LE TEMPLE DE JUPITER MEILICHIOS. — LE TE L'AUTEL DES SACRIFICES
N dehors des dévotions spéciales, il en était
Romain ne pouvait échapper ; c’était d’ho-
-1— > norer dans une même vénération Jupiter, Junon et Minerve, les divinités Capitolines, qui avaient pris possession d’un petit temple, adossé à celui d’Isis, connu sous le nom de temple d' Escalope à cause des nombreux ex-voto de terre-cuite, pieds, mains, mamelles, utérus, etc., qui y furent trouvés. En tous les cas, dans ce sanctuaire était invoquée une divinité médicale, car un buste en terre-cuite de Minerva medica y fut trouvé à côté desstatues, en même matière, de Jupiter et de Junon.
Il est possible cependant, que le Jupiter honoré dans ce temple, aux derniers temps de Pompéi, fût J upiter- Sérapis que les Romains considéraient comme étant doué de vertus propres à la guérison des maladies.
Nous voyons à Pompéi, surtout après l’an 63, les Romains profiter des désastres du premier tremblement de terre pour réformer, selon leur goût, les Pompéiens honoraient; tel ce temple, qui était prin
Statue de Jupiter. (Terre cuite du Musée de Naples.)
POMPEI
une inscription osque, à Jupiter Meilichios( qui accueille les sacrifices) et dont les anciens chapiteaux à figures représenteraient la physionomie. Quant au temple par lui-iuême, il est le plus petit de Pompéi ; on y pénétrait par un portique dont le toit était soutenu par deux colonnes disparues aujourd’hui, une petite salle contiguë devait renfermer les objets du culte, ou bien servait à loger les malades qui venaient implorer la guérison. Puis, dans l’area se dresse l’autel de style archaïque orné de triglyplies ; neuf degrés conduisent à la cella précédée d’un pronaos avec quatre colonnes de face.
A côté des ex-voto en terre cuite trouvés en ce lieu, il dut y exister d’autres preuves de la reconnaissance des Pompéiens à une divinité médicale. Des tableaux votifs étaient aussi offerts, reproduisant les accidents et les dangers auxquels on avait échappé. De nos jours, si l’on veut se rendre compte de l’elfet produit par ces images, il n’est besoin que d’entrer dans l’église San Agostino, à Rome, où il y a une exposition permanente des plus pittoresques.
Trois édifices religieux proprement dits restent encore à connaître : le temple de Vespasien, celui de Jupiter et le sacellum d’Auguste ou Augusteum.
Le temple de Vespasien, commencé aprèsl’an 63, ne fut jamais achevé, il était très petit et son vestibule, couvert d’un toit soutenu par quatre colonnes, laissait à découvert toute la cella à laquelle on avait accès par deux perrons placés de chaque côté, et dont les premières marches étaient contre le mur du fond, de sorte que sur la façade, les degrés n’étaient pas visibles. Devant ce petit sanctuaire s’élève un autel de beau marbre blanc, décoré de sculptures qui 11’ont pas grande valeur artistique, mais dont les détails offrent quelque intérêt. Sur la face antérieure de l’autel, le Popa, assisté de deux aides, conduit le taureau destiné au sacrifice, un victimaire, nu jusqu’à la ceinture, a le bas du corps revêtu du limus et tient un marteau. Le sacrificateur est un magistrat, proba-
Slutue de Junon. (Terre cuite du Musée de Naples.)
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES
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blemcnt un Augustale, comme on le reconnaît à son cortège armé ; il répand une libation sur le trépied; derrière, se trouve le camillus portant le siwpulum et la pa ter a, ayant sur les épaules la vitta ; plus loin, un jeune homme,
Temple de Jupiter Meiliclnos.
le futur, présente une patclla remplie de gâteaux; dans le fond un tibicen joue des tibiae-pares.
Temple de Vespasien.
Sur la face postérieure est sculptée une couronne de chêne mêlée de lauriers, ainsi qu’elle se voit figurée aux médailles de Vespasien ; sur les parties latérales nous distinguons différents objets utiles aux sacrifices : d’une part, un simpulum avec un praefericulum et un petit vase pour l’eau lustrale;
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de l’autre, un lituus, insigne recourbé des augures; une accrra, la boite à encens et le ma utile, serviette spéciale à longs poils, servant à étancher le sang des victimes.
