‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 20 sur 76 · LES LARAIRES. — LES USAGES DU CULTE DOMESTIQUE DES LARES · texte numérisé non relu

LES LARAIRES. — LES USAGES DU CULTE DOMESTIQUE DES LARES

PÉNÉTRONS dans une maison pompéienne par le protliyruni (i) en enjambant les mots Salve ou Hâve et plaignons de leur sinécure les quatre divinités de la porte. Les battants n’existent plus, c’était Foculus qui en avait la garde, Limentinus veillait au seuil et au linteau, la déesse Cardea protégeait les gonds, Janus présidait à l’ensemble (d’où janua , porte). Nous arrivons à l 'atrium, et dans un coin, nous voyons une niche creusée darffe le mur où se trouvait encastré un édicule orné d’un pulvinar (2) ; c’est là que se conservaient les images des ancêtres [imagines majorum) , les Lares et les divinités tutélaires. Les absents même avaient leur image placée dans les cases placées autour de l’atrium et Ovide nous montre la femme de

-pv , . t . . Larairc de stuc.

1 rotesilas regardant avec tendresse le portrait

de son époux parti pour la guerre et l’embrassant comme si c’eût été Protésilas lui-même.

Pétrone nous dit (3) : « Dans l’angle du portique, je vis encore une vaste

(1) Voy. chap. vi.

(2) Lii d’apparat des divinités

(3) Pet., Sut., xxix.

POMPÉI

armoire qui renfermait un reliquaire où étaient placés des Lares d’argent, une

statue de Vénus en marbre, et une boite d’or d’assez grande dimension qui, disait-on, renfermait la première barbe de Trimalchion. „ Mais l’atrium n’était pas le seul lieu de la maison où se plaçait le laraire : le peristylium (i) en était quelquefois pourvu et des pièces spéciales appelées sacellum étaient de véritables sanctuaires.

Mais ces oratoires privés, terminés par une abside, existaient surtout dans les habitations riches où les dieux étaient adorés avec

Atrium et laraire d'une maison de la rue de Nola.

luxe. Cicéron cite une chapelle de ce genre (2) où se trouvaient une statue de Cupidon en marbre de Praxitèle, un Hercule en bronze de Myron, des Canéphores de même métal de Polyclète et une statue en bois de la Bonne-Fortune. Les papiers importants et les objets précieux étaient cachés dans ce lieu vénéré que les serpents agathodèmons protégeaient toujours.

Dans une peinture dédiée au Génie d’Apollon dont nous voyons l’emblème, V omphalos

(1) Voy. chap. v.

(2) La maison de Popidus Priscus possédait un sacellum.

Sacellum.

imu ngn

if- -".y -

LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES

recouvert d’un réseau ; le serpent Python, ici, devient agathodémon et les deux Lares sont coiffés du bonnet phrygien. Puis cet autre sujet, placé près d'un tour où se cuisait le pain, représente les génies du lieu entourant un autel garni de fruits. Au-dessus,

Cérès assise, tenant la corne d’abondance et la patera, s’apprête à faire

« Omphalos. » (Peinture d’un Inrairc dédié à Apollon.)

(i) Voy. Emmanuel. La danse grecque antique , 2 66. Hachette. Paris, 1896.

Sacrifice à l'Abondance. (Peinture )

Autel â Cérès.

Dans le bas du mur se trouve un bloc de maçonnerie où devait être le pétrin, véritable autel où l’on sacrifiait à Cérès.

Une autre peinture représente l’Abondance debout; à ses côtés un petit camillus, couronné de verdure, tient une guirlande de fleurs et la

une libation sur un petit autel chargé d’épis de blé, elle est accompagnée des Lares poc ilia tore s, couronnés de feuillages, vêtus d’une courte tunique (suce l 'net is taribus) et tenant le rhyton d’où jaillit le vin qui retombe par une courbe gracieuse. C’était sous cette ligure que les Lares familiers étaient ordinairement représentés; il est à remarquer qu’ils exécutent souvent le temps tournant de la pirouette (i).

POMPEI

patella chargée d’aliments (i). Un jeune homme habillé de blanc joue des tibiae-pares et bat la mesure avec le scabellum en usage par les tïbicines. Derrière lui, un jeune enfant conduit un porc, ceint d’une écharpe rouge à raies noires, à l’autel du sacrifice. Puis, comme toujours, les deux Lares encadrent le sujet.

Quelquefois la ligure principale est en bronze ; ainsi cette statuette de

Statuette de l'Abondance. (Bronze du Musée de Naples.)

l’Abondance tenant une patera d’argent, et assise sur un siège orné de deux tritons, les pieds posés sur un escabeau décoré de deux sphinx. Aux côtés de la déesse sont les deux Lares pocillatores qui exécutent leur pas; en haut de l’édicule est accrochée une lampe en forme de pied humain, suspendue par une chaînette. Un petit autel circulaire était situé au pied du laraire, et là,

(i) La patera servait dans les sacrifices pour l'offrande du vin, tandis que la patella était usitée pour les aliments solides offerts aux dieux ; c’est pourquoi les Lares sont appelés quelquefois dieux patellaires.

LES TOMBEAUX

LES TEMPLES ET LES CULTES

l’encens répandu et la libation versée, le feu dévorait cette ôffrande, agréable aux protecteurs du foyer et nécessaire à leur vie du tombeau.

Sur les autels des divinités custodes, furent trouvées d’autres statuettes : Jupiter, Minerve, Hercule, Harpocrate, Mercure, Vénus, Isis-Fortune, Diane, Apollon, etc. Nous voyons même une statue polychrome d’Aphro-

Larairc d’Epidius Sabinus. (Stuc polychrome.)

dite qui, nue jusqu’aux jambes, tient de la main gauche la pomme (1).

Souvent les laraires prenaient un aspect monumental et occupaient alors une place importante, tenant le milieu entre le sacellum et la simple niche; c’était le sacrarium (2). Dans la maison d’Epidius Sabinus, un grand autel

(1) Voy. chap. vi, iii, 2.

(2) Le sacellum comprenait toujours une chapelle munie d’un autel élevé h une divinité, et le sacrarium, tout en étant souvent la salle annexe des temples où se conservaient les ustensiles sacrés, était aussi le lieu qui, dans les habitations, était consacré aux divins protecteurs.

W7W7 rr .w'frz

POMPEI

de stuc occupe l’encoignure de l’atrium ; sur les deux côtés qu’il présente sont peints des ornements légers de tons, des chimères et des oiseaux. Sur le soubassement s’élèvent de courtes colonnes qui supportent un fronton décoré de moulures de stuc, coloriées en bleu, en rouge et en jaune, couleurs fondamentales toujours employées dans ces sortes de décorations.

de stuc polychrome.

Dans la maison dite des Diadumènes, située à côté, il existe un tarai re semblable qui porte cette inscription : Geuio Marci Nostri et Laribus duo Diadunn ni Hbcrti. De même, dans une habitation située non loin du Forum triangulaire, se trouve un autre autel de stuc colorié avec fronton, situé vis-à-vis un venereitm. Devant une image peinte de l’Abondance, entourée des serpents agathodémons, des statuettes de bronze étaient disposées sur

Page 1