‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 15 sur 76 · LE TEMPLE D’APOLLON. — APOLLON DIEU DE LA DIVINATION · texte numérisé non relu

LE TEMPLE D’APOLLON. — APOLLON DIEU DE LA DIVINATION

QUOIQUE l’esprit des derniers temps de Pompéi ait été à l’affût de nouvelles sensations, il y avait un culte ancien encore en honneur dans la cité campanienne. Apollon possédait un temple que l’on avait même agrandi et embelli.

Ce sanctuaire, construit avant l’époque samnite, ne comprenait alors que

la cella ; le portique qui l’entoure, soutenu par quarante-huit colonnes, est de construction plus récente. A l’origine les colonnes étaient d’ordre ionique; dans la dernière époque la décoration à stuc polychrome devint corinthienne. Il y eut même un mélange des deux styles, car les chapiteaux sont ionico-romain. Les parois des portiques furent enrichies de peintures, illustrant quelques scènes de l’Iliade, et des cellules pour les prêtres furent aménagées. Ce temple est hexastyle ; au pied du perron se trouve le principal autel où se lisent les noms des donateurs, puis une colonne ionique de marbre phrygien, supportant un cadran solaire (i), s élève isolée à gauche des degrés ; une tablette de marbre, attenant à cette

(i) Allusion probable à Apollon Hélios.

temple d'Apollon. Diane.

(Bronze du Musée de Naples.)

Temple d'Apollon.

les statues en bronze d’Apollon (i) et de Diane. De cette dernière statue, il n’existe que le torse, les bras et la tête aux yeux d’émail; elle semble avoir servi à rendre des oracles ; les prêtres devaient parler par un trou pratiqué dans la nuque, et le son de la voix s’échappait par la bouche de bronze entr’ouverte. Le mouvement de ces deux statues en bronze rappelle celui du groupe des Niobides.

Il y avait à l’entrée du temple des fontaines lustrales (le bénitier) où les fidèles faisaient leurs ablutions afin de se purifier avant d’invoquer le dieu. Dans le péribole se tenaient les assistants qui assistaient aux sacrifices, car la cella, très petite comme dans presque tous les temples de Pompèi, ne renfermait que la statue divine, et l’accès n’en était réservé qu’aux prêtres, aux camilli et à certains initiés.

(i) Voir la statue d'Apollon. Chap. vi, ni, a.

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colonne, porte une inscription mentionnant encore les noms des deux duumvirs qui en firent présent.

Le portique entourant le péribole avait son toit adossé à un grand mur qui fermait complètement l’entrée du temple et ses dépendances : seule une large ouverture avait été laissée pour la porte. Six socles placés devant les colonnes des portiques dans Y area supportaient les statues en marbre de Vénus et d’Hermaphrodite, datant de l’époque pré-romaine ; celle de Bacchus avec les oreilles de satyre; les hennés en marbre de Maia (?) et de Mercure:

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A gauche, près de l’entrée de la cclla se trouve, placé à terre, Vomphalos de’ pierre, symbole d’Apollon, dont on retrouve la figuration sur quelques monnaies de Grèce et de Naples, sur d’anciens vases et dans plusieurs peintures de Pompèi.

Dans ce temple, la présence d’un omphalos — dont la résille sculptée en relief sur la pierre ovoïde a disparu par le temps, sauf sur le côté gauche où on la sent encore au toucher — indique qu’à Pompèi, Apollon fut surtout

invoqué comme dieu prophétique, comme dieu de la divination, et le trépied, qui était représenté sur un des piliers de droite, dans V area du temple, vient encore accentuer ce caractère.

Un indice de l’ancienneté du culte d’Apollon à Pompèi se trouve sur le sol même de la cella, où, dans le dallage, sur une bande de marbre, se voit une inscription osque tracée au pointillé et que nous avons relevée; elle est ainsi conçue en écriture rétrograde :

Voici l’interprétation qu’en donne M. Mau ;

O Kamp [a/iiès... kva] isstur kombenni [eis tanginud ] Apcllu neis eitiuv [ad... upu] aunu aaman [afp] ed.

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Puis la traduction : O (ppius) Camp (anius) a, sur la décision du conseil et avec le trésor d’Apollon, tait exécuter un certain ouvrage (le pavement du temple?). Dans la colla se trouvait aussi l’inscription latine suivante : « A la déesse Tel lus, Marcus Fabius second, fait son vœu avec la permission des édiles Aldus Ordianius et Tiberius Julius Rufus. »

Sacrifice à Apollon. (Peinture de la maison des Vetlii.)

