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De la plate-forme de cette exèdre, la vue est admirable : dans un cadre
La voie des Tombeaux.
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penchée ; le soleil caresse les tombeaux, les enveloppe d’ardente lumière, accentuant les reliefs des ornements sculptés.
L’avenue funèbre n’est pas triste, la mélancolie n’y vient pas assiéger l’àme; non : une vague sympathie, même une douce rêverie naît à la vue de ces riches monuments qui abritent un peu de cendre, restes d’un somptueux passé.
L’exèdrc du tombeau de Mamia.
C’était l’apothéose des existences que les pouvoirs publics glorifiaient en des inscriptions pompeuses. Une tombe surtout, celle d’Umbricius Scaurus, fils d’Aulus, de la tribu mènénienne, qui fut duumvir de justice; les décurions concédèrent le lieu pour y élever un monument, deux mille sesterces furent dépensés pour les funérailles et pour une statue équestre à élever au Forum. Des bas-reliefs de stuc, représentant un combat de gladiateurs qui fut donné lors de ses funérailles, ornent le soubassement du tombeau (1). Plus
(1) Voir chap. ni,
POMPEI
loin, une autre tombe a été élevée par Servilia à son mari qu’elle appelait Y ami de son âme. Puis nous voyons les noms de Calventius Quietus, un Augustale, auquel on avait accordé l’honneur du biseUium (1). Ce siège privi-
Tombeau de Servilia.
légié fut aussi réservé à Caius Munatius Faustus, Augustale, habitant du bourg, dont le tombeau a été élevé par les soins de son affranchie Tyché Nevoleia, pour elle, pour son maître et les autres affranchis. Dans cette tombe lurent trouvées trois urnes de verre avec enveloppes de plomb qui contenaient
(i) Le bisellium était, dans les municipes, la chaise curule des magistrats.
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encore des ossements et des cendres mélangées avec un liquide compose de
Épitaphe de Tyché.
barium. La tête que l’on voit en relief est le portrait de Tyché et le navire à voiles sculpté sur un des côtés du tombeau peut bien faire allusion à la profession de C. Munatius Faustus, mais symboliserait plutôt la vie et
Épitaphe de Calventius Quietus.
vin, d'huile et d’eau provenant des libations funèbres; d’autres urnes de terre remplies de cendres humaines et des lampes meublaient le colum-
POMPE
toutes ses vicissitudes : l’homme cahoté par les flots, arrive au port, replie les voiles du navire et va se livrer au repos éternel. Dans Pétrone, nous voyons Trimalchion commander à son marbrier de faire, sur son tombeau, un vaisseau voguant à pleines voiles; cela prouve que cet emblème décoratif était employé dans le sens que nous indiquons (i) ; mais comme Trimalchion parle après sa longue orgie, il est naturel que, dans sa facétieuse
Tombes de Tyché et de Calvcntius Quietus.
ébriété, il désire les voiles déployées, image de son insouciance épicurienne.
A côté du monument de Tyché et de Caius Munatius, existe un triclinium funèbre où l’affranchi Callistus, à l’occasion de la mort de son maître Cneus Vibrius Saturninus, réunissait les parents et les amis du défunt dans un banquet fraternel où l’on célébrait sa mémoire (2).
De l’autre côté de la voie est située la sépulture de Diomède, chef du pagus
(1) Il existe à l’église Santa Maria in Trastevere, à Rome, une pierre tombale où se trouve figuré le même symbole.
(2) C’était le bout de l’an moderne.
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Au gu si u s Félix, dont la villa se trouve vis-à-vis et que nous verrons plus loin.
Une deuxième Tyché possédait aussi un cippe sépulcral sur lequel est placée une inscription que l’on traduit ainsi : « Au génie (junoni) (i) de Tyché, veneria de Julie, fille d’Auguste. »
Singulière fonction qui n’eut à cette époque rien de scandaleux, puisque Tacite assure que Pétrone passa pour avoir exercé, non sans gloire, un emploi analogue auprès de Néron !
Les cippes de tuf sont nombreux à Pompéi, et dans la campagne il n’est
pas rare d’en trouver de déterrés par les cultivateurs et d’utilisés comme termes à leurs terres. Le haut de cette pierre funéraire, toujours arrondi, mais souvent hémisphérique, simule un crâne humain ; ceux qui possèdent des tresses et des coiffures indiquaient une sépulture féminine, et les Pompéiens sans fortune, qui ne faisaient partie d’aucun collège funéraire, devaient se contenter de cette simple pierre (2).