Une espèce de crochet à viande, le pembelon (i), était en usage pour maintenir les chairs sur le feu de l’autel, et des bassins munis d’anses mobiles
servaient a recueillir les entrailles des victimes où les augures venaient lire
( i Le pembelon était aussi un ustensile de cuisine. Voir Helbig. L'Épopée homérique expliquée par les monuments. Trad. Travinski. Introduction de Max Collignon.
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES
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tout ce que leur imagination pouvait bien suggérer, car l’art de la divination, dérivé du culte d’Apollon , était très cultivé parles Romains, gens superstitieux. Les augures, les aruspices, les devins, les magiciens, les sorcières et les
prophétesses de tout acabit, eurent une grande influence sur les événements les plus divers, et les oiseaux ont toujours figuré parmi les messagers révé¬
lateurs des présages : l’aigle, le héron, la chouette, l’orfraie, etc., étaient doués d’un pouvoir prophétique. Selon qu’un oiseau prenait son vol dans telle direction, selon qu’il agitait la patte droite ou la patte gauche; s il battait de l’aile ou jetait un cri ; tout était observé par l’aruspice et interprété aussitôt. L’appétit des poulets sacrés était l’objet d’une surveillance constante de la part
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des augures, mais les entrailles des victimes offraient particulièrement un champ d’études et de recherches approfondies dans les chairs encore palpitantes, quand le sang bouillait encore. Le foie surtout, était le recueil où se lisaient bien des choses qui ne se déchiffraient pas toujours dans les autres viscères. Combien de graves décisions furent prises après ces ineptes pratiques, selon la réponse de l’augure!
Le feu était considéré comme un élément à consulter, ainsi que les œufs quand ils cuisaient ; quand l’œuf se crevassait et coulait, l’effet produit était néfaste. Les présages furent aussi recherchés dans le tirage au sort de nombres différents que l’on obtenait au moyen de cailloux et de dés, Mercure protégeait cette sorte de divination.
LE TEMPLE DE JUPITER OU CAPITOLE. — LE MACELLUM. L’ATRIUM PUBLIC. — L’AUGUSTEUM. LES AUGUSTALES. — SANCTUAIRE DES LARES DE LA VILLE. - LES LARES COMPITALES.
L’ÉDIFICE D’EUMACHIE. — LES PRETRESSES PUBLIQUES.
ARRIVONS maintenant à la demeure du Maitre des Dieux, à Jupita Optimus Maximus, qui s’élevait sur le Forum civil , à la place d’honneur. Fiorelli nous dit que ce temple d’une grande hauteur fut endommagé considérablement par le tremblement de terre de l'an 63 et qu’au moment de la destruction de Pornpéi, il n’était pas encore réparé. Ce monument était décoré intérieurement d’une riche polychromie, et dans la cella lut trouvée une grande tête de Jupiter. La façade était ornée de deux piédestaux qui supportaient des statues équestres placées de chaque côté du podium. Plusieurs auteurs supposent que le palpitant du perron devait servir aux harangues débitées au Forum civil où sc discutaient les affaires publiques. Le portique se compose de douze colonnes dont six de front et trois sur les côtés ainsi que les pilastres correspondants. Le sanctuaire était orné
Buste de Jupite
, (Marbre du Musée de Naples.;
POMPEI
cellae, qui d’après Mau auraient abrité les trois divinités Capitolines que possédait momentanément le petit temple de Jupiter Meiliclrios. Le Forum de Pornpéi eut ainsi son Capitole comme tout municipe ou colonie. Mais
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de deux rangées de colonnes ioniques, au-dessus desquelles s’élevaient des colonnes corinthiennes, formant ainsi unegalerie supérieure où l’on accédait
Temple de Jupiter ou Capitole.
par un escalier situé derrière le soubassement qui occupe le fond du monument. Ce haut soubassement est percé de trois portes servant d’entrée à autant de
Intérieur du temple de Jupiter.
