i)rés des divinités protectrices ^11, 7, 6; 11. 4. 2-1 : \'I. 13. if^: \'l. 15, 23).
Une des maisons de la troisième région (IlL 10,^1 possédait un laraire particulièrement beau.
I )ans une niche couronnée d un fronton triangulaire supporté par deux colonnes engagées, une charmante statuette en bronze de l'Abondance, tenant la corne d'abondance et une patère en argent, est assise sur un siège richement ciselé dont un triton surmonte le dossier : la déesse pose les pieds sur un escabeau orné de deux s])hinx. ayant à drcjite et à gauche les statues des deux Lares, également en bronze, supportées ])ar un >.()clc cir<nlairc : une lanqic de même métal, en forme de ]>ied.
descend du fronton.
In laraire fort curieux est celui de l'atrium du banquier i. ("aeiilius 1 u( undus (fig. 95, p. 139). Le jour du tremblement de terre de l'an 63 après J.-C . le banquier ])iimpéien se promenait sur le l-'orum: il \il le temple de Jupiter osciller, ])uis s'écrouler, des gens sans doute y périr Pris d'une belle peur, il promit aux dieux Lares de sa maison de la rue de Stables 'V. 1. 2f)) que, s'il en franchi.ssait le seuil sain et sauf, il leur offrirait en sacrifice un taureau il rentra chez lui, accomplit son vœu et, suivant un usage réjuindu, lit représenter sur le même bas-relief le sacrifice qu'il avait offert et le danger qu'il avait couru (fig. 9, p. iSi. Le sculpteur figura donc l'autel vers lequel on amène la \ictime, les instruments du sacrifice, ])uis, le temple et l'arc de triomiilic qui s'écroulent. Ce n'était pas un artiste de i)remier ordre. (Juand il fallut scul])lcr les
l'"ig. 36. — Laraire avec la Jécssc Hpoiia (p. 69).
deux statues équestres dont était flanqué le temple, ne pouvant les copier puisqu'elles étaient tombées, dans sa naïveté, il représenta, au lieu de l'écroidement des statues, la chute des cavaliers. Aussi, n'est on pas peu surpris de voir ces hommes de bronze ou de marbre faire des efforts prodigieux pour garder leur éc^uilibre au milieu de ce bouleversement.
Au-dessus du même laraire, un autre bas-relief encastré dans la muraille a une origine analogue fig. lo, p. iS) . Il n'a pas été trouvé en place, comme le précédent, mais transporté là à cause de son analogie avec le premier. Un château d'eau, que les fouilles ont mis au jour en l'année 1902 (fig. 1 1 , p. 19), y figure à côté d'une porte et d'un mur C[ui s'écroulent ; c'est la porte du Vésuve , aujourd'hui encore appuyée au château d'eau; dans la rue.
la secousse a renversé une voiture avec les deux mulets qui la traînaient.
Comme dans le bas-relief précédent, un autel chargé d'offrandes précise la signification religieuse et votive du monument (fig.
10, p. 18). C'est l'ex-voto d'un Pompéien qui, à côté
de la porte du Vésuve, avait couru le même danger que L. Caecilius Jucundus près du temple de Jupiter. Ce ne sont pas d'ailleurs les seuls exemples de laraires votifs. Une inscription peinte nous apjirend qu'un voisin de 31. Lucretius (III, 3, 5), nommé Philocalus, avait érigé son laraire en accomplissement d'un vœu.
L'atrium ne cessa jamais d'être le lieu où se traitaient les affaires de la maison ; c'est là que le maître donnait ses ordres, recevait les clients et les fournissetirs. faisait ses paiemenss, tandis, c[ue au delà du tablinum, dans le périst3-le et les pièces qui l'entouraient, se réfugiait l'intimité de la famille et des amis. Aussi c'est dans l'atrium que se trouvait le coffre-fort (I, 4, 25 ; II, 5. 5 ; III. 2, 26 ; IV, 7, 10; VI, g. 6. etc. — fig'- 37- P- 7i)- Un cependant a été trouvé sous un péristyle (VI, 5, 5 , un autre à l'entrée d'un jardin (III, 8, 6). Quelcjuefois il y en avait deux, comme dans les maisons des Vettii (VI, 15, i) de Castor et de Pollux
Fig. 37. — • Coffre-fort (p. 71-72).
