SON TEMPLE
DANS un si doux pays où tout convie au bonheur et charme les yeux, il n’est pas surprenant que Vénus ait choisi pour domaine la délicieuse Pompéi.
Vénus, semble-t-il, était patronne de Pompéi.
Outre que la colonie romaine portait le nom de Colonia Veneria Curnelia (i), les graffiti trouvés sur les murs de la ville y font allusion.
Candiija mT: docvit nigras
ODISSE PVELLAS • ODERO • SEPOTERO • SED NON InVÏTVS AMABO
Scripsit Venvs • FlSICA • Pompeiana (2)
« Une blanche jeune fille m’a appris à détester les noires ;
« Je les haïrai si je puis, mais je 11e les aimerai pas malgré moi. »
Selon quelques-uns, la seconde partie de l’inscription aurait été écrite d’une autre main et se lirait ainsi : Oderis sed itéras... non invitas amabo; et serait une réponse au premier hexamètre. Ce que l’on traduit : « Tu les haïs, mais tu y reviens. — Signé : Vénus physique de Pompéi.
(1) Le nom donné à la colonie, serait, d’après quelques archéologues distingués, celui que portait Sylla, le colonisateur de Pompéi : Epaphroditus, en l’honneur de Vénus-Fortune.
(2) Corp. insc. pomp. i52o. Graffito trouvé en 1845 dans un lupanar : la réponse s’explique ainsi facilement. Ces deux lignes sont, du reste, des variantes de deux vers de Properce et d’Ovide : Douée me docuit castas odisse puellas (Prop. Eleg .. I, 1, 5)
OderOj si potero; si non, invitus amabo (Ov. Amor., III).
POMPE
Une autre inscription qui parait plus ancienne recommande un candidat et se termine par une invocation à Vénus pompéienne :
N • BARCHA II • V ■ V • BO • VFITA • VOBEIS - VENUS • POMP • SACRA... (i)
Puis celle-ci qui prouve aussi l’existence du culte de Vénus physique (2) :
IMPERIO ■ VENERIS ■ FISICAE I • O ■ M •
ANTISTA • METHE - ANTISTI ■
PRIMIGENI EX - D - D •
Avec le culte de Vénus, c’était l’hommage rendu à la Femme, la Grâce personnifiée recevait les offrandes ; la Forme idéale, manteau de la délicatesse féminine enveloppait tout de sa captivante étreinte, et l’esprit païen, trop souvent excité par d’érotiques images, s’exaltait dans d’ardentes amours.
La Vénus Pliysica était le symbole de l’exaltation du sens même de l’amour et nous devons prendre son culte sous son véritable aspect, dans le sens païen : l’expression féminine du principe générateur déifié. La procréation étant de tous les mystères de la nature le plus propre à frapper l’imagination païenne, comme étant la source où s’alimente la vie ; il était rationnel d’adorer les causes de si grands effets. Mais de tels principes donnèrent fatalement naissance à la débauche, en déchaînant sur les hommes tous les éléments de la passion dans des sens surexcités par le plaisir. Du reste, au sujet de Vénus physique, Lucrèce peut nous édifier, quand il dit : « Le désir générateur n’est provoqué que par l’image humaine et ne triomphe qu’au siège même de l’amour... La passion n’est que le pressentiment de la volupté. » « Voilà notre Vénus, » s’écrie l’épicurien Lucrèce, « voilà l’origine du nom de l’amour! »
(1) Corp. insc. pomp. 26.
(2) Oielli, p. 282, n11 -P70. D autres inscriptions relatées au premier livre mentionnent aussi le nom de Vénus pompéienne.
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES
Tels sont les sentiments que traduisait Vénus physique, belle, voluptueuse, inassouvie et logiquement stérile; expression la plus frénétique de l’amour.
Les murs de Pompéi, sur ce point, sont assez instructifs, et tout en préservant du mauvais œil, les emblèmes ornant maints carrefours et habitations chantent assez haut le culte rendu à Vénus physique. Les divers cultes de la déesse étaient plus ou moins empreints des mêmes principes et les mœurs dissolues de l’époque, jointes aux goûts particuliers d’une ville où s’alliait à la beauté du site un climat enchanteur rempli de délices. Les roses de Pompéi étaient renommées, en pouvait-il être autrement; cette fleur n’est-elle pas préférée de Vénus ; ne dit-on pas que la rose rouge fut teinte du sang d’Aphrodite ?
En examinant quelques peintures et sculptures de Pompéi, nous voyons que Vénus était honorée sous différents aspects : à côté de la Vénus pandème à laquelle les sera tiae offraient une chèvre blanche il y avait l’amante de Mercure, l’Aphrodite par excellence, qui donna naissance à Hermaphrodite dont l’image est fréquemment représentée; puis vient celle qui naquit d’un germe céleste égaré dans la mer, la Vénus marine; on adorait aussi la fille de Jupiter et de Dioné, épouse de Vulcain, amoureuse de Mars; ou bien encore l’Astarté phénicienne amante d’Adonis que l’on confondait avec Isis et qui avait une grande analogie avec la déesse Syrienne amante d’Atys.
Mais à côté de ces modes vulgaires, nous rencontrons un type idéal, la Vénus céleste ou Uranie, fille du ciel et de la lumière, qui présidait au noble amour.
