LES FEMMES ET LE CULTE D’ISIS
N temple dut être encore plus fréquenté que celui d’Apollon, surtout
dans la dernière époque, ce fut celui d’Isis. Il était sans contredit le monument religieux le plus riche, grâce à la grande faveur dont
jouissait le culte égyptien, qui, accepté depuis longtemps à Pompéi, ne l’était pas de même à Rome.
Nous lisons en effet dans Valère Maxime, qu’en l’an 534 de Rome (plus de deux siècles av. J.-C.) le Sénat ordonna la démolition du temple d’Isis et de Sérapis, mais aucun ouvrier ne voulut y porter la main; alors le consul S. Aemilius Paulus, quittant sa robe prétexte et saisissant une hache, frappa lui-même les portes du temple ; le peuple craintif n’osait profaner ce qu’il croyait sacré. Ce fut seulement sous la dictature de Sylla que le culte isiaque s’introduisit officiellement à Rome. En Campanie, bien avant cette époque, Isis avait des autels, car les influences gréco-égyptiennes, qui se firent sentir à l’époque des Ptolémées, ont laissé des traces nombreuses à Pompéi où l’art alexandrin domine en maître; il 11’est donc pas étonnant de voir le culte des divinités d’Alexandrie prendre un regain de popularité au moment où les soldats de César revinrent épris des charmes de l’Égypte.
Les Pompéiens dévoués à Vénus, trouvèrent certainement qu’Isis se rapportait sur un point essentiel à leur divinité protectrice. Dans Vénus, ils adoraient le principe féminin de la fécondité en toute chose ; nous retrouvons la même idée avec Isis qui représente dans la Nature la substance femelle,
BannHi
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« l’Epouse qui reçoit le germe productif (i) ». Aussi croyons-nous voir à l’Isium de Pompéi, parmi les attributs isiaques et alexandrins d’un pilastre du purgatorium , un germe figurer dans l’organe femelle qu’entourent des épis de blè — symbole de la fécondité — dont Isis avait enseigné aux hommes la culture pour les détourner de l’anthropophagie.
Mais le culte d’Isis est extérieurement moins matériel que celui de
Temple d'Isis
Vénus, il est même l’expression mystique et poétique de l’amour. Isis donne l’affection dans la communion de deux êtres initiés aux mêmes symboles, ennemis des excès et des faiblesses, mais n’est pas accessible à tous par l’élévation de son principe. Cette religion demande du mystère et enveloppe d’un voile les secmts de la Nature honorée dans un véritable sacerdoce. Le bonheur qu’elle verse aux initiés par le baume délicat d’un amour subtil, et le tact particulier de ce culte où la vulgarité des sens est cachée aux yeux des pro-
(i) Lafaye, Histoire des cultes d’Alexandrie.
fanes, fit de la religion isiaqiîe le refuge des âmes païennes éprises d’idéal, et que les grossièretés du panthéisme gréco-romain ne satisfaisaient plus.
Puis, l’esprit initial théogonique de sa doctrine attira les cœurs par sa simplification monothéiste, en synthétisant dans Isis toutes les forces et toutes les grâces de la Nature. Elle est la Femme belle et glorieuse ; elle est la Mère de chacun, douce et miséricordieuse, elle personnifie la tendresse (i) prodiguant le bonheur ici-bas et promettant une vie future et sereine ; elle est la Sœur spirituelle, le Génie de l’âme compatissante, aimante et secourable; elle est l’Épouse consolatrice, prodiguant ses caresses, amante sincère, offrant des jouissances célestes. Elle est la Providence; la Bonne Mère, la Bonne Déesse. Les raffinés de la vie accueillirent son culte avec faveur, un peu en dilettanti, car il leur procura, par son charme secret et par l’idéalisation de la matière, une sensation nouvelle bien faite pour séduire les âmes délicates.