(VI, 9, 6 .du Faune ,\'I, 12, 2;. Là où il y a deux supports de coffres- forts — la seule chose qui généralement subsiste — lun de ces supports, le plus usé, est en pierre noire; l'autre, mieux travaillé, est taillé dans ce calcaire blanc apporté par les Romains à Pompéi. On peut supjioser qu'un nouveau modèle, plus en faveur, avait été créé pendant les derniers temps (\'l, 12, 2 : IV, 7. s I.'àme du coffre-fort était en bois revêtu de fer et de cuivre,
SCS ])arois solides, sa serrure compliquée et sûre. Appuyé contre le mur. il reposait sur un bloc: de pierre auquel le fixait une l)arre en fer rivée à linléricur Dans quelques-uns de ces coflVes on a trouvé de l'arjj'ent :
4 S monnaies d'or et 5 monnaies d'argent dans celui de la maison (le Castor et de PoUux (\'I.
q. 6), des bijcjux. de l'argenterie dans la maison du Centaure \" 1 , '). i ; mais ces faits sont rares, car les Pompéiens reve-
^^^^UÈÊÊÊ^^^^^ f- ^^^^^H*' "^mm soin d'emporter le cniucnu de
leurs coffres
Dans (juebiues atriums un liaui piédestal en tnrme dégaine ])ortait le buste du patron de la maison (fig. 38. p. 7,2), buste voué à son jîatron par un affranchi, à son maître ])ar un esclave. C'est l'affranchi Félix qui a érigé à deux exemplaires le buste de son patron Caecilius Secundus {Y, 1, 26; ^H- 95- P- '39); dans la maison de Vcsonius Primus, dite anssi maison d'Orphée (VI, 14, 20), l'esclave Anleros a fait à son maître un don semblable. Ces bustes se jîlaçaient au fond de l'atrium, en tète du mur qui séjKirait le lablinum du rorritlor ou de la pièce mitoyenne. Notre figure 21) (j). 61 montre le buste de Cornélius Kufus en place dans .son atrium (II, 4. 15). Probablement nombreux dans l'antique Pompéi, les bustes des patrons y sont rares aujourd'hui ; il est assez naturel que, après l'argent et les bijoux ])lus faciles à emporter, les jjortraits du chef delà famille (ju d'un ancêtre aient été enlevés par les Pompéiens. On a
Fig. 58. — Buste de Cornélius Kufus dans son alrium (p. 72-141).
trouvé, à deux exemplaires, le buste du comédien Norbanus Sorex; une base peu élevée, encore en place dans la maison d'Ariane (IV, 4, 51, 32) entre le tablinum et le corridor, parait bien avoir porté la gaine sur laquelle reposait le buste du maître de cette belle maison. Vu leur position, les deux hermès du laraire dont nous avons parlé plus haut (p. 67) portaient sans doute des têtes de divinités ill, 3, 4). Il n'en est sûrement pas de même pour les deux bases encore en place, de chaque coté du tablinum de la maison d'Apollon (VI, 7, 23).