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dans les derniers temps de Pompéi, le temple ne contenait que des restes de statues et des débris d ornements que les anciens y avaient déposés (1). Comme plusieurs autres temples, celui de Jupiter fut donc délaissé au
profit des dernières créations dont la suprême expression se trouvait dans le culte d 'Auguste divinisé.
Petit temple d'Auguste.
Les Aiigustales dont il est souvent fait mention dans les inscriptions lapidaires, formaient un collège spécial à Pompéi ; ils avaient donc un lieu particulier pour se réunir, que l’on a cru retrouver dans quelques parties
i Voir Bulletin archéologique de la religion romaine , par Aug. Audollent. Paris, 1898.
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d’un édifice qui, tour à tour a pris les noms les plus variés, par suite des divers éléments qui le composent. Situé sur le côté droit du Forum civil, il comprend une grande place entourée de boutiques et de chambres, et le milieu est occupé par douze piédestaux placés sur un socle dodécagone peu élevé, qui dut servir à un bassin. Ces douze socles firent penser aux douze dieux qui auraient pu y avoir leurs statues ; de là, l’appellation de Panthéon. Puis on découvrit que c’était un marché, macellum, nom qu’il porte aujourd’hui et que les douze socles servaient à supporter un toit en forme de dôme ( tholus ). Des marchands, assurément, tenaient comptoir dans les cellules du pourtour de l'area et de nombreuses monnaies de bronze et d’argent y furent trouvées dans les caisses (1036 pièces de bronze, 36 d’argent et 93 autres monnaies). Des peintures encore bien conservées ornent les parois du mur du péribole et représentant généralement la figuration des objets vendus.
Le fond de la place est occupé en son milieu par un petit temple ou saccllum qui ne possède qu’une cella élevée de quelques marches. Dans les niches des murs latéraux, deux statues de marbre furent trouvées en place; elles représenteraient Livie et Drusus ou Marcellus et Octavie. Dans le sanctuaire s’élève un piédestal où Auguste divinisé aurait eu sa statue. Ce saccllum, partie principale de Y Augusteum (1), est flanqué sur la gauche d’une vaste salle décorée de peintures, et possède dans un coin une petite chapelle munie d’un autel pour les sacrifices ainsi qu’un banc de pierres. Dans cette salle devaient se donner des banquets religieux. Sur la droite, une grande pièce, de même dimension que la première, possède un bloc de maçonnerie où l’on vendait le poisson; une peinture décorant la paroi du fond représente l’Assemblée des Dieux. Les deux salles étaient voûtées et leurs façades étaient soutenues par des colonnes.
Un autre édifice, le Sanctuaire des Lares de la Ville, serait, d’après August Mau, le lieu où véritablement les Lares d’Auguste, unis aux Lares publics, auraient été honorés. Ce monument, qui tut l’un des plus riches de Pompéi, se compose d’une area dont le centre est occupé par un autel consacré à l’Empereur et à ses enfants, et dont la dédicace donna lieu à des combats de
(1) D’après M. Sogliano, Y Augusteum aurait été situé près de la Porte marina où nous croyons voir le temple de Vénus.
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES
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gladiateurs et à des fêtes populaires; le fond, terminé en abside, est meublé d’un édicule, muni d’un piédestal assez large pour recevoir les statues de plusieurs divinités protectrices de la ville — édicule ressemblant singulièrement aux laraires domestiques des maisons de Pompèi (i).
A Pompéi, il y avait des autels élevés aux Lares compitales, au carrefour des rues de Nola et de Stabies; près de la maison du Citharisto ; puis une chapelle particulière se trouvait rue de Mercure à gauche ; elle formait irne pergula, petite pièce spéciale où les prêtres avaient des sièges et les dieux des niches.
Ces Lares urbains étaient honorés par de grandes fêtes où toutes les rues retentissaient de cris de joie, d’applaudissements et de jeux, et se célébraient en janvier après les Saturnales.
Ces fêtes, primitivement instituées par l’ Étrusque Mastarna, devenu roi de Rome sous le nom de Servius Tullius, contribuèrent à unir dans un même culte chaque partie d’une ville et à rendre ainsi plus intime la communion des êtres par des réunions populaires où les classes pouvaient se mêler plus librement.
