LE FORUM CIVIL
OUS les monuments situés sur le Forum civil ne donnent pas direc¬
tement sur la place publique, car une colonnade l’entourait sur trois
côtés, formant un portique d’ordre dorique romain surmonté d’un
second ordre composé de colonnes ioniques, mais il ne reste plus rien de cette galerie supérieure ; dans l’entablement qui a résisté par places, on voit encore les vides laissés par les poutres du plancher de l’étage supérieur où l’on montait par des escaliers étroits.
Sept issues donnaient accès au Forum qui était fermé par des grilles et des bornes. L’aire dallée était meublée de nombreux piédestaux. Sur ceux placés devant les colonnes s’élevaient les statues des citoyens qui avaient rendu des services signalés. Devant se dressaient les statues équestres des dignitaires du municipe. Enfin quatre grandes statues d’empereurs ou de personnages de la famille impériale étaient placées au sud du Forum.
Avant Auguste, le Forum civil n’était qu’une place destinée au marché, aux jeux et aux réunions publiques (i), mais la construction de nouveaux édifices imposa quelques changements, et le portique en tuf qui existait primitivemnet, élevé par les soins du questeur Vibius Popidius, vers la seconde moitié du IL siècle av. J.-C., fut réduit à une rangée de colonnes. C’était au Forum que se discutaient les candidatures aux élections municipales, que l’on s’entretenait des événements du jour, que les têtes s’échaut-
i) Fiorelîi.
faient en faveur du municipe, jaloux de son indépendance. Les orateurs excitaient les esprits, montés au pulpitum du perron du temple de Jupiter qui servait ainsi de rostres .■ c était le champ clos ou le peuple parlait et manifestait. Des fetes furent données au Forum où des illuminations, payées par les magistrats, éclairaient la joie bruyante de la populace en délire, acclamant le vainqueur du cirque.
Puis, dans les funérailles solennelles d’un citoyen qui avait droit à la
reconnaissance des habitants de la cité, le cortège funèbre défilait en pompe au Forum avant de parvenir à la dernière étape du tombeau, honneur suprême rendu à celui dont la postérité devait élever une statue au cœur même de la ville. Des combats de gladiateurs furent donnés sur ce forum avant la construction de l’amphithéâtre; il servit aussi aux combats de chiens et des concerts y furent donnés.
Devant le maeellum que nous connaissons, nous voyons le Forum bordé de petites loges qui devaient se louer fort cher; les changeurs, les joailliers, les banquiers tenaient comptoir sous les portiques où les marchands ambu-
Colonnade du Forum.
publique, centre vivant de la cité. Les annonces de spectacles y étaient affichées, comme nous le montre une peinture du musée de Naples ; de même sur les murs de l’édifice d’Eumachie, recouverts de stuc blanc, les réclames et les inscriptions arrêtaient les passants.
Des magasins, des latrines publiques très spacieuses, munies du tout-à-l’égout, une prison et l’étalon des mesures pour les grains se trouvent situés sur ce Forum, du même côté que le temple d’Apollon ; quant au Trésor public, l’ Aerarium, il est supposé avoir existé sous le podium du temple de Jupiter.
Arc de Tibère (?).
Le tableau est simple, d’une grandiose beauté : lorsque par les belles
Ce temple est flanqué de deux arcs de triomphe; celui de droite, le plus important, fut élevé à la mémoire de Tibère dont on a retrouvé la statue de bronze qui servait de couronnement.
Un autre arc, sur lequel s’élevait une statue de Caligula et placé dans l’axe de celui de Tibère, s’aperçoit, encadrant le Vésuve dans une courbe élancée. Les revêtements de marbre
Arc et temple de Jupiter, au Forum.
ont laissé peu de traces,
et la carcasse de briques se dore aux feux d’un soleil implacable.
POMPÉI
journées de printemps, 1 air pur et frais estompe le volcan en des transparences
le soleil du soir étirant les grandes ombres, Pompéi s’enveloppe dans une demi-teinte.
Le retour du crépuscule, dans un site poétique, offre toujours une sensation exquise... Quand au son de la cloche lointaine, les visiteurs et les touristes ont quitté la ville ; seul et privilégié, on peut prolonger le rêve.
Alors, l’air chaud qu’exhalent les mu¬
railles et le sol montent par bouffées T'btre m- |Bronz' d» Mos& dc
comme de tièdes caresses, et l’on assiste à la plus captivante évocation de la
azurées. L’automne, au contraire, avec ses pluies, rend morne et lugubre la montagne aux cendres mouillées ; le mont alors semble avancer, il écrase de sa masse sombre et pesante les fines tonalités des briques roses, harmonieuses sous le ciel gris, tandis qu’au sommet du géant, le sirocco fait fuir la fumée blanche qui, couchée, semble ramper. Puis le ciel, épuré par la brise,
Arc de la rue de Mercure.
ville, grâce à l’indécision des formes qu’enveloppe la brune. Une Pompéi nouvelle semble rajeunir, les rues et les maisons se complètent, l’aspect ruiné s’oublie ; les silhouettes se dressent, l’illusion est troublante, et la cité apparaît plus vivante en mourant dans la nuit.
Mais dans le dédale des rues, pour ne pas s’égarer, il faut partir ; la ruelle sonore redit la cadence des pas sur les dalles de lave ; on se sent alors pénétré d’un charme mystérieux, et longeant les maisons muettes, on emporte avec soi une lueur de ce passé qui ne s’éteint pas.