On était isiaque de père en fils, de mère en fille ; Isis devient la divinité véritable. C’est en Isis que l’on croit quand on croit en Dieu, dit Juvènal. Elle est la seconde personne de la triade égyptienne Sérapis-Osiris, Isis, ILorus-Harpocrate. Le principe du culte isiaque était très élevé et ses tendances étaient morales et pures malgré sa sensualité timide et déguisée; il eut sur les anciens quelques effets salutaires en les éloignant un peu de la grossière impureté, leur ordonnant même des purifications afin d’opérer une renais-
Stucs du « purgatorium ».
Attributs alexandrins et îsiaques (2). sance à l’âme mieux préparée à l’amour idéal qui guérit.
(1) Lafaye, Histoire des cultes d’Alexandrie.
(2) Le détail des stucs est assez dégradé, surtout dans les nos i et 6 : i° L’Aigle des Ptolémées ou plutôt un amour volant. — 2° Un bucrane. — 3° L’uraeus irradié. — 40 L’oie consacrée à Isis. — 5° Un pygmée gladiateur. — 6° Osiris barbu (?) coiffé d’une tête de vautour, dont l’hiéroglyphe signifie père. — 70 Organe féminin et un germe entourés d’épis de blé; emblème de la fécondité. • — 8° Le vase sacré. — 9° Le sistre.
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Son désir était la connaissance de Dieu qui, dit Plutarque, est le premier de nos devoirs ; les devoirs envers les hommes n’étaient pas non plus oubliés dans ce culte ; au livre des morts (i) le défunt dit à ses juges : « J’ai pratiqué la justice sur la terre, je n’ai pas tourmenté les malheureux, je n’ai pas attiré de mauvais traitement sur l’esclave, je n’ai pas fait pleurer, je n’ai pas tué » ; puis il ajoute • « J'ai donné du pain à celui qui avait faim, de l’eau à celui qui avait soif. » C’est bien la charité, sentiment peu conforme avec le reste du paganisme. La religion isiaque provoquait donc une véritable métamorphose dans le cœur humain, faisant vibrer en lui ce que la nature a de bon et de généreux. Sérapis cependant inspire la crainte, mais elle est salutaire, car il défend aux hommes de se nuire et il maintient la concorde.
Cependant il est présumable que dans la pratique, les belles théories n’eurent pas toujours une application austère, surtout avec
l’Isis de Pompéi à la physionomie égypto-greeque ou alexandrine ; la complaisante Isis « lena », dit irrévérencieusement Juvénal, était bonne fille, elle fut pleine de suavité.
Adorer Isis, la Mère de la nature ou la Nature ellemême, c’était bien honorer le génie de Vénus auquel on associait Bacchus qui, en Égypte, n’était autre qu’Osiris, car Vénus et Bacchus avaient leurs statues dans le temple d’isis, promiscuité peu de nature à rendre chaste le culte égyptien de Pompéi.
Temple d'Isis. Stntuc de Vénus.
(Marbre du Musée de Naples.)
(i) Lafaye, ouv. cité, p. 93.
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Toutefois dans la maison de Julia Félix, habitée par une isiaque fervente, il existait une peinture représentant Isis, Anubis, Osiris et Horus, décorant un sacellum, où une niche était occupée par un beau trépied de bronze alexandrin
soutenu par trois figures adossées de faunes ithyphalliques, dont le geste identique du bras et de la main indique probablement que le mystère ne peut être consommé par tous (1).
La religion isiaque ne fut pas observée partout avec le même cérémonial ; la doctrine même et ses symboles subirent des variations par suite des identifications locales d’Isis avec une autre divinité.
Dans Apulée et Plutarque, nous trouvons détaillées les diverses phases religieuses et sacerdotales du culte égyptien.
Beaucoup de prêtres isiaques étaient reclus en Egypte (2), ainsi que les prêtresses, et formaient des collèges dont le chef s’appelait le père (3) , mais les pit stophores (nom que portaient ces religieux séculiers) habitèrent aussi près des temples, à la pastophoria (presbytère) afin d’être toujours prêts à exercer leur ministère.