Autel des I.ares compitales.
(Carrefour des rues de Nola et de Stables.)
Supprimées par César, ces fêtes furent rétablies par Auguste (2) qui, à l'ombre de la vieille popularité des Lares des carrefours, tacilital union des Lares
de l’Empereur et de ceux de la ville; cette fusion se fit grâce au concours des magistri vicoruni, ces magistrats civils qui étaient chargés de repartir les munificences impériales; ils commandaient les esclaves chargés d cteindie les in-
(1) A. Audollent. Bulletin archéologique de la religion romaine.
(2) Boissier. La religion romaine.
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cendies et étaient aussi pourvus d’un caractère religieux dont ils surent profiter.
Edifice d'Eumacliie.
Il est probable que c’est de ce collège de fonctionnaires investis d’un
Une entrée de l'édifice d'Eumacliie. (Devant, fontaine de l’Abondance.)
double caractère, que se forma la corporation des A. ugustci les , prêtres des
LES TOMBEAUX. LES TEMPLES ET LES CULTES
Césars, dont plusieurs méritèrent l’honneur du biselliurn , décerné par les décurions, comme l’indiquent quelques inscriptions tumulaires.
Les femmes également exerçaient les fonctions sacerdotales, et un autre édifice de Pompéi, que l’on ne peut classer parmi les temples, mais que l’on peut assimiler aux monuments religieux, est le portique d’Eumachie, élevé
par la prêtresse de ce nom et dont la statue a été retrouvée sur le piédestal où se lisait cette inscription :
EUMACHIAE L • F ■ SACERD ■ PVBL ■ FVLLONES " A Eumachie, fille de Lucius, prêtresse publique, les Foulons. »
L’entrée donnait sur le Forum et était ornée d’une inscription, que nous retrouvons encore au-dessus d’une porte latérale, donnant sur la rue île l’Abondance et que reproduit un de nos dessins. « Eumachie , fille de Lucius, prêtresse publique, en son nom et au nom de son fils Marcus Numister F runto, a érigé à ses frais et dédié à la Concorde Auguste et à
la Piété (i), un clialcidique, une crypte et un portique. » Cet édifice consiste
en une area entourée d’une galerie couverte (portique) et d’une autre galerie fermée (crypte) .
Le Chalcidicum était à Rome le temple de Minerve : il est donc naturel de reconnaître dans le
Statue d'une prêtresse de Pompéi.
(Marbre du Musée de Naples.)
monument construit par Louions, dont Minerve un sanctuaire dédié à cette cependant, ne ressemble ment dit, mais à une sorte d’un portique et dont le exèdres ou absides. Là endisposition du Clialciappelé aussi Atrium Mitique entourant sur trois celui qui se trouve à la d'Hadrien, à Tivoli. La façade de l'édifice ouverte
Statue d’une prêtresse de Pompéi.
(Marbre du Musée de Naples.)
Eumachie prêtresse des était la déesse protectrice, divinité. Ce monument, pas à un temple propred’ atrium oblong entouré fond est occupé par trois core nous retrouverions la dicurn Curiae de Rome, nervae. Un crypto-porcôtés cet atrium, rappelle Fiança d’Oro de la villa sur le Forum était ornée de
(i) Dédicace à Tibère et à Livie, car l’effigie de la Pie tas est représentée sur les monnaies de cet Empereur. (Sogliano).
LES TOMBEAUX
LES TEMPLES ET LES CULTES
nielles avec statues et était protégée par un haut portique de seize colonnes. Par la rue de l’Abondance une autre entrée donnait accès aux constructions d’Eumachie; on se rendait de ce côté plus directement à la schola, lieu où s’élevait la statue d’Eumachie. C’était là que se réunissaient les membres de la corporation des foulons. D’autres prêtresses ont laissé leurs noms à Pompéi: nous connaissons ceux de Holconia, de Lassia et de Mamia, la donatrice du temple de Vespasien, puis celui d’istacidia N. F. Rufilla, dont le cippe funéraire est situé à côté du tombeau de Mamia. Comme nous le voyons, le sacerdoce à Pompéi n’était pas seulement l’apanage des hommes, et à Naples se recrutaient les prêtresses de Cérès, nous dit Cicéron. Ces matrones étaient très vénérées et leur grande fortune permettait des largesses, soit pour orner un théâtre ou donner des jeux ; en échange elles recevaient les honneurs publics. Les grandes associations se mettaient sous leur puissant patronage et on vit les sénateurs d’une v ille d’Italie décerner à une certaine Nummia Valeria, prêtresse de Vénus, le titre de protectrice de la ville (i).
