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LA PALESTRE MUNICIPALE

AU moment de la catastrophe, de grands thermes réservés aux hommes étaient en construction, auxquels on accédait de trois côtés et par une vaste palestre qui avait au nord une profonde piscine. Cet établissement comportait toutes les salles nécessaires qui existaient aux autres thermes; toutefois il n’y avait pas de frigidarium, mais une piscine dans l’apodytérium. Le caldarium possédait un bassin à eau froide situé à chaque bout. Du lapidarium et du caldarium on pouvait pénétrer dans le laconicum.

A Pompéi, un établissement spécial et privé existe dans les petits thermes qui, outre les différentes pièces nécessaires à l’usage des bains, conserve, encore intact dans bien des parties, un espace réservé aux exercices du gymnase (i).

La situation qu’occupe cette construction rappelle les villas de Crassus Frugi et de Diomède. Comme ces deux dernières habitations, les petits thermes occupent la pente de la colline de tuf sur laquelle s’élevait Pompéi ; des escaliers nombreux mettaient en communication le plateau et la vallée tout en ménageant de belles terrasses exposées au midi.

De la rue, se voit le dallage du prothyrum qui , orné d’une mosaïque, représente deux lutteurs se détachant en noir sur un fond blanc, et les peintures qui ornent les parois de la salle d’exercices nous montrent un lutteur de

(i) Strabon dit que Naples, bien que devenue romaine, avait conservé des mœurs grecques : elle avait ses éphébies, ses gymnases , ses phratries. C’est ce que nous voyons aussi à Pompéi.

bouclier. Plus loin, un individu vêtu du pallium , porte à la main un objet que l’on suppose être une petite guirlande de fleurs dont on formait les couronnes, et que l'on voit dans plusieurs peintures de Pompéi, représentant des Amours vendeurs de fleurs et de couronnes.

Lutteurs. (Peinture.)

profession, aux bras monstrueux, à la tête de brute; il vient de vaincre son adversaire qui, étendu sur le ventre, semble être en pitoyable état ; sans lâcher piise, le vainqueur reçoit la récompense décernée par le président des jeux.

Mosaïque du ■« prothyrum » des petits thermos.

Dans un autre panneau nous voyons un jeune homme debout, armé d’un strigile, rappelant quelque statue antique d’ apoxyomene. Puis une autre peinture représente un éphèbe vainqueur à l’escrime, tenant une palme et un

POMPÉI

Dans ces exercices hygiéniques, le lutteur portait souvent un couvreoreilles pour éviter les blessures graves ; le sang ne devait pas couler dans ces luttes d’émulation, ce qui n’empêcliait pas de se casser les dents et de se contusionner les membres.

Les athlètes étaient de deux sortes, les athlètes lourds et les athlètes légers. Les premiers s’exerçaient à la lutte, au pugilat, au pancrace; les seconds se livraient à tous les exercices lourds ou légers et étaient considérés comme les plus parfaits; si à trente-cinq ans le lutteur n’avait pas gagné de couronne, il quittait cette profession.

Ces athlètes se nourrissaient d’un pain spécial (i) et étaient obligés de s’imposer un régime particulier, subissaient une alimentation forcée, puis prenaient des lavements (2). Il leur était recommandé de manger lentement, de bien broyer leurs aliments aiin de devenir plus robustes : l’ordinaire était le pain et le porc rôti que

l’on saupoudrait d’aneth, ils ne buvaient de vin qu’après s’être désaltérés avec de l’eau.

La vie que menaient les professionnels de l’ agonistique n’était guère relevée et ne développait que le corps en soignant la bête. Gallien résume cette existence ainsi : « Manger, boire, dormir, se décharger le ventre, se vautrer dans la poussière et dans la boue. /,

1) Les athlètes pour conserver leur énergie mangeaient un pain très réconfortant (coliphia) ayant une forme bizarre, et qui se vendait couramment dans les rues de Rome (Martial).

2) Saglio. Dictionnaire des antiquités. Athleta.

Après la lutte. (Peinture.)

se servant du strigile.

(Peinture )

Néanmoins les exercices corporels formaient les hommes beaux et souples, surtout quand à cette distraction salutaire se joignait une culture intellectuelle.

Pompéi possédait aussi une palestre municipale, destinée aux adolescents, située à côté du temple d’Isis. Elle comprenait une grande cour entourée d’un portique dorique à colonnes de tuf, où fut trouvée une statue qui a été restaurée en Doryphore (au musée

de Naples) (i). Cet édifice date de l’époque samnite, mais fut réduit lors de la reconstruction du temple d’Isis. Une inscription osque nous fait connaître que Vibius

La palestre

municipale.

Vinicius, questeur de

Pompéi, édifia cette palestre destinée aux jeunes gens de la ville, aux frais et d’après le testament de Vibius Adiramus.

Sur Y a rca découverte, nous voyons s’élever un socle où devaient se placer les prix décernés aux vainqueurs qui, après la victoire, durent monter les quelques degrés que nous voyons, pour couronner Mercure, divinité de la palestre, dont la statue s’élevait probablement sur le piédestal qui existe encore.