Ils eurent souvent une existence mortifiée (4) ; ces
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Temple d'Isis. Statue de Bucclius (Marbre du Musée de Naples.)
Trépied en bronze de Julia Félix (Musée secret de Naples.)
(1) Il est utile de faire remarquer que les anciennes peintures égyptiennes représentent un personnage ithyphallique dans la célébration de plusieurs cérémonies religieuses. Du reste, sous les Romains, les Vestales adoraient le dieu de Lampsaque, lui vouant leur virginité dans un culte plein de désirs interdits.
(2) C était probablement de ces pays que devaient venir les pastophores , car dans quelques peintures isiaques, le prêtre est plus coloré de peau que les autres personnages.
(3) Lafaye. Ouvr. cité.
(4) Exemples que l’on retrouve dans quelques cultes orientaux et dont celui de Cybèle pourrait se rapprocher.
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ascètes devaient s’abstenir des plaisirs de l’amour et de la table ; ne devaient pas manger de viande, ni se servir de sel ; le vin leur était interdit ainsi que tout aliment qui ait eu vie ; ils ne devaient boucher aucune source ni détruire aucun arbre fruitier ; même la laine n’était point tolérée pour se vêtir comme provenant d’un être vivant. Ces religieux s’érigeaient donc en protecteurs de la Nature et ne pouvaient supporter que l’on détruisit son harmonie, veillant avec un soin jaloux à sa conservation.
Il y avait plusieurs catégories de prêtres isiaques : les Hiérophores et les Iliérostoles dont les habits sacerdotaux de couleur sombre rehaussés d’ornements
brillants étaient l’image des doctrines mystérieuses et évidentes. Ces prêtres portaient des vêtements de lin au bord frangé et avaient la tête rasée, mais il y avait une certaine catégorie de thuriféraires et d’acolytes auxquels on laissait la barbe et les cheveux, comme nous le voyons dans une peinture du musée de Naples (i).
La religion égyptienne fut envahissante et les poètes romains ne la louent guère : souvent les prêtres d’Isis n’auraient été que des mendiants qui, pour quelque aumône, lisaient dans les astres, exploitant la crédulité publique. Chaque initiation nouvelle et les phases diverses qu’elle comportait devinrent le prétexte à de fréquents appels à la bourse du néophyte, auquel, par une habile mise en scène, on faisait voirdes merveilles fantastiques; tel le soleil en pleine nuit (2) ; puis la divinité s’offrait en communion intime, laissant l’initié dans une
(1) Voir au musée Guimet, la Salle d’Isis.
(2) Apulée.
(Peinture du temple d’Isis. Musée de Naples.)
Prêtres isiaques.
(Peinture du temple d'Isis. Musée de Naples.)
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Culte d'Isis. Aspersion de l'eau sacrée. (Peinture d Herculanum. Musée de Naples.)
POMPEI
mystique extase; il voyait alors des choses qu’il ne pouvait raconter et vouait son existence à la déesse adorée. On fêtait Isis dans diverses solennités et on célébrait la naissance, la passion, la mort et la résurrection d’Osiris.
Des peintures du musée de Naples nous montrent quelques cérémonies
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isiaques, dont une des plus curieuses devait être celle qui se célébrait le 15 mars, jour de la fête du Vaisseau d'Isis, très populaire sur les côtes de la
Fête du Vaisseau d’Isis. (Peinture de llsium, Musée de Naples.)
Méditerranée. De l’Isium de Pompèi, on se rendait en procession au bord de la mer où des vaisseaux échoués et ramenés au rivage pendant l’année étaient solennellement relancés dans les flots. Un vaisseau neuf était aussi envoyé à la mer le même jour, c’était le signal de la reprise delà navigation ; des peintures du temple d’Isis représentent les navires ainsi offerts à la déesse dont ils portaient le nom.