(i) D’après Mau, les fonctions sacerdotales, à Pompéi, peuvent se classer ainsi : i° Prêtresses de Gérés et de Vénus ; 2° Prêtre ( fl amen , sacerdos) d’Auguste; 3" Augustales ; 4" Ministres d’Auguste, de Mercure, de Maia ; 5" Ministres de la Fortune- Auguste ; 6" Maîtres {Mu gis tri) et Ministres du pagus (bourg) Augustus-Felix, placé sous le vocable de l’Empereur.
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LES LARES DOMESTIQUES : LEUR ORIGINE. - LE GENIUS LOCI LES SERPENTS AGATHODÉMONS : LEUR INFLUENCE
A côté de toutes ces manifestations religieuses d’ordres divers, dont les temples furent le théâtre, en célébrant les mystères et en immolant . les victimes, les dieux furent aussi l’objet d’un culte particulier dont la pratique intime avait lieu dans l’intérieur des habitations, quoique Numa, dans les premiers temps de Rome, défendit d’adorer, de prier les dieux chez soi ou ailleurs que dans les monuments consacrés. Aussi, la maison grécoromaine piossédait-elle un endroit spécial pourvu d’un caractère religieux. C’était le lararimn où les Lares, les Pénates et les Génies étaient invoqués.
.Les anciens, qui croyaient à l’immortalité de l’âme, avaient admis l’existence de divinités secondaires qui servaient d’intermédiaires entre le ciel, les enfers et la terre. Les Mânes des défunts, pensaient-ils, habitaient toujours les maisons pour les protéger ; on honorait chez soi les parents décédés parce que primitivement on enterrait les morts dans son domicile. Mais pour différentes causes immanentes au caractère de chacun, tous les défunts ne pouvaient être des génies ht tel a i res ; les mauvais esprits, les larves, ne pouvaient se fixer nulle part, ainsi que l’âme des morts qui n’avaient pas été ensevelis selon les rites; ils étaient condamnés à être ce que l’on appelle une âme en peine. Les bonnes âmes c’étaient les lemures ou lar (i).
(i) M. Guigniault, dans sa traduction de Creuzer, dit que la maison paternelle et les tendres souvenirs, ce toit tutélaire qui nous a vus naître, à l’abri duquel nous sommes élevés, cette douce habitude, cette familiarité confiante que nous avons des lieux connus dès notre enfance, toutes ces idées et leurs moindres nuances se trouvent renfermées dans le mot étrusque Lar.
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES
Cependant, comme on ne connaissait jamais au juste la nature du défunt, on comprenait tout ce que l’esprit a de plus pur sous le nom de Mânes qui, honorés comme demi-dieux, devenaient Lares ou protecteurs du foyer (i).
Cicéron nous dit, du reste, qu’il faut regarder comme dieux les parents que l’on a perdus. Il y avait plusieurs catégories de Lares et des variétés infinies. Nous avons déjà mentionné les Lares publics ou Augustes qui étaient les Génies des empereurs déifiés et les I.ares urbains on compilâtes ; il y avait aussi les Lares ruraux, marins, familiers ou domestiques.
Les petits I.ares étaient les dieux des campagnes, Priape, Vertumne, etc. Les grands /.ares étaient les Génies des douze grands dieux qui prenaient aussi le nom de Pénates (2).
