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LES MAGISTRATS

SI, de tout temps, les murs de Pompéi servaient d 'album où chacun inscrivait ses soupirs, sa haine et ses désirs, à une époque de l’année, au moment des élections municipales, les inscriptions au pinceau venaient barioler les murs où les candidats faisaient placarder leurs noms, sans souvent s’occuper s’il y avait des affiches provenant d’élections antérieures.

D’après une étude très documentée de M. Willems (i) les candidats qui eurent le plus d’inscriptions sont, pour l’édilité, Casellius et Cerrinius, et pour le duumvirat M. Holconius Priscus. Ces trois personnages durent être portés aux dernières élections de Pompéi, le nombre de leurs programmes en est une preuve, les derniers posés sont naturellement les plus lisibles (2).

Les réclames électorales existantes seraient postérieures au tremblement de terre de l’an 63, et parmi les dernières candidatures du mois de mars de 1 an 79, nous retrouvons les noms de plusieurs Pompéiens dont nous verrons plus loin les habitations.

Pour les dernières élections, nous relevons d’après Willems :

Pour l’édilité : M. Casellius Marcellus ; M. Cerrinius Vatia ; L. Popidius

(1) Les élecctions municipales de Pompéi.

2) Le nombre des affiches électorales de Pompéi s’élève actuellement à près de deux mille, réparties entre 1 1 6 candidatures.

LA RUE

Secumdus ; C. Cuspius Pansa; Cn. Helvius Sabinus ; L. Albucius Celsus.

Pour le duumvirat : M. Idolconius Priscus ; L. Ceius Secundus ; C. Gavius Rufus ; C. Calventius Sittius Magnus.

Comme nous le voyons, les bourgeois de Pompéi possédaient trois noms, ainsi que les Romains de la République : un prénom, un nom gentilice et un cognomen qui servait à distinguer les membres d’une même famille. Le prénom et la gentilice ou nom de iamille (la gens Cassia, Cerrinia, Popidia, Cuspia, etc.) étaient unis et se portaient de père en fils. Cette règle fut suivie généralement à Pompéi, mais certaines familles avaient conservé l’ancien usage de la République où le prénom du père était dévolu au lils aîné et variait pour les autres fils, tandis que le nom gentilice et le cognomen, en se transmettant, s’unissaient.

Pompéi, qui fut un municipe, était administrée par deux collèges différents composés chacun de deux membres : les deux duumvirs juri dicundo dont la fonction se rapprocherait de celle d'un maire, et à laquelle se greffait une juridiction locale; puis les deux édiles chargés, plus spécialement, des travaux de voirie, de la police des marchés et de l’arrestation des malfaiteurs. Il y avait aussi deux questeurs qui avaient la garde du trésor municipal; mais à Pompéi, cette fonction semble, dit M. Willems, avoir été remplie par les duumvirs. Ensuite le conseil communal composé de cent membres, les décurions, recrutés particulièrement parmi les anciens magistrats municipaux (i).

Nous avons déjà vu, par quelques inscriptions, que les candidatures étaient recommandées par voie d’affiches; les habitants d’un même quartier s’unissaient pour faire triompher leur candidat, les électeurs influents recommandaient leurs amis :

CAESELLIVM ERSATVS CVPIT • AED (2)

(1) D’après Mau, les differentes autorités de Pompéi peuvent se résumer ainsi : Epoque samnite: assemblée judiciaire (Kombenniom, convcntus ) dont le chef était le medixtucticus ; puis un questeur et deux édiles.

Époque romaine : Décurions, deux duumvirs juri dicundo, deux édiles; puis plus tard il y eut les duumvirs quinquennaux et les préfets juri dicundo.

Corp. insc. pomp., 179.

POMPÉI

Un futur édile bien appuyé est Claudius Yerus qui possède un grand nombre de demandes apposées par les voisins :

TI ■ CLAVDIVM • VERVM ■ IT VIR VICINI ■ ROGANT (1

Des places même étaient louées par un certain T. Genialis, boulanger, à ceux qui désiraient un emplacement pour les réclames électorales.

On ne saurait dire exactement en combien de sections électorales était divisée Pompéi ; on s’accorde pour en trouver six ; trois auraient été retrouvées : les Foreuses, les Salinienses et les Campanienses. Les Foreuses durent naturellement habiter aux environs du Forum; les Salinienses ne pouvaient être que ceux qui se trouvaient entre les portes de la Marina et d 'Hercnlanum , voisines des salines d’Hercule dont nous avons parlé. Quant aux Campanienses, on croit les reconnaître, désignés par les affiches, comme habitant l’est de la ville, aux environs de la porte de Nola; il faudrait y trouver les descendants des anciennes familles osques qui auraient été reloulées de ce côté de Pompéi où une inscription osque orne encore la porte de la ville. Cependant tous les candidats portent des noms latins malgré l’origine des familles : ainsi N. Popidius Priscus avait dans sa maison une inscription rétrograde, démontrant que depuis longtemps la même famille habitait la même demeure. Les familles les plus connues de Pompéi étaient représentées par les Holconii dont l’un fut cinq fois duumvir et deux fois quinquennal, flamine d’Auguste et avait aussi reçu le titre de patron de la colonie ; son père fut également honoré de fonctions municipales; nous nous rappelons, du reste, que le grand théâtre fut construit aux frais des Holconii. Puis venaient Épidius Sabinus, Vettius, Pansa, etc., dont les demeures étaient somptueuses.

Si ces personnages pompéiens étaient assurés d’être les vainqueurs à la bataille électorale, d’autres candidats ne furent pas dans les mêmes conditions, la lutte devait être vive, dix candidats pour quatre places (1). Le résultat était donc fort problématique, c’est pourquoi Cicéron écrit qu’il était plus facile

(1) Corp. insc. pomp., 36y.

l’exercice commençait et se terminait en juillet. Certes les femmes n’avaient pas droit de vote, mais elles s’occupaient beaucoup des élections, leur influence dut être grande car elles recommandaient publiquement leurs candidats préférés. Nous donnons la reproduction de l’affiche originale ainsi conçue :

M ■ CASELLIVM • ET ■ L • ALBVCIVM STATIA • ET ■ PETRONIA ■ ROG •

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