Jusqu’en 1898, aucun temple n’avait pu être attribué à la patronne de Pompéi ; mais les fouilles de cette même année ont amené la découverte d’un
Prêtresse de Vénus.
(Peinture du Musée de Naples.)
POMPEI
sanctuaire, qui, pour plusieurs raisons, peut être dédié à Vénus, quoique
aucun objet complet se rapportant à un culte spécial y ait été trouvé.
On a cependant découvert en ce lieu une tête de femme en porcelaine alexandrine d’une tonalité verdâtre , ainsi que les débris d’une statuette en marbre, dont divers détails rappellent ceux de Venus au bain inspirée de l’Aphrodite de Cnide.
De la cella de ce sanctuaire, situé proche de la mer, la déesse pouvait entendre le bruit de la vague ècumante qui lui rappelait sa naissance.
Deux épigrammes de l’Anthologie nous parlent dans ce sens : « Cette enceinte est à Vénus, car il lui plut, en tout temps, de voir le rivage de la mer scintillante...
Dans ces parages la mer est respectueusement craintive en voyant la statue de la déesse. » Puis cette autre : " Posthumus, ô Cythérée, t’a élevé ce temple que baigne la mer où tu es née... autour de toi se joue la mer qui te couvre de son écume au souffle des zéphirs. »
Le temple de Vénus devait donc être édiiié le plus près possible de la mer, et la seule place où actuellement on puisse le rencontrer est' bien l’endroit qu’occupe la nouvelle découverte, située entre la Basilique et la Porta Marina.
Lnlin une peinture qui existe encore dans une maison de la ville, placée
Vénus pompéienne.
(Peinture de la Casa di Castore e Polluce.)
LES TOMBEAUX. LES TEMPLES ET LES CULTES
juste en face ce temple, nous montre Venus (i) abordant sur la plage de Pompéi, portée par un triton et soutenue par l’Amour; la déesse, la tête nimbée de bleu, tient le sceptre d’or, insigne de sa souveraineté, tandis qu une femme personnifiant la ville, lui présente des offrandes déposées sur un autel orné de fleurs ; la mer borne l’horizon du tableau où brille un ciel chaud de couleur.
Quant au temple, il aurait été détruit par le tremblement de terre de
Ruines du temple de Vénus.
l’an 63, et était en reconstruction, aussi n’en reste-t-il que le podium ainsi que quelques fragments des murs de la cclla, et le socle qui supportait la statue de la divinité s’élève seul et dénudé. Autour, gisent épars de gros blocs de travertin apportés pour la taille, des colonnes cannelées, des chapiteaux de marbre et des morceaux de frises denticulées aussi nettes et pures que si elles venaient d’être terminées, encombrent le terrain. Les travaux en cours portaient sur 1 agrandissement du podium où des assises supplémentaires attestent un changement à la façade postérieure ; le devant du temple, au contraire, avait été réduit par une tranchée qui en supprimait une grande partie; les dalles de marbre blanc, où s’enchâssaient les bronzes sur lesquels les portes devaient pivoter, sont en place et ne paraissent pas avoir servi. De
(1) Planche en couleurs n° I.
WMTÎW
POMPEI
la cella , la mer est visible et le temple regardait vers Stabies où le golfe se courbe dans les côtes.
Une unique colonne, grosse et très courte, est couchée sur le chantier de construction que présente l’entourage du monument. A côté, de même diamètre, une base et un chapiteau à peine ébauchés attendent leur mise en place. Cette colonne était-elle destinée à supporter une grande statue de la divinité ? Vénus aurait ainsi dominé l’horizon, et les marins l’auraient invoquée en arrivant au port. Ce vieux temple possédait uii vaste péribole ou aire sacrée entourée d’un portique dont on suit la trace au chenal dessine en rectangle et qui courait au pied de la colonnade pour recevoir les eaux du toit.
L’emplacement était, certes, digne de la déesse protectrice dont les fêtes avaient lieu au printemps ; le mois d’avril lui était consacré, époque où la nature s’éveille et ne chante que l’amour, où la sève monte et où la terre reprend son action féconde, où le germe s’exaspère, où les fleurs éclosent et où les lièdes et capiteux effluves enivrent les cerveaux : tout s’unit pour chanter Vénus, la mère de la nature.
Bien des offrandes étaient déposées sur ses autels et
suspendues aux parois de son temple :
Une belle qui vieillissait consacrait son miroir à Vénus. Les courtisanes désireuses de mener une vie régulière dédiaient à la déesse les objets les plus divers, et des tableaux, reproduisant les portraits des donateurs, étaient accrochés dans le temple comme ex-voto. Line autre courtisane consacre à Vénus sa propre image, la ceinture qui embrassait son sein, le Pan (2) qu’elle
Offrande à Vénus.
(Peinture.)
1) Symbole des courtisanes qui sont tout à tous.
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LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET I.ES CULTES 69
aimait, son ballon et ses thyrses. Les jeunes filles lui offraient leurs jouets, des osselets et l’amoureuse colombe.
De toutes les images de Vénus représentées à Pompèi, la plus curieuse est la Vénus pompéienne. La déesse est alors couronnée d’un diadème d’or et entièrement vêtue d’une tunique bleu constellée d’étoiles jaunes; Vénus tient le sceptre et porte une branche de myrte ou d’olivier, appuyée sur un aviron ; l’Amour, placé à ses côtés, tient un bouclier.
La même ligure, avec les mêmes attributs, se trouve aussi dans une