Les chambres qui rayonnaient autour de l'atrium (v. fig. 22. 3, p. 30) avaient des destinations diverses. Nous avons dit que nous ne pouvions pas leur assigner, d'après leur .situation, une attribution certaine. Cependant les chambres situées à droite et à gauche des fauces fig. 22, 37-38. p. 50} étaient généralement réservées pour le serv'ice; quelquefois aussi elles avaient une autre attribution : le propriétaire les louait comme boutique: il les utilisait aussi pour sa propre industrie, y faisait vendre les produits de ses propriétés ou y installait un de ses affranchis qu'il commanditait. Ceci explique que ces boutiques communiquent avec l'atrium de la maison (voir fig. 22, 35, 36. p. 50). En même temps elles servaient d'entrée quand la grande porte n'était pas ouverte, le boutiquier faisant l'office de portier. Ces deux pièces, lorsqu'on les employait comme boutiques, étaient largement ouvertes sur la rue ; dans le cas contraire, des fenêtres petites, étroites et haut placées les éclairaient, chez Epidius Rufus (III. I, 20) par exemple (fig. 39, p. 73). Les fenêtres plus grandes étaient plus élevées que la hauteur d'homme (IV, 3. 30;. ou réservées pour l'intérieur ou pour l'étage supérieur voir fig. 5g. p. 99 .
Les chambres à coucher se reconnaissaient, à la place du lit indiquée, à la disposition intérieure de la pièce. LTne élévation du sol ilV, 3, 29 ; VI, 5, 8\ une entaille dans le mur III. i, 22 ; III. 3. 2 ; III, 3, 23), un changement dans la mosaïque I\', 7, 5: IV. 15, 8; VI, 13. 19 . le plafond plus bas ou une alcôve VI, 5. 19; VI, 9, 3; VI. 13. 19; marquaient l'emplacement du lit. Il est rare que l'un ou l'autre de ces signes ne révèle pas la chambre à coucher. Au fond du jardin de la maison d'Apollon VI, 7. 23 , une petite construction ne renferme qu'une chambre à coucher à deux alcôves; sur les murs se déroule, en belle et curieuse
Fig. 3q. — Fenêtre au rezde-chaussée (p. 73, 100].
74 PO M PKI
peinture, l'histoire d'Apollon et de Marsj'as. Dans l'atrium de la maison du Centaure VI, g. 3. on voit une jolie chambre à coucher avec alcôve au sol surélevé, et, à côté de l'alcôve, un petit réduit étroit et obscur qui a dû servir de garde-robe .voir aussi VI. 8, 2g; VI, 14. 40" avec chaise-mobile, meuble que connaissaient parfaitement les anciens ; toute la décoration est du premier style. La maison de Méléagre VI, g, 2' offre une chambre à coucher avec deux alcôves.
11 existe à Pomjjéi des chambres isolées, petites, ouvrant directement sur la rue, sans autre mobilier que le lit en maçonerie. qui sans doute étaient très mal habitées IV. 13. 15. 16, ig;.
A l'extrémité de l'atrium, après les chambres, deux dernières pièces, sans porte comme une alcôve, ouvraient à droite et à gauche sur l'atrium voir fig. 22, 4, p. 50. I,eur nom étaient ala : ala dcxtra ou slnislra suivant leur place à droite ou à gauche. A Rome, on conservait dans les ala les images des ancêtres ; à Pompéi l'usage de ces pièces reste indécis et on s'ingéniait à en tirer parti. On y installait des armoires, .soit en les divisant en compartiments et en y plaçant des rayons dont on voit qncore la place, soit en les fermant ]5ar des portes III, 6. 5. Consacrées à un service plus noble, elles devinrent aussi des laraires II. 5, 2 ; III, I, 20 ; IV. 4, 51 . Il en est que, grâce à la place des lits marquée dans les murs, nous reconnaissons comme ayant servi detriclinium III, i, 26 ; une autre où se voit encore un fourneau I, 4, 22" eut sans doute la même destination. Le sol de certaines alae est surélevé à laide de deux degrés audessus desquels un parquet ou un dallage reposait .soii sur des petits murs transversaux, soit sur des poutres dont on voit les trous II, 5, 2 ; 1-^% 7; 5;^'t 1. 7;' IV, -6, 3; VI, 4. 20; III, 7, 6 . Peut-être dans ces alae ' s'élevait l'autel des Larës ou des Pénates; il en est ainsi (hnis une maison de la deuxième région où l'autel est encore en place II 5, 2 ; elles recevaient certainement une chose ([ue l'on voulait mettre en évidence.
