LE TEMPLE DE LA FORTUNE AUGUSTE, — LA FONTAINE DE MERCURE
RACE à des traits de ressemblance avec Isis, une divinité grécoromaine subit aussi l’influence isiaque, ce tut la Fortune ( Fortuna ou Tyché) ; Isis prêta une partie de ses attributs à Fortuna qui, tout en conservant ses emblèmes caractéristiques, — gouvernail et corne d’abondance — se vit affublée d’une coiffure où la fleur de lotus, le croissant l’uræus, le modius et le sistre formèrent un couronnement monumental d’un effet bizarre; ainsi naquit Isityché dont il existait à Pompéi de petites statuettes.
Mais dans l’Empire romain, la Fortune portait le titre officie] : Fortuna Augusta, et à Pompéi, où son culte lut introduit l’an 3 ap. J.-C., un temple lui était consacré ; ce monument est dû à la munificence d’un personnage romain qui a pu être de la famille de Cicéron, un Tullius.
L’édifice est petit et fut rebâti en l’an 63, mais était richement orné de marbres blancs ; le soubassement est divisé par un palier sur lequel s’élève l’autel des sacrifices que l’on voit placé sur la thyniélè (1), et quelques fragments d’une grille fermant l’entrée d’un temple existent encore. Le
(1) Plate-forme extérieure d’un temple, destinée à un autel.
Isityché. (Statuette de bronze du Musée de Naples.)
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES 9
pronaos n’avait que quatre colonnes portant l’architrave où se lisait la dédicace suivante :
M ■ TVLLIVS - M-F-D-V-I-D - TER • QVINQ • AVGVR ■ TR . MIL .
A • POP • AIÎDEM FORTUNAE AVGVST • SOLO ET PEQ ■ SVA
« Marcus Tullius, fils de Marcus, duumvir juge pour la troisième fois,
Temple de la Fortune Auguste.
quinquennal, augure, tribun militaire élu par le peuple, éleva sur son sol. et à ses frais le temple de la Fortune Auguste. »
Une autre inscription fait connaître que les esclaves de Vettius, de Caesia Prima, de Numitor et de Lucutulantus étaient premiers ministres de la Fortune Auguste; enfin, outre la figure de la divinité, le temple renfermait la statue de Tullius et de sa femme.
La Fortune Auguste était surtout invoquée pendant les voyages de l’empereur afin de lui assurer un bon retour; mais les mortels avaient droit à ses faveurs.
La Fortune 11’était pas toujours clémente ; un Alexandrin, Palladas, nous
POMPE
dit « qu’elle ne connaît ni raison, ni loi, elle tyrannise les humains, entraînant tout dans son cours capricieux ; de préférence elle incline vers les méchants, elle hait les bons comme pour montrer sa puissance aveugle et brutale. Par quel moyen, dit-il, maîtriserais-je la Fortune qui de sa cachette nous épie et nous surprend, ayant toutes les allures d’une courtisane (i) ?
Si la Fortune était invoquée, elle n’inspirait pas souvent une grande confiance et l’on craignait ses décisions plus qu'on, ne les désirait. Seulement, la Fortune avait un zélé dispensateur de ses faveurs dans Mercure, ce dieu pourvoyeur, qui devait souvent être invoqué dans une ville de négoce comme l’était Pompéi (2).
Mercure n’a plus de temple à Pompéi depuis que l’on a découvert que Vespasien devait en être le titulaire; mais il y a une fontaine qui porte son effigie, située rue de Mercure, non loin du Forum civil. Les commerçants pouvaient venir à cette fontaine, comme à celle de la porte Capène à Rome, chercher de l’eau dans un vase purifié et y plonger une branche de laurier avec laquelle ils aspergeaient tous les objets qui devaient passer à de nouveaux maîtres. Le railleur Ovide dit que d’une voix accoutumée à tromper, le marchand prononçait ensuite cette prière : « Efface mes parjures passés, efface les mensonges de mes discours passés, soit qu’à l’appui d’une imposture j’aie invoqué ton nom ou le nom de Jupiter qui ne m’entendrait pas; soit qu’à dessein j’aie trompé quelque autre dieu ou déesse. Que les vents légers emportent mes paroles coupables! Grâce aussi pour mes parjures à venir! Si j’en commets encore, qu’ils n’attirent point l’attention des dieux. Donne-moi le gain seulement... donne-moi la joie qui suit le gain, et que toujours je m’applaudisse du marché fait avec mon acheteur... » Ovide ajoute que Mercure, à cette prière, sourit du haut des cieux!
(1) Anth. grecq.
(2) Nous voyons, sur une peinture provenant de Pompéi, la Fortune envoyant, à travers le monde, Mercure porteur d’une bourse remplie. Ce sujet est répété plusieurs fois sur les murs de la ville.