Le columbarium, très cher à construire, était réservé aux membres d’une même famille ou d’une association et aux adorateurs d’une même divinité.
(1) Le génie des femmes s’appelait Junon.
(2) Dans les cimetières musulmans et Israélites, des cippes analogues s’élèvent de terre.
Tombeau de Libella et de Ceius Labeon.
croyaient que les âmes menaient une existence d’outre-tombe; aussi les urnes renferment-elles des monnaies destinées à payer à Charon le passage dans la
barque infernale, et des les tombeaux, lors des ciaient le mort lui-même sant parvenir quelque Une autre tombe son revêtement de marde briques carrées, platales et en opus reticu-
libations, répandues sur banquets funèbres, assoà ces agapes en lui faialiment.
curieuse, dépouillée de bre, offre un agencement cées en assises horizonïatum. Elle possède une
Tombe de la seconde Tyché.
porte de marbre blanc d’un seul bloc, tournant sur des pivots taillés à même ; une espèce de verrou fermait l’entrée en s’engageant dans un trou carré pratiqué dans le montant. L’intérieur de ce monument présente l’aspect d’un columbarium ; on y descend par deux hautes marches, le plafond est voûté et
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la pièce est éclairée par un soupirail placé en face de la porte, au-dessus d’une grande niche surmontée d’un fronton de tuf. On y trouva des vases d’albâtre oriental, une bague ornée d’une agate gravée, un vase de marbre contenant des ossements et des amphores. Ce sépulcre a une certaine importance et ne possède pas d’inscriptions ; il servait probablement de lieu de dépôt aux urnes
La voie des tombeaux. Vue prise de l'entrée de la villa de Diomède.
remplies de cendres des défunts qui venaient d’être incinérés à Vustrinum situé à côté, en attendant la construction du tombeau définitif.
Dans ces parages se trouvaient encore quelques tombes ornées de statues et des sépultures samnitiques découvertes en 1875 qui contenaient des vases peints et des monnaies attribuées à une ville de Campanie (Irnum). Puis des boutiques de potiers et des fours ; une villa d’où proviennent les belles colonnes de mosaïque du musée de Naples ainsi qu’une auberge occupaient
toute une partie en retrait de la voie des Tombeaux . Non loin, dans un atrium,
POMPEI
on découvrit un sacelluiu dédie a Hercule et un autel orne d un bas relief représentant un sacrificateur immolant un porc et tenant une coupe avec la massue d’Hercule, un coq est à ses côtés.
En remontant vers Pompéi, nous apercevons une exèdre couverte, ornée de peintures et munie d’un banc; à côté, se trouve le tombeau dit des guirlandes où fut trouvée la fameuse amphore de verre bleu et blanc représentant des Amours vendangeurs (i). La valeur artistique de ce vase est si grande que
Tombeau à la porte de marbre.
l’on peut dire avec certitude que les os calcinés qu’elle a contenus étaient les restes d’un riche Pompéien.
Derrière le columbarium provisoire nous avons aperçu Yustrinum dont l’existence est discutée. De cette construction il ne reste que les quatre murs et dans l’un est pratiquée une ouverture ; les uns veulent y voir un sacel/um, mais, comme on incinérait les cadavres et que nous en retrouvons les cendres, il faut bien que le lieu destiné à la crémation ait existé quelque part ; comme cette construction forme un ilôt isolé avec le columbarium à la porte de
(i) Voir cliap. vi, iv. 3.
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marbre, il est à supposer que ces quatre murs firent partie de 1 ’ustrinum où venaient se rendre les cortèges funèbres.
Grâce à la connaissance des lieux et aidés des auteurs, nous pouvons nous rendre compte des coutumes romaines lors des funérailles. Quand un moribond allait quitter la terre, les parents s’approchaient de lui, déposaient un dernier baiser sur ses lèvres comme pour recueillir ses dernières pensées dans le suprême soupir.
