A VOL D'OISEAU
la porte de la 31arine, complètement refaite par les Romains, était, avant eux, plus accessible. Cette supposition est confirmée par l'aspect des trottoirs et des murs qui bordent la rue dont le niveau fut certainement modifié.
Tel est, à vol d'oiseau, l'aspect de Pompéi. On retrouve la ville entière avec ses édifices, ses rues et ses places, toute la scène en un mot sur laquelle les habitants de Pompéi ont joué les rôles divers de leurs existences jusqu'au jour où, brusquement, le ^'ésuve mit fin à la représentation, drame ou comédie.
Après avoir étudié la ville dans son ensemble et en détail, le voyageur assez intelligent, assez épris du passé pour s'y être intéressé, fera bien de se réserver un peu de temps pour errer, sans but, à l'aventure, et surtout sans guide imprimé ou vivant, s'abandonnant à ses impressions, laissant à la folle du logis la bride sur le cou. Dans les grandes rues où le sommet des murs découronnés frappe aussitôt les yeux, où, par les larges portes béantes, apparaissent les intérieurs ruinés, dépouillés de tout ce qui les faisait vivants, souvent réduits, si l'on peut s'exprimer ainsi, à 1 état de squelettes désarticulés, qu'il passe vite : la mort trop présente ne lui permettrait pas d'évoquer la vie. Qu'il s'attarde au contraire, qu'il circule à pas lents dans ces ruelles où les hautes murailles grises, sans autres ouvertures que les petites portes percées de loin en loin, enserrent dans un espace resserré Tétroitesse de la chaussée et des trottoirs minuscules : la rue troisième de la deuxième région, par exemple, la rue del Balcone et le vicolo Storto dans la quatrième région, les rues quatrième des régions quatrième et troisième. Avec un peu de bonne volonté et d'imagination, il oubliera vite, sans que rien de ce qui frappera ses yeux puisse le rappeler à la réalité, et le temps pré.sent et que, depuis la mort de Pompéi, près de vingt siècles se sont écoulés. Et derrière les murs intacts de ces ruelles autrefois sans doute aussi peu fréquentées qu'elles le sont aujourd'hui, il imaginera facilement nos ancêtres latins pensant, agissant et vivant encore ; il se figurera sans peine que, au détour d'une rue, il va surprendre le rendez-vous de Staphvlus et de Ouieta, un gamin écrivant sur le mur quelque sottise, des citovens allant à leurs affaires, une femme venant puiser à la fontaine l'eau que crache dans la vasque carrée une tète d'animal ou de divinité.