Les ala sont (pielqucfois irn-gulièrement ])lacées : avant les chambres 111. 5, 6-, (ju au milieu 111. 1. jo ; 111. s, 1 . ou rejetées, avec le tablinum. au delà d'un corridor transversal \'l. i. 7 . L'n certain nombre de maisons n'ont qu'une ala III, 2 21 : W . 1.40; \'l. ,i. 5 etc. ; d'autres en sont totalement dépourvues III, 1,7; 111. 1, 12 ; m. 2, 26.
Nous avons parlé plus haut d'une ala transformée en armoire. Les armoires étaient nombreuses à Pompéi. On utilisait pour les placer, les dessous d'escaliers V. 4. 12'. les fonds de corridors V. 4. c\, une yjièce entière I\'. 7. 10 ou un édicule spécial 1. 2. 2S . Un établissement industriel W . 2. 11 enfermait ses jjroduits, du drap sans doute.
dans une vaste armoire. Les maisons sont nombreuses où se voient encore les traces des rayons des placards ou des bibliothèques voir, entre autre. IV. 2 18; III. 5. 18: IH. 3- 23: IV. 12. 21 .
Outre ces armoires à poste fixe, les Pompéiens avaient aussi des armoires mobiles en menuiserie comme les nôtres, ; on en conserve une au musée de Pompéï reconstituée à Taide des empreintes que le meuble avait laissées dans les cendres durcies.
Au fond de l'atrium, en face de lu porte d'entrée, le tablinum a pris en
Fig. 40. — Tablinum de la maison du Faune (p. 75
l'élargissant, la place autrefois réservée au lit conjugal voir fig. 22. 5, P- 50 , Quelques tablinums. par leur dimensions plus voisines d'une alcôve que d'une pièce, semblent être une survivance de rantic[ue tradition III. 1.7; VI 2. 14 ; VI. là. (5 .
Le tablinum servait au maître de la maison de bureau, de salle de réception pour ses affaires. Du côté de l'atrium, il était très rarement fermé par des portes. Le fond, cjui donnait sur le jardin ou le jjéristyle, avait comme clôture des portes ou des volets à plusieurs battants qui s'ouvraient complètement et laissaient l'air circuler clans l'atrium et la vue s'étendre librement vers le péristyle et le jardin ; quelquefois les volets reposaient sur un mur à hauteur d'appui ; la maison du Faune (VI. 12. 2 nous en offre un exemple fig. 40. p. 75). Le tablinum était sou-
76 POMPKl
vent élevé d'une ou deux marches au-dessus de l'atrium ; unt- iH-lle mosaïque en formait le seuil et en recouvrait le sol. de riches peintures revêtaient ses murailles. Les maisons de Salluste VI, 2, 4;. du Faune VI. 12. 2), de L. Caecilius Jucundus V. i. 26 , de Lucretius Fronto V, 4. c). de la Caccia VII. 4, 48) et d'autres présentent de beaux tahlimims décorés de peintures.
Plusieurs maisons III, 5. l'i; 1\', 11. 10; I\', 12, 3), même luxueuses comme celle des Vettii VI, 15, 1 . n'avaient pas de tablinum. 11 fut un temps où le tablinum servit <li' salle à mans^er et il en est où l'on voie les places des lits et de la table indiquées par la iiio.saïque du sol ou l'ornementation de la muraille 'VI. 16. 28 : I. 3. 3 ; I, 4. 22). Des platesbandes artificielles l'entouraient parfois d'une [garniture permanente de fleurs IV. 2, 35: 1. 4. 9 . Il est une maison I\'. 2, 22; où le tablinum fut iransfcjrmé en déljit ou en hnuliciuc a\<'c un comptoir.
Le tablinum marque la fin de l'atrium. 11 ouvre à la fois sur 1 atrium et sur le péristyle ; sur la partie romaine de la maison et sur la inirtie grecque. C'est de cette dernière partie que nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.