Après les adieux, souvent très
(D'après de Clarac.)
bruyants, on lavait le corps avec de l’eau chaude et on l’oignait d’huiles parfumées. Le mort, revêtu de ses habits de cérémonie et de ses insignes, était placé sur un lit de parade dressé dans l’atrium, la tête découverte et tournée vers le prothyrum (l’entrée) • de l’encens brûlait, enveloppant de sa sinueuse vapeur la mortelle dépouille.
Dans la rue, des branches de cyprès, plantées à la porte de la demeure, avertissaient les passants de la cérémonie prochaine. Alors, — souvent au bout de sept jours pour les familles riches — le défunt était conduit en grande pompe au bûcher. Les tibicines ouvraient la marche, lançant les notes étouffées de leurs flûtes dans
L' « Ustrinum
I’OMPEI
de plaintives mélopées. Les pleureuses venaient ensuite, simulant la douleur et proclamant les vertus du défunt ; puis apparaissaient les portraits des ancêtres, qui se trouvaient ainsi associés à la cérémonie. Les parvenus sans généalogie illustre se fabriquaient des ancêtres imaginaires. Les parents, les amis, les affranchis suivaient, et, après avoir parcouru processionnellement le Forum, hommage rendu à la mémoire du mort, on se rendait enfin à Yustri-
Exèdre couverte.
mtm où était dressé le catafalque auquel un proche parent mettait le feu, en détournant la tête. Les assistants alors s’unissaient dans des lamentations, en invoquant les mânes du défunt ; les restes, recueillis et aspergés de lait et de vin, étaient enfermés dans l’urne que devait abriter le tombeau. Puis chacun donnait un dernier adieu à celui qui désormais habitait les enfers, en lui disant : Que la terre te soit légère ! Adieu, âme candide ! Puisse ta tombe se couvrir de roses ! etc., véritables litanies de choses aimables et gracieuses.
Huit jours après la cérémonie, les amis venaient sur la tombe faire un repas funèbre composé d eau, de lait chaud et de miel, d’huile et du sang des animaux saciitiés ainsi que de petits coquillages, farcis avec la moitié d’un œuf.
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES
Telles furent les cérémonies diverses célébrées à la voie des Tombeaux, l’un des plus beaux sites de Pompéi. Son emplacement élevé lui valut la présence de jolies propriétés appartenant aux habitants du bourg. Ainsi, près de la tombe de Mamia, existe une petite ruelle qui borde une grande villa avec bains où furent trouvées de belles peintures représentant des satyres, des funambules et des centaures, ainsi que des mosaïques.
Les avis sont partagés quant au nom à donner à cette propriété. Les uns
Voie des Tombeaux.
pensent qu’elle était l’habitation de Crassus Frugi, d’autres qu’elle avait dû. être la maison de campagne de Cicéron, mort plus d’un siècle avant la destruction de Pompéi. Chacun peut avoir raison, car le dernier habitant de la villa de Cicéron a bien pu porter le nom de Crassus Frugi, qu’indique une inscription. Mais écoutons Cicéron lui-même : « Je suis ici, dit-il, dans un endroit très agréable, mais surtout retiré ; un homme qui compose est à couvert des importuns... J’aurais pu, ajoute-t-il, voir ma maison de Baia ou de Misène. » Il dit encore : « Pour que notre vue ne nous trompie pas, jusqu’où peut-elle s’étendre? Je vois d’ici la campagne de Catulus près de Cumes; je ne vois pas celle que j’ai à Pompéi ; il n’y a pourtant pas d’obstacle qui nous en cache la vue, mais mon regard ne peut porter si loin. » Les villas situées au fiagus Augustus Félix prenaient vue vers la mer et étaient ainsi éloignées
POMPEI
des bruits importuns; certainement la maison de Cicéron ne pouvait que se trouver dans ces parages pour qu’il ait pu la voir de Baia; du reste, l’emplacement était admirablement choisi, la vue y est toujours merveilleuse et bien faite pour séduire : les montagnes, dont « la croupe voluptueuse comme des hanches de femme (i) », couchées sur les eaux du golfe, prennent du matin au soir les plus divers aspects ; la lame qui déferle envoie le parfum de son haleine amère, couvrant de sueur l’ isoletta de Rivigliano, en lutte contre les vagues; de loin, comme un bouchon sur l’eau, elle est la bouée des côtes, et sa note sombre fait paraître plus pure l’enchanteresse Caprée.
(i) Th. Gautier. Arria Marcella.