( i ) Voir chap. vi, m, 2.

LA CASERNE DES GLADIATEURS. — ANNONCES DE SPECTACLES. LE COMBAT DES NUCÉR1NS ET DES POMPÉIENS

'ERS la vallée du Sarnus était installée la caserne des gladiateurs où ont été trouvés des casques, des armes, une selle, et des instruments de musique en usage dans les amphithéâtres. Mais primitivement, à l’époque osque, cet emplacement servit de lieu de refuge aux spectateurs des gradins inférieurs du grand théâtre. On y voit un vaste préau entouré d’un portique quadrangulaire de cent colonnes où eurent lieu les exercices préliminaires des combats. Les soixante chambrettes, situées sous les portiques, durent être occupées par les gladiateurs, lors des jours de fête et la colonnade supportait un étage supérieur formant un

quelques squelettes pris par les tibias dans des entraves de fer (i). Sur les colonnes du portique, couvertes d’inscriptions à la pointe, nous lisons les éloges adressés aux gladiateurs : Rust ico féliciter ! Bis Victor liber/ us ! Victor Veueri parman feret, etc. Parmi les principaux graffiti des combattants de l’amphithéâtre, il existe une esquisse représentant un gladiateur samnite

Caserne des gladiateurs.

auprès duquel sont inscrites trente-deux victoires, une palme et une couronne. Puis dans une ruelle voisine, située entre les deux théâtres, un autre graffito livre les noms barbares de Viriotalus, Sequanus, Viriodus, etc. ; le nombre fabuleux des victoires est en regard des noms.

Un dessin curieux de ce genre est celui où se lit cette inscription : Campa ni, Victoria unà cum Nucerinis peristis (2). « Campaniens, par votre victoire, vous avez péri en même temps que les Nucérins. En etfet, nous

(1) Dans la caserne furent trouvés 63 squelettes.

(2) Corp. insc. pomp., 1293.

POMPEI

lisons dans Tacite qu’en l’an 59 de notre ère, un certain Livineius Regulus donna à Pompéi un combat de gladiateurs, les habitants de Nucérie, ville voisine, furent invités, mais une bataille générale suivit la fête, un grand nombre de Nucérins furent tués. Les vaincus portèrent plainte à Néron, et le Sénat romain décida de priver Pompéi des spectacles de l’amphithéâtre durant dix années. Ce qui explique le sens de ce grafjïto tracé par quelque Nucérin.

Un document encore plus explicite a été retrouvé dans la ville et représente le combat lui-même.

Dans cette mauvaise peinture on voit l’amphithéâtre ; les combattants sont aux mains, dans l’arène, sur les gradins, sur le escaliers, partout les Nucérins tombent mortellement frap-

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pés. Aux alentours, sont plantés des arbres ; des constructions s’élèvent (1) ainsi que de petites échoppes en plein vent, protégées par des vêla et où se débitaient des boissons chaudes et fraîches. On aperçoit deux hommes portant une lectica (litière) utilisée par

(1) Indication que l’on devrait suivre pour fouiller à cet endroit.

gladiateurs payés par Decimus Lucretius Valens, se battront à Pompéi les 8, 9, io, il, 12 avril (VI. V. IV. ///. PR. IDVS AP R.). Il y aura une chasse accomplie et les tentes seront étendues (VELA ERVNl). (C’est ce dernier détail que nous donne la peinture de la rixe avec les Nucérins.) Puis plus bas, l’écrivain Aemilius Celer fait connaître qu’il a écrit cette inscription au clair de lune (ADLVNA) (i).

Il) Les dates données correspondent avec celles du calendrier romain consacrées au jeu. Nous en trouvons à Pompéi la vérification pour le mois d’avril.

VI' jour des ides, jeux célébrés pour les victoires de César; V' jour des ides, jeux en l’honneur

les femmes et les indolents pour se faire conduire au spectacle que des réclames, inscrites à X album, annonçaient quelques jours d’avance. Sur un mur situé près de la maison dite del Centenariu s'étalait l’affiche suivante dont voici la traduction : '< Vingt couples de gladiateurs payés par Decimus Lucretius Satrius Valens, prêtre de Néron, iils de César Auguste, et dix couples de

Combat des Pompéiens et des Nucérins. (Peinture du Musée de Naples.)

lûS POMPÉI

D’autres annonces de spectacles étaient inscrites à Y album de l’édifice d’Eumachie ; une d’elles nous apprend que « la troupe des gladiateurs de l’édile Aulus Svetius Certus combattra à Ponrpéi la veille des calendes de juin, il y aura chasse et velarium ».

A ■ SVETTI • CERTI

AEDIL1S • FAMILIA ■ GLADIATORIA • PVGNAB • POMPEIS PR ■ K • IVNIAS ■ VENATIO • ET VELA - ERVNT ( i)

de Cérès; IVe jour des ides, jeux du cirque; IIIe jour des ides, jeux du cirque; veille des ides, jeux en l'honneur de Cérès.

Les représentations de l’amphithéâtre avaient aussi lieu en septembre, de la veille des nones au troisième jour des ides (8 jours), ii) Corp. insc. pomp., : j 89 -

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