L 'omphalos, le trépied et la déesse Fellus (la même que Gaea, la Terre) nous rappellent le sanctuaire de Delphes, célèbre par le culte que l’on rendait

à Apollon. Il avait été fondé par Gaea qui y avait été honorée avant le dieu; aussi l’oracle de Delphes était-il essentiellement un oracle de la Terre dont Gaea était la personnification (i).

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Le serpent qui entoure V omphalos, et représenté dans plusieurs peintures, ne serait autre que Python -dont la peau recrouvrait le trépied de la pythonisse ; aussi est-il figuré inerte autour de Y omphalos, c’est le trophée d’Apollon vainqueur.

Trépied avec T « omphalos ».

(Peinture de la maison des Vcttii.)

Y' omphalos (2) sert aussi quelquefois de base au trépied u""'1 d’Apollon; sa forme se rapprocherait de l’œuf, emblème du monde chez les

(1} Delphes étaii considéré par les anciens comme étant le centre, le nombril de la terre.

(2) Rappelons aussi, que dans les temps les plus reculés, les dieux étaient adorés sous la simple forme de pierres (litholâtrie) ; à Paphos, dans le sanctuaire le plus vénéré d’Aphrodite, la Vénus asiatique était représentée sous la forme d’une pierre conique blanche, entourée de flambeaux, et Tacite rapporte que Titus, en visitant Cypre, vit la déesse représentée sous cette forme dans son temple. Hercule en Béotie, Eros à Thespies, ainsi que Diane à Perga et Apollon à Ambracie, étaient symbolisés par une pyramide de pierre plus ou moins haute ; V omphalos spécial de l’Apollon delphinien est toujours revêtu d’une résille et les pierres divines étaient souvent habillées pendant les

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Egyptien* ou plutôt de la mamelle productive de Gaea, la Mère universelle,

la plus ancienne des divinités « qui nourrit sur son sol tout ce qui existe (i). » Toutefois l’omphalos delphien représente le nombril de la Terre recouvert de bandelettes et dont parle Strabon.

Armé de l’arc, l’Apollon Pythien était l’Apollon medicus des Romains dont les traits engendraient puis détruisaient les maux dont l’homme souffrait (2). Le serpent Python était l'image des émanations putrides qui se dégagent de la terre sous l’action trop ardente des rayons du Soleil ; Apollon Phœbus, cause des maux, se trouve compensé par Apollon Pythien qui se sert des mêmes traits pour pourrir le monstre, chassant ainsi la Fièvre (3) et ramenant la Vie. Aussi suppliait-on le dieu, d’abord pour le prier d’adoucir ses rayons, et l’implorait-on dans les calamités publiques dues aux épidémies en lui offrant des sacrifices expiatoires.

A Pompéi, on voit aussi Apollon citharède dans les sculptures et les peintures ; il porte alors des rayons ou une auréole. C’est Phœbus bienfaiteur, envoyant la douce lumière qui

ceremonies. Ainsi sur les monnaies de Séleucie, la pierre de Zeus Casios est recouverte d’un re'scau semblable à Yomphalos de Delphes.

1) Hymne home'rique à Gaea.

En 432 avant J.-C., les Romains élevèrent un temple a Apollon Medicus selon un vœu formulé pendant la peste (Tite-Livc, XL., 5i). Suivant le même auteur (I, 56), les Romains se seraient mis, dès l’origine, en rapport avec l’oracle de Delphes (3) A Rome, il y eut un temple élevé à la Fièvre.

Apollon. (Peinture de la Casa del Citaristi.]

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donne V harmonie à la Nature, symbolisée gracieusement par le Cithare. C’est ce même sentiment musical, effet de l’inspiration, qui fitqu’Apollonfut considéré comme la source divine où les poètes puisaient leurs chants les plus purs et les plus enthousiastes. Cette inspiration est en même temps le sens prophétique dont Apollon est l’incarnation. Puis l’Apollon, prophète par son oracle, est aussi le dieu fondateur des colonies qui avaient souvent pour origine les prescriptions d’un oracle (i).

Pompéi, ville hellénisée, a donc pu élever un temple à Apollon delphinien dieu de la navigation, dont l’étymologie se confond avec le mot dauphin (AsXcptv) car Apollon navigateur est le dauphin dont il avait pris la forme (2).

Enfin, sur d’autres peintures, le corbeau, — l’oiseau fatidique, — figure à côté d’Apollon accompagné du trépied, accusant encore la vertu divinatrice du dieu.

{1) Decharme, Mythologie de la Gr èce antique.

(2) Hvm. hom. Apoll. Pyth.

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