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Le programme des exercices du culte comportait aussi des danses, et nous voyons un personnage barbu, la tête ornée de feuillage et de la fleur de lotus, emblème de la résurrection, exécuter probablement un ries pas de la passion d’Osi ris que pourrait rappeler la danse du ventre, dans laquelle nous devons voir certainement la mimique d’un poème religieux.
Un autre sujet représente une nouvelle cérémonie où le grand prêtre, la tête rasée et vêtu de lin, livre à l’adoration des fidèles l’eau sacrée du Nil contenue dans un vase, symbolisant la force fécondante de la Nature, figure du Nil fertilisateur de l’Egypte; un
autel où brûlent des parfums et des offrandes est placé au bas des degrés du temple et un prêtre active avec un éventail le feu sacré. Des musiciens jouent de la flûte et les assistants agitent le sistre.
Des scènes analogues ont dû se passer à Visio ni de Pompéi qui avait été détruit par le tremblement de terre, en l’an 63, mais il fut reconstruit aux frais de Nonnius Popidius Celsinus, comme le dit l’inscription placée audessus de la porte latérale donnant sur la rue. En reconnaissance, les décurions associèrent gratis Popidius à leur ordre.
La p>orte du temple, placée latéralement, était close par trois battants et surmontée d’une inscription relative à la reconstruction de l’édilice auquel on accédait par un portique entourant l’enceinte sacrée. Sur les murs de l’ambulacum se marient des peintures dont l’une représente un prêtre vêtu
Cérémonie isiaque. La danse sacrée.
(Peinture d’Herculanum. Musée de Naples.)
Vaisseau d'Isis, modèle liburnien. (Peinture de H sium. Musée de Naples.)
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de blanc, tenir deux candélabres allumés devant une figure d’Harpocrate.
Le sanctuaire proprement dit est isolé et s’élève de sept degrés, il est précédé d’un péristyle formé de quatre colonnes corinthiennes de face et de deux en retour ; à l’extérieur des antes il y a des niches pour les idoles devant lesquelles s’élevaient des petits autels ; le fond de la cella est occupé par un large piédestal voûté et percé de deux lucarnes mises en communication avec un souterrain auquel on accédait par un escalier extérieur. Là, probablement, le prêtre caché dans
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Cérémonie isiaque. L’adoration de l'eau sacrée. (Peinture d'Herculanum. Musée de Naples.)
ce réduit (i) rendait des oracles au publicqui se pressait pour admirer la déesse dans sa gloire. Les statues que renfermait la cella n’ont pas été retrouvées, faut-il en voir les restes dans les débris de statues de bois avec têtes, pieds et mains de marbre (acrolithe), dont un homme et trois femmes. Dans l’ ambulacrum occidental se trouvaient adossés au mur une statue. en marbre de Vénus se tordant les cheveux et d’Isis en marbre colorié et doré, donnée par Caecilius Plroebus; non loin, s’élevait l’hermès d’un isiaque fervent, l’acteur C. Norbanus Sorex.
De chaque côté de la porte d’entrée, percée dans le mur du péribole, il y avait deux vasques pour l’eau lustrale et un socle de marbre que Fiorelli croit avoir servi à supporter le tronc où l’on déposait les offrandes.
Derrière le sanctuaire, dans le mur, existe une niche où prenait place une statuette de Bacchus donnée par N. Popidius ampliatus.
(i) Fiorelli. j Descriqione di Pompei.
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Norbanus Sorex, acteur.
(Bronze du Musée de Naples.)
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Les oreilles de stuc encore moulées dans la niche indiquent que les prières seront entendues. Au clievet du monument se trouve une grande salle, la Schola, qui a pu servir de lieu de réunion aux habitués des cérémonies isiaques et de salle de conférences où l’on exhortait les fidèles.
Cette salle, pavée d’une mosaïque, portait une inscription au nom du même Numerius Popidius Ampliatus et de sa mère Cornelia Celsa.