Les Lares domestiques furent l’objet d’une dévotion spéciale particulière dans chaque famille où l’on avait le culte des ancêtres. Leurs autels pullulent à Pompéi, ornés de la figure des dieux, et leur décoration varie selon la fortune et la dévotion de chaque citoyen. Aussi, parcourant cette ville ruinée, on pourrait dire avec autant de certitude que la Quartilla de Pétrone « qu’il est plus facile d’y trouver un dieu qu’un homme
Les dieux sont fils de la crainte, dit également Pétrone, et Maxime de Tyr évalue leur nombre à 30.000. il 11e faut pas être trop surpris de ce chiffre si l 'on considère que les anciens avaient accepté toutes les divinités qui se présentaient pour venir grossir la liste des petits dieux (dii popu/ares) dont la plupart 11e devaient leur nom qu’aux attributions spéciales que l’imagination leur prêtait ; il y avait même les dieux inconnus, venus ou à venir (dii ignoti). Dans cet olympe encombré, lorsqu’ils ne savaient à quel saint se vouer, dans l’espoir d’une protection nouvelle, les anciens fabriquaient pour leur propre
(1) Nous devons, je crois, trouver l'embryon du Lare dans les Travaux et les jours, où Hésiode, après avoir fait le récit de l'origine commune des dieux et des hommes et la description de l’Eden où Saturne régnait encore, se met à dire : « A cette époque les hommes mouraient comme ils s’endorment, mais quand la terre eut renfermé cette première race, Jupiter en ht des génies bienfaisants qui habitent parmi nous, veillent à la garde des mortels, observent les actions justes et criminelles; environnés de nuages qui les dérobent à nos yeux, errant sur la surface de la terre et distribuant la richesse, telle est la royale fonction qu’ils reçoivent en partage. »
(2) Les Pénates proprement dits n’étaient autres que les dieux de l’Etat considéré comme une famille de citoyens à laquelle sacrifiait, à de certains jours, le peuple romain tout entier.
CENIVS HVIvtttifl H OMflJ
POMPEI
usage des divinités dont les Lares héritaient. Ainsi avons-nous vu Auguste dont le génie était invoqué de son vivant, devenir Lare et être adoré après sa mort. Plus tard, on alla même plus loin ; les Lares de Marc-Aurèle furent les grands hommes qui l'avaient élevé, et Alexandre Sévère adorait Orphée, Abraham et Jésus-Christ ; ce prince se composait ainsi un panthéon des plus variés et témoignait d’un éclectisme que les hommes n’ont pas souvent montré (i).
Donc, liberté la plus complète était laissée à chacun pour le choix de ses
protecteurs, ce qui donna naissance à une quantité de peintures et de statuettes dont nous examinerons les spécimens les plus caractéristiques.
Le laraire proprement dit est quelquefois fort simple et une peinture seule vouait un local à quelque divinité. Des serpents, peints ou en bas-reliefs de stuc, ornaient les murs de plusieurs pièces de la maison ; ils étaient l’emblème du genias loci.
Une de nos gravures représente Harpocrate, le doigt sur les lèvres, à côté d’un autel autour duquel s’enroule un serpent prêt à manger des dattes et des ligues déposées comme offrande. Une inscription placée sur le fond du sujet est ainsi libellée : Genius hiijits loci montis « le Génie de ce lieu, de cette montagne ».
Si nous nous reportons à V Enéide , nous voj'ons qu’Énée, après avoir rendu les derniers devoirs à son père, voit un serpent s’échapper du tombeau; mais le iils d’Anchise et de Vénus ne sait s’il doit voir dans ce serpent le Génie familier de son père ou le Génie du lieu.
Le serpent était en telle vénération que ces animaux furent l'objet d’un culte populaire et qu’à Rome (2) l’usage se répandit d’en apprivoiser et d’en
(1) Jésus-Christ, du reste, était accepté parmi les païens comme un dieu à l’égal des leurs; ce que les chrétiens ne pouvaient admettre, d’où l'un des prétextes de la persécution.
(2) Pline. XXIX, chap. iv.
du lieu. (Peinture d’Herculanum.
Musée de Naples.)
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Le laraire proprement dit est quelquefois fort simple et une peinture seule
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LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET [.ES CULTES n7
nourrir dans les maisons; pendant les repas, ils venaient se glisser dans le sein des convives (i).