Un sistre à tête de chat et un monopodium de marbre furent trouvés Temple dIsls. Vasque marbre, pour l'eau lustrale.
j i 1 i • ■ 1 • j 1 (Musée de Naples.)
clans la oc ho la qui possédait deux
grandes peintures dont l’une représente Io délivrée d’Argus par Mercure;
« Purgatorium » du temple d'isis.
dans l’autre on voit Io portée par le Nil, débarquer en Égypte et reçue par Isis qui tient Vu meus, le serpent sacré, tandis que ses compagnes agitent le
sistre; dans le coin de droite, Harpocrate indique le silence mystérieux. Ensuite vient le Sacrarium qui était le lieu où l’on devait conserver les trésors offerts par la piété des initiés et dont les parois étaient ornées de peintures représentant Bacchus, Narcisse, Chiron instruisant Achille, Paris et une divinité fluviale (le Sarno ?). Nous voyons ensuite une peinture rappelant
Io débarquant en Égypte. (Peinture de l'isium. Musée de Naples.)
celles des lararia et où des serpents agathodémons entourent Isis, assise sur un trône, ayant à ses côtés Osiris barbu, vêtu d’une longue tunique, la tête ornée du lotus et d’un nimbe, le sceptre en main et ayant entre ses pieds une tête humaine. Typhon nu est assis, les mains posées sur les genoux en une pose hiératique. Puis entre deux énormes têtes, cinq fois grandes comme nature, ayant une barbe et le crâne surmonté de la fleur du lotus (Plutus- Sérapis) nous voyons une Égyptienne montée sur une barque, en remorquer une autre où l’on voit un oiseau enfermé dans une cage. Au même endroit
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES g,
on trouva aussi une statue de dieu barbu que l’on suppose être un Priape, et dans une niche figurait une divinité égyptienne, en porcelaine verdâtre, assise et coiffée du klaft, le corps couvert d’hiéroglyphes ; puis des sphinx porteurs de la fleur de lotus (i).
Un petit monument ayant la forme d un temple et placé dans le péribole, à gauche, sur le devant de la cella, a souvent été pris pour le lieu d’initiation ; i! n’aurait servi qu’à abriter le réservoir de l’eau sacrée, auquel on accédait par un étroit escalier : ce lieu pourrait s’appeler un purgatoriiim. Les murs extérieurs sont décorés de stucs où sont sculptés des motifs symboliques ; sur deux parois nous voyons deux groupes décoratifs, l’un représente Mars et Vénus enlacés entre deux amours; dans l’autre, Mercure entraîne Proserpine où la nymphe Lara; deux amours encadrent encore le sujet. Vis-à-vis cet édicule, s’élève un autel où l’on consommait les offrandes pendant le sacrifice et dont on jetait les cendres dans une fosse située à côté.
Bien des objets furent trouvés dans le temple; un trépied de bronze supporté par des sphinx et un petit autel portatif ; daqs la Schola on découvrit deux candélabres de bronze et deux colfrets en bois contenant divers objets dont deux chandeliers de bronze et une petite tasse en or, puis un croissant en argent et une main en marbre, symbole de la justice et qui figurait aux processions, ainsi que le dit Apulée.
Sur trois faces d’un des piliers du péristyle il existait trois pierres hiéroglyphiques, mais elles n’offrent rien d’intéressant et portent des traces de couleur noire, verte et rouge.
Il fut aussi trouvé une stèle funéraire de pierre alabastine dont le haut est occupé par quatorze figures de divinités dont deux ont le visage humain
Trépied isiaquc.
(Bronze du Musée de Naples.)
(i) Voy. Lafaye, ouvr. cité.