Il est probable que des animaux si familiers, en se multipliant, devinrent encombrants et que la peinture de leur image dut remplacer l’usage d’animaux vivants (2). Ces Génies furent placés un peu partout pour garantir de toute injure les cuisines, les fournils et les murs des rues, principalement aux carrefours. Perse, désirant que tout soit blanc comme neige, se met à dire (3) :
Pinge duos an gués : pueri, sucer est locus; extra
Mejite. . .
Des inscriptions quelquefois venaient accentuer les significations symboliques :
Otiosus locus hic non est , deccde niorator ;
ou bien :
Duodenm Deos et Dianain et Jovem optimum maximum haheat ira/os quisquis hic minxerit a ut cacaverit.
Dans le haut d’une peinture représentant un homme accroupi et assailli par deux serpents se lisent ces mots : Caca for cave nialum . Ces objurgations, certes, ne devaient pas être inutiles avant Vespasien, et sur les murs des corridors qui conduisaient aux thermes de Trajan à Rome était inscrite une menace analogue; ce qui prouve que de tout temps les habitudes ont été les mêmes, et que certaines inscriptions servaient comme maintenant à préserver les monuments de toute souillure. Il est curieux de voir l’ingérence religieuse dans les plus petits détails de l’existence des anciens, qui, en gens pratiques, faisaient intervenir les dieux jusque dans la police de la voirie.
Si, dans la religion romaine, les serpents étaient considérés comme des génies protecteurs, l’origine de leur culte remonte à la plus haute antiquité,
(1) Sénèque. De Ira, II, xxxi.
(2) tl existe à Pompéi, dans les murailles fortifiées qui donnent sur la campagne, des serpents inoftensifs qui ressemblent beaucoup aux fameux genii loci.
(3) Perse. Sat. I.
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et ils furent, selon les circonstances, considérés comme malfaisants ou bienfaiteurs.
Chez les Égyptiens, le grand serpent de l’hémisphère inférieur, Apophis ou Set est le principe du mal vaincu par Horus. Les Hébreux l’avaient emprunté à l’Egypte et à l’Assyrie et le serpent d’airain que Moïse livra
à la vénération du peuple devint facilement un objet d’idolâtrie qu’Ezêchias dut détruire. En Chaldée, furent trouvées des tablettes où étaient représentées les origines du mal selon le récit de la Bible. Le génie à l’influence pernicieuse dont le venin mystérieux foudroyait ceux qui étaient atteints de ses blessures fut adoré non pour obtenir de lui des bienfaits, mais pour calmer sa colère et adoucir son pouvoir ; de même aussi lui demandait-on d’user de sa puissance pour nuire à un ennemi . Ce fut probablement cette dernière considération qui détermina les hommes à le croire moins malfaisant puisqu’il pouvait rendre des services ; il eut donc ainsi, grâce à l’imagination timorée et crédule des païens, un rôle protecteur sans perdre pour cela son terrible caractère (i).
L’œuf était l’offrande habituelle que le peuple faisait aux serpents des laraires, qui furent aussi le symbole d ' Agathodaemon, divinité mâle de l’ordre des Génies dont la Bonne-Fortune est la représentation femelle (2).
Figuration prolectrice. (Peinture du Mus^c de Naples.)
(1) Nous savons que le serpent d’Épidaure, d’Esculape et d’Hygie symbolisait la divination et la médecine. Hérodote parle aussi de petits serpents qui avaient deux cornes sur la tctc, ils ne faisaient aucun mal et quand ils mouraient on les enterrait dans le temple de Jupiter auquel ils étaient consacrés. Les serpents furent les protecteurs des temples comme ils avaient été les gardiens des jardins sacrés ; son image se voyait partout et les femmes l’adoptèrent comme parure préservatrice.
(2) Le christianisme continuant la tradition de la Genèse, le serpent, symbole du mal, eut la tète écrasée par la femme, la Vierge, et si l’archange saint Michel dans la lutte des Anges a vaincu le Démon, nous voyons au moyen âge saint Georges lui donner le dernier coup, rappelant Horus, monté sur un cheval que lui donna son père Osiris, pour combattre Typhon, le monstre de la terre d’Égypte.