POMPEI
et adorent Osiris représenté avec ses attributs démiurgiques ; dans le bas est tracée une inscription hiéroglyphique de vingt lignes que Champollion interprète de la manière suivante : « Ceci est commémoration publique des prêtres d’Horus et autres divinités des régions d’en bas, modérateur de la lumière, flambeau qui éclaire le monde, Auguste, Gracieux (i). »
Parmi les nombreux objets relatifs au culte isiaque recueillis à Pompéi, il se trouve un vase bien curieux que de Clarac a étudié (2). Il est en argent et gravé, et fut trouvé au Forum triangulaire à côté d’un squelette. Sa forme ovale se retrouve dans les peintures relatives à la religion égyptienne, rappelant le goutte d’eau ou l’œuf auquel était attaché un sens mystérieux; le
Vase en argent du culte d'Isis et détails de ce vase.
(D'après de Clarac.)
vase a aussi sa partie supérieure terminée en forme de croissant, figurant Isis regardée comme la Lune que l’on croyait avoir une grande influence sur les débordements du Nil, cause de la richesse de l’Egypte. Apulée parle également d’un vase en forme de mamelle d’où découlait du lait ; Isis, la Mère de la Nature, entretenait la vie des êtres qu’elle avait engendrés. Mais, fait remarquer de Clarac, ce vase n’est pas percé, il ne pouvait donc être qu’une imitation du vase d’Apulée et servait à contenir l’eau sacrée, rappelant celle du Nil bienfaisant et son principe fécondant.
Parmi les détails qui ornent ce vase, nous voyons Isis coiffée de la poule de Numidie, espèce de vautour particulier à l’Égypte dont la figure hiéroglyphique signifie le mot mère. Elle tient un crocodile, emblème du Nil. Le
(1) Domenico Monaco. Guide du Musée de Naples.
(2) Fouilles faites à Pompéi le 18 mars 1 8 1 3 - Articles insérés dans le Journal français de Naples les 4, 5, 6 et 7 avril 18 1 3, et in-8°, 93 pages, avec i5 planches.
LES TOMBEAUX
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serpent est Yurcu'iis, symbole de la puissance divine ; le bélier représente Am mon, le même que le Jupiter grec. La seconde figure de femme serait encore Isis, où la prêtresse d’Isis, représentée souvent de même façon que la déesse. Cette figure, coiffée de la fleur de lotus, emblème de la résurrection, tient le vase d’eau sacrée et le sistre, instrument religieux des Égyptiens dont la partie ronde représente le monde, dit Plutarque, et les quatre baguettes, les quatre éléments ; le sistre agité symbolisait la Nature toujours en mouvement.
Puis, sur l’autel suivant est Anubis sous la figure d’un singe au museau de chien (le cynocéphale), que les Égyptiens avaient placé parmi les animaux sacrés. Comme Anubis se confond avec Hermanubis, le Mercure égyptien, il est probable que l’objet que tient le singe est un caducée.
Si maintenant, nous voulons assister au dernier acte d’une initiation isiaque, Apulée, avec beaucoup de minutie, nous en donne les détails. Nous 11e prendrons que les plus caractéristiques : nous voyons Lucius, après s’être purifié par les. abstinences et les ablutions, s'avancer vêtu de douze robes sacerdotales et couvert d’un vêtement de lin orné de fleurs peintes ; de ses épaules jusqu’à terre chlamyde. De quelque côté qu’011 le regardât, il était chamarré d’animaux de toutes couleurs ; des dragons de l’Inde, des griffons hyperboréens, des quadrupèdes imaginaires ailés comme des oiseaux ; ce vêtement était appelé par les prêtres étole olympiaque. Tenant alors une torche allumée et couronnée de laurier dont les feuilles se dressaient comme des rayons autour de son visage, Lucius orné ainsi que le soleil, et figé comme une véritable statue est livré aux regards de la foule attentive.
A la suite de cette cérémonie, Lucius célébra l 'heureux jour de cette sainte renaissance par un repas délicat et de joyeux banquets. La même formalité et le déjeuner religieux se répétèrent durant trois jours, puis nous l’entendons adresser à la déesse une fervente prière, dans laquelle Lucius donne à la seule
